Effets mentaux de la désagrégation de l'attention
Les sensations externes et internes sont toutes, plus ou moins atteintes dans les maladies mentales. L'attention, spontanée et T attention affective constituent la dernière force de résistance, contre la désagrégation de l'esprit : si elles résistent longtemps, elles n en finissent pas moins par succomber à un moment donné.
Le sens interne le plus atteint et le plus indiqué à l'action néfaste de la dissolution de l'attention est le sens cénesthésique. Étant le sens de l'extérieur, le sens de l'existence, il constitue le germe de la personnalité totale de l'individu. Sa désagrégation se fait lentement mais sûrement. L'on ne soupçonne pas au début les dégâts produits, mais ils apparaissent à un moment donné dans toute leur netteté.
Dans la vie normale, l'attention clarifie et rend plus nets les états de conscience. Dans la vie pathologique, la dissolution de l'attention provoque la «nuit» dans la conscience. Plus elle se retire d'un esprit et d'autant l'impulsion et
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rinstinct s'en emparent. L'affectivité basse et grossière gou- Terne maintenant l'esprit privé d'attention ; il vogue à la dérive comme un navire sans jjiiote. Les pertur Dations mentales grandissent d'autant plus que la conscience ne ressent jlus l'utile oscillation qui maintient toujours présente la sensation d'ellort et d'attention. Plus nous avons avancé dans la hiérarchie pathologique, et i)lus se restreignait la pai't de l'attention volontaire et habituelle.
6. — Il y a diminution de la rapidité des processus nerveux dans l'attention pathologique.
Chez les normaux, la vitesse de la réaction était en rapport avec le degré d'attention. Chez les malades, là vitesse de réaction est en fonction de l'état de leur désagrégation mentale. L'attention est maintenant lente et paresseuse, parce qu'il n'y a plus d'unité dans la conscience, parce que l'esprit se dissout et se désagrège.
Avant déparier des recherches que j'ai faites sur ce point, il importe que je dise un mot des travaux qui ont été produits mi [.eu partout, avant les miens.
Baillarger savait déjà, en 16^6, qu'il y a une lésion de l'attention dans la monomanie. Bien [>lus tard, en 1S88, Buccola ( I ) expliquait que l'excité maniaque réagit fort vite, et que sa moyenne de réaction est même avantageusement com^. arable a la moyenne normale. Les durées maxima et minima seules semblent prouver que l'on se trouve en présence de cas pathologiques: elles sont d'autant plus prononcées que la maladie est plus grave.
!« Si l'on consulte quelques-uns des chiffres de Buccola,
l'on voit que le délire éjjilejjtique systématisé fournit des
résultats conformes aux réactions normales. Son sujet réa-
. , . , IIQ , ,
srit a une vitesse de — — de seconde ;
2° Les délires religieux bien caractérisés ne s'écartent
guère, non plus, des réactions normales ; les réactions audi-
(i) Buccola, la Legge del tempo nei fenorneni del pensiero, Milan^ 1888, I vol. in-8\
iSi 1*78
lives s'obtiennent en — - et ~ — de seconde. Ici cepen-
dant les réactions tactiles sont plus paresseuses ; il leur faut
une movenne de et de seconde pour se produire;
3<* Un persécuté bien systématisé fournit, au même auteur»
les résultats suivants : — - — de seconde pour les réactions
auditives et — de seconde pour les réactions tactiles ;
4° Une femme hystérique fournit comme moyenne de
réaction tactile — ^ — de seconde à l'état de veille et
de seconde à l'état d'hypnose.
Le plus pauvre en attention, selon les résultats obtenus par Buccola serait donc l'hystérique. Je dirai plus loin ce qu'il faut penser des expériences de cet auteur. En attendant je continue à citer les travaux qui concernent ce sujet.
En 1893, Philippe et Henri ont étudié les temps de réaction chez les hystériques, mais sans résultat. Marie et Vaschide ont publié, il y a quelque temps les temps de réaction chez certains aliénés. Cette étude est tropbrèveet trop insuffisante pour qu'il soit possible d'en tenir compte. Il y a deux ans, Gonsoni (i) a appliqué la méthode nouvelle de l'esthésiométrie à la mesure des temps de réaction chez les faibles d'esprit. Cette méthode offre cependant de graves inconvénients. Je me borne à constater que cet auteur aboutit à une conclusion assez importante ; il prétend, avec beaucoup de raisons, que l'exercice développe l'attention dynamique.
Le seul travail important sur les temps de réaction est celui duB' Pierre Janet. Cet auteur conclut de ses recherches, qui ont surtout porté sur des hystériques, que les troubles de l'attention existent dans toutes les névroses graves, ajoutant avec un peu trop de scepticisme, que l'automatisme qui
(i) Gonsoni, Temps de réact. chez les faibles d'esprit. Archives d« psychologie^ Genève, 1903 et 1904.
PSYCHOLOGIE PATHOLOGIQUE DE l'aTTENTIOX 17^
termine un grand nombre d'expériences serait, selon lui, de nature à décourager l'expérimentateur (i).
Mais il y a des adversaires assez convaincus de la psychométrie pntholojçique ; en particulier, Wundt ne croit [>as que la réfiction psycliique soit en fonction géométrique de l'intensité de la maladie et des lésions nerveuses, caries conductions opérées dans les nerfs de la moelle semblent, en somme, plus souvent altérées que le temps de réaction psychologique.
En outre, selon cet auteur, la f.itigue se cojni)ortant d'une façon opposée à l'exercice, Tcxamen psychométrique des maladies nerveuses ou mentales n'aurait donné « aucun résultat précis (2) ». Il me sera aisé de montrer que Wundt est un peu trop catégorique dans ce cas. Avant dentrer dans les détails de nos expériences, il importe de dire un mot de la lenteur des réactions tactiles dans les maladies de l'esprit. Nous savons que la sensibilité générale est plus ou moins atteinte dans les maladies nerveuses ou mentales. Noi-malement, cependant, quoiqu'il y ait de nombreuses controverses sur ce point, le temps tactile devrait être plus ra()ide, plus court que le temps auditif. Dans les réactions auditives, il faut un certain temps, si minime qu'il soit, à l'excitation pour qu'elle arrive jusqu'à l'organe récepteur (l'oreille), tandis que dans les réactions tactiles la périphérie se trouve excitée et innervée directement, et le temps de réaction devrait ordinairement être plus court, en raison même de cette innervation directe. En fait, quoiqu'il n'y ait pas de règles à ce sujet, les réactions tactiles sont presque toujours plus longues que les réactions auditives, chez les normaux comme chez les anormaux.
Cet illogisme, si illogisme il y a, doit tenir à deux causes : 1° la périphérie est éloignée du cerveau ; 2" les nerfs et les muscles moteurs de la sensibilité générale doivent trans-> mctti'e moins rapidement une impression que les sens externes. Nous savons aujourd hui, depuis les travaux de Rufini sur l'histologie du derme et de l'épiderme et ceux du
(i) Janbt, Névroses et Idées fixes, 3* édil., t. I, i vol. iii-8', Paris, F. Alcan, 1914. — i'^s Obsessions et La Psjrchasthénie, t. I, i vol, in-8', Paris, F. Alcan, 1904.
(2) Wo.VDT, Étéments de ps^chol. phjrsiolog., traduct. fran^;,, t. II> Paris, F. Alcan, 1888.
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D"^ Raphaël Dubois, sur la physiologie du toucher que, cette lenteur relative, dans la conduction de la sensation tactile, provient des cellules épithéliales qui précèdent le segment myo-neural. Ces cellules, dépourvues de filets nerveux, transmettent au segment myo-neural l'excitation reçue mais avec quelque paresse. Le temps f)erdu vient donc de ce que les cellules épithéliales du derme sont privées de cellules nerveuses.