II. — L'attention et les échanges chimiques
Qu'il se produise dans le cerveau qui travaille des sécrétions spéciales, résultant du fonctionnement même de l'organe, cela n'a rien d'anormal. Mais il faudrait surtout se garder de confondre ces sécrétions avec la production réelle du travail de l'intelligence. Ici, comme en tout le reste de notre étude, nous constaterons des phénomènes concomitants à l'attention, mais nous nous garderons bien d'en induire qu'ils sont toute la pensée ou toute l'attention, car nous supposerions comme étant connu ce qui est à connaître.
Certes, si la chimie de l'attention, c'est-à-dire l'étude des phénomènes chimiques concomitants à l'eftort psychique, n'est pas bien avancée, encore est-il qu'elle peut nous fournir des renseignements très précieux. Il n'est pas douteux qu'un effort intellectuel prolongé produise des moaifications chimiques centrales et périphériques : il y a un certain état de l'urine, des excréta, des échanges azotés, des gaz même de l'expiration, qui correspond à lattention. Ainsi, le nerf au repos est alcalin, tandis que le nerf en travail tend vers la réaction acide. Nous savons que le cerveau s'échauffe en pensant, et sous l'action de l'excitation interne tout le corps participe à cet échauffement ; nous savons aussi que l'acide carbonique exhalé s'accroît en même temps ; que les matières extractives ou excrémentielles augmentent, tout comme dans le muscle en activité : la cholestérine, produit de décomposition de la matière nerveuse, les phosphates terreux et l'urée (des urines) augmentent notablement. L'on ne note, somme toute, dans les urines, que la diminution des phosphates alcalins.
Les réactions chimiques consécutives au travail intellectuel se produisent, assez hâtivement. Gley (i), qui s'est adonné longtemps à l'étude de cette question, trouve que l'effort psychique, le travail intellectuel augmente en vingtquatre heures:
(i) Glby, ioc. cit.
1° La quantité des urines;
2° I.a quantité d'acide [)hosphorique ;
3° La proportion de chaux et de magnésie éliminée par les urines.
Selon ce dernier auteur, l'auo^mentation en phosphore et en chaux serait due uniquement à une désassimilation cérébrale plus active. Si cette exi)Iication n'a pas un caractère absolu, elle n'en est pas moins intéressante. Etant donné, en etlet, que l'effort intellectuel prolongé, provoque finalement une excitation générale de l'organisme, les centres corticaux ne sont nécessairement pas exclus de cette loi. Car il n'est pas de phénomène isolé, quelque peu actif, qui ne finisse par déteindre sur Torganisme, qui ne finisse même par intéresser tout l'organisme. L'effort intellectuel prolongé retentit donc aisément, par le grand sympathique, sur les échanges nutritifs de tout notre système d'absorption et de digestion.
C'est pourquoi, ainsi que le montre si bien Gley, il peut en découler une augmentation de la désassimilation azotée. C'est ce qui advient dans la plupart des cas, quoiqu'ici^ comme en tout le reste de la question, le cerveau n'agisse pas directement sur les glandes pancréatiques ou les séreuses de l'estoinac, mais un peu indirectement, je dirais presque par « ricochet», si l'on veut bien me tolérer encoie celte métaphore.