‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 30 sur 77 · L'attention et l'habitude · texte numérisé non relu

L'attention et l'habitude

L'exercice rationnel de l'attention conduit directement à l'habitude, je veux dire, par là, que la part « d'attention », dite nouvelle, diminue au fur et à mesure que nous répétons un même acte. C'est dire aussi qu'il existe une éducation de l'attention, qui s'efforce de rendre automatiques les actes que nous accomplissons, dès leur origine, avec eflort et lenteur. Qu'est-ce que l'éducation ? C'est l'art de faire passer le conscient dans l'inconscient, répond le D"" Lebon (2). L'esprit prend l'habitude de se concentrer, de faire effort sur lui-même, comme il prend l'habitude de rester inactif, de ne rien faire. L'esprit est particulièrement plastique et malléable. 11 se plie à toutes les circonstances, il s'adapte à une foule de situations différentes.

Mais notre cerveau ne saurait se faire toujours effort, sans s'user très vite ; c'est pourquoi a l'habitude » ménage nos énergies et notre activité. L'habitude constitue l'économie de l'effort. Cependant, il faut bien se garder de prendre pour de « l'attention » certains phénomènes automatiques, qui ne sont pas, non plus, l'habitude, et dont ils serait^nt plutôt les antagonistes. L'attention qui, pas plus que l'habitude, ne doit avoir rien de « fatal » ni de mécanique « ne se borne pas, dit Pierre Janet (3), à maintenir une image

(i) vSelon Descartes, « l'étonnement » était la première des passions de l'àme.

(2) D' Lb Bon, Psychologie de l'éducation. Bibl. de philos, scient.» I vol. in-i8, Paris, 1904. (Voir la devise de ce livre.)

(3) Pierre Janet, Article : Attention, dans le Dictionnaire de Physio^ logie de Gh. Richet, t. I, p. 835, Paris, F. Alcan, 1895.

présente à l'esprit, mais elle travaille encore à combiner cette image avec les autres ». I^es phénomènes d'habitude^ créés par l'attention, permettent à cette dernière de ne jamais rester inactive et de constituer, à tout moment, de nouvelles synthèses d'idées, lesquelles, à leur tour, deviendront habituelles. L'attention est donc douée d'une activité consciente et d'une ardeur inassouvissable. Elle n'est pas et ne peut pas être une activité quelconque qui ignore son but, sa fin et ses moyens. L'attention n'est pas un aveugle ressort. Elle n'est pas dans notre esprit comme un pilote sans boussole et sans gouvernail, mais, au contraire, elle suppose une énergie toujours consciente, toujours intelligente, toujours disposée à s'adapter aux circonstances : elle se meut sans cesse ; elle n'immobilise un « instant » dans la durée, une idée ou un groupe d'idées, que pour les rendr'e plus mobiles et plus vivantes ; elle crée des habitudes mentales qui rendent les plus grands services à la nature humaine : par l'expérience, elle provoque, en nous, des associations d'idées, des jugements, des raisonnements habituels, etc.

L'attention et l'habitude sont liées étroitement l'une à Pautre, bien qu'elles semblent être opposées, dès l'abord. A mesure que disparaît le sentiment d'effort, l'habitude se crée et se fortifie. Le jour où une action, à force d'être répétée, ne nous coûte plus aucun eff'ort, cejour-là, l'habitude a atteint son plein développement. L'attention, en se retirant en partie de la conscience d'une action, fait place à l'habitude. C'est pourquoi l'habitude est avant tout, et par-dessus tout> l'économie de l'effort, de l'attention.

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