L'attention et la pression sanguine
La vaso-constriction périphérique étant un phénomène constant dans l'attention, il importe de savoir maintenant quelles sont les variations de j>ression sanguine, qui correspondent à cette vaso-constriction.
La plupart des travaux ont porté jusqu'ici sur la pression sanguine de la radiale ou des capillaires de la main. A la vasoconstriction correspond immédiatement une augmentation de pression. Yaso-constriction et vaso-dilatatiou sont, d'ailleurs, deux phénomènes qui s'excluent l'un l'autre ; ils ne peuvent coexister en même temps dans le même organe. 11 ne faut pas non plus s'imaginer que la vasoconstriction périphérique, que Ton constatedans l'attention, soit la conséquence nécessaire de la vaso-dilatation centrale. Le cerveau agit ici, pour son propre compte, et le phénomène périphérique n'est que « parallèle » au phénomène central. Lun ne dépend pas de l'autre, bien qu'ils soient sollicités tous les deux par la même influence.
Selon Lehmann (i), une concentration de l'attention produit aussitôt une accélération du pouls, en même temps qu'une augmentation de la pression sanguine. La courbe graphique remonte alors nellement. Souvent il arrive que quatre à huit pulsations lentes succèdent aux premières et font descendre la courbe volumométrique. La durée de ces dernières pulsations est toujours supérieure aux premières et elle dépasse souvent aiême la normale. Mais, vers la fin de l'expecience, l'on observe, presque toujours, une augmentation de la courbe volumométrique, car les pulsations se rapetissent et deviennent plus rapides.
Cependant, en général, les pulsations sont toujours raccourcies, par rapport à la normale, avant comme après la concentration de l'attention. Et alors la courbe volumométrique s'élève dès le début, s'abaisse après quelques instants,
(i) Loc. cit.
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puis, finalement, remonte durant presque tout le temps, et reprend la forme normale (i).
Il est incontestable que, dans l'attention prolongée et soutenue, l'on note une élévation de la courbe volumométrique du bras, en même temps qu'un léger rapetissement du pouls ; par contre, lorsque la tension sanguine est trop intense, l'excitation étrangère ne provoque rien de significatif dans le volume et dans la hauteur du pouls : l'on observe seulement alors un changement de fréquence, dans les battements du cœur. Au contraire, dans la petite tension, la moindre excitation extérieure sulîît à provoquer une montée passagère du volume.
Lehmann est encore ici en désaccord avec les résultats les plus fréquemment obtenus. Selon lui, la tension psychique ne produit pas, en général, de changement constant, dans la fréquence des battements du cœur, pas plus que dans la hauteur du pouls (dont l'aspect est d'ailleurs très variable), bien qu'elle tende cependant beaucoup à se rap[)rocher du pouls normal.
Les expériences de Binet et Vaschide (-2) sur la pression sanguine ont abouti à des conclusions nettement op[)osées à celles de Lehmann. Ces deux derniers auteurs prétendent que, dans le travail intellectuel, le pouls accuse de laconstriction vasculaire, en même temps qu'il diminue d'amplituie. Le pouls ne revient à la pression normale que quelques instants avant la fin du travail.
Somme toute, si nous résumons tous les travaux nombreux qui ont été faits sur la circulation el la pression sanguines,nous aboutissons à quelques conclusions intéressantes.
Mac Dongall (3), Binet, Courtier, Mosso, Hirsch, Gley estiment unifoimément qu'il y a augmentation de la fré- <juence des battements du cœur, quand il s'agit d'un travail intellectuel intense et de courte durée.
Binet, Courtier, Vaschide. Larguier des Bancels ont constaté que le travail intellectuel de plusieurs heures entraînait le ralenlissement du cœur. Mes expériences aboutissent aux mêmes conclusions (4).
(1) Mes expériences personnelles concluent dans ce sens.
(2) Loc. cit.
(H el 4^ Voir à l'appendice de ce volume l'indication précise de tous ces travaux.
Binet et Vascliide ont établi que, durant le travail psychique, il se produit dans les membres une augmentation nolable de la pression sanguine.
En outre, Binet, Courtier, Mac Dougall, Pacbon et L'Herminier, Angell et Thomson ont unanimement constaté l'existence des phénomènes de vaso-constriction périphérique dans l'attention et le travail intellectuel .
Tous ces résultats, qui semblent incontestés, n'ont été partiellement infirmés que par les expériences de Lehmann.
Les phénomènes circulatoires, parallèles à l'acte de l'attention, sont donc des plus significatifs, puisqu'ils nous permettent de déduire une mécanique physiologique de cette importante propriété de l'esprit. La vaso-constriction périphérique et le ralentissement progressif des mouvements du cœur accompagnent donc habituellcmeixt une attention soutenue, une attention volontaire.
Certes, je n'oublie pas que, chaque fois qu'il s'agit d'une expérience psychologique, un grand nombre de facteurs diflerents peuvent intervenir et vicier plus ou moins le phénon)ène que Ton étudie. Je sais bien que les aj)pareils jouent ici un rôle primordial, parce que, suivant leur qualité, leur délicatesse de fonctionnement, l'on obtient un bon ou un moins bon résultat. Il arrive même souvent que l'on croit enregistrer des « phénomènes » intéressants (que l'on attiibue au sujet), alors qu'ils ont pour seule cause le mauvais fonctionnement de l'appareil dont on se sert. Les modifications du pouls digital, par exemple, en rapport avec tel ou tel état de conscience, sont si délicates à inscrire que le moindre choc, le moindre mouvement du sujet, la moindre imperfectibilité du tambour et de la plume inscri|)trice |)euvent modifier notablement l'ex[)érience. La façon même dont on règle les api)ai'eils devient un facteur important de la réussite. Est-ce à dire qu'il ne peut y avoir de bonnes expériences psychologiques ? Pas du tout. Il importe seulement d'être prudent et attentif dans tout ce qu'on fait. L'on peut être à |)eu près certain que, lorsque, à propos d'un même phénomène, plusieurs psychologues de pays différents trouvent, sans se consulter, les mêmes résultats, l'on n'est pas loin de la réalité, car en psycholo-i^ie comme en toute autre science, la loi du nombre constitue un certain « crité-
rium » ; le nombre, dans ce cas, ne représente pas une^ masse, un groupe, une collectivité quelconque, mais bien des hommes sélectionnés, instruits et prudents, qui n'ont d'autre souci que de connaître la vérité .