État de rattention après Tabsorption des poisons
psychiques.
Les deux principaux toxiques du système nerveux sont le chloroforme et l'éther. L'action anesthésique, provoquée par ces deux substances sur l'intelligence, peut être facilement démarquée en trois étapes consécutives.
Le premier degré ressemble beaucoup à l'ivresse alcoolique. L'on y observe couramment du vertige, un manque d'équilibre (troubles de l'orientation) et une exaltation générale des différents sens ainsi que de l'activité cérébrale.
La deuxième étape correspond à une anesthésie bien généralisée, qui se caractérise surtout par l'insensibilité à la douleur. Malgré cela, si elle ne s'accroît pas, l'excitabilité réflexe est tout au moins conservée sous sa forme ordinaire.
Dans la troisième période, l'on assiste à la disparition des réflexes de la vie de relation : les muscles des membres sont relâchés presque complètement. Les réflexes qui entretiennent la vie de nutrition sont les seuls conservés. Cette étape marque profondément la dissolution du « moi » pensant et conscient; Thomme qui en arrive à de telles extrémités ressemble davantage à un automate qu'à un être conscient et intelligent.
Je dois reconnaître cependant que, si tous les toxiques du système nerveux produisent, au fond, les mêmes résultats, ils n'y arrivent pas toujours par les mêmes moyens : l'on pourrait donc les classer, selon leur forme d'action.
L'ivresse du vin ne saurait être comparée rigoureusement
l46 PHYSIOLOGIE ET PSTCHOLOGIE DE l'aTTBWTION
à l'anCvSthésie produite par l'éther ou par le chloroforme^ quoiqu'elles aient, au fond, les mêmes effets psychiques. Le vin exalte d'abord un peu Tintelligence, puis la fait dévier de la logique normale, et l'exalte encore outre mesure, puis enfin, l'anéantit provisoirement, en abolissant la mémoire, l'attention et l'adaptation mentale. 11 est certain que les alcools, les éthers, les essences et leurs dérivés agissent de préférence sur le système nerveux central. Ils exaltent d'abord le système nerveux, puis le paralysent et le dépriment finalement. Ayant assisté à quelques séances d'intoxication par le haschisch, j'ai pu établir des analogies frappantes entre le processus de son action nocive et le processus d'intoxication des autres poisons de l'intelligence. L'adaption mentale, l'attention disparaissaient en premier lieu, puis venaient les troubles de la mémoire, de l'association des idées, des sentiments, de la sensibilité générale. Le chanvre indien agit nettement, selon l'ordre de complexité décroissante des facultés psychiques. Le poison paralyse d'abord les facultés complexes et n'agit que progressivement sur les facultés qui sont plus anciennes ou qui sont reconnues comme plus simples, telles que les actions automatiques réflexes et instinctives. Du reste. M"® Joteyko (i) qui a étudié spécialement la marche progressive des toxiques du système nerveux, est arrivée à préciser cette action d'une manière satisfaisante et selon l'ordre de susceptibilité de nos organes. D'après cet auteur, tout poison franchit sept étapes successives :