II. — ExeitiitieMa d« trljamean
De tous les nerfs de sensibilité générale, le trijumeau paraît être doué de la délicatesse la plus grande; parmi lesdifr férentes branches de ce nerf, la sous-orbi taire et les filets nasaux, reconnus particulièrement sensibles, ont été surtout Fobjet de mes expériences.
Or, comme je le disais dans Thistorique de cette, question, on provoque, à coup sûr, des troubles cardiaques et respiratoires considérables en excitant les narines d'un lapin • avec un. liquide dont les vapeurs soïit acres et irritantes,; comme le chloroforme, Tacide acétique, ramrhoniaque, etc. . On-, voit dans la ' figuré 111, qijel ralentissement considérable ] du cœur, accompagné d'un arrêt complet de la respiration, se produit quand on touche légèrement les narines du lapin avec une petite éponge imbibée de chloroforme. Les pulsations du cœur (ligne inférieure G) sont fréquentes au début du tracé; les respirations, recueillies avec le.pnèiimôgraphe de Marey (ligne supérieure R), ont une fréquence moyenne. Au point E on touche rapidement les narines avec réponge : la respiration s'arrête aussitôt, et lé ralentissement progressif du cœur commence à- se produire une demiseconde «prés rinstant de l'excitation. ' '
230 PRANÇOIS-FRAHGK.
J'ai employé, dans le cas précédent, l'excitalion avec le chloroforme, mais il n'y a dans ces phénomènes rien qui
. — Pulsations oriKtqnes du lipÎD. (Ligne C-) Respiration recoeillie tnc l« pncnnographf. (Ligne H.) Ll partie iicondiirtc di^
chaque conrbe l^acI•spoIl(I i l'eipiration.
On «cite les nirinei m point E. Arrïl de la rtKqtirtlion, rtltnlissemeit consï-
soit particulier au chloroforme. Il est très-important d'être bien fixé sur ce point ; aussi (sans ni'arrèter sur l'impossibilité de produire d'autre effet qu'une excitation violente et soudaine de nerfs sensibles par le simple contact du chloroforme), prendrai-je un autre exemple pour bien démontrer
que la condition essentielle est que la substance dont on se sert soit plus ou moins irritante ; j'ai réuni, dans la figure prêcédente{fig.ll2) deux spécimensde ralentissement du cœur et d'arrêt de la respiration obtenus, îe supérieur avec l'acide acétique, l'inférieur avec l'ammoniaque.
Dans ces deux tracés on peut constater, tout aussi bien que dans le type de la figure 111 obtenu avec le chloroforme.
que les battements du cœur, fréquents avant Texcitàtion (gauche des figures), se ralentissent très-notablemènt à partir du jnomènt de Texcitation (Am.-Ac), et qu'en même temps la respiration se suspeiïd. , '. ^
Le fait n'est donc pas douteux jusqu'ici : c'est bien là qua-* ii té' irritante du liquide^^employé qui est ici en cause et- non telle ou. telle autre, sa propriété anesthésiqufe, par exemple? D'autres preuves viendroW bientôt, du ;reàte, s'ajouter aux précédentes, quand' nous verrons des; agents tout diïfëf^hts,' comnieie chlore gazeux ou des èxôitatipns électriques assez intenses, produire' dtes'î|!ftèts. très-analogues.
Mais, si la (Ju^stiôn paraît évidemment tranchée enfaveui* de l'action pùriemént irritante Mu liquidé volatil employé, il est important de chercher si ces excitations agissent bien sur des nerfs de sensibilité générale, si V olfaction n'est pas mise en jeu d'une façon exclusive" ou partiefle, quels sont enfin les filets nerveux impressionnés:
. Les liquides dont j'ai parlé sont volatils, et leurs vapeurs sont non-seulement tmfan^ç^, mais' orfpmniês; fallait-il tenir compte de ces deux, propriétéè réunies et adnaettre un double point de, départ aux phénomènes, cardiaques et respiratoires que" provoque l'impression nasale avec ces substances? G^^est ce que j'ai cherché à déterminer, et le récit de cette recherche prouvera qu'en réalité la question de Tolfaction pourrait bien, > comme l'avait pensé Magendie et comme l'a également indi- . que le professeur Cl. Bernard, n'être point complètement ré- j solue dans le sens des données classiques.
Partant de l'opinion courante queJes nerfs olfactifs sont en effet dévolus au sens de l'olfaction et y président tout seuls, j'ai détruit soigneusement sur plusieurs lapins les deux lobes olfactifs, petite opération dont l'animal est suffisamment reposé au bout de deux heures pour offrir, après une atténuation passagère, toutes les réactions de la sensibilité générale. .
J'ai bien noté, après l'ablation des lobes olfactifs ce que je m'attendais à trouver, c'est-à-dire la persistance de modifications cardiaques et respiratoires; mais, d'une part, il me sembla tout d'abord que, pour une imprQssion aussi comparable que possible aux impressions qui produisent de grands arrêts du cœur et de la respiration, je n'obtenais que êtes
â3â FRANÇOIS rFBAKCK.
effets iHom» aeaué* ivrlout du côté de la respiration ; d'autre part, mon expérience pouvait bien être en partie négative : en détruisant les lobes antérieurs du cerveau chez ces lapins, étais-je, en effet, absolument sûr d'avoir du même coup aboli l'olfaction?
Le premier doute était assez facile à éclaii-cir, deux des animaux opères ayant auparavant fourni un assez grand nombre de tracés et m'ayanl ainsi donné pour ainsi dire la mesure de leur sensibilité à l'état normal : je pouvais comparer i'ratensité des troiibles cardiaques et respiratoires après l'ablation des lobes olfactifs à leur intensité première. Cette comparaison faite, il m'esiUresIé l'opinion que, s'il y avml peu de différence entre le$ Irottbles ettrdia^ptes avant et après topé' ration, il y en avait aucontratre »ne trés-notable entre lesphénomènes provùqtÊés du côté de la respiration dans Vun et l' autre o»s. Nous avons vu, en effet {lig. Hl et H^), que sous l'inlluence de l'excitation brusque des narines avec le chloroforme, l'ammoniaque, l'acide acétique, la respiration s'arrête complètement pour un temps plus ou moins long : au contraire, j'ai remarqué que quand les lobes olfactifs étaient enlevés, la respiration persistait, Irès-alténuèe, sans doute, trés-légére et superficielle, mais enfin continuait à s'exercer encore (flg. 113).
l'jg,«3.-Hespimiojiill([MllTj|iir laoïHuh: intbinW et n'^%ntataiatieat[}\%atC).~\.tt lobes olficlifs ont èlé enleirts la ïfîile : le même aniniii a donné * r*m lormal les Iracé* de- la ll(iireflî. - Jii pnini E, on cwile les nariiiei ivfi: le cliloroforiBe.(HélioBrivure.|
n semble donc que la fonclioii sur laquelle la volonté de l'animal peut s'exercer, la respiration, soit beaucoup moins troublée que la fonction cardiaque qui en est indépendante, et qu'en réalité l'animal, ayant ressenti une impression moindre, a réagi avec une moindre intensité; il me parait dès lors qu'il serait pltisjusle de dire, dans les cas qui nous
occu^ni: le ccmr S* arréie^ et l'animal suspendra respiration^
ce qui implique l' intervention de la volonté du. sujet dans F un€ des deux perturbations observées. i . ,
Je n'insisterai pas, et n'entrerai dans aucun détail, sur le pôte qu^ Ton pourrait être tenté d'attribuer, d'après> les remarques précédentes, au nerf olfactif , comme plus particulièrement en rapport avec la surveillance que doit exercer l'animal sur les qualités des gaz ou vapeurs qui peuvent être offensives pour^es voies respiratoires, etc. ,1a respiration étant suspendue pour une même impression quand les lobes olfactifs sont conservés, l'animal continuant à respirer quand ils sont absents. Ce sont là des questions tout à fait en dehors de l'ordre de ces recherches. . •
Mais il faut accorder maintenant quelque attention à la seconde réserve qui semble devoir être apportée à la valeur des expériences dans lesquelles on enlève les lobes olfactifs pour abolir.en même temps l'olfaction.
On a beaucoup écrit contre l'opinion émise par Magendie que le trijumeau. pouvait entrer pour une certaine part dans l'exercice de l'olfaction, et, malgré l'appui que paraissaient donner aux idées de Magendie les expériences du professeur Bernard, ainsi que les observations qu'il cite dans l'exposé de ses recherches, il est resté classique d'exclure le trijumeau de toute participation à la fonction de l'odorat.
^.Jly a cependant un rapprochement fort intéressant fait par M. Bernard (4) entre le nerf naso-palatin et le nerf linguaL :
- ; « Examinant :chez le chien le nerf naso-rpalatin qiii va à la < membrane .muqueuse du nez, : nous avons été très-^surpris « de le trouver en apparence complètement insensible.
«r Cette insensibilité d'un rameau appartenant à la 5« paire a porterait à penser qu'elle renferme des filets de sensibilité a spéciale, Magendie ayant prouvé que les nerfs de sensations « spéciales sont complètement insensibles aux irritations mé- « caniqués. »
C'était donc une question à réserver dans nos expériences d'ablation des lobes olfactifs que celle dé la destruction réelle de l'olfaction, et, d'après les résultats obtenus, je n'étais pas
(1) Cl. Bernard, Syst. nerv., II, p. 95.
2d4 FRANÇOIS-FRANCK.
en mesure d'avancer qu'en continuant les excitations de la muqueuse nasale avec des substances odorantes en même temps que fortement irritantes, j'éliminais complètement l'intervention de l'olfaction, et ne provoquais les troubles cardiaques et respiratoires qu'en agissant sur la sensibilité générale.
Dans le but de rechercher, d'après les données du professeur Bernard (l),le rôle probable de ce nerf naso-palatin dans l'olfaction, j'avais commencé quelques expériences sur le chien : le temps m'a manqué pour les poursuivre, aussi ne m'appuierai-jé point ici sur des recherches incomplètes pour émettre. une opinion ; je conserve seulement le doute d*avoir complètement détruit l'olfaction chez les animaux auxquels j'ai enlevé les lobes olfactifs. .
Mais, quelque part que l'on puisse accorder au trijumeau dans l'exercice de l'olfaction, il n'en est pas moins certain. que les excitations de la muqueuse nasale avec les liquides volatils et irritants portent au moins autant sur les^ filets* si sensibles que le trijumeau fournit aux narines' proprement dites.
La preuve en est facile à donner, en éliminant absolument pour produire l'impression les liquides odorants et en ne conservant que les liquides irritants.
C'est dans ce but que j'avais essayé les solutions alcalines caustiques, comme la potasse et la soude, elles acides conceur très, spécialement l'acide sulfurique.
Mais chacun de ces caustiques a le défaut absolument grave pour ilos recherches de ne point agir assez brusquement et de détruire les appareils nerveux sensitifs, pour ainsi dire à mesure qu'il les impressionne ; il manque ici la soudaineté de l'excitation, condition très-importante, comme nous le verrons par lès observations de syncope chez l'homme, et d'autre part la persistance de cette excitation.
Mais, si les expériences avec les acides ne m'ont pas donné de résultat positif, elles m'ont appris du moins que la brus' querie de Vimpression est l'une des conditions requises pour produire l'arrêt du cœur chez les animaux.
' Il était feciledé vérifier le fait avec des excitations douloureuses d'un tout auti*égeilrë, et j'ai remplacé dans ce but lé
(1) Cl. Bernard, S^s^ nerK., p. 2.S6, T. Plan d'expériences.
ErFCTS DBS EXCITATIOM», ETC. ÎS5
chloroforme, l'ammoniaque, etc. par des applications rapides de pointes d'aiguilles fortement chauffées sur le rebord des narines, ou par l'excitation avec une ou deux fortes déchaînes d'induction.
ha substitution de ces derniers agents excitants aux moyens que j'avais employés au début me permettait d'éliminer l'intervention de l'olfaction comme point de départ des phénomènes cardiaques et respiratoires ;j'avais aussi, de cette façon, des milations intenses et soudaines. Voici ce que j'ai obtenu :
On voit que l'excitation irés-violente, aussi soudaine que possible, de la narine avec une décharge d'induction unique (bobine RuhmkorfT, 6 éléments Bunsen) a provoqué un brusque arrêt respiratoire, et cette fois-ci une pause complète du cœur (1). Mais cet arrêt a été très-passager au lieu d'être prolongé comme dans les expériences avec le chloroforme, l'ammoniaque, etc.
La même figure'H4 (tracél) nous montreunralentissement très-notable du cœur qui se prolonge plusieurs secondes : ce résultat se rapproche davantage de ceux que nous obtenions
(1) Je note en passant que l'excilalion induite a été aniqne et a suffl cependant pour provoquer un arrêt complet du cœur. Or, nous n'avons pas obtenu, avec de TarchanofT, l'arrêt mSme passager du cœur en appliquant la mSme excitation simple au pneumogastrique.
Il faut donc admeUre, ou bien qu'en raison de sa grande intensité l'excitation que j'ai employée représentait une série d'excitations ordinaires, on bien, ce qui me parait plus conforme aui faits que j'ai constatés avec de Tarcbanoff. que celle excitation unique i l'extrémité du nerf sensible se multiplie pour ainsi dire dans le centre qui la r«i;oit et la réfléchit.
âd6 FRANÇOIS-FRANCK.
avec les liquides volatils, or il est produit par une brûlure avec une aiguille rougie.
Le sens des phénomènes est toujours le mèrae, c'est toujours Tarrét ou le ralentissement du cœur avec arrêt res[)iraloire ; mais les différences paraissent liées à des conditions qu'il était intéressant de chercher à déterminer.
Dans l'excitation avec les liquides irritants et volatils, l'impression porte sur une surface évidemment considérable ila muqueuse nasale tout entière (sans parler de l'extension possible au pharynx et au larynx) peut être irritée parles vapeurs. Au contraire, dans l'excitation avec la pointe d'aiguillerougie, la ster/ac« impressionnée douloureusement est restreinte; dans l'excitation induite, les deux pôles étant très- rapprochés, on peut aussi considérer comme très-étroite la zone fortement Impressionnée, quoiqu'on doives tenir un certain compte dos Cercles de diffusion. Nous voyons l'effel cardiacjue et respiratoire proportionné en (juelque sorl(î à. l'élendue delasurface impressionnée^ comme si l'irrilalion simullanée d'iui plus grand nombre d'appareils sensitifs lerminaiix était capable de produire un etïet plus intense : la question de «ter/W ce. peut donc entrer en ligne de compte, mais il faut rester dans des conditiqns, d'excitations comparables^ et ne point assimiler les impressions produites par la brûlure ou par les secoussesd'in- (;li\ction, à celles. que déterminent le chloroforme, l'ammoniaque;, etc. , .
,, Restent à envisager la soudaineté, Vintcnsité el la persistance de l'impression. .
. Avec une impression brusque, l'effet est très-passager quoique très-nettement indiqué ; le tracé 2 de la ligure 114 en est la preuve. Après une seule excitation induite, très-brève, le cœur ne s'arrête qu'un temps très-court, une pulsation manque.
Avec une impression plus persistante, celle d'une brûlure, on voit (fig. H4, tracé l)que l'effet cardiaque est plus prolongé.
Enfin, avec une impression durable, comme celle qui résulte nécessairement de l'introduction dans les fosses nasales des vapeurs irritantes de l'ammoniaque, du chloroforme (fig. m, etc.), le ralentissement du cœur se prolonge considérablement comme se prolonge aussi l'arrêt respiratoire.
EtTETS DES E*tClTATlONS, ETC. 237
Tôules ces considérations sont applicables -d'une manière générale, à une même série d'animauxd'une sensibilité comparable, et dans' des conditions d'intensité de l'impression, aussi rapprochées que possible.
L'intWMifedel'impressionconslitue, je crois, l'élément fonda-; mentaldanstouteslesrechercliesrelalivesàrinfluence des nerfs sensibles sur le coeur. Nous verrons bientôt que l'irritation' de certains nerfs est plus active que celle des autres, sans doute parce que ces nerfs sont eux-mêmes plus sensibles ; le trijumeau par exemple, est évidemment plus sensible que l'auricuiaire. du plexus cervical, que le crurkt, etc., mais tel animal est ausfii plus sensible que teliiutre, dans une même série, et à plus forte raison dans des séries différentes, ce qui a fait si justement dire, à Cl. Bernard que les < perturbations sont d'autant plus funestes à un animal qu'il appartient à uii ordre plus élevé (1) .n ' ..
Mais en opérant sur le trijumeau d'un mémo animal, en employant à intervalles suffisants le même moyeu d'excitation, on peut trés-nettemeut obtenir une graduation progressive des effets, en augmentant graduellement l'intensité de l'excitation, (fig. '115.)
La figure 115 L'st formée de i tracés, pris dans une série
(1) Cl. Bernard, Sabsl. toxiqosa et méd., p. 2f7el Buiv. ■ ■
288 rRiU>IQOia-FRANCK.
d'expériences chez le même animal : la graduation de T impression ne peut évidemment pas être rigoureuse dans ses valeurs successives, mais j'ai obtenu le minimum 1 en passant réponge d'acide acétique à distanee des narines, un degré plus marqué en rapprochant l'éponge dans une autre expérience, 2, un effet plus accusé en touchant légèrement les narines, 3, enfm des troubles beaucoup plus considérables et plus prolongés en appliquant un peu fortement la même éponge sur le nez de l'animal, 4.
Ces phénomènes réactionnels peuvent être rapprochés des effets que l'on produit en excitant les pneumogastriques avec des courants induits de plus en plus forts ou de plus en plus rapidement interrompus. On n'obtient d'abord a vee les excitations minima qu'un léger ralentissement comparajble à celui dû traçai (fig. 115), Bt l'on passe successivenlent par des phases analogues à celles que l'on retrouve dans les tra-» ces 2, 3, 4 de la même figure, pour arriver enfin à l'arrêt complet.
La même comparaison serait également juste si onjvoulait considérer Tai^mentation parallèle de l'amplitude des se* eoQsses musculaires et de l'intensité des excitations induites que l'on applique au nerf moteur.
Chacun sait avec quelle déplorable facilité l'arrêt ducœur ou syncope se produit chez l'homme profondément débilité par la souffrance, sous l'influence d'une cause qui serait insuffisante à troubler la fonction cardiaque dans les conditions normales. Les animaux peuvent aussi être placés artificiellement dans des conditions de réceptivité exceptionnelles : l'inanition, par exemple, les rend particulièrement accessibles aux in* ftuences extérieures. Ghossat, dans ses recherches sur l'inanition, en donne un exemple saisissant que j'emprunte au professeur CL Bernard avec la réflexion qu'y ajoute celui-ci (1) :
«... A une époque avancée de l'abstinence totale d'alimentsy la moindre excitation douloureuse suffît pour déterminer immédiatement la mort.
« Une tourterelle, privée de nourriture pendant plusieurs
(1) Cl. Bernard, PatboJ. Exp., p. 120.
jours, tombe et meurt immédiatement quand,, par exemple, on lui pince les pattes.
tt ... Ghossat attribue la mort à. une syncope, et nos propres expériences tendent à confirmer cette opinion.
« En effet, les mouvements du cœur.^ comme nous l'avons dit ailleurs, sont ariréléà momentanément, .lorsqu'un nerf sensilif se trouve douloureusement impressionne.
« Il serait donc possible que, chez des animaux. considérablement affaiblis, la douleur fût suffisante pour arrêter definitivement le cœur, et amener la mort. » * " '
Il faut donc tenir un très-grand compte de la susceptibilité des sujets, je dirais plus volontiers de la susceptibilité de leur cœur, dans ces considérations sûr le rapport (jui existeentré riritensité d'une impression douloureuse et les troubles cardiaques qu'entraîne cette impression ; et cette susceptibilité est elle-même dans la nature des animaux sur lesquels on pratique des expériences ou des malades soumis à des opérations ; elle peut être exagérée par certaines condi^ tioris ficcidentellçs,. çt. phez T homme, les, souffrances^ les pertes de sang, une abstinence prolongée, jointes à Fappré* hensioïi d'une opération, ont, sans nul douté, une influence très-notable sur l'exagération de cett^ susceptibilité. (1). . .
(i) Les chirurgiens redoutent, et avec raison» les opérations douloureuses chez les sujets affaiblis ou chez ceux doni ils ont reconnu Vextrême sensibilité : révénement n'a que trop souvent justifié ces craintes, et je crois très-fondée l'opinion des auteurs qui, comme M. Maurice Perrin, ont attribué à la syncc^e par excitation douloureuse un certain nombre de morts pendant l'aneathiésiQ chloroformique i/2su//i5an^e (a). Les expériences dont j'aurai bientôlàtfxposer les résultats et dans lesquelles j'interrogeais la sensibilité des aniipsiaux aux différentes périodes de radministratiod du chloroforme, m'ont laissé cette conviction que le cœur s'arrête plus longtemps pendant la période ç|Ue d'excita^ tion, et que le danger de mort non point par le chloroforme, mais 50uj le chloroforme, est plus grand à ce moment qu'en l'absence de toute tentetive anesthésique. Il me semble que beaucoup de faits malheu^oux relevés à la charge du chloroforme doivent au contraire être mis sur le compte d'une ânesthésie insuffisante : de ce nombre sont particulièrement l^s eas de mort par avulsion d'une dent. On redouta le chloroforme, et on accepte volontiers l'idée^ que, pour une opération d'aussi courte durée, point n'est besoin d'un sommeil anesthésique profond. Le patient est opéré Sissis^ disposé par suite à l^anémie cérébrale, et au moment de l'avulsion de la dent, sa pâleur avertit du danger.
(a) M. Perriii, Traité de^ aneslhésiques , 4861. — Art. Amestuésie i>ic/. eëcychp* des Se. médic. — Congrès de Bruxelles, Septembre 1815.
i40 FRANÇOIS* FRANCK.
8 II. ~ Exeltoti«n des WÈtwtk Imrjakgém»
Le spasme respiratoire, provoqué par rintroduclion de substances étrangères dans la partie supérieure du. larynx, est un fait bien connu, et Textréme sensibilité du nerf laryngé supérieur qui se distribue à la muqueuse de la portion sus-glottique a été maintes fois constatée (1).
On. a été frappé, au contraire, de la tolérance des régions sous-glottiques du larynx et de la muqueuse trachéale innervées par le laryngé récurrent.
Pourdéterminer, dans mes expériences, la différence des effets produits par l'excitation isolée de chacun de ces départements nerveux, j*ai trachéotomisé les animaux à la partie inférieure du cou et préparé soigneusement les nerfs laryngés supérieurs
La syncope peut être passagère, mais malheureusement, l'arrêt du cœur sous le chloroforme est- presque toujours, comme l'a noté Billroth, un arrêt définitif. '
(1) L'intensité des effets produits sur la respiration par l'excitation des régions innervées soit par le laryngé supérieur, soit par les filets pharyngiens du nerf pneumogastrique a été rappelée par Trousseau dans sa belle leçon sur l'asthme (a). Traitant des asthmatiques par l'attouchement du pharynx avec un pinceau chargé d'ammoniaque en solution concentrée (procédé qui avait valu a son' auteur; Ducros'(de' Sixt) une certaine notoriété à cause d'un succès, chez Madaine Adélaïde' d'Orléans, sœur de LouiS7Philippe), Trousseau provoqua de^ âccèV'd'orthophéê épouvantables. . ' * \ . ' ,'.
'; Gl.| Bernard dît' au même'sujet'(/)) : « Comme il arrive toujours pour les nerfs^ sensitifs; ces irritations se propagent par actions réflexes ; elles réagissept' sujr lé^ cœur et les mouvements respiratoires, et il en peut résulter des accidents nïôrtéls tout' à ' f «liitr analogues' à ceux qui se produisent quelquefois pendant l'anêsibésie parlé chloroforme. » Mé' Bernard rappelle' aussi les tentatives de DuC^bs (c) : « Avec de^l'ammoniaqùe introduite à l'aide d'un pinceau dans l'àr-^ rière gorge, Ducros produisait des phénomènes analogues à ceux'que nous yenous de décrire et qui allaient quelquefois jusqu'à la syncope. »
Je ne sais' si ces accidents sont réellement dus à Tirritationi des plexus pharyngiens; en effet, dans la série d'expériences exécutées sur ce sujet, j'ai vu qu'en reoversaht'lé larynx en avant, et en portant le pinceau d'ammoniaque sur le fond du phkrynx, je ne déterminais les troubles respiratoires et cardiaques ordinaires que quand j'effleurais l'épiglotte ou la moqueuse sue-glottique : en pré-' servant 'ces parties, l'attouchement du pharynx lui-même ne m'a paru produire' aucun effet de ce genre. • ' .....
(a) Trousseau; Clin. méd.,'i. H, p. 471. Edition imi.
[b) C\, Bernnd, ÀHettkésiqueHfP, 96. ' . ' • ^ {c) Ducros, Compte rend, Acad. Se. 1842, t. XV, p. 599.
EPfElSDES EXCITATIONS, BTC. ïti
Èoiis ctincun desquels a élc glissé un ill. Le larjfix élant.ensuite ouvert sur la ligne médiane, la trachée fendue jusqu'au niveau de la canule, j'avais sous les yeux une grande surface niuqueùse sur laquelle il était facile de localiser l'excitation en touchant un point précis avec l'exlfémilé d'un pinceau trempé dans l'ammoniaque.
A, Muqueuse de ta portion sus-glotlique du larynx.
Quand on touche avec la solution concentrée d'alcali uii point quelconque de la muqueuse sus-glottique, l'animal fait un brusque mouvement d'inspiration et arrête ensuite, pour un temps variable, sa respiration en expiration. Le cœur se ralentit en même temps au point de ne plus donner, pendant une minute environ, qu'un battement par seconde au lieu des 3 ou 4 battements normaux.
II suffira de comparer la figure suivante {fig. H6), aux graphiques du cœur et de la respiration présentés dans le chapitre précédent, pour constater l'identité des effets produits parla même excitation portée sur les branches nasales du (ri/timeau et sur les filets sus-glottiques du nerf laryngé supérieure
Fin. -tie. — Dontlt ttSvl rnpIrBloIre et cDrdÎDtfvc produii jiar l'ciriiaiioii < sai-gluiiqge, avec uaplMcau cliii^é d'immoniaquc. — G, pulsalions liu « piraiïau irichéale. — K, iustmii de L'ailauchcmcni âe la muqueuse sis^lo
En notant moi-même l'identité des troubles respiratoires et cardiaques provoqués par ces deux ordres d'excitations, je caç suis demandé si les vapeurs de chloroforme, d'ammoniaque, d'acide acétique, n'étaient pas transportées, lors de l'attouchement des narines, jusqu'à l'orifice supérieur du larynx, et si
iM FRANÇOIS-PRAÎNGK.
je Ji'avaîs. pas précisément observé les effets de rejceitallQndes laryngée supérieurs, croyant avoir affaire à Texcitatioii des branches nasales du trijumeau.
"^''11 était facile de vérifier le fait, d'abord en constatant que la "seétion des deux nerfs laryngés supérieurs supprime l'effet de l'excitation portée directement ou indii'ectement sur la muqueuse de la portion sus-glottique, puis en répétant, après cette élimination de la sensibilité laryngée, l'excitation des narines.
Or, après la section des deux laryngés supérieurs, l'appliealion du pinceau chargé d'ammoniaque, qui tout à l'heure proN'oquait des troubles respiratoires et cardiaques si manifestes, reste sans, effet aucun sur le cœur et ne détermine plus qu'une légère suspension de la respiration. Reprenant ensuite l'application de l'éponge chargée de chloroforme ou d'ammoniaque sur les narines du même animal chez lequel était supprimée la sensibilité de la portion sus-glottique de la muqueuse, J^ai retrouvé les mêmes troubles respiratoires et cardiaques "qu'auparavant.
La figure 111 a été précisément obtenue dans ces conditions, et Je l'ai choisie à dessein pour démontrer l'action indépendante des excitations du trijumeau.
Il ressort évidemment de cette double expérience que dans le mécanisme des arrêts respiratoires et cardiaques, c(es voies différentes conduisent aux mêmes centres les impressions péri^ pliériques , agissent de lu même façon sur ces centres et q»e la suppression de Vune de ces voies centripètes ne modifie en rien lu transmission par les autres, pas plus que l4x. mise enjeu des centres récepteurs (l).
B. Troncs des nerfs laryngés supérieurs.
. Il est un fait constant pour les excitations des nerfs sensibles, c est que l'impression produite sur leurs terminaisons cutanées ^
(1) n faut faire une remarque relalivc à la conservation partielle de Teffel respiratoire maigre la section des laryngés supérieurs. Cette section ne supprime point en effet les anastomoses intra-Iaryngées des filets terminaux du 'laryngé supérieur avec le Técurrent, par l'anastomose dite de Galien: d'aprèf» i^liilippeaux et Vulpian ces filets anaslomotiques viendraient tous du larytigé supérieur (méthode de Waller); dès lors, l'impression sur la muqueuse de la portion sous-glotlique peut retentir encore par celte voie détournée sur les cerï- •trcs -respiratoires» ........
EFFETS i)1SS EXCITATIONS, BTQ. 24S
o« muqueuses est toujour» plus active <pie Texcitation deé Imncs nerveux eux-mêmes dans leur continuité. - ^
Cette distinction importante a été reconnue parle professeur Claude Bernard et indiquée dans les lignes suivantes (1) : «Il faut encore ajouter que la même excitation mécanique^ comme un pincement par exemple, portée comparativement ' sur la peau, sur le tronc du nerf et sur la racine postérieui?e^ ' permet de constater que ^irritation de la lerminaision et de Vorigine du nerf sQnsitif produit des effets plus énergiques qu^ ceux qu'elle délermine.en irritant le tronc d'un nerf mixte, » ^ - La pratique chirurgicale démontre aussi que le temps le plus (touloureux d'une opération est toujours la section de la peau.
Nous devions nous attpndre tout au moins à une atténuation, considérable des phénomènes cardiaques et respiratoires en transportant l'excitation des appareils terminaux laryngés aux troncs même^ de ces nerfs.
Les deux bouts centraux des laryngés supérieurs ont été rapprochés et très-îbrtement excités avec de l'ammoniaque caustique : on voit dans la figure suivante (fig. 117) que le retentissement cardiaque a eu lieu, mais a présenté une intônsité beaucoup moindre que quand on touchait simplement la muq.uew6e s»u»-glottiquQ avec un- pinceau^ trempé dans la solu-. tion Hïodérément concentrée: ~ '
F(y. ilT.— Effets eârd«ai|«es éotâs intenses produits (lar l^excîtation desl^oats eentraax ifes nerfs laryngés supérieurs, qae p«t Fexcit«ti'on plus 'modérée de leirs- terminaisons daai ja muqueuse stts-glottiqii« du laryai. (tjéltogravure.]