b) Orthopédie spéciale pour enfants très distraits
La psycho-pédagogie que je viens de développer convient aux enfants en général. Bien que tous les enfants aient une tendance naturelle à la distraction, il en est cependant qui sont beaucoup plus distraits qu'il ne convient. La proportion de ces hyper-distraits s'élève, en moyenne, à deux ou trois sur quinze ou vingt enfants. J'ai trouvé dans des classes comptant quarante-cinq et cinquante élèves jusqu'à douze et quatorze enfants notoirement distraits. Mais il faut se garder d'exagérer et s'en tenir à la bonne moyenne. Pour ces hyper-distraits il
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faut faire œuvre d'orthopédiste avisé et patient. Je donnerai, dans ses grandes lignes, le programme pratique que doivent appliquer les maîtres qui sont soucieux des progrès de leurs élèves « retardés » et les parents qui s'intéressent intelligemment au devenir de leurs enfants. Ces quelques conseils, fruits de la pratique et de l'étude psychologique de l'enfant, aideront les uns et les autres à rendre les entants distraits capables d'attention efficace (i).
Ici aussi nous distinguerons les procédés physiques d'éducation, des procédés psychiques,
i" Orthopédie physique. — L'éducation physique de l'attention portera sur les jeux et surtout sur les jeux surveillés et dirigés : à) les jeux de football, de tennis, de croquet, de boules, de dames, etc., sous la surveillance active des maîtres ou des parents donneront d'excellents résultats. Ces jeux, si Ton veut qu'ils portent leurs fruits, ne devront pas durer plus d'une demi-heure. Il faut empêcher la fatigue chez Tenfant. N'avons-nous pas affaire ici à des enfants à qui l'effort répugne et pour qui un jeu dirigé ne tarderait pas à constituer un effort au-dessus de leur pouvoir d'attention et de volonté?
Le travail manuel (menuiserie, bois découpé, modelage, etc., pour les garçons, et le modelage, le pliage, la broderie, la couture, la peinture, etc., pour les fillettes) constitue un puissant et efficace moyen d'éducation de l'attention, à la condition que les travaux exécutés soient gradués, adaptés à leur fin et exécutés sous la surveillance intelligente et attentive des maîtres ou des parents (2). Chacune des séances qui sera consacrée à ces exercices devra êti»e courte et suivie d'une récréation libre. L'enfant — j'entends l'enfant de sept à treize ans — ne devr-i pas travailler plus de trois quarts d'heure ou d'une heure à chaque fois.
3° Exercices psychiques spéciaux. — Si le maître veut amender réellement les élèves « retardés » par leur inattention, il pourra trouver le moyen de s'intéresser à ces élèves
(i) Voir aussi l'intéressant ouvrage de Van Biervliel, Esquisse d'une éducation de l'attention, Paris, F. Alcan, 1912. Nous empruntons plusieurs idées au distingué psychologue de Gand
(2) Le D"" Beau VISAGE, sénateur du Rhône, est nn éminent défenseur, en France, de la valeur pédagogique du travail manuel.
durant les classes et il saura leur faire exécuter des exercices appropriés. A la maison, les parents intéressés pourront prendre la place du maître ou compléter, ou aider celui-ci dans sa tâche délicate. L'on ne doit pas chercher à développer une des modalités de l'attention au détriment des autres chez Tenfant hyperdistrait. L'on ferait fausse route si l'on s'attachait à développer, par exemple, en lui 1 attention visuelle, au détriment de l'attention auditive ou de l'attention centrale. 11 faut tonifier avec une égale ardeur, une même sollicitude toutes les formes de l'attention. C'est en donnant des soins à toutes les variétés d'insuffisance de l'attention que l'enfant gravitera progressivement versl'effort voulu, intelligent et fructueux .
La durée de la thérapeutique pédagogique qu'il faut appliquer ici importe peu. Les maîtres ou les parents qui voudront faire œuvre d'orthopédistes ne remarqueront de proî^rès appréciables qu'au bout, peut-être, de trois mois, six mois ou un an, cela dépendra des sujets — mais qu'importe ! Si le succès se fait attendre, il n'en sera que plus évident et plus sûr quand il se manifestera et il se manifestera sûrement.
Etudions maintenant les conditions de l'éducation de l'attention sensorielle et de l'attention centrale.
I* Éducation de Vatlention sensorielle. — En première ligne, je placerai l'éducation de l'attention visuelle au point de vue qualitatif et au point de vue a spatial ».
L'on peut recommander sans crainte la méthode de« biffage » de lettres dans un texte français ou écrit en langue étrangère(i). On fera d'abord biffer, par l'enfant, tous les flou les b — ceci à titre d'exemple — contenus dans ce texte ; puis, lorsque l'enfant sera parvenu à barrer aisément et rapidement une lettre, on lui proposera des textes où il devra en barrer deux, puis trois, etc., jusqu'à ce qu'il ait acquis une incontestable maîtrise dans cet exercice. Cette maîtrise coïncidera naturellement ou plutôt signifiera que l'enfant a augmenté son pouvoir d'attention. Dans ces exercices de « biffage » de lettres, il faudra que l'éducateur tienne rigoureusement compte des conseils pratiques que j'ai mentionnés dans le chapitre de la technique (2).
(i) et (a) Voir le sous-chapitre de la technique de raltenlion, pp. 8& et suiv. de cet ouvrage.
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On peut aussi à l'aide d'un jouet mécanique quelconque» d une machine-jouet (tourniquet, animaux mus par un ressort, cheval mécanique, locomotive ou automobile à ressort, etc.)^ que le maître ou les parents détraquent à dessein, privent volontairement d'un ou de plusieurs rouages essentiels (procéder graduellement) obtenir des instruments précieux pour l'étude et l'amélioration de Tattention. On dit il l'enfant : « Ce jouet que tu faisais marcher hier ne va plus; il est détraqué ; comment cela se l'ait-il ? Si tu en trouves^ la raison, je te récompenserai. Tu me diras ce qui lui manque. »
La curiosité de l'enfant se trouvera ici fortement stimulée. « Nous le verrons bientôt procéder à une analyse minutieuse de l'objet détraqué. »
Je mettrai en valeur aussi un autre exercice qui m'a procuré bien des satisfactions auprès de quelques enfants de Lyon que j'étudiais, soit dans leur école, soit à mon laboratoire.
On place dans une boîte en carton un millier de perles (ayant cinq millimètres de diamètre) de différentes couleurs. J'en possédais de sept couleurs différentes : jaune, rouge^ bleu, violet, noir, vert et blanc. On place à portée des mains de l'enfant la boîte aux perles et une ou plusieurs autres boîtes vides. Dans les premiers exercices, l'enfant est prié d'extraire aussi rapidement que possible et de les placer dans une boîte spéciale toutes les perles vertes, ou touteSt les perles bleues ; Ton change de couleur à chaque fois. Dans une deuxième série, l'enfant devra prélever deux sortes de perles et les placer dans des boîtes différentes ; dans une troisième série d'expériences, il prélèvera trois sortes de perles et ainsi de suite.
i"" Développement de l attention auditive en qualité et en étendue. — L'on peut tout d'abord énumérer des listes de noms propres ou de noms communs devant l'enfant. Au début, sur dix noms prononcés, l'enfant devra en retenir un ; par la suite, il en retiendra deux, puis trois, puis quatre, etc. On passera ensuite à la série de vingt noms, puis de trente, et Tenfant devra ici aussi, retenir d'abord un nom, puis deux^ puis trois, etc.
L'on peut habituer Tenfant à distinguer, à percevoir le
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tic-tac d'une montre à une distance de plus en plus grande, à compter les battements d'un métronome ordinaire qui oscillera de plus en plus rapidement, à distinguer dilférents timbres lorsque plusieurs sonneries fonctionneront en même temps, ou lorsque plusieurs grelots différents seront agités simultanément, etc.
c) Déçeloppement de V attention tactile et tactilo-motrice. — On fera apprécier à l'enfant des différences de poids, de plus en plus imperceptibles en plaçant sur sa main des poids légers dont la différence entre eux sera de plus en plus minime.
Avec le compas à pointes sèches on peut arriver dans de bonnes conditions à éduquerla discrimination tactile (i).
L'enfant, à la longue, percevra distinctement les deux pointes du compas avec un écart de plus en plus court.
Les exercices moteurs : tracer une circonférence de plus en plus parfaite avec un crayon ou avec la craie ; dessiner à main levée des figures géométriques de plus en plus exactes ; distinguer et reproduire des détails artistiques d'un meuble, d'un monument, d'une poterie, d'un objet d'art quelconque «te, etc.
Nous arrivons maintenant à la culture de l'attention psychique proprement dite, de l'attention centrale. Bien que l'étude et l'orthopédie de celle-ci soient plus importantes que les autres, il ne faut pas oublier que l'attention centrale doit ^tre fortifiée parallèlement et en même temps que les autres formes que je viens d'énumérer et d'expliquer.
Culture de l attention centrale
1° L'entraînement vers le calcul mental de plus en plus compliqué constitue un des meilleurs moyens de renforcement de l'attention centrale. On pourra utiliser les quatre opérations arithmétiques. Les exercices mentaux seront d'abord simples et on les compliquera sml fur et^à mesure que l'élève progressera ;
2° L'étude de la géographie, une des sciences de l'espace,
(i) Voir le soas-chapitre sur la Technique de l'altention, déjà mentionné.