CHAPITRE III
Définitions de l'altention. — Sa nature. —Sa mesure. — Ses effets. Ses degrés. — Ses formes. — Son objet. — Son pouvoir. — Conclusions.
Introduction
Après avoir étudié les réactions physiologiques et chimiques eu rapport avec l'attention, il me reste à examiner et à discuter les « résidus » post expérimentaux ou plutôt, anté-expériraentaux que négligent, pour ne pas dire que méconnaissent, la physiologie et la chimie physiologique, parce qu'ils échappent à peu près totalement à leur technique et à leurs procédés d'investigation. Il s'agit donc, maintenant, de mettre en lumière le rôle des éléments impondérables qui constituent l'activité mystérieuse de l'attention, comme de tout acte psychique : il s'agit, en d'autres termes, de faire la psychologie de la physiologie et de la chimie physiologique de l'attention. Certes, si l'on ne peut nier l'existence de l'activité secrète du système nerveux, puisqu'elle est bien représentée dans notre langue scientifique par les substantifs, excitabilité et irritabilité nerveuses, pensée et énergie psychiques, je dois reconnaître cependant que cette force mystérieuse a échappé jusqu'ici, à peu près totalement, à la technique la plus logique et la plus perspicace.
Nous ne pouvons actuellement que mesurer la pensée dans
le temps, c'est-à-dire en fonction de la durée. Nous savons aujourd'hui le temps moyen qui est nécessaire à une excitation, pour qu'elle puisse provoquer une réaction ; nous connaissons, dans le « temps »,les effets produits par l'attention, lorsqu elle se porte exclusivement sur l'un quelconque de nos sens; nous savons aussi quel surcroît de «temps » il faut à l'attention complexe (calculs mentaux, etc.) pour qu'elle puisse produire des résultats utiles; nous savons enfin quel temps « moyen » demande notre cerveau pour associer, grouper et élaborer des idées qui correspondent à un « test » proposé et défini. Mais nous savons, par contre, que tous ces résultats numériques n'ont qu'une valeur relative, puisqu'il n'existe pas de phénomène psychique, qui ne contienne des phénomènes connexes ou concomitants. Les facultés mentales influent réciproquement et constamment les unes sur les autres.
Quelle que soit cependant la portée des restrictions de principe que je viens dé faire et quelles que soient les difficultés qui vont surgir devant moi maintenant, je n'en dois pas moins aborder avec confiance le problème de la psychologie de l'attention. Ayant eu soin de mettre des faits physiologiques à la base de mon argumentation, je serai ainsi -préservé et « immunisé » même, contre toute spéculation métaphysique, contre toute discussion oiseuse et stérile.