I. — Mise au point de la psychologie de Tattention
Depuis la réaction grossière de l'instinct ou de l'automatisme, jusqu'aux mouvements plus perleclionnés que nécessitent la mémorisation, Tidéationet l'attention, l'homme manifeste peu ou beaucoup (selon le cas), mais constamment, les trois propriétés communes au système nerveux de tous les êtres organisés: l'excitabilité, la conductibilité et la transmissibilité. Ces phénomènes s'accomplissent mystérieusement dans le tissu nerveux et le microscope le plus puissant, le plus parfait, ne pourrait nous les révéler. Tous les animaux réagissent, selon leurs moyens propres, aux influences exté-
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rieures, soit qu'elles viennent troubler leur évolution, soit qu'elles viennent la favoriser. Ici, ils s'assimilent l'élément nouveau et bienfaisant, là, ils se mettent sur la défensive ou luttent contre l'agent perturbateur, car ils veulent vivre avant tout. Mais le plus souvent, tous ces actes défensifs ou offensifs n'ont pour mobile que les nécessités de la vie végétative et, revêtent, de ce fait, un caractère instinctif et mécanique, qui ne conviendrait pas à des exigences délicates et complexes. L'homme seul semble être capable de s'adapter aux plus impérieuses comme aux plus grandes difficultés de la vie ; l'homme seul semble être assez intelligent, assez souple et assez volontaire, pour s'adapter physiquement et psychiquement; l'homme seul, entre tous les animaux, établit sans cesse, à tout instant, le rapport de cause à effet qui régit les phénomènes de la nature ; Ihomme seul est capable d'une attention complexe et soutenue ; l'homme seul peut attaquer méthodiquement et patiemment les problèmes scientifiques que cache soigneusement la Nature, et, c'est pourquoi il se trouve placé au plus haut degré de la hiérarchie des êtres vivants.
Le jour où naquit la « surprise », 1' « étonnement », naquit la science, dit-on souvent. Il serait plus juste de dire que, ce jour-là, naquit le premier et l'un des meilleurs instruments de la découverte scientifique. De la surprise découlèrent progressivement l'observation, la réflexion et l'attention. Sans doute, l'attention n'était pas, à l'origine, ce qu'elle est aujourd'hui ; elle a dû passer par bien des stades, elle a dû. s'ay)prendre et se perfectionner, comme tout autre faculté intellectuelle avant d'atteindre sa puissance actuelle
Ceci dit, je vais entrer maintenant dans le cœur même de mon sujet. Quelles sont, d'abord, les différentes définitions de l'attention ?
I" Selon Ribot (i), l'attention est un monoïdéisme intellectuel provoqué par une adaptation spontanée ou artificielle de l'individu ;
2' Marinier (2), l'un des adversaires de Ribot, la définit i. « ... un état de conscience, qui résulte de la prédominancer
(i) Ribot, loc. cit. Voir l'introduction de cet ouvrage.
(2)MARILLIER,i0C. cit.
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<^ temporaire d'une représentation sur les représentations « qui coexistent avec elle à un moment donné ».
Nous savons déjà qu'il ne faut pas accorder au monoïdéisme de Ribot une valeur trop absolue, parce qu'il n'est qu'un idéal proposé, que Ton doit bien se garder de jamais atteindre. L'homme qui réalise le raonoïdéisme mental n'est plus en état d'attention. C'est pourquoi Ribot n'entend, sans cloute, par là qu'une tendance au monoïdéisme et, ce n'est d ailleurs qu'à la faveur de cette restriction, que sa formule devient claire et précise.
La définition de Marillier me paraît insuffisante. Il se peut que, dans l'attention, ce soit Timage, la sensation la plus intense qui domine toutes les autres, mais, en tout cas, l'on ne peut laisser ainsi au cerveau un rôle passif, un rôle de spectateur. Un troisième auteur, le psychologue italien Oddi(i), bien qu'il penche légèrement du côté de Ribot, nous donne de Tattention une définition plus précise, plus complète et assez en accord avec les données de la physiologie. « L'attention, dit-il, est surtout un acte qui consiste essentiellement à inhiber le fonctionnement de nombreux centres, pour accentuer et mettre mieux en relief l'activité d'un seul ou d'un petit groupe d'entre eux. L'attention est ainsi conditionnée par un mécanisme d'arrêt. » Quoique Oddi et Marillier ne partent pas du même point de vue, ils n'en concluent pas moins l'un et l'autre que l'attention agit par inhibition. Oddi oublie trop facilement qu'il y a d'abord une vaso-dilatation centrale au cerveau durant l'attention ; l'inhibition périphérique ne vient qu'ensuite ; le premier acte qui a apparu, c'est la vaso-dilatation locale. Du point de vue psychologique, cela se conçoit très bien. Il faut nécessairement à l'encéphale un surcroît d'énergie, pour qu'il puisse maintenir et renouveler, dans la forme, l'idée ou le groupe d'idées, qui le préoccupent. Il faut que cette idée ne reste pas un instant « inerte », dans le cortex psychique ; il faut qu'elle soit mue constamment ; il faut l'examiner par tous ses « aspects », si l'on veut arriver à la connaître d'une façon pleine et entière. L'attention est le meilleur agent de
(i) Oddi, V Inibizione dal punto di çLsta fîsiol.-patoi., etc. Turin,
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la connaissance. Selon que l'on est partisan de la théorie centrale ou de la théorie périphérique, l'on explique l'attention : I» par un mécanisme moteur actif ou 2° par un mécanisme d'arrêt. Avant d'aller plus loin, je propose la définition suivante, parce qu'elle me paraît tenir mieux compte des phénomènes physiologiques : l'attention, c'est la concentration active ou passive de l'esprit, au profit d'une idée ou d'un groupe d'idées. Au point de vue physiologique, elle était surtout la sensation générale de la contraction musculaire, L inlïuence du sang au cerveau est, pour celui-ci, un stimulant énergique. Les cellules nerveuses produisent, de la sorte, une plus grande activité et l'idée première, l'idée que s'est choisie le cerveau, bénéficie, sans aucun doute, de ce surcroît de vie et de mouvement. Aussi, il n'est rien de plus fatigant, pour notre esprit, que l'attention : l'elTort psychique fatigue et lasse assez vite Pour lutter avec avantage contre la distraction, il faut être capable de bien commander à ses muscles, il faut être, en un mot, bien doué et bien organisé.
L'attention se réduit, en définitive, à la sensation générale d'efiort psychique. La volonté, à son tour, n'est que l'attention déguisée sous un autre nom et sous une autre forme. C'est pourquoi il est bon que je montre maintenant comment et pour quelles raisons il est possible de grouper l'attention, l'eftbrt et la volonté, et d'en faire la matière constitutive de l'adaptation mentale .