‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 15 sur 77 · L'attention et la température centrale et locale · texte numérisé non relu

L'attention et la température centrale et locale

De longues discussions ont eu lieu, pour savoir si, durant l'activité psychique, la température du cerveau se modifiait selon la même progression que celle de la périphérie. Les nombreuses et savantes expériences de Schiff* (i), Mosso (2), Fr. Franck (3), Gley (4) n'ont pu résoudre définitivement la question.

Schifl*, dans ses beaux travaux sur l'échaufl'ement des centres nerveux, nous a montré que c'est par fractions, par parties insignifiantes que s'opère cet échaufl'ement. Les faits physiologiques et chimiques nous montrent d'ailleurs qu'il y a incompatibilité entre l'élévation notable de la tem|)érature centrale et le maximum normal de sang artériel. Cependant, un trop giand nombre d'auteurs ont constaté une élévation appréciable de la température cérébrale, du lobe frontal en particulier, sous l'action «le l'attention, pour qu'il soit possible de ne pas en tenir compte

François Franck et Pitres (5) expliquent cette élévation de la température par une exagération de la circulation cutanée qui accompagne la congestion fonctionnelle du cerveau ; elle

(1) ScHiFF, ÉchaufTement des [centres nerveux {Physiolos^ie des hémisphères et du cervelet) dans Recueil des mémoires, t. III, Lausanne, 1896.

(a, 3, 4 *^t 5) Déjà cité.

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relèverait ainsi de la même influence : la vaso-dilatation centrale. Gley renforce celte conclusion et pense que cette augmentation en calorique ne peut être expliquée que par la mise en jeu des vaso-dilatateurs.

Ce n'est pas à dire que tous les auteurs soient d'accord sur ce dernier point : ici, comme ailleurs, les mômes expériences ont fourni des résultats sensiblement dilTércnts. Pembrey et Nicol (i) nient que le travail intellectuel puisse augmenter la température locale, pas plus que la tem])ératui'e péi'iphérique. Pour eux, le travail psychique n'a qu'une influence relative sur la température profonde du corps. Un autre auteur, Pidaucet (2), qui s'est adonné à de nombreuses mensurations calorimétriques, durant l'activité intellectuelle, n'aboutit pas, non plus, à des résultats bien significatifs. 11 trouve qu'en pareil cas, l'émission de chaleur augmente peu, par rapport à ce qu'elle était, avant tout travail. C'est par erreur que l on constate d'ordinaire une augmentation de température, d'ailleurs minime, durant l'activité psychique.

Pourtant, les personnes qui (ont un grand elï'ort de calcul mental froncent le sourcil, soulèvent les talons, se mettent, en un mot, dans un état de contraction générale. L'on remar(|ue surtout cette attitude, vers la lin du travail, alors que l'individu donne tout son maximum d'attention. Ce ne sont là, paraît-il, que des apparences. Bien qu'il y ait une tension générale des muscles, il n'en découle pas pour cela qu'il doive y avoir une élévation de la température centrale ou périphérique.

Pour en revenir au D^ Pidaucet, j'ajouterai que toutes ses critiques reposent sur des expériences qu'il a faites sur luimême. Il n'a constaté, ni augmentation ni diminution de la température, dans le travail intellectuel, car le thermomètre ne variait même pas d'un centième de degré. Des autoexpériences sur la température buccale lui ont fourni les mêmes résultats.

Cependant, nous sommes obligés de nous rendre compte que la plupart des physiologistes ont constaté des modifica-

(i) Pbmbrey et Nicol, Observ. of the deep and surf, lemper. Journal of physioL, t. XXllI, p. 386, 1899.

(2) D' i'iDAUciîT, Travail intelleclael et Température. Tiïèae de médecine, Nancj', 1899.

lions de température, dans le travail psychique. Cette surélévation générale du degré thermique doit être, sans aucun^ doute, due à l'action même de l'attention, parce que celle-< exige une telle tension, une telle dépense d'énergie, qu'à moment donné, la température de l'encéphale doit s'élever]

Du reste, les données chimiques et thermogénétiques noi permettent d'induire qu'il ne saurait y avoir de dépense, d^ travail physique ou psychique, sans surélévation de température. Qui dit travail, dit dépense d'énergie ou combustion. 11 ne saurait y avoir de dépense, de combustion sans chaleur, Sans doute, la surélévation de la température centrale dans l'attention ne se marque pas par des chiffres notables, par exemple, 2 ou 3" au dessus de la normale et cela, fort heureusement pour nous, car nous savons fort bien qu'une température cérébrale de /^o ou ^1° serait incompatible avec la vie, ou, tout au moins, avec la santé. Gomment concilier, en effet, la température normale du sang artériel dont la moyenne la plus générale est de 38» avec une température cérébrale de 40 ou de 41° ? Il y a là deux facteurs inconciliables. C'est donc pour noire plus grand bien que la température centrale n'augmente que d'un ou deux dixièmes, ou encore d'un douzième de degré. Pourquoi s'en plaindre ? Pourquoi, surtout, ne pas tenir compte de cette faible élévation de température? J'avoue, pour ma part, que cette augmentation minime suffit à me persuader qu'il y a un dégagement de chaleur, dans la pensée en général, et dans l'attention, le travail psychique en particulier. L'exercice de lattention entraîne donc une surélévation appréciable de la température centrale et de la température périphérique. La température rectale surtout augmente notablement.

Ces faits doivent d'autant moins nous étonner que nous savons aujourd'hui qu'il existe des centres thermo-inhibiteurs. Ils se trouvent près du sillon crucial et à la rencontre des scissures supra-sylvienne et post-sylvienne.

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