L'attention et les sentiments
Il faudrait bien se garder de confondre l'attention avec les éléments affectifs qui s'y surajoutent, assez souvent, et peuvent même, à un moment donné, l'absorber presque entièrement. Si, en passant dans la rue, j'entends quelque musique familière ou agréable, je m'arrête et j'écoute. Mais mon action d'arrêt s'est accomplie automatiquement, comme malgré moi. L'excitation est ici très intense et très active. Quant à moi, je viens déjouer un rôle à peu près passif. La musique qui me plaît m'immobilise. L'excitant externe est donc actif; il me provoque et je me laisse toucher. Le phénomène vient à moi, mais je ne vais pas vers lui, en quelque sorte, parce que je suis envahi, comme malgré moi.
Il n'y a pas, dans ce cas, la lutte de choix, le sentiment de tension psychique ni l'effort général organique qui caractérisent l'attention intellectuelle et volontaire. Il suffit que le sentiment influe sur l'une quelconque de nos facultés psychiques, pour que, aussitôt, celle-ci subisse une dissociation plus ou moins nette de ses éléments. Le sentiment dissocie et affaiblit l'attention volontaire, c'est-à-dire qu'il rend l'adaptation mentale moins souple et moins aisée. L'attention vraie, c'est l'attention volontaire et même aussi l'attention spontanée, lorsqu'elle n'aboutit pas à l'attention-sentiment pro[)rement dite. Certes, je reconnais Teffioacité du facteur sentiment,de Télément «surprise » ou a étonnement».
PSYCHOLOGIE DE l' ATTENTION 87
comme stimulant premier de l'attention (i). Mais leur action ne saurait durer, sans atteindre gravement le libre jeu de l'altention.
L'individu ne peut être réellement attentif dans la joie ni dans la tristesse, parce que l'état de parfaite attention implique finalement l'absence de tout élément affectif. Le sentiment na d'influence qu'au début de l'acte d'attention, et seulement comme stimulant de cet acte.