Effets particuliers de la désagrég-ation de rattention
Tel m'apparaît le processus de la désagrégation de l'attention. Parti du neurasthénique, du psychasthenique.de l'hystérique et du débile, etc.. qui sont plongés dans l'inlériorité mentale, en raison de leur faiblesse organique et de leur aboulie,j'ai voulu les caractériser parune marque commune, le « besoin de direction ».
J'ai rencontré ensuite, dans la deuxième série (déments, crétiniques, etc.). une aboulie générale qui rend la réaction, même la réaction volontaire, lente et difficile Ici, les malades ne se rendent pas compte de leur faiblesse d'attention et de volonté ; aussi n'ont-ils pas l'idée de demar.der des conseils, de se faire guider dans la vie sociale, comme les hystériques ou les neurasthéniques. La troisième étape (persécutés réticents, mélancoliques simples, excités maniaques, etc.) nous amis en présence des caractères morbides nettement systématisés ou franchement impulsifs. Les malades de la quatrième série (mélancoliques anxieux et confus, excités maniaques avancés, persécutés typiques) réalisent, sans aucun doute, l'extrême impulsion ou l'extrême systématisation. Enfin le cinquième groupe n'implique déjà plus d'atten-
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tien, puisqu'il nous représcnle, d'une part, l'inconscience congénitale (idiotie), ou acquise (confusion, stupidité), ou voulue (mysticisme).
Ce qui nous a frappé le plus, c'est que la désaj^i'égation de l'attention agit à l'inverse de l'évolution ; celie-ci va du simple au coujplexe, et proirresse de moins à plus ; celle-là part du complexe pour revenir au simple. Il se trouve donc que, sans le rechercher particulièrement, nous avons fait l'analyse et la synthèse (pathologique) de raltenlion. Nous avons assisté à son évolution comme à sa dissolution ; nous l'avons vue, partout et en tout.jouer le premier rôle. L'attention, qui est une propriété générale, à mécanisme actif, de notre système nerveux, est aussi la faculté la plus importante de la vie mentale : elle se mêle, elle prend part à la plupart de nos actes psychiques, elle est une arme investigatrice, nettement olfensive de notre vie psychique. La désagrégation s'attaque d'abord à l'attention volontaire, puis atteint progressivement 1 attention atfective, ensuite l'attention spontanée et ne laisse subsister enfin que des résidus d'instincts, qui sont la négation même de toute action consciente. Mais dans cette marche de l'intoxication de l'intelligence,nous n'avons pu percevoir et distinguer que quelques stades ; il doit y avoir des millions de degrés que nous ne connaissons pas et qui doivent servir de trait d'union aux grandes étapes que nous avons démarquées. L'intelligence ne se désagrège que progressivement, que lentement: ellepasse par de nombreux degrés avant d'arriver aux ténèbres et à la nuit de la vie instinctive.
3. — Disparitions éphémères de l'intelligence et dédoublement de l'attention.
Je voudrais dire un mot maintenant du dédoublement de l'attention, en rapport avec les oublis, les « disparitioni^ éphémères » et les fugues de la conscience.
Le dédoublement de l'attention comprend un certain nombre d'états secondaires, qui s'étendent, entre les absences partielles de l'esprit et les fugues plus ou moins durables. Ne vous est-il pas^ arrivé d'écouter des gens qui s'inter-
rompent parfois brusquement, au beau milieu de leur conversation et qui ne savent plus ce qu'ils veulent dire ? Le cas est beaucoup plus fréquent chez les femmes que chez les hommes : fi Je n'y suis plus », dit celle-ci. « Je me perds », dit celle-là. Ce n'est qu'après quelques minutes de répit qu'elles peuvent reprendre leur conversation. Je sais une jeune fille qui, après quelques minutes de lecture, de lAiala de Chateaubriand, fut obligée de s'interrompre. parce qu'elle eut « connue une absence », i)arce qu'elle ne comprenait plus ce qu'elle lisait, parce qu'elle ne savait plus où elle en était. Je (Mois, pour ma part, que ces oublis partiels doivent provenir d'une insuffisance de la circulation, ou encore de la toxicité sanguine. 11 y aurait ainsi une anémie cérébrale momentanée et provoquée par un ralentissement brusque du cœur.
Mais le vrai dédoublement de la personnalité et, en même temps, de l'attention, commence avec la fugue hystérique. Il ne faut pas la confondre avec la fugue épileptique, laquelle est purement automatique, car le sujet se livre en pareil cas et inconsciemment à des extravagances.
La fugue hystérique représente l'état second du somnambulisme. Klle naît la plupart du temps d'un désir et, préférablement, du désir de voyager. L'automatisme ambulatoire classique se présente surtout dans les formes d'hystérie. Pitres (i ) nous cite un cas des plus expressifs, se rapportant à un militaire :
G. . ., âgé de dix-huit ans, quitte brusquement la caserne : il est arrêté quelque temps après. L'examen médical révèle qu'il possède toutes les tares du dégénéré. L'on apprend alors qu'il a eu, dans son enfance, des accidents hystériques bien caractérisés. Il s'est toujours montré très impulsif: aussi sa vie a été assez mouvementée et assez agitée. En six mois de temps, il avait déserté cinq fois la caserne. Mais il se rend fort bien compte de la gravité de son action, puisque à chaque escapade, il s'empresse de quitter son habit militaire. Au moment où on l'a arrêté, pour la cinquième fois, il a indiqué, avec précision, l'endroit où il avait déposé une
(i) PiTiir.s et Rkgis, les Obsessions et les Impulsions^ i roi. in-12, Paris, 1902, pp. 392 etsuiv.
partie de ses effets militaires. Cependant, maljçré les renseignements qu'il a fournis, l'autre partie est restée introuvable.
Prenons encore un autre exemple de dédoublement de la personnalité; il s'agit delà célèbre malade du D'" Azam, dont tous les psychologues ont lu les aventures. Gliez elle surtout, l'état A ignorait l'état B, mais dans l'un comme dans l'autre cas, elle se conduisait à peu près correctement. Il semble cependant que l'élat second est dirigé plutôt par la vie automatique et habituelle que par la vie consciente. I*e dédoublement de la personnalité chez de tels malades, qui présentent déjà des dégénérescences sérieuses, ne [)eut que les affaiblir davantage. Leur attention normale étant déjà très faiblr, surtout leur attention volontaire, l'état second^ qui, en aucune façon, ne peut êlre séparé, comme par une cloison étanche, de l'état premier, ne nous révèle, encore une fois, que les formes habituelles et automatiques de l'altention. Pour tout dire,ces phénomènes se rapprochent surtout du rêve ordinaire, et, encore mieux, du somnambulisme.