‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 14 sur 77 · L'attention et la circulation cérébrale · texte numérisé non relu

L'attention et la circulation cérébrale

Après les beaux travaux de Mosso (i), l'on ne saurait nier avec sérieux que l'effort psychique ne produise finalement une vaso-dilatation cérébrale. Cette vaso-dilatation du cerveau est même le propre de cet organe, car elle n'est nullement provoquée, sollicitée par la vaso-constriction périphérique. Mosso (2), Gley (3), François Franck (4), ont fort bien montré que le cerveau possède des régulateurs qui lui sont propres qu'il est armé pour sa propre défense et qu'il jouit, de ce fait, d'une certaine indépendance vis-à-vis de la circulation générale ou phéripherique. Cette théorie, purement physiologique, et sur laquelle j'insisterai bientôt, ne laisse place à aucun doute.

Le cerveau est si bien muni de vaso-dilatateurs et de vasoconstricteurs spéciaux que, dans l'émotion, qui est sans doute un phénomène intellectuel moins élevé que celui que nous étudions, nous le voyons presque toujours agir pour son propre compte, sans se soucier beaucoup des phénomènes périphériques qui se développent parallèlement à son action.

C'est dire que, comme tous les autres organes — je dirai môme, plus que les autres organes — le cerveau a une circulation adaptée à son usage, et celle-ci se règle métifuleusement sur les actes de celui-là. Organe nerveux par excellence, à la fois receveur et dispensateur des excitations dont il constitue la réserve sans fin, le cerveau obéit aux communes lois de la physiologie.

Nous savons que c'est par la moelle épinière et le grand

(1) Voir la citation de la page 3i.

(j) Mosso, La Fatigue, i vol. iu*i:i, Paris, F. Alcan, 1901.

(3) Déjà cité.

(4) Fr. Fraxck. Voir rarliele Cerveau de V Encyclopédie médicale^ de Dkcuambub, 18S;.

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sympathique qu'il envoie à son système vasculaire les excitations vaso-motrices qui commandent sa circulation (sensibilité récurrente)^ tandis que c'est par la moelle allongée et le trijumeau qu'il s'envoie, en sens inverse, les excitations sensitives qui font partie de ce cycle régulateur : il s'agit, là encore, de la sensibilité récurrente (i).

Lorsque lïndividu passe de l'état de veille à l'état de sommeil, son cerveau prend, en quelque sorte, une attitude nettement contraire : presque aussitôt la congestion active qui caractérise la «veille» l'ait place à une congestion moins active qui aboutit, au bout de peu de temps, à une certaine hyperémie.

Au contraire, dès que l'individu pense ou est attentif, la moyenne circulatoire s'intensifie dans son cerveau, lequel alors augmente de volume, par le seul fait que sa circulation s'est accrue. Mosso (2) a pu même observer, chez des sujets présentant une perforation du crâne que, pendant l'activité intellectuelle, le volume du bras ou du pied diminue, tandis que celui du cerveau augmente sensiblement. Nous savons d'autre part que, si l'on prend simultanément, durant l'attention, le pouls radial et le pouls cérébral, le second seul est modifié, c'est-à-dire, augmente d'amplitude (3). Gley (4) a observé la même particularité, en étudiant simultanément la radiale et la carotide.

Nous pouvons déjà formuler une loi générale : en même

(i) Voir MoRAT et Doyon, Traité de Physiologie^ t. II, Paris, 1901.

(2) Mosso, la Température du cerveau, i vol. in-8', avecfig. et plan h, texte (Voir le chapitre X), Milan, 1894.

3) L'on pourra ui'objecter que le problème de l'origine centrale ou périphérique de l'attention ne peut être explique, si l'on ne tient compte que des phénomènes qui se passent dans des organes plui ou moins éloignés de l'organe principal de la circulation, qui est le cœur. Je réponds à l'avance que, si le problème de l'attention, en fonction de la circulation, ne réside pas dans l'éloignemeut plus ou moins grand, de tel ou tel organe, du cœur, comment se l'ait-il, qu'en prenant simultanément le pouls radial et le pouls cérébral, le pouls de la carolide et le pouls de la radiale, ce soit toujours le « pouls » le plus proche du cerveau qui est le premier, lorsqu'il n'est pas le seul modifié ? En réalité, il y a là plus qu'un hasard ou une coïncidence. Un phénomène si constant nous prouve surabondamment que le cerveau joue le premier rôle, et dès le premier centième de seconde dans raltenlion.

(4) Loc, cit.

temps que le gonflement du cerveau se produit, sous l'ac* tion de l'activité intellectuelle, Ton observe une l'orte contraction des vaisseaux de l'avant-bras, plongé dans le sphygmomanomètre de Mosso. Cette contraction se produisant bientôt, dans toute la phériphérie, la pression sanguine augmente alors, à un tel point dans les artères, qu'elles se dilatent nettement. 11 y a donc un certain parallélisme, entre la vasodilatation centrale et la vaso-constriction périphérique. L'attention produit toujours et tout d'abord ua gonflement du cerveau.

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