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Résiimé. — Mécanisme de l'attention. Conclusions

Après avoir étudié en détail les manifestations physiologiques normales de rattcntion, il nous serait maintenant impossible d'en l'aire une faculté à « cloisons étan-

bre 1904) qiie je laissais tomber sur son front, à une hauteur d'environ trente centimètres. Ft... est dur à éveiller. Le lendemain, j'ai continué mon expérience sur Ce... et dans le& mêmes conditions (paroles, bruits de chaise, etc.) ; en soulevant violemment le tablier de la cheminée, Ce... s'est aussi éveillé eflaré, il tendait les bras vers moi, en me disant t « Qu'ya-t-il? qu'y a-t-il? » Le même procédé ne m avait rien donné sur Ft... Je puis donc dire que Ft... et Ce..., qui sont^ | d'ordinaire, difticilement distraits, sont, par contre, difficile» à éveiller. Quelle explication puis-je donner de ce fait, ou tout au moins, quelles hypothèses puis-je dégager de mes deux observations ? Dans le sommeil, l'on se relâche d'autant plus facilement, d'autant plus com[)lètemeut, que l'on est plus fatigué.

Comme le relâchement musculaire e^t une des conditions du sommeil, j'en arrive à déduire que mes deux sujets, qui travaillent beaucoup mentalement, dorment d'autant plus sûrement qu'ils ont déployé dans la journée une attention plus soutenue. Puisque Ton ne dort que dans la mesure où l'on se relârhe, mes deux sujets se trouvent, tout naturellement, quand vient le soir, dans les conditions les plus favorables, les plus propices au sommeil.

L'anémie cérébrale, c'est-à-dire la vaso-constriction centrale, caractérise le sommeil. L'individu est encore capable d'une certaine attention, quoique le cerveau semble en état d'anesthésie partielle. Le bulbe et la moelle paraissent veiller ou, tout au moins, semblent plus actifs dans le sommeil que le cerveau lui-même. Puisque l'on ne dort que dans la mesure où Ion se distend, les gens difficilement distraits, dans la veille, dorment facilement et profondément.

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«hes », ainsi que le veut la psychologie introspective. L'attention nous apparaît nettement, comme un mode, comme une façon d'être, comme une propriété générale du système nerveux. Intéressant tout l'individu, elle fait finalement appel à toutes les forces vives lorsqu'elle veut durer un certain temps. L'attention est partout,dans mon corps, a dit Hunter. C'est ainsi qu'elle détermine des phénomènes musculaires et de sensibilité, des modifications respiratoires et vasculaires, c'est-à-dire de la vaso-dilatation centrale d'abord et de la vaso-constriction périphérique ensuite, une surélévation delà température centrale et locale, des variations de la pression sanguine, de l'hypoglobulie, des perburbations viscérales diverses, des modifications chimiques variées, des phénomènes de fatigue. Elle s'accompagne, en outre, d'oscillations qui lui sont indispensables ; elle n'est pas com})lètement éteinte dans le sommeil. Un cortège si imposant de modifications organiques nous montre bien quelle grande I place l'attention tient dans notre vie psychique et dans notre vie organique. Des échanges physico-chimiques si considérables sont, en définitive, très coûteux pour notre organisme. Ici encore, ces échanges sont étroitement liés à l'exercice de la pensée. Si l'on ne peut prétendre que tous ces phénomènes constituent une seule et même chose, à tout le moins, l'on ne peut séparer entre elles les modalités physiologiques de Tattention sans courir le risque de ne rien comprendre à la nature, au mécanisme et au processus de cette propriété de l'esprit. En tout et pour tout, le moral est intimement lié au physique. Et c'est parce que ces deux éléments sont si bien unis, l'un à i autre que je me demande encore s'ils lie sont pas une seule et même chose ? L'avenir dira peut-être un jour que l'esprit n'est que l'expression fine et délicate de l'activité du système nerveux.

^ En attendant, il faut que nous résolvions avec nos forces K actuelles le problème de l'origine de l'attention. Est-elle ■L d'origine centrale, est-elle d'origine périphérique ? telle est ^pia question. Par sa nature, par la façon dont elle se pose et par les nombreux débats qu'elle a soulevés, cette question devient proche parente d'une autre, non moins passionnante, c'est-à-dire celle du mécanisme de l'émotion.

I** Un grand nombre de psychologues prétendent que, dans-^ l'attention, il y a d'abord et surtout des phénomènes organiques périphériques, et que le cerveau ne prend connais-J sance, que par la suite, de ces modiûcations périphériques. Ce sont les partisans de la théorie, dite physiologique.

2° D'autres, au contraire, estiment que le cerveau est le premier agent de l'attention et que les phénomènes périphériques ne viennent qu'après les phénomènes centraux. Ge sont les partisans de la théorie psychologique, si improprement appelée « idéaliste ».

Je suis nettement partisan, pour ma part, de celte dernière^ théorie et je montrerai bientôt qu'elle est aussi physiologique que la première, car on peut la fonder sur des faits purement physiologiques. Il importe, avant d'en arrivera ces faits, que je groupe ici une autre question sœur, celle de l'origine des fluctuations de l'attention. Là encore, les uns croient que les oscillations de l'attention sont dues aux modifications de la circulation et de l'innervation, etc. (throrie périphérique) ; les autres ne voient dans ces modifications vasculaires ou autres que les efl*ets logiques des modifications centrales (théorie idéaliste). Slanchter (i), Taylor (2), par exemple, sont nettement partisans de la théorie périphérique des oscillations de l'attention. Ils donnent pour raison qu'une petite excitation active l'attention, tandis qu'une trop giande excitation la ralentit. Delà sorte, ces fluctuations deviennent l'œuvre propre des centres vaso-moteurs et respiratoires qui influent sur les cellules corticales.

Lehmann (3), au contraire, défend la théorie centrale. Il s'appuie sur une loi physiologique bien nette. Toute excitation, dit-il, qui n'arrive pas à la conscience ne peut produire de modifications corporelles.

Telles sont les questions que nous avons à nous poser.

Après en avoir montré la parenté, je vais discuter, en même temps, par les mômes arguments, les problèmes de l'origine centrale ou périphérique de l'attention et de ses

(i)J. M. Slanchtkr, The fluctuât, of altenlion (Amer* Jour, of psych., vol XII, pp. 3i3-334, 1901).

(2) Taylor, The elTect. of cert. stimul. up. ihe altent. Wave (Amer. Journ. of psjrchoL, vol. XII, pp. 335-34;">, 1901).

(3) A. Lbhmai^x, Die kôrperlichen AUnsseriingen psychischer Ziistacnd Esi., Kiel,i vol., Leipzig, lleislaud, 1899.

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oscillations. En résolvant le premier point, j'aurai résolu du même coup le second.

C'est dans les travaux de François Pranck (i) que nous trouverons les preuves nécessaires à la théorie centrale de l'attention et de ses oscillations. L'importante étude que cet autour a consacrée aux « émotions » témoigne hautement de l'intérêt qu'il y a à traiter en pliysiologiste les problèmes psychologiques. Je dis, dès l'abord (et Fr. Franck en dit autant pour l'émotion), que c'est bien à tort que la théorie périphérique de l'attention a été dénommée physiologique tandis que la théorie centrale a été, aussi improprement, appelée idéaliste ou psychologique. L'une et l'autre sont également physiologiques, parce qu'on peut les justifier, toutes les deux, par des arguments d'ordre physiologique. Il va sans dire que Lange (2) et W. James (3), qui soutiennent énergiquement la théorie périphérique des émotions sont, par logique, les défenseurs de la théorie périphérique de l'attention. Sur quels laits physiologiques étayent-ils leurs arguments? Après avoir remarqué que la compression des carotides, où l'arrêt du cœur produisait des états dépressifs, ils en ont conclu spontanément qu'il y avait dans ce phénomène la cause originelle de toute émotion. L'anémie du cerveau, qui accompagne beaucoup de phénomènes émotionnels, serait ainsi produite, par une spoliation intense et rapide de la circulation. Ils emploient des arguments analogues lorsqu'il s'agit de l'attention.

Mais pourquoi persister à chercher systématiquement dans la périphérie, les causes d'un phénomène, que le cerveau, admirablement outillé, peut produire lui-même et pour son propre compte ? Si l'on veut faire des hypothèses, ne pourrait-on pas admettre, dès l'abord, avec beaucoup de chances même de certitude, que ce phénomène de vasodilatation cérébrale, en corrélation avec l'attention, est dû tout simplement à la distension active des vaisseaux du cerveau? Gela sufiit, ce me semble, pour déterminer (à cause de

(i) Fr. Franck. Critique de la théorie dite physiol. des émotions, Bull. Acad. de Méd., 1" août, Paris, 1900).

(2) Lance, les Emotions (trad. G. Dumas, i vol. in-12, F. Alcan (2* édit.), 1901.)

(3) "W. James, les Émotions (trad. G. Dumas, i vol. in-12, F. Alcan, 1903).

l'abondance d'irrigation des tissus) une congestion aussi nette, aussi intense même, que la vaso-constriction périphérique, qui lui est parallèle.

Si nous examinons une glande en fonction, que voyonsnous? A un moment donné, lorsqu'elle devient « turgescente », vient-il à l'idée de personne de supposer que cette vaso-dilatation locale est le résultat passif et lointain d'une « vaso-constriction », se produisant à une autre partie de la périphérie ? Claude Bernard, Ludvig, Morat et Dastre nous ont, à ce point, expliqué l'action et le rôle des vasodilatateurs, qu'il ne nous est pas permis de croire qu'ils travaillent si facilement en commun.

Pourtant, selon Ribot,Bain,Mûnsterberg, Lange (i), etc. — qui sont les partisans résolus de la théorie périphérique de l'attention — le cerveau devient le vassal, en quelque sorte, de phénomènes vasculaires et périphériques. Comment supposer cependant qu'un organe aussi important et aussi délicat soit dépourvu de moyens de défense ? Le cerveau a un pouvoir modérateur et dispensateur de forces indiscutable ; il possède un système défensif qu'on ne saurait mettre en doute, depuis les beaux travaux de de Cyon (2), Cavazzani (3) Jonnesco et Floresco (4). J'en arrive à dire que l'on ne peut admettre, ni même supposer, que la poussée artérielle surprenne rencéi)hale et l'avertisse des phénomènes qu'il doit connaître et qu'il connaît elfectivement dès l'origine d'une excitation psychique.

Dans l'attention (spontanée ou volontaire), le cerveau connaît en premier lieu le phénomène, car il devient immédiatement turgescent. La phériphérie répond presque toujours, par de la vaso-constriction, quoique l'action du cerveau sur la pression sanguine ne soit pas directe. Vaso-dilatation centrale et vaso-constriction périphérique deviennent ainsi deux phénomènes parallèles, qui sont sollicités par la

(i) Voir pp. 7 et 8 de cet ouvrnge,

(2) Dk Cyon, Rôle défenslj de Vlijrpophyse. Congères de Médecine de 1900. Voir aussi les Nerfs du cœiir^ 1 vol. gr. in-8', Paris, F. Alcan,

(3) E. CAVAZZANr, Circul. collai. {Arch ital. de Biolog., t. XVI, 1H91).

(4) Jonnesco et Flohesco, Physiol. du nerf sympath. cervic. clicz l'homme. Ballet. deVAc. de Méd,^ Paris, 14 août 1900.

PHYSIOLOGIE DE l' ATTENTION 69.

môme influence, mais qui ne sont pas solidaires Tun de l'autre.

L'elfet congestif cérébral est si peu subordonné aux phénomènes étrangers à l'encéphale (moteurs, circulatoires ou ci litres) qu'au cours des expériences, il est toujours facile» dit François Franck (i), d'annoncer l'apparition prochaine d'un accès épileptique, en voyant se colorer et se distendre « la circonvolution motrice, qui doit en être le point de départ », tandis que, pendant ce temps, les zones psychosensorielles ne subissent aucune influence congcstive. La découverte des vaso-dilatateurs corticaux (2) a permis de trancher nettement la question, car nous savons, depuis ,^ qu'il peut exister au cerveau une congestion fonctionnelle localisée, et parfaitement indépendante de la périphérie. L'examen direct des changements de volume da cerveau, tout aussi bien que l'étude du courant sanguin intracranien, montre bien l'indépendance de la circulation cérébrale, à l'égard de la circulation générale. On peut donc affirmer, en généralisant un peu le problème, que toute excitation sensitive ou psychique détermine une vaso-dilatation du cerveau, quel que soit, au même moment, l'état de la circulation aortique. Il est constant que la congestion du cerveau, précède l'élévation de la pression sanguine. C'est pourquoi, celle-là ne saurait être subordonnée à celleci. Ce qui se passait pour la congestion locale de la glande, dont je parlais tout à l'heure, se produit maintenant pour le cerveau et de la môme façon que pour la congestion cutanée et musculaire. François Franck (3), que je retrouve toujours avec plaisir dans cette importante question, montre même qu'une excitation corticale localisée, détermine chez le singe ou le chat l'attitude et la physionomie de l'attention, de la peur ou de tout autre fait psychique adapté à un objet déterminé dans le cortex. Qu'a-l-il fallu, dans ce dernier cas ? Il a sufli d'une simple excitation cérébrale pour produire chez ranimai toute la série des mécanismes cérébraux qui correspondent à une impression ressentie. Après bien des affirmations, il est temps de faire une res-

(i) Loc. cit.

(2) Loc, cit.

(3) Loc. cit.

NAYHAC 6

^O PHYSIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE DE l' ATTENTION

triction importante : je ne crois pas que, dans l'attentioa durable et intense, la vaso dilatation centrale et la vasoconstriction périphérique continuent à marcher côte à côte (si je puis m'exprimer ainsi) sans jamais se heurter ou se mêler. Cette espèce de parallélisme existe sans inconvénient dans l'attention brève, mais il est impossible qu'il puisse se maintenir dans une longue séance de calcul mental ou dans tout autre travail psychique durable. Il arrive nécessairement, à un moment donné, que l'on n'a pu encore fixer exactement, que le phénomène central réagit sur le phénomène périphérique ou vice-versa. La pathologie surtout nous fournit une preuve constante de ce fait. Une affection bénigne, nettement localisée, mais qui dure quelque temps peut se généraliser facilement, j'entends qu'elle peut intéresser finalement tout l'organisme, par le seul fait qu'elle se prolonge. Il en est de même pour l'attention : plus elle se prolonge, et plus elle intéresse notre vie organique et d'autant elle exige la participation active de nos réserves nerveuses.

Que devons-nous retenir maintenant, de cette discussion sur l'origine centrale ou périphérique de l'attention ? Je n'ai pas insisté sur la question des oscillations, car il m'a semblé qu'elle se trouvait implicitement résolue par la première. Les oscillations sont dues à des changements vascuîaires et moteurs dans le cerveau, à des modifications du cortex psychique, qui se répercutent indirectement sur la périphérie et y provoquent des modifications musculaires et sanguines.

Concluons donc que :

V Tout acte d'attention provoque immédiatement des phénomènes physiologiques centraux, lesquels se trouvent accompagnés de phénomènes périphériques ;

2* Toute fluctuation de l'attention est perçue d'abord par le cerveau et les modifications vascuîaires, que l'on note ensuite à la périphérie, ne se développent que parallèlement aux phénomènes centraux, mais ne sont pas provoqués directement par eux ;

3° 11 ne se passe rien dans notre vie psychique que le cerveau n'en soit informé tout le premier. Il est l'organe naturel d'élaboration de notre intelligence ;

4° Dans l'attention, le phénomène circulatoire local, c'està-dire central, est indépendant de la variation circulatoire

générale, qui peut survenir parallèlement à lui, sollicité par la môme inûuence, mais non provoqué directement par elle ;

5° Le cerveau est pourvu d'appareils de défense et d'un système de vaso-dilatateurs qui le mettent à l'abri des exigences de la périphérie et de la circulation générale ;

6" Tout nous porte à supposer que les mouvements organiques, en rapport avec l'attention, varient en intensité, en amplitude, selon l'état de sa concentration et par parallélisme.

L'attention ne nous apparaît pas comme un phénomène pro- X)re. isolé et bien défini dans notre vie psychique. L'on ne pourrait en faire une faculté spécifique, bien circonscrite, sans laisser partialement de côté la vérité concrète. L'attention devient ainsi notre grande faculté d'adaptation mentale, qui fait appel à tout notre organisme, dès qu'elle fonctionna! quelque temps. Elle compare sans cesse ses forces avec le but à atteindre et c'est pourquoi nous ne pourrions rex{)liquer suffisamment, si nous n'admettions en premier lieu la participation prépondérante de l'encéphale en général et du cortex psychique en particulier.

Il nous reste à résoudre maintenant un petit problème de <i protocole », je dirai presque de convenance (i). L'attention obéit-elle à un mécanisme moteur ou à un mécanisme d'arrêt ?

Mais auparavant que de répondre à cette question, il importe que je dise un mot de la parenté qui unit l'effort, l'attention et la volonté. Il est certain que je ne saurais différencier physiologiquement, d'une façon nette et précise, l'effort psychique, l'attention et la volonté ; en d'autres termes, je ne saurais en faire expérimentalement trois phénomènes propres et spécifiques. Les tracés circulatoires d'attention, d'effort psychique, de volonté se ressemblent étrangement. Gomment en serait-il autrement ?

(i) J'ai eu tout d'abord l'idée de vouloir discuter les problèmes Se l'origine et du mécanisme de l'attention, dans le chapitre des cr Conclusions générales » ou même après le chapitre de la « Psychologie pathologique ». Je n'ai pas persisté dans ce projet, en raison de l'importance de la physiologie dans mon élude. A tort ou à raison je me suia résolu à discuter ici ces deux questions.

L'eflbrt psychique n'est- il pas le « processus » vers l'attention ; celle-ci n'est-elle pas « l'état » et la volonté n est-elle pas la réaction à cet étal ? Effort psychique, attention et volonté sont les trois moments d'un même phénomène, sont les trois attributs d'un tout: l'adaptation mentale (i).

Je reviens maintenant aux théories empiriques de l'attention. Uibot (2) et son école nous disent que le mécanisme de l'attention spontanée est « moteuractif», tandis que l'attention volontaire est mue par un mécanisme «d'arrêt ». Bastian et Marinier (3), au contraire, définissent le processus de l'attention par un mécanisme unique « d'arrêt ». Ces deux doctrines, qui ont rallié, de part et d'autre, un grand nombre de partisans, me paraissent avoir exagéré telle partie du processus de l'attention, au détriment de telle autre, tout aussi importante.

Tous les expérimentateurs savent, qu'au début de toute expérience psychologique, traduisible en chiffres ou en graphiques, il existe un trouble, une perturbation « due », presque toujours à l'état d'attention du sujet. Quel est, en effet, le sujet qui, à l'origine d'une expérience, n'est pas plus ou moins distrait, anxieux ou perplexe ? Gela est si vrai que les graphiques de respiration, de circulation, de temps de réaction, nous montrent, presque toujours, très nettement ce phénomène. Cette perturbation initiale ressemble fort au trouble, dû à la surprise, que Ton peut toujours provoquer au cours d'une expérience quelconque : aussitôt le graphique accuse des modifications organiques en rapport avec le <( test » choisi. Les phénomènes vasculaires sont toujours les plus caractéristiques en pareil cas.

Il en est de même, au début du phénomène de l'attention, qu'elle soit spontanée ou volontaire (4).

(1) J.-V. Kries, dans Zeifs./. Psych.u.Phys. d. Sinnes.,i YIII,p. i à 33(1895), dit nettement que «l'adaptation» constitue le fond de l'attention. J'ai toujours prétendu (car je n'ai eu connaissance du travail de Kries, que tout dernièrement) que l'attention n'était que l'adaptation mentale, avec l'aide de l'effort et de la volonté.

(2, 3) Loc. cit.

(4) C'est-à-dire que le a choc » afFeclif produit un arrêt suivi de troubles clans le graphique de l'attention afTective. L'attention volontaire, mettant un certain temps à acquérir la tension nécessaire (^temps d'adaptation), le graphique accuse au début une hyperaccélératiou.

PHYSIOLOGIE DE l' ATTENTION ^3

Dans rattention spontanée, il y a un élément fort important, i'airectivité. Dans ce cas, l'individu est plutôt passif qu'actif; le processus est « afférent », j'entends, bien entendu, que Texcitant vient plutôt du dehors. Dans l'attention volontaire, au contraire, le sujet est actif, agissant ; le processus €St « efférent », j'entends que l'excitant a sa source directes dans le cortex psychique.

J'ai dit que, dans l'attention affective, le processus est plutôt « afférent» parce que l'individu est alors plastique, en quelque sorte : ici, il est plutôt mené que meneur. Cette attention est favorisée surtout par l'affectivité. La nature qui m'environne me parle sans cesse, c'est-à-dire qu'elh^ m'excite, me charme, me plaît ou me déplaît selon le casselon les circonstances. L'atteiition affective relève, eu grande partie, des lois du sentiment et de l'émotion. Je dis « en partie » parce que, dès que ie sentiment s'émousse, dèb que i attrait disparaît, elle doit devenir volontaire, si elle veut se maintenir, si elle veut durer.

L attention volontaire, au contraire, semble plus psychique, plus intérieure; elle apparaît comme la création même de l'houmie. L'affectivité qui peut parfois se mêler à elle, n'a rien de commun, avec l'intensité des sentiments, qui constituent la base de lattention spontanée ou affective. L'attention volontaire se caractérise par une opération consciente de synthèse mentale. Ici, l'individu veut, et il s'adapte en connaissance de cause. L'attention volontaire, c'est l'effort, c'est la lutte de choix, c'est l'esprit se limitant, se fixant dans le « test » qu'il s'est choisi.

Dans l'attention spontanée, comme dans l'attention volontaire, nous notons toujours un trouble au début de l'acte (i). Je l'appelle temps de perturbation ou de « choc », dans l' attention sponlanée et temps de concentration ou « d'adaptation », dans l'attention volontaire. Dans celle ci surtout, le premier « stade » du phénomène est des plus nets. Le premier moment de concentration des forces, de tâtonnement^ rationnel, s'inscrit très bien sur le graphique. C'est alors surtout que la vaso-dilatation centrale entre ouvertement en

(i) Voir les travaux de Lehmann, Lange, Mac Dougall,Gley, Courtier, Binet, Vaschide, etc., mentionnés plus haut, dans l'appendice bibliograpliique.

scène. Sans doute, par comparaison, la périphérie semble s'endormir et, de là découle peut-être l'idée, que l'attention est mue par un mécanisme d'arrêt. Mais songe-t-on alors, comme il convient, à la vie intense, au travail considérable, à la lutte opiniâtre que soutiennentau môme moment nos cellules cérébrales ? Le cerveau se trouve en activité, en hyperactivité même, et cela nous autorise à croire que l'attention obéit à un mécanisme moteur.

Revenons, encore un instant, à l'objet premier de notre discussion. Les modifications initiales, que l'on distingue dans les graphiques de l'attention, sont si incontestables que la plupart des expérimentateurs n'ont coutume de tenir compte des résultats de leurs expériences, qu'après que ce temps de choc et d'adaptation est passé, prétextant, le plus souvent, qu'au début, le sujet n'est pas encore assez concentré sur le « test » ou n'est pas suffisamment familiaiisé avec l'appareil. Nous touchons ici du doigt à Tun des principaux arguments qui ont pu faire croire aux uns(Ribot, etc.) que l'attention obéissait, tantôt à un mécanisme d'arrêt et tantôt à un mécanisme moteur, et aux autres (Bastian, etc.)^ qu'elle était toujours mue par un mécanisme unique d'arrêt.

Les uns et les autres ont pris la partie pour le tout, ou, du moins, ont cru simplement que ce premier (i état », que l'on note dans les sortes d'attention, se maintenait uniformément par la suite, alors qu'il ne constitue que le début, que la première phase du phénomène.

Les oscillations de l'attention peuvent nous fournir une deuxièmepreuvedu caractère actif que revêt toujours l'attention. Nous savons maintenant que les oscillations ne sont dues, à l'origine, qu'à nos essais, qu'à nos tentatives préliminaires d'adaptation mentale. Par la suite, nous aurons affaire au système musculaire tout entier qui tend d'autant plus à se relâcher, qu'il est plus contracté. Nous avons vu que M. Revault d'Allonnes (i), émettait comme hypothèse, que ces adaptations successives expliqueraient peut-être les oscillations de l'attention. Je fais un pas de plus et je dis, m'appuyant

(i)Loc. ci<.,p. 59 decet ouvrage ; il s'agit d'adaptation musculaire pour le soulèvement de poids.

PHYSIOLOGIE DE l'ATTEXTION ^S-

sur les faits physiologiques que j'ai exposés, qu'elles les expliquent suffisamment, mais au début seulement du travail psychique. Parla suite, à mesure que se prolonge l'attention, il s'y greffe une foule d'autre agents, tels que les excitations externes et internes ; les intoxications dues à la fatigue, les processus psychologiques automatiques, les associations d'idées habituelles. Toutes ces influences se mêlent alors et se confondent, mais elles n'en concourent pas moins collectivement à maintenir, dans notre corps, la tentlance à la distraction. J'avoue qu'à un moment donné le combat sera inégal, malgré ce surcroît d'adversaires, parce qu'à mesure que nous nous concentrons, les oscillations deviennent de plus en plus faibles, de moins en moins caractérisées.

Ce qui peut achever de nous convaincre du rôle essentiellement actif de l'attention, en général, et de l'attention volontaire, en particulier, c'est qu'elle n'existe que peu ou pas dans le sommeil (i). Dès que celui-ci s'installe, la vaso-dilatation centrale disparaît progressivement. L'état de veille n'est autre que l'état d'attention, entendu au sens général : il implique aussi une contraction générale du système musculaire. Le sommeil, au contraire, ainsi que nous l'avons déjà ^01, implique une distraction à peu près complète envers le monde extérieur ; il se caractérise, en outre, par un relâchement général du système musculaire. L'on ne saurait dormir qu'à la condition de se relâcher (de se distraire) volontairement, à moins que la fatigue ne réalise d'elle-même ce relâchement. Le sommeil représente donc l'état de distraction par excellence ! il est l'antagoniste de la veille : celle-ci se différencie par une tension générale musculaire ; celui-là ne peut exister qu'à la faveur d'un relâchement général des muscles.

Connaissant maintenant l'origine de l'attention, il nous reste à savoir lequel de ces deux phénomènes, la vaso-dilatation centrale ou la vasoconstriction phériphérique» doit avoir la priorité, c'est-à-dire, doit caractériser le mécanisme de l'attention ? Je donne la préférence au pi*emier acte qui a apparu, la vaso dilatation centrale, parce que l'on ne saurait me soutenir qu'un phénomène, qui met ainsi enjeu,.

(i) Voir le § 16 de ce chapitre.

^C PHYSIOLOGIE ET PSYCUOLOGIE DE l' ATTENTION

d'un rythme si intense, nos muscles et nos cellules nerveuses, soit provoqué ou conditionné par un mécanisme d'arrêt. Je crois avoir montré suffisamment le rôle que joue le cerveau, dans l'attention, pour qu'il soit impossible maintenant de lui contester un moment son action prépondérante. L'attention, nous le voyons, est un phénomène général à mécanisme actif. L'immobilité apparente du sujet attentif n'est qu'un Irompe-rœil, car le cerveau travaille fiévreusement derrière cette enveloppe d'ineitie. Il faut savoir surtout distinguer deux moments dans le processus de l'attention. Le premier se nomme « temps de choc », dans l'attention spontanée, et le second s'appelle « temps d'adaptation » dans l'attention volontaire. Au fond, ces deux modalités initiales que l'on rencontre dans les deux formes d'attention, ne se difïérencient guère nettement que pour le psychologue. Le deuxième moment de l'acte d'attention est le plus durable. Il est presque identique dans les deux cas, parce qu'il constitue l'acte pur, l'acte même, c'est-à-dire débarrassé des influences affectives, externes ou internes. Mais, de toute façon, il importe que nous tenions compte du premier instant de lattention, puisqu'il en constitue le point de départ inévitable. Je conclus donc que le mécanisme de l'atlenlion est « inhibito-AGTiF », tout en faisant bien remarquer que le deuxième moment, s'il n'est pas le premier, est, avant tout, le plus durable et le plus important. L'attention implique donc, nous le voyons, la participation générale des forces nerveuses et musculaires de l'individu ; elle est voulue et non subie, elle constitue plus spécialement l'œuvre complexe et délicate des centres d'élaboration.

Je propose en terminant, sans aucune prétention, une définition ])sycho-physiologique [)rovisoire de l'attention : elle •est le sentiment de tension psychique qui naît pour partie, de l'action de phénomènes cervicaux et, pour autre partie, de la contraction tonique générale, volontaire ou spontanée de nos muscles. Elle se ir.anifeste toujours, à l'origine, par des phénomènes organiques et cérébraux, accompagnés de phénomènes organiques périphériques. Elle est conditionnée par un mécanisme « inhibito-ACTiF ». Unie à rellort et à la volonté, elle constitue notre faculté d'adaptation mentale.

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