L'attention et la volonté
Alors que les sentiments et les émotions dissolvent et désagrègent souvent les facultés psychiques, Tattention et la volonté, au contraire, les groupent en faisceaux, les synthétisent et les unifient. L'attention et la volonté sont, au fond, une seule et même chose : la volonté n'est que la conséquence logique de l'attention. L'on ne pourrait être attentif, surtout longuement, si Ton ne le voulait pas. L'attention contient de la volonté ; la volonté est l'effet dont l'attention est la cause, La plupart des psychologues se sont plu à discerner jalousement l'eftort de l'attention, et celle-ci, de la volonté. Toutes ces différenciations sont, non seulement subjectives, mais encore arbitraires. Les manuels de philosophie et de psychologie (i) les plus connus nous disent volontiers que l'acte volontaire présente, en surplus des attributs ordinaires des fonctions conscientes, un autre attribut : il est nouveau et complètement conscient (2). Il est très difficile de dire qu'un acte psychique est nouveau. S'il existe des réactions psychiques complètement nouvelles, elles sont des plus rares. L'on ne saurait donc insister trop longtemps sur la « nouveauté » de l'acte d'attention ; d'ailleurs, ce sentiment de nouveauté se rétrécit, au fur et à mesure que l'homme avance en âge.
En deuxième lieu, dire qu'un acte volontaire est complètement conscient, c'est se déclarer partisan du libre arbitre. Les progrès incessants des sciences ont cependant montré amplement que le libre arbitre n'est nulle part dans la nature, sauf dans le cerveau des gens épris d'idéalisme transcendental.
Reprenons maintenant la première idée que nous avons rencontrée et voyons en quoi consiste la nouveauté d'un acte psychique. Il prend d'abord le « fond » des images et des idées qui lui sont nécessaires, dans le champ de notre expérience héréditaire et acquise ; la nouveauté consiste
(i) Voir Radier (Psychologie, 1, Volonté) ainsi que les manuels de Boirac, de Pierre Janet, de Paul Janet, Fonsegrive, etc.
(2) Voir le Manuel de Philosophie de Pierre Jambt,i vol. in-12, Paris, 1903, p. i56.
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ainsi, dans l'adaptation souple et aisée à un état donné et précis : elle implique une synthèse ajipropriée d'images et d'associations d'idées, parentes des images et des associations correspondant à l'acte que l'on se propose d'accomplir. Est-ce à dire que cet acte est complètement nouveau ? Pas le moins du monde.
Le jeu que nécessitent les associations d'idées peut aussi contenir quelque nouveauté, quoiqu'elles proviennent, à leur tour, du vieux fonds de notre expérience acquise. A[)rès ces quelques restrictions, qui me semblaient indispensables, je reconnais volontiers maintenant que l'acte volontaire est certainement le plus conscient de nos actes psychiques. S'il n'est pas absolument libre, c'est parce que le déterminisme scientifique et la sim[)le réalité montrent amplement que tout acte psychique subit des influences extérieures et intérieures que l'on peut arriver à atténuer, mais que Ton ne peut supprimer complètement.
L'attention et la volonté constituent, sous un aspect différent, le même phénomène. Toutes les qualités de la volonté se retrouvent, à un même degré, dans l'attention. Nous savons que l'attention s'adapte selon le cas et les circonstances ; qu'elle est aussi consciente que la volonté, car la tendance à la distraction est là, toujours vigilante, qui l'avertit de la réalité.
La volonté représente donc, en définitive, le troisième stade de l'adaptation mentale. Je conclus, en outre, tout naturellement avec M. W. James (i), que l'attention est une forme de la volonté, quoique je préférerais renverser les termes et dire que la volonté est la conséquence logique et totale de l'attention. Mais une troisième conclusion s'impose : après avoir montré la filiation qui existe entre l'eflort psychique, l'attention et la volonté, il faut faire un acte de simplification, de réduction psychologique ; il faut dire que ces trois modes de l'activité intellectuelle peuvent être groupés sous le nom collectif d'adaptation mentale. En adoptant ce point de vue, l'on fait cesser, du même coup, un certain
(i) W. Jame-, The Princ. of Psycholog., t. II. Voir aussi « l'Habitude ») et« la Volonté », traduits par Fr. Abauzil et extr. des Princ. of psych. (Biblioth. de l'Union pour l'action morale).
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nombre de malentendus regrettables. Il y a une adaptation mentale, comme il y a une adaptation organique et l'eftort, l'attention et la volonté constituent les trois étapes successives que parcourt l'adaptation mentale avant de parvenir à la plénitude de son développement.
Avant d'étudier les etfets psychologiques immédiats que produit l'attention, il importe que je dise un mot des éléments aflectifs qui se greffent sur elle et que j'étudie, un instant, les rapports qu'elle peut avoir avec les phénomènes de l'habitude.