L'attention donne naissance à des associations
d'idées.
Far le seul fait que l'individu est attentif, il crée en lui de nouvelles associations d'idées, de nouvelles images mentales. L'attention possède un certain pouvoir de création, parce qu'elle adapte son objet à toutes les situations po sibles, parce quelle le choque, en quelque sorte, avec toutes les idées parentes ou connexes. L objet de l attention n'est bien connu parcelle-ci que lorsqu'elle a pu le mettre en rapport avec d'autres idées similaires ou contraires. L'attention meut son objet, dans tous les sens, le compare à un grand nombre d'auties objets, afin de le connaître dans toutes ses parties, dans tous ses attributs. C'est en ce sens que l'attention est
I. L'automatisme est considéré, dans les expériences psychométriques, comme un signe de fatigue. Le D"^ Zactiarie Trêves iaiirme un peu cette opinion.
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créatrice de jugements, d'idées et qu'elle est à la base de la dccouvei'te et du progrès scientifique. La multitude passe, insouciante ou distraite, devant lesphénomènesde la nature ; le savant s'y arrête, s'y intéresse, et finit par trouver quelque idée, quelque vérité nouvelle. Combien de millions de marmites avaient dû bouillir avant Papiii ! Mais la masse indilïérente, terre-à-terre, et utilitaire s'était bien gardée de se demander pourquoi le couvercle de la marmite était ainsi soulevé? Papin, qui était doué des qualités du bon observateur, fit jaillir aussitôt de son cerveau l'association d'itlées suivante : couveicle soulevé, parce que, eau en ébuHition ; eau en ébullition dégage vapeur; vapeur possède force, et force soulève couvercle.
L'attention crée donc de nouvelles associations d'idées^ elle nous fait connaître les tenants et les aboutissants, les^ propriétés et les défauts d'un système, d'un objet, d une idée, elle nous découvre, en un mot, des horizons, des mondes nouveaux. Comment en serait-il autrement ? L'acte d'attention est un acte d'adaptation, qui implique, de ce fait, une certaine nouveauté, et suppose la création de nouvelles images, de nouvelles idées. P]lle enrichit contiimellement notre idéation et noire souvenir. En fixant mon attention sur un point quelconque de mon corps — a dit Hunter — je suis sûr de faire naître une sensation !... nouvelle, aurait-il pu ajouter. A une sensation, à une perception nouvelle, il faut de nouvelles images pour la représenter et la fixer. Ces nouvelles images, ces nouveaux souvenirs créent ou créeront aisément, par la suite, de nouveaux rapports, de nouvelles associations d'idées.
lo. — L'attention est créatrice de souvenirs.
Bien que j'aie déjà dit un mot de l'action bienfaisante que produit l'attention sur la mémoire, il est utile que j'insiste un peu maintenant» sur cette question. Sans doute, la mémoire affective enregistre souvent, à notre insu, des sensations qui impliquent peu ou pas d'attention de notre part. L'esprit réagit sans cesse, grâce à la finesse de nos
appareils sensoriels et à l'excitabilité facile de nos nombreux réseaux nerveux ; il enregistre constamment des souvenirs, parce que constamment il est impi-essionné, parce qu'il est (dans la veille) toujours en mouvement. Mais l'esprit le plu» attentif qui soit au monde n'ari-ive jamais à relenir, à enregistrer fidèlement les milliers de sensations diverses qu'il éprouve chaque jour. Il est même d'autres milliers d'excitations quotidiennes, pour lesquelles il ne répond môme pas, parce que l'on ne peut être attentif à trop de choses à la fois, parce que l'on ne peut éprouver et percevoir trop de sensations simultanément. Qu on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, l'intelligence, en général, et, la mémoire et l'attention, en particulier, élaguent et choisissent en raison même de leur pouvoir relatif, parmi les milliards de souvenirs qui heurtent le seuil de notre conscience, pour n'en fixer et n'en conserver qu'un certain nombre. Être attentif, c'est voir différemment et plus clairement un phénomène ; c'est être à même, de ce fait, d'enregistrer et de conserver des images et des idées neuves qui jaillissent à tout instant de l'action même de l'effort. La mémoire, d'autre part, a nécessairement besoin de l'attention, pour fixer et graver plus nettement les souvenirs. La précision ou la fidélité du souvenir est presque toujours en rapport avec l'effort qu'il a coûté. L'autre jour je songeais aux propriétés phosphorescentes de certains animaux. Je m'émerveillais sur ce pouvoir mystérieux dont jouissent ces êtres vivants. Après quelques minutes de réflexion, il me vint soudainement h l'esprit un souvenir assez ancien, dont l'objet m'avait beaucoup intrigué à l'âge de onze ans. Je m'explique : le saule qui grandit sur le bord des ruisseaux et que le cultivateur abat, un beau jour, pour faire du feu, a la propriété de brillei' dans l'obscurité. Le paysan attache même un heureux présage à cette phosphorescence qui, en définitive, le réjouit davantage qu'elle ne l'intéresse. Sachant maintenant que les larves du vers luisant sont i)hosphorescenles, je pensais aussitôt que ces insectes devaient déposer leur» larves dans les anfractuosités de ces arbres. Mon attention fut éveillée spontanément: ce bois ne doit luire, me disais-je, que parce qu'il contient des larves de vers luisant. J« m'informai, je lus les recherches du professeur Rapliaëi
Dubois (i), et je me convainquis bien vite que mon assertion ^tait juste. Que s'était-il passé en moi ? En songeant à la phosphorescence, je me rappelai, en même temps, le souvenir de « bois luisant », qui m'avait tant intrigué jadis. Vivant alors dans un milieu de semi-ignorants, je n'avais pu obtenir rexj)licalion de ce phénomène ; mais à de longues années d'intervalle, je me suis souvenu de mon ancienne préoccupation, laquelle m'a rappelé surtout un long eftort infructueux. Je n'ai pu faire dans mon esprit une association d'idées si prompte, je n'ai pu me rappeler si brusquement un fait, si éloigné, que parce que j'avais apporté, dans mon investigation ancienne, une grande curiosité, mais aussi et surtout, une longue patience et un long eflbrt.
Plus l'on est attentif, et plus l'on provoque en soi d'images neuves, intéressantes et riches, qui formeront, à leur tour, des souvenirs et des associations d'idées nouvelles. L'attention fortifie la mémoire et enrichit sans cesse le souve-^xr.
II. — L'attention, unie à lefiort et à la volonté, constitue notre faculté d'adaptation mentale.
C'est par l'attention que nous enregistrons, que nous coordonnons les faits qui éveillent notre curiosité ; c'est par l'eflort que nous arrivons à fixer et à maintenir notre attention dans le temps ; c'est parla volonté que nous prolongeons l'œuvre de l'clTort et de l'attention.
C'est pourquoi il m'apparaît que l'effort, l'attention et la volonté sont les trois stades d'une propriété plus générale de notre esprit : l'adaptation mentale. Par celle-ci nous groupons, nous unifions, nous concentrons nos idées. Dans l'adapta lion mentale, il y a synthèse d'éléments psychiques, tandis que dans l'émotion, par exemple, il y a dissociation de notre activité psychique. L'adaptation s'éduque et se perfectionne. 11 est certain que Pasteur (q) ne suivait pas dès sa jeunesse, avec la même facilité, les méandres parfois
(i) Raph. Dubois, Leçons de physiolog. expérim., i vol. in-8*, Paris, i8y8. Voir la deuxième partie de cet ouvrage (ppt 3oi à 639). (2) Voir DucLAUx, Histoire d'un esprita vol. in-8%l'aris, 1893.
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capricieux des phénomènes de la nature, comme il le fit, dans Tà^çe mûr, alors qu'il s'était instruit, alors qu'il s'était assoupli, en quelque sorte, à la marche des phénomènes de la vie. C'est un des esprits qui ont le mieux su associer, coordonner, grouper et dissocier des faits. C'était avant tout un esprit concentré et attentif. Il s'adaptait facilement et rapideiiient aux phénomènes les plus inattendus ; il se faisait sympathiquement « bactérie», microbe ou ver à soie, pour mieux pénétrer la vie, les habitudes, la constitution des infiniment petits. Dès qu'il en savait assez long, il sortait de cette enveiop[)e provisoire qu'il s'était librement donnée et il légiférait puissamment sur la vie, la maladie et la santé. Les étapes qu'il franchissait, pour parvenir à la découverte, les tâtonnements rationnels et méthodiques qu'il employait pour atteindre la vérité, constituent, peut-être, le plus beau traité de méthode, d'investigation scientifique que nous ayons. L'adaptation mentale s'aide donc surtout de l'attention, parce qu'elle ne peut s'assouplir à un objet, pénétrer les phénomènes, les associer à d'autres phénomènes, les grouper, en un mot, selon leur parenté ou leur importance, qu'avec l'aide de l'attention. L'effort est, a priori, dans l'attention et la volonté y est, pour ainsi dire, a posteriori. L'attention est la plus importante des propriétés de radai)tation mentale, parce qu'elle contient l'effort, tel qu'on l'entend psychologiquement, et qu'elle constitue, en outre, le meilleur facteur de la volonté. L'adaptation mentale représente la forme la plus perfectionnée de notre activité psychique ; elle groupe sans cesse nos images mentales ou les dissocie, selon le cas: aussi, par l'effort, l'attention, la volonté et par son pouvoir de synthèse mentale, l'adaptation psychique oblige, pour ainsi dire, la nature à se dévoilera notre curiosité inlassable.
Degrés de l'Attention