‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 9 sur 77 · L'attention et le mouvement · texte numérisé non relu

L'attention et le mouvement

En caractérisant tout à l'heure l'attention par l'immobilité... volontaire (i), je n'ai pas voulu dire que cette immobilité n'était pas créatrice de mouvements, d'actions internes ou externes. Réaliser le mouvement dans l'immobilité, c'est réaliser pratiquement la fameuse conception du moteur immobile, qu'Aristote place à l'origine de toute vie, de tout mouvement.

L'attention précède immédiatement le mouvement, car elle suppose toujours un acte, une action qui sera sa conséquence. L'attention se manifeste surtout par l'activité du système musculaire facial, parce que celui-ci se trouve fort proche des centres cérébraux et qu'il réagit très vite sous l'influence de ces derniers. L'attention agit par les muscles: elle est motrice. C'est pourquoi Ribot a formulé cette loi que « l'attention « s'accompagne partout et surtout de mouvements musculaires. Une conséquence logique se présente aussitôt à nous : c'est que l'attention augmente la vitesse et l'énergie de nos mouvements . Les nombreuses expériences de psychométrie, faites à l'aide de chronoscopes, montrent surabondamment que, chaque fois que Ton avertit au préalable un sujet d'une réaction à faire, il réagit beaucoup plus vite que d'ordinaire. Cette diff'érence de temps de réaction est surtout manifeste chez les malades (2). Dès qu'on les prévient qu'ils vont avoir à réagir, ils concentrent si bien leur attention, qu'ils réagissent souvent deux fois plus vite qu'auparavant.

Quoique le corps garde un aspect rigide dans l'attention, il est manifeste que celle-ci provoque, par dérivation, quelques petits mouvements. Ainsi l'écriture met nettement

(i) Voir pp. 12 et suiv.

(2) C'est ce que m'ont montré des recherclies psychométriques que j'ai faites au Laboratoire de psycliolo^ie de Villejuif. Voir surtout l'étude des temps de réaction, chez les aliénés, que j'ai faite au Laboratoire de psycliologie de l'asile Sainte-Anne, de 1901 à 1904. A mon tour, je remercie M. Clément Charpentier de ses conseils. Voir Journal de Psychol. norm. et pathoL, mai-juin 1906.

en jeu les mouvements des lèvres et de la langue. Ne semble-t-il pas ici que la parole intérieure, miroir de la parole audible, veuille se manifester par la voix, comme de coutume? Dans la lecture que voyons-nous? elle actionne légèrement le corps, la tôle et les mains. Nous savons aussi que les eHbrts pénibles de mémoire s'accomi)agnent de mouvements des yeux, des mains et des lèvres. Dès lors l'attention ne saurait être conçue, sans les mouvements qui l^accompagnent. 11 arrive souvent que ces mouvements échappent à l'observation grossière (c'est pourquoi tout à l'heure, p. isetsuiv., nous n'avons retenu que l'immobilité du sujet», mais ils n'en existent pas moins, et un peu de perspicacité suffît à nous les révéler. Le psychologue américain Mac Dougall (i) s'est même adonné à des éludes intéressantes sur la progression de ces mouvements. Il a constaté que, dans la hiérarchie intensive de l'attention; les doigts accroissent leur extension et se contractent en proportion de cette intensité. Tous ces phénomènes deviennent plus manifestes lorsque Texpérience dure quelque temps. Ainsi, il y a toujours une exaltation générale de l'activité motrice dans le processus objectif de l'attention, et cette tension produit une hyperactivité des réflexes.

Nous pouvons donc conclure que, si la tension volontaire ou involontaire des muscles favorise l'attention et l'activité psychique, leur relâchement en produit l'afTaiblissement et en provoque la désagrégation. Cela est si vrai que le sommeil nous en fournit une très bonne preuve. L'on ne peut dormir qu'à la condition de relâcher ses muscles et l'on ne dort que dans la mesure où on les relâche.

Cependant, il ne faudrait pas confondre, comme font beaucoup de psychologues, le repos avec l'immobilité volontaire. Le repos est un relâchement général de la « musculature » : c'est un état d'attention faible ou vague; l'immobilité volontaire, au contraire, est une tension voulue, active, en quelque sorte. La sentinelle qui veille debout, telle une statue, est attentive par tous ses sens ; elle cache une grande activité intérieure, derrière cette apparence de statue de sel.

(i) Mac Dougall, Organical phenom. of attent. The psych. Rev.y mars-sept. i8y6.

Gela est si vrai, que l'on ne pourrait prolonger utilement l'immobilité volontaire, qu'à la condition d'être bien construit et parfaitement sain, car il n'est rien qui nous fatigue commei la contraction prolongée de nos muscles, comme l'immobilit^ volontaire .

Sous l'action de l'attention, les mouvements sont done modifiés en précision, en vigueur et en rapidité, et c'est pourquoi son mécanisme physiologique est nettement subordonné à la mécanique des mouvements volontaires»

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