L'attention et la circulation
L'action du cerveau sur la circulation n'est pas directe ; elle s'exerce par l'intermédiaire d'un système particulier de nerfs que l'on appelle les vaso-moteurs. Cette action ne se limite pas au cœur, car elle se prolonge sur les artères, lesquelles dépendent d'une innervation spéciale, distincte, sinon
(i) Obici, Influenza del lavoro intell, prolungaio e délia fatica mentale sulla respirazione. Riv, sperim., t. 111 et IV, 1901.
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indépen.lante de celle du cœur. Dans tous les cas, quelque théoii»^ (jue l'on puisse soutenir, j'entends que l'on prétende que cette action se fasse « directeujent» ou par« ricochet »ou par« parallélisme », Ton peut être assuré qu'il ne se passe rien d*im()ortnnt dans le cerveau sans que la circulation sanguine le sache. De tous les phénomènes physiologiques qui accompagnent les phénomènes psychologiques, il est aisé de se rendre compte que les phénomènes circulatoires sont les plus nets, les plus observables et les plus probants.
L'attention provoque donc des variations de pression sanguine des plus significatives. Selon que nous étudions l'attention brève ou durable, nous notons des modifications en rapj)orl, (|uoiqu'il y ait, sur ce point, des opinions légèren^ent dill'ércntes.
Vaschide (i) prétend qu'un travail intellectuel d'une durée de [)lusieurs heures — avec immobilité relative — produit le ralentissenieat du cœur et une diminution de la circulation capillaire.
Binet et Courtier (q) trouvent que le cœur s'accélère dans le travail intense mais de courte durée. Cependant, après un certain temps, ou même quand le travail a cessé, ils notent une vaso-dilatation périphérique qui succède à la vasoconsti'iction primitive, avec une atténuation du phénomène de ce dicrotisme ». Gley (3), allant à l'encontre de l'opinion de Vaschide, n'a jamais remarqué que le travail intellectuel qui dure plusieurs heures ralentît le cœur de son propre chef, car, ajoute-t-il, l'immobilité du corps compte pour beaucoup dans ce ralentissement. En définitive, les conclusions de ces expérimentateurs se complètent l'une l'autre, au lieu de se dilFérencier comme je le pensais tout d'abord. 11 va donc nous être possible maintenant d'étudier les étapes de la variation de la circulation sanguine dans l'attention.
(i) Vaschidk, InJL du ivaKail iniell. prolongée sur la vitesse du pouls. \r.ir 4* Année psjckoL, i8c)8.
(a) BiNKT et CoiiuTiiiu, EJfcts du trav>ail intellect, sur La circulât, capillaire. \oiv 3 Année psjc ho L, 1897.
{'i) (iLFY, Études de psychol. physioL, 1 vol. in-8", Paris, F. Alcan,^ i.| 3.
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L attention et Les pouls radial et capillaire.
Si nous reprenons l'intéressante expérience rie Mac DougaU(i), que nous avons exposée il y a quelques instants, qu'apprendrons nous? Sachons tout d'abord que, durant les quatre séries d'expériences qu'a organisées cet auteur, le pouls ne se comporte pas toujours de la même façon et varie même souvent en rapidité et en intensité. Cliez le sujet qui écoute le « tic-tac » de la montre, Mac Dougall remarque d'abord une rapidité du pouls, durant les dix premières minutes, puis, une diminution (2) qui peut aller même jusqu'à la dépression. Au contraire, dans le deuxième cas, où le sujet doit reconnaître la forme et l'objet du dessin que l'on dessine sur sa joue, il observe, tout d'abord, un « retard » du pouls qui est bientôt suivi d'une accélération et cela chez la plupart des sujfts.
En troisième lieu, la rej)résentation mentale des souvenirs produit, selon les cas, des phénomènes dilTérents. 11 faut noter ici deux modalités. Tantôt le pouls augmente d'abord et diminue ensuite, tantôt il diminue presque tout de suite. Cependant, le plus souvent, il se raccourcit et change de forme durant le rappel de souvenir.
Enfin, l'attention soutenue par des calculs mentaux produit, flès l'origine, une accélération du pouls qui est constante pendant presque tout le temps de l'expérience. Ici le pouls est moins ample parce que la distension artérielle a augmenté.
Un autre auteur, Gley(3 , n'hésite pas, après avoir fait de nouibreuses expériences, à formuler une loi générale qui simplifie notablement la question. Pour lui, la fréquen -e du pouls augmente pendant tout le temps que dure le travail intellectuel. Cette augmentation serait même en rapport
(i) Voir pp. 17 et 21 de celouvrag^e.
(2) Par augmentation et diminution du pouls, j'entends que le pouls augmente ou diminue en « quantité» de battements.
(3) Loc. cit.y p. 28.
direct avec l'intensité de l'eflbrt psychique (i). Aussi, cet auteur combat les expérimentateurs qui prétendent que les phénomènes de variation sanguine, dans l'attention, sont simplement dus à des excitations sensitives ou à des états affectifs et concomitants au travail intellectuel.
Gardons nous surtout de croire que cette accélération cardiaque est la conséquence logique et nécessaire de Taccélération respiratoire, car souvent le cœur bat d'un rythme accéléré, alors que la respiration fonctionne normalement. Sile pouls est accéléré durant l'attention, il ne tarde pas à se ralentir progressivement dès que l'expérience est terminée. Binet et Courtier (2) ont même observé le rétablissement du pouls normal, quelques instants avant la fia de l'expérience. Quoiqu'il soit probable qu'en ce dernier cas, le sujnt devait savoir que l'expérience touchait à sa fin, cette modification circulatoire, par anticipation, n'en est pas moins intéressante.
En somme, d'après l'opinion la plus constante, il y a une vaso-constriction périphérique plus ou moins nette, selon le cas, dans l'acte d'attention, et qui implique une plus grande fréquence du pouls : ce dernier phénomène peut aller en augmentant ou en diminuant selon la manière propre de réagir du sujet que l'on étudie.
(i) P. Mentz, dans Die Wirkungakiisfischer Sinnesreîze auJPuls iind Athmung (înjl. des excitât, audit, sur le pouls et La respiration), Pliilos. Slud., vol. Xï, pp. 6i-i25, 371-39^, 563-Go3, 1856, prétend aussi, à l'enconlre de Gley, que le « plaisir » détermine un ralentissement du pouls tandis que la « peine » en provoque une accélération (p. Sgô). De même, l'attention « involontaire », contrairement à l'aflirmation de Lehmann, citée plus haut, serait accompagnée d'un ralentissement du pouls et l'attention « volontaire » correspondrait à une accélération du pouls (p. 398).
Pour ma part, les expériences sur l'attention volontaire ou involontaire, auxquelles je me suis livré, m'ont montre, qu'à l'origine de toute attention, il y a un trouble dans le graphique. C'est le « choc », dans l'altenlion involontaire ou et affeotive» et c'est le temps « d'adaptation », dans l'attention volontaire. J'élimine l'attention involontaire de mes conclusions, car elle relève surtout des lois de l'émotion. J'ai obtenu un résultat à peu près constant dans l'attention volontaire : le pouls subit un arrêt (inhibition due à l'adaptation) au début de l'expérience, s'accélère progressivement ensuite. Toutefois, si l'expérience se prolonjje trop (plus d'une heure,par exemple), le cœur (mit par ne plus se mouvoir : mes expériences ont porté sur sept sujets tl'un âge moyen de vingt-cinq ans ; tous sont des étudiants.
( 2) jLoc*. cit., p. a8.