‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. Marey (volume 2)Chapitre 32 sur 68 · INTRODUCTION ET HISTORIQUE · texte numérisé non relu

INTRODUCTION ET HISTORIQUE

Le point de départ de ces recherches est dans le fait que nous avons constaté accidentellement avec le professeur Marey, d'un arrêt prolongé des battements du cœur et de la respiration chez un lapin sous les narines duquel fut placée une éponge imbibée de chloroforme (1).

(1) Ces iroubies cardiaques avaient déjà été étudiés par plusieurs physiologistes. Je connaissais le travail de M. Krishaber (a), quand le professeur Dogiel (dQ Kasan) m'apprit qu'il avait le premier {b) italique et cherché à interpréter cet arrêt du cœur observé dans les condUiças où je l'avais noté moimême, et il mci signala un passage de la Toxicologie de Hermann (c), .dans lequel je trouvai, en effet, les principaux résultats obtenue sur oe sujet : il y est fait .menUon des eiq^^ej^ApaB de MM. flolmgreen et Grade. ((;[), Hering et Kratscfamer (e), et Hermuuk xémàttie aiosi l'opinion des différents auteurs qee je viens de citer : '

« Chez les anim«qx, immédiatement dès le début de l'inhalatioû, on observe

Le mécanisme de ces phénomènes a été exposé par le professeur Marey dans son Cours du collège de France, au mois de février de cette année, d'après les expériences que suscita Tobservation précédente.

J'ai longuement suivi cette étude en utilisant les précieuses méthodes de dissociation des fonctions que nous fournit la connaissance de la spécialité d'action de certains poisons; les sections et les dégénérescences des nerfs dont le rôle était à déterminer dans ces actes complexes, m'ont aussi donné le moyen de circonscrire assez nettement le trajet suivi par les

<( un ralentissement p&ssagi^r qui va quelquefois jusqu'à Tarrût complet de la «c pulsation du cœur et de la respiration.

a D'après Dogiel, Holmgreeit et d'autres, la condition est l'intégrité du nerf vague. Elle repose aussi sur une excitation du centre d'arrêt cardiaque par la muqueuse des voies respiratoires. Le siège primitif de l'excitation sensible parait être dans la muqueuse du nez et produite non par l'olfactif, mais par le trijumeau.

« Cependant Dogiel a observé aussi dos effets analogues on introduisant dos vapeurs par une fistule tracliéaie. en sorte que la muqueuse respiratoire tout entière peut produire l'arrêt réflexe..».. A côté d*» rafl'aiblissement du cœur se produit une paralysie de la tonicité artérielle, laquelle jointe, à la première cAuse. produit une diminution considérable d« la {Hression artérielle. » (Traduc* Uon Uttérale.) ; • :

Je ^Be. discute ici aucun« deé différents, ppiats énoncés dans la citation empruntée à Hermann : je rappelle seulement les opinion».

Il faut y ajouter celles du professeur Rutherford (/) qui sont à peu près d'accord avec les précédentes sur le mécanisme de r«rfêldii coMir, et qui ont pris en Angleterre une ceHaino. importance. :par rajppiiLqim.Iteb^Jliiipériences du professeur anglais ont fourni aux interprétations des ca^ dé askori sous le chloroforme (under chloroform). « Richardson, dit M. Willième (g)^ s^j^yant sur les données dés êxpéMânceadoM. Huthafford, coneliiit ^qoe les pâliiaiist «st début de l'administration du chloroforme, ont succombé à Taction directe des vapeurs sur les nerfs périphériques des surfaces respiratoires : le spasme a iait cesser la respiration/ et hs'vagueSj stihiùîéè par /p sang asphyxier ont ompêebé ie ' cceur de OQùtinuer sus moavêmenta » (?)

Enfin le D*" Lauder Brunlon (h) a bien voulu me communiquer ^es intiéressantés recherches sur la syncope et sur le oc- shock », et j'y ai putaé Us plus utiles renseignements.

(a) Krishaber, Arch. de Phyt., 1869, p. 549.

{b) Dogiel, 1866 (cité par Heroiani) et communication orale).

(rj f(crmaon. toxicoL^ p. i'ii, texte allemanti,

{à) Holmgreen et Crarte. — Upsal. 1867. • . • » .

(<?) Wiener Lin. Beruht, 1870, AM. lï. ' .

(/) Rutherfôrd, iSCO. • ' ." ••..'•

($) Willièrae. Rapport sur ranesthési^ chirargficale. Congrès de Bru>xeUe3.^ -I^âxelles,

(A) Laider Brontoo. On the palhology and treatment o/ shock ani ^VK/^ope^ AHrHftkian Society. St.-Burth9lomtw*ii Hospital, 1874.

EFFETS DES EXGlTA,TU>1iS, ETC. .223

impressions douloureuses pour retentir sur les deux grandes fonctions de la circulation et de la respiration; enfin toutes les modifications provoquées expérimentalement ont été in scrites avec soin et les nombreux graphiques dont je reproduis quelques spécimens dans le cours de ce travail sont conservés dans les registres du laboratoire.

Mes expériences ont été le plus souvent dirigées par. mon

: maître le professeur Marey, et leurs résultats toujours soumis à son contrôle.

Les phénomènes cardiaques et respiratoires dont j'avais été témoin n'avaient rien "de spécial aux excitations des narines : rarrét du cœur et de la respiration a été maintes fois observé chez les animaux soumis à une douleur intense et soudaine; chez rhomme, un grand nombre de syncopes et quelques morts subites paraissent aussi ne point reconnaître d'autre cause

■qu'une impression douloureuse. quelle qu'en soit l'origine.

Jî' ai donc recherché avec soin, particulièrement dans les œuvres du professeur. Cl. Bernard, tous les renseignements relatifs au ^retentissement des impressions douloureuses sur le

.cœur, et le résultat le plus général de ce relevé se trouve en

'tète démon travail, dans l'épigraphe que j'empininté au savant physiologiste : « L'arrêt du cœur ou syncope peut succéder à toute action perturbatrice violente et subite de quelque nature qu'elle soit (1). »

Mais à côté de cette formule, si nette donnée par M. CI. Bernard, j'ai rencontré, dans les auteurs que j'ai consultés, des assertions tout à fait contradictoires.

Peut-être les expérimentateurs s'étaient-ils placés dans des conditions différentes, et ces conditions mêmes étaient importantes à rechercher, car on pouvait supposer que le raéca-

- nisme par lequel les excitations des nerfs sensitifs ont paru à certains auteurs provoquer d'emblée l'accélération du cœur était tout différent de celui par lequel ces mêmes excitations en déterminent l'arrêt ou le ralentissement.: il , y avait là une raison ^our entreprendre un travail spécial sur ce sujet. Maïs il est égalemwt permis de penser que les moyens em-

. ployés pour suivre les effets cardiaques des impressionstdou-

.(1) Cl. Bernard) Sabsi. toxiques et ώdipam-t p. ^-

SI FlLUiÇOK^nUHCK.

loureuses pouvaient n*avoir pas toujours eu la précision désirable, et n^étaient pas susceptibles de fournir des renseignements assez détaillés.

Or, de ces procédés d'exploration, il en est sur lesquels on ne peut absolument pas compter. Ainsi le doigt appliqué sur la région j>récordiale d'un animal à pulsations cardiaques rapides, Faiguille armée d'un petit drapeau et que l'on enfonce à travers la paroi thoracique dans la substance même du cœur, ces deux procédés, suffisants quand on veut constater dans leur ensemble des variations prolongées et très-mar- ((uéès, deviennent illusoires dans la plupart des cas où il s'agit de saisir au passage unç pause légère, ou de constater un intervalle un peu plus grand que normalement entre plusieurs systoles consécutives ; et ces conditions sont souvent réalisées dans les recherches dont nous nous occupons.

Il faut Mre beaucoup moins exclusif pour l'exploration des variations de la pression artérielle par le manomètre à mercure dont on se sert si habituellement. Il me parait cependant fort difficile de décider, d'après la simple inspection des oscillationé de la colonne de mercure, si l'une de ces oscillations est moins ample que celle qui Ta précédée, si les phases de repos diastolique du cœur sont un peu plus longues dans la série qui suit immédiatement l'excitation, et ce flout M pourtant les points importants à bien déterminer, car beaucoup d'excitations légères, comme où le verra par la suite, ne provoquent point d'autres phénomènes.

C'est déjà un grand progrès que d'inscrire eee 'Oscillations du manomètre d'après le procédé introduit en physiologie par Ludwig, avec la pointe d'un flotteur qui suit tous les mouvements du mercure.

Mais ce procédé esl-il toujours suffisant ? Je n'ai point à revenir ici sur la discussion déjà ùâie depuis longtemps par le professeur Marey des inconvénients qui Tésultent de l'inertie du mercure, et de la réserve qu'il convient d'apporter dfJns l'interprétation des résultats qu'il fournit quand on étudie des variations de pression rapides. Je me contente d^ihsister sur la nécessité de contrôler les indications du manomètre piir l'inscription simultanée des pulsations cardiaques.

L'exploration du cœur à travers la paroi thoracique , est

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praticable, facile même chez lès animaux de petite taille qui servent le plus souvent à nos recherches, le lapin et le cobaye par efxemple (1); on obtient ainsi des courbes cardiaques d'une' richesse de détails qu'on ne saurait soupçonner sans en avoir fait Tépreuve, et, grâce à la disposition du double explorateur à tambour, on inscrit, en même temps que la pulsation du cœur, les mouvements respiratoires.

Or, pour atteindre mon but d'inscrire simultanément les variations de la pression car'otidienne et les pulsations du cœur, j'avais essayé de transmettre par l'air à un second tambour enregistreur, placé à côté du premier, les oscillations de la colonne du manomètre. Afin d'obtenir de plus grandes excursions du mercure et par suite une plus grande amplitude du tracé, j'avais adopté le cardiomètre de Magendie au lieu de l' hémodynamomètre, dans lequel les oscillations de chaque branche sont plus faibles de moitié. .

Les tracés comparatifs ainsi obtenus étaient déjà satisfaisants ; mais le professeur Nfarey eut l'idée de sul3stituer au manomètre à mercure un manomètre métallique qui nous a donné les plus heureux résultats. (Voir page 200.)

Ce nouveau manomètre, gradué d'après un manomètre à mercure est décrit et figuré dans le mémoire VI du professeur Marey. Je me contente donc de rappeler ici que son extrême sensibilité m'a permis d'inscrire avec les plus grands détails les variations de la pression carotidienne ou fémorale du lapin, en même temps que je recueillais les pulsations cardiaques.

Mais cette double inscription, qui nécessite une installation plus longue, une opéralion préalable, la ligature d'un vaisseau important, n'a été employée que pour les expériences

(1) M. Marey a fait construire dans ce but un explorateur formé de deux tambours dont la membrane de. caoutchouc est tendue par un faible ressort intérieur et qui sont réunis Tun à Taulre par une charnière en forme de V, à écartement variable, On saisit entre les deux tambours qui terminent les branches de ce V, la gouttière sterno -costale dans laquelle repose le cœur, et les deux pulsations qu'on recueille à droite et à gauche sont réunies dans une même courbe par la fusion en un seul des deux tubes émanant des tambours à air. On transmet ainsi la pulsation cardiaque à une distance variable, et le tambour. à levier inscripteur ordinaire la recueille, et l'écrit sur le cylindre à régulateur. (Voir page 213.)

ââ6 FRANÇOIS-FRANCK.

OÙ j'avais spécialement en vue l'étude des modifications de la pression artérielle dans leurs rapports avec les modifications cardiaques et respiratoires. Aussi n'en fournirai-je de tracés que dans la partie de ce mémoire qui traite de ce sujet.

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