‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 36 sur 77 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dissolntion des réflexes. — Troubles des sensations externes et internes. — Troubles vasculaires, digestifs, viscéraux et chimiques. — Poisons de l'intelligence. — Conclusions.

Introduction

Après avoir étudié en détail l'évolution progressive et normale de l'attention, il importe que nous examinions maintenant à fond sa dissolution progressive et pathologique. L'étude expérimentale des phénomènes qui obscurcissent l'intelligence en général, et l'attention en particulier, ne peut être pour nous que d'un grand profit.

Nous allons voir que l'attention, ainsi que tous les phénomènes psychiques, ne se désagrège pas seule ni tout d'un coup. En quittant une intelligence qui se dissout, elle entraîne, en même temps, la plupart de nos facultés d'élaboration. L'attention ne semble consentir à partir que lentement, que progressivement de la conscience. Les premiers désordres qu'elle provoque sont presque toujours ignorés du malade, voire même du médecin. Ce n'est que plus tard, alors qu'il sera souvent trop tard, qu'apparaîtra, dans toute sa profondeur, le vide qu'elle laisse.

Sans doute, les phénomènes psychiques sont d'une telle complexité, qu'il importe d'être prudent lorsqu'il s'agit d'interpréter les formes morbides qu'ils peuvent revêtir. Etant

la8 PHYSIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE DE l' ATTENTION

donné que nos facultés psychiques les plus complexes et les plus perfectionnées sont, en même temps, les plus délicates et les plus fragiles, il ne faut pas s'étonner qu'elles soient les premières victimes de la désagrégation mentale. Celle-ci procède par ordre de complexité décroissante. Gomme l'attention est placée aux plus hauts degrés de la hiérarchie psychique, elle est indiquée pour disparaître la première et en même temps que l'adaptation mentale. Je puis dire même, sans crainte de me tromper, qu'il n'existe pas de malade de l'esprit qui ne présente des troubles, plus ou moins caractérisés, de l'adaptation mentale, c'est-à-dire de l'attention et de la volonté.

a, — État de la psychologie pathologique en général.

Il serait puéril de demander déjà à la physiologie et à la pathologie mentales de nous expliquer le mécanisme intime qui régit la désagrégation des facultés de l'esprit; d'ailleurs les psychiatres se sont avisés trop tardivement d'introduire l'interprétation psychologique dans les maladies mentales, pour qu'il nous soit permis d'être exigeant. Ils se sont enfin aperçus que leurs belles descriptions cliniques ne suffisaient pas à expliquer les anomalies de l'esprit et qu'il fallait y adjoindre quelque chose de plus, le « sens psychologique )). Sous l'impulsion d'hommes éminents, comme Charcot, Bail, Falret et Lùys, la psychologie pathologique a pu se fonder hardiment. Les beaux travaux de Ribot, sur les maladies de la volonté, de la mémoire et de la personnalité, que tous les psychologues et tous les médecins ont lus, constituent, en France, la base solide d'une psychologie nouvelle: la psychologie pathologique.

Est-ce à dire que tous les médecins et tous les psychologues ont profité des secours de cette branche nouvelle de la science? Je le voudrais, pour ma part; mais malheureusement il n'en est pas ainsi. Ceux-ci continuent à «s'introspecter», comme au bon vieux temps, feignant d'ignorer qu'il existe une psychologie pathologique, qui progresse chaque jour, grâce à l'alliage heureux de l'extrospection et de l'introspec-

tion ; ceux-là. et ils sont encore nombreux, ont l'air de se soucier fort peu de la méthode psychologique : ils se contentent de détailler, tout au long, des histoires plus ou moins curieuses qui appartiennent à des malades non moins curieux, et c'est tout. L'on dirait, à les entendre ou à les lire, qu'ils ignorent la valeur et la portée de ce qu'ils étudient ; l'on dirait qu'ils n'ont d'autre souci, que celui d'être des appareils enregistreurs d'un autre genre. Fort heureusement pour nous, ces psychologues et ces médecins retardataires, représentent le petit nombre à l'heure qu'il est, car l'on doit reconnaître que la psychologie pathologique est activement étudiée par la majorité des psychologues, des neurologistes et des aliénistes. Il n'y a qu'à lire les travaux de Ribot, Pierre Janet, Binet, G. Dumas, etc., d'une part, et ceux de Brissaud, Joffroy, Grasset, Magnan, Raymond, Sollier, Toulouse, etc., d'autre part, pour se convaincre aussitôt des avantages considérables qu'ont trouvés ceux-ci, à faire de la psychologie et ceux-là, à se familiariser avec les méthodes adoptées en pathologie nerveuse et mentale. Il va de soi qu'en pareille matière, la réalité nue n'est pas assez éloquente, par elle-même, puisqu'il faut la commenter.

Je n'ignore pas, non plus, qu'il est difficile de faire de bonnes observations. Il faut agir surtout avec méthode. Gardons-nous d'étudier hâtivement un malade et de le comparer aussitôt à un autre malade ou à d'autres malades, ou encore de le faire entrer, après ce premier examen sommaire, dans une classification générale. Il est infiniment préférable d'étudier à fond chaque individu, et de le comparer, pendant quelque temps, avec lui-même (i). Par la suite, il sera beaucoup plus facile de mettre en parallèle les différents sujets et de dégager, de leurs maladies, des lois générales qui auront de grandes chances d'être vraies. La psychologie pathologique générale ne peut avoir une valeur et une portée scientifiques, que tout autant qu'elle se fonde sur des psychologies individuelles établies sérieusement.

Tels sont les préceptes dont je me suis inspiré pour établir

I. M. G. Dumas est un des plus fervents propagateurs de cette excellente métbode, qu'il map.ie, d'ailleurs, avec beaucoup de science. Voir son beau travail: la Ti'istesse et la Joie, i. vol. in-8% Paris, F. Alcan, 1900.

la psychologie pathologique de rattention. Sachant maintenant que la dissolution de cette faculté est en rapport avec beaucoup d'autres phénomènes organiques, et connaissant, en outre, toutes les difficultés du problème, il importe d'agir avec prudence selon la méthode que je viens de formuler.

L'on note d'ordinaire, en même temps que l'affaiblissement de l'attention, des troubles des réflexes généraux et sensoriels : des aberrations des sens et de la sensibilité générale ; des modifications respiratoires, circulatoires et de la digestion ; des troubles viscéraux, chimiques du sang, de la température générale, etc. Quoique toutes ces modifications physiologiques soient susceptibles d'atteindre bien des degrés, elles accompagnent toujours l'acte d'attention.

b. — État des réflexes dans la dissolution de l'attention.

L'organisme choisit deux modes de réactions, pour répondre à la fatigue, ou à l'action « toxique » de la désagrégation mentale. En premier lieu, les réflexes généraux sont supprimés ou n'existent que faiblement ; en deuxième lieu, ils s'exagèrent notablement. Gomme les phénomènes réflexes constituent, pour l'homme, l'activité psychique la plus élémentaire et la plus ancestrale, comme ils s'accomplissent d'ordinaire automatiquement et mécaniquement, il ne faut pas être surpris, qu'ils ne soient pas aussi fortement atteints par la dissolution de l'esprit, que ne l'est l'activité psychique proprement dite.

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