‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. Marey (volume 2)Chapitre 18 sur 68 · INSCRIPTIONS DES MOUVEMENTS PHONETIQUES · texte numérisé non relu

INSCRIPTIONS DES MOUVEMENTS PHONETIQUES

d'après ce qu'on a déjà vu plus haut ; nous attirerons seuleitient l'attention du lecteur sur le^ figures n"" 3 des séries D et E. On y trouve en effet trois consonne^ successives qui se caractérisent nettement. Seulement, le double mouvement des lèvres qui devrait limiter.le p. et le 6 intercalés entre les deux m est remplacé par un double mouvement du voile du palais; on ne prononce donc pas un véritable p ni un véritable b dans de telles combinaisons de syllabes, mais des consonnes analogues, dans lesquelles le voile du palais supplée les lèvres T {Voir plus loin l'explication des yama ou jumeaux indom,)

Tout ce que nous venons de signaler relativement à l'expression graphique des différentes consonnes s'adresse principalement à ceux qui s'occupent de l'éducation des sourdsmuets, et qui pourront peut-être trouver dans l'emploi de cette nouvelle méthode un moyen d'exercer leurs élèves à reproduire certains sons d'après le contrôle de la vue. Nous ajouterons, pour terminer, quelques réflexions relatives aux applications de la méthode graphique à la linguistique expérimentale. C'est à M. L. Havet que nous empruntons les applications suivantes :

Bien que la méthode d'inscription phonétique soit encore incomplète, elle a permis déjà d'analyser certains points obscurs de la linguistique, surtout en ce qui concerne la formation des sons composés. En effet, la juxtaposition des consonnes les altère , fait de la plus haute importance pour la linguistique comparée. Ainsi, dans le passage du latin au français, le c simple entre deux voyelles, ou le t simple, également entre deux voyelles, disparaissent : locare devient louer ; rota devient roue. Mais, quand le latin nous présente ces deux lettres combinées datis le groupe et, en français le l persiste, et le c, avant de disparaître, engendre un i qui lui survit et qui persiste comme un témoin du passé obscurci : lacfMca devient laitue ; noctem, nuit ; fruclum , fruit ; direcla devient dreite et plus tard droite; stricta devient estreite et plus tard étroite, etc. L'étude expérimentale des modifications que .subissent les consonnes dans leur groupement pourra seule nous donnej la clef de ces transformations.

lâO ROSAPELLT.

La linguistique occidentale s'est trop exclusivement occupée du mécanisme de production des consonnes isolées ; mais, ce qu'elle a négligé, les Hindous l'ont étudié avec une précision parfois minutieuse : c'est de leurs ouvrages qu'on devra s'inspirer pour ^instituer une série de recherches expérimentales.

Les prâticàkhya mentionnent des sons articulés spéciaux, non représentés dans l'écriture ; ils nous apprennent que ces sons consonnantiques s'intercalent dans la prononciation, à l'intérieur dés groupes tels que kn, km^ In, «m, pn, pm, gn, gm^ dn^ dm^ bn, bm; c'est-à-dire à l'intérieur des groupes dont le premier élément est une des consonnes que nous appelons des mtiettes, et le second élément une consonne nasale. Le son intercalaire est considéré comme formant paire avec la muette qui précède et les Hindous l'appellent yama (jumeau). C'est un jumeau de la muette et non de la nasale, et pourtant les Hindous nous apprennent que le nez concourt à la production des yama. Or, pendant la formation de la consonne muette qui commence le groupe, le voile du palais est fermé ; d'autre part, il est ouvert au moment de la formation de la consonne nasale. Si le yama s'accompagne aussi d'un mouvement du voile du palais, à quel moment cette ouverture a-t-elle lieu ? Se fait-elle antérieurement à celle qui correspond à la consonne nasale, ou n'y a-t-il qu'une même ouverture du voile pour les deux sons? La linguistique hindoue ne résout pas la question ; du reste, l'observation pure ne permet pas de dissocier ces deux actes. Mais la méthode graphique lève tous les doutes à cet égard en montrant que dans la prononciation du yama de p dans apwa (série D, n° 1) le voile du palais s'ouvre avant l'acte labial, qui signale l'émission dans la consonne m.

Les yama y pour n'avoir pas été bien [étudiés dans les langues européennes, n'en existent pas moins dans ces langues : l'allemand comme le français les présentent, toutes les fois qu'une consonne muette se trouve placée avant une nasale.

Nous ne suivrons pas M. Havet dans les développements qu'il a donnés à la partie linguistique de ces études ; un exemple nous suffisait pour montrer quel est le rôle de la pho-

INSCRIPTION DES MOUVEMENTS PHONÉTIQUES. IBl

nétique expérimentale et quel secours elle peut attendre de la méthode graphique. Nous insistons, en finissant, sur Futilité de cette méthode pour la détermination des actes physiologiques de la phonation, surtout en ce qui concerne leur succession; si rapide souvent qu'elle défie la subtilité de nos sens.

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