‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 7 sur 77 · I. — Aspect général de rhomme attentif · texte numérisé non relu

I. — Aspect général de rhomme attentif

Il va de soi que nous examinions d'abord les phénomènes superficiels de l'attention, car ils nous sont suffisamment révélés par l'observation simple. Déjà Descartes nous explique que, lorque l'âme désire quelque chose , « tout le corps devient plus agile et plus disposé à se mouvoir, qu'il n'a coutume d'être sans cela ». Gratiolet va un peu plus loin, lorsqu'il dit que, dans l'attention, tout le corps se tend vers l'objet qui l'intéresse, ajoutant, fort justement, qu'il peut y avoir danger à considérer un objet d'un lieu élevé, surtout (( si cet objet se meut ». Le médecin Duchenne de Boulogne, qui s'est surtout préoccupé de constituer une « psychologie mécanique », réduit le mécanisme de l'attention à l'activité musculaire de quelques fibres de la face. Complétons, par quelques mots, l'aspect, le faciès que présente l'homme lorsqu'il est attentif: il est le plus souvent immobile, ses muscles faciaux sont contractés, et c'est pourquoi l'on dit que sa face est tendue et rigide : l'orifice pupillaireaugmentenotablement et tandis que la convergence de ses yeux diminue et que le cristallin s'aplatit (i) ; enfin, l'homme attentif ollre un aspect grave et sévère qu'il n'a pas d'ordinaire. Il est donc aisé, dès l'abord, de discerner un individu attentif d'un autre qui ne l'est pas. Si nous pénétrons dans une réunion publique, qu'y voyons-nous? un orateur et des auditeurs. Ceux-ci peuvent, à un moment donné, cesser d'être attentifs et pour deux rai-

(i) IIeinuicu, Dicmod. physioloi^. psj'cJwl. in Dentschlandf ù'édit,, Zurich, 1899.

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sons : par fatigue ou bien parce que le conférencier ne saura plus les intéresser Lorsque tout va bien, les auditeurs sont sérieux, presque immobiles, bien qu'ils inclinent d'ordinaire légèrement la tête et le tronc ; en un mot, ils sont tout yeux et tout oreilles.

Mais si le public se fatigue ou si le conférencier ne sait pas retenir son attention, c'en est lait de l'immobilité, du sérieux et du calme. Le public s'agite, s'impatiente, remue des pieds, devient ironique, méchant même parfois, parce qu'il s'ennuie ou se lasse, parce que son attention n'est plus intéressée.

L'immobilité (relative s'entend) me paraît donc caractériser nettement l'homme attentif. Cela est si vrai que, dans l'attention insuffisante, incomplète, l'homme s'agite, se démène comme pour témoigner de son incapacité à la concentration. N'arrive-t-il pas souvent que, lorsque nous cherchons vainement la solution d'un problème, nous éprouvons, à un moment donné (las de tant d'efforts inutiles), comme un secret désir de nous mouvoir, de marcher ou de fredonner quelque chant familier ! Ces mouvements fébriles, qui représentent de l'énergie qui a dérivé de son cours naturel, témoignent nettement de notre insuccès. L'agitation caractérise donc notre insuffisance d'attention ou notre lassitude. Nous pouvons aussi nous agiter, dans le but d'établir en nous une circulation plus active afin d'actionner d'une manière plus intensive nos cellules cérébrales. Ce palliatif physiologique produit, presque toujours, les plus heureux résultats : tel individu insuffisamment attentif devient, après cet exercice, capable d'une attention plus soutenue et plus durable qu'auparavant. Il est bien évident que les mouvements,quisont en corrélation avec notre insuffisance d'attention, peuvent varier de forme et d'intensité, selon la manière propre de réagir de chaque sujet, c'ést-à-dire selon que nous avons affaire à un auditif, à un visuel, à un moteur, etc.

Mais il va sans dire, qu'il ne faut pas se méprendre sur cette immobilité, que j'appellerai «active », du sujet attentif. Si l'individu semble relativement tranquille, ses muscles n'en sont pas moins tendus et une excitation, venue du dehors, est souvent suffisante pour provoquer aussitôt en lui une action, un mouvement d'autant plus « expressif » qu'il sera plus attentif. C'est ainsi qu'un sujet en expérience et

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qui attend un signal, se prépare, bien à Tavance, à réagir à cosignai. C'est parce qu'il accumule, presque immédiatement en lui, l'énergie nerveuse nécessaire, qu'il attend l'excitation (qu'il entrevoit déjà) pour y réagir immédiatement. Il y a, en pareil cas, une tension préparatoire bien nette (qui se peint surtout sur la face) qui contient en germe, en puissance-, à l'état de « potentiel » en quelque sorte, l'action qui va s'accomplir.

Bien que nous l'ayons déjà dit, il est utile de répéter que, la tension de l'esprit qui se caractérise par l'immobilité de l'individu, est fort coûteuse pour l'organisme. Il n'est rien de plus pénible pour l'homme, que de réaliser, duj'ant quelque temps, ce que l'on appelle avec tant de justesse « rimmobilité volontaire ». C'est pourquoi, la syncope, les tremblements généraux, l'hébétement ou l'extase sont souvent la conséquence d'une attention intense et durable.

Concluons donc que l'état d'attention, proprement dit, implique une certaine immobilité de notre corps, qui est l'œuvre de la conb^action générale de nos muscles, tandis que l'attention, faible ou stérile en résultats, suppose le relâchement général des muscles, accompagné de phénomènes d'agitation qui caractérisent Tinsuccès et qui ne tardent pas à provoquer des sentiments pénibles.

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