‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 61 sur 77 · I. — Méthode physique d'éducation de rattention · texte numérisé non relu

I. — Méthode physique d'éducation de rattention

La gymnastique rationnelle sous toutes ses formes, les sports variés favorisent largement le développement intégral de nos facultés psychiques, de l'attention en particulier. Il faut s'efforcer surtout d'apprendre aux enfants l'immobilité volontaire ; il faut les entrp îner aussi à la fatigue physique, par des marches accélérées. Il faut les habituera faire quelques mouvements des bras, des jambes et du tronc, le matin à leur lever, et le soir avant leur coucher. Le football, par exemple, développe simultanément les muscles moteurs en général, les muscles moteurs de l'œil, et, en particulier, l'attention visuelle. Dans ces mclées de camp, où chacun cherche à s'emparer du ballon, c'est le plus habile,

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Je plus a^ile, le plus fort et le plus attentif qui l'emporte sur ses camarades : la sélection se fait ici d'une manière aussi ostensible que brutale.

Éducation de l'attention sensorielle et intellectuelle. — Si les sports, en général, éduquent l'attention générale ou les facteurs composants de l'attention générale, il existe aussi des procédés d'éducation de l'attention sensorielle.

Le tennis, le tir et la chasse constituent des sports excellents pour l'éducation de l'attention visuelle: ici les jeux jouent un rôle primordial. S'il est démontré qu'un organe qui ne fonctionne pas s'atrophie, l'on sait aussi qu'un organe qui fonctionne se développe. La musique, le chant sont aussi d'excellents moyens d'éducation de l'attention auditive. L'attention auditive peut ainsi connaître et percevoir toutes les finesses, toutes les variétés du son.

Enfin, l'attention motrice pourrait se développer utilement et fournir même de grands résultats, si l'on obligeait tous les enfants à apprendre la langue des sourds-muets, parce qu'elle revêt la forme visuelle motrice qui est si riche, si précieuse et si variée. La mémoire surtout s'enrichirait alors considérablement. Tout enfant, tout adulte, embarrassé pour faire un rappel de souvenir, n'aurait qu'à s'adresser à la mémoire et à l'attention motrices. Les muscles retiennent en quelque sorte beaucoup plus aisément que les centres sensoriels de l'ouïe et de la vue. M. Van Biervliet (i), dans son beau travail sur l'éducation de la mémoire, nous a fort bien montré que la mémoire motrice est la plus fidèle, la plus précise, la plus exacte.

Mais il existe un appareil qui a déjà fait ses preuves et qui pourrait fort bien servir à l'éducation de l'attention visuelle, de l'attention auditive^ de l'attention tactile et surtout de l'attention motrice : je veux parler du chronoscope de d'Arsonval {i). L'usage de cet appareil a démontré qu'après

(i) Van Biervliet, Education de la mémoire, i vol. in-12, Paris, F. Alcan, 1903.

(2) Etant donné, qu'en électrothérapie, on emploie des appareils spéciaux qui mesurent les progrès accomplis en même temps qu'ils guérissent, je ne vois pas pourquoi l'on ne se servirait pas de l'appareil de d'Arsonval ou de tout autre appareil similaire et moins coûteux pouréduquer mécaniquement l'attention sensorielle et intellectuelle. Notre pédagogie est trop conservatrice, trop spéculative : il faut, coûte que coûte, qu'elle devienne pratique et expérimentale. Il n'y a de vrai que l'expérience, il n'y a de vrai que ce qui est.

plusieurs séances d'exercices, les sujets (normaux, et sou- Ycnt même anormaux) réagissaieat plus facilement et plus rapidement à l'excitation. Qu'est-ce à dire ? Je ne crois pas qu'il y ait là de l'automatisme pur et simple. Je pense, au contraire, qu'au bout de plusieurs séances, le sujet a fait plus que se familiariser avec l'appareil, il a aussi habitué ses muscles et ses nerfs à l'attention motrice : que demande-t-on de plus à l'éducation ? Cet appareil s'adapte parfaitement à tous les modes d'éducation sensorielle, et l'on ne saurait trop en recommander l'usaji^e, pour fortifier méthodiquement l'attontion sensorielle simple, et voire même l'attention, volontaire ou de choix. Les temps de choix ne sont pas autre chose que des exercices d'attention volontaire et intellectuelle. En même temps que Ton éduque spécialement tel ou tel organe, l'on éduque simultanément l'attention motrice: dans tous ces cas, l'individu réagit avec la main, et cela lui assure une souplesse et une habileté spéciales.

a. — a) Procédés psychiques généraux pour réducation

de rattention sensorielle, de rattention-sentiment,

de lattention intellectuelle ou volontaire.

Dans tous les exercices de récitation ou d'assimilation, l'on devrait habituer les enfants à voir simultanément l'objet, à en entendre le son (s'il y a lieu) et à en percevoir le mouvement lorsque c^est possible. Il faudrait, en d'autres termes, que l'enfant réalisât parlaitement le « test » cloche de Gharcot, c'est-à-dire qu'il vit la cloche, qu'il l'entendît et qu'il la vît aussi se mouvoir. Lorsque le professeur parle,les élèves déviaient enregistrer des sons (ou'ie), du mouvement (vue) et des expressions (mimique, mouvement). Ce n'est qu'en fortifiant simultanément chacune des attentions sensorielles, que l'enfant progressera, qu'il deviendra utilement attentif et volontaire.

Les arts, en général, développent et affinent, on ne peut mieux, l'altention-sentiment. L'i rchitecture, la sculpture, la peintuie s adressent à la vue et aux formes sentimentales, d'ordre visuel ; la musique s'adresse à l'ouïe et aux formes sentimenliiles qui en découlent ; le théâtre, Fart oratoire et

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la poésie développent simultanément, chez l'enfant ou le jeune homme, l'attention-bentiment visuelle (mimique) et l'attention-sentiment auditive (sons), ainsi que les formes supérieures de l'imagination et de l'attention créatrices et investigatrices. La vue du beau, l'audition du beau, la pénétration du beau, suffisent à affiner, chez l'homme, Tattention-sontiment et cela d'autant plus que l'hérédité nous dote, en naissant, d'une bonne part de sensibilité, de sentimentalité et d'émotion.

L'étude rationnelle de l'analyse grammaticale et de l'analyse logique, l'enseignement géographique, les exercices littéraires impliquant des difficultés, les thèmes et les versions de langue sont autant de moyens précieux pour éduquer l'attention intellectuelle. Il faut veiller surtout à ce que lenfant cherche et trouve par lui-même : il faut qu'il sache, dès le jeune âge, produire des efforts adaptés et pour son propre compte.

Les calculs mentaux, l'étude de l'arithmétique, de l'algèbre et des mathématiques, en général,éduquent rationnellement l'attention volontaire ou intellectuelle.il convient surtout de donner à l'entant beaucoup d'exercices à faire, beaucoup de difficultés à résoudre. L'enseignement primaire et surtout l'enseignement secondaire ne doit pas revêtir ce caractère de « cours », ex cathedra, qui étonne davantage les élèves quil ne les instruit. Il importe, par-dessus tout, de dégrossir l'enfant, de lui faire comprendre beaucoup de choses ; mais il faut aussi lui laisser beaucoup de choses à comprendre. En lui donnant de nombreux exercices littéraires ou scientifiques à faii-e, on le met en présence de la réalité, on l'invite à l'effort et on l'oblige à produire, par lui-même, par ses propres forces, des adaptations souples, variées et volontaires. Il me souvient d un maître primaire, qui obligeait ses élèves, après des exercices préalables suffisants, à reproduire mentalement, sans le secours d'aucun (( test », la carte de France par départements : beaucoup d'élèves arrivaient, assez bien, à établir celte carte et selon les formes vraies et selon les contours spéciaux de chaque département. En ce cas, le maître laissait une large part d'elfortet d'initiative d'effort à ses élèves: ceux-ci trouvaient très naturel de résoudre patiemment toutes les difficultés que

leur offrait un pareil travail ; c'est là un très bon exercice de mémoire et d'attention.

Il m'apparait donc que, si l'on savait faire un emploi raisonné de la méthode physique et de la méthode psychique, l'on formerait, avec succès, des générations d'enfants attentifs et volontaires L'école de l'effort peut seule préj>arer des hommes actifs et utiles à leur pays. De plus, le père et la mère de famille devraient stimuler l'énergie de leurs enfants, non par des friandises qui les amollissent et les gâtent, mais par des considérations morales (devoir à remplir, travail fertile) en leur montrant bien que la récompense réside dans l'action même où elle est comme latente. Du devoir accompli naît une récompense morale. Faire une action, pour elle-même, telle est la devise des attentifs, des forts et des volontaires ; faire une action pour obtenir une récompense et une friandise, tel est le mobile trop futile, qui fait agir un trop grand nombre de petits Français. Les mièvreries d'une mère, les sollicitudes d'une grand'mère, les récompenses vénales d'un jjère, jointes à l'enseignement facile et brillant d'un maître, tels sont les adversaires, sans le savoir, de 1 évolution et du progrès de l'intelligence de nos enfants. L'école de leQbrt, c'est l'école d'Athènes: là les éphèbes devaient apprendre toutes les difficultés de la vie, avant d'entrer dans la société. Aussi l'Athénien avait un tempérament robuste et volontaire ; il s'exerçait à l'attention méthodique, il excellait dans la science, dans l'art et dans la philosophie.

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