‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. Marey (volume 2)Chapitre 56 sur 68 · II. — BATTEMENTS DES FONTANELLES · texte numérisé non relu

II. — BATTEMENTS DES FONTANELLES

Les battements des fontanelles, très-prononcés à la naissance, vont en diminuant, à mesure que Tossitication de ces espaces membraneux fait des progrès. Ce n'est guèx'e qu'au niveau de la fontanelle médiane antérieure, la plus grande de toutes, et celle .qui disparait la dernière, qu'on, peut, observer ces battements avec netteté..

Pour les. soumettre à un contrôle FigonTeux, nous avons, en recours à.rinscrîption (1), en transmettant les mouvements explores a un tambour à levier.

Après nous être servi d'abord d'un explorateur à tambour que nous maintenions à la main, sur la fontanellfe^ ^de l'enfant, nous avons bientôt reconnu la nécessité de le fix^K^ la tête même de celui-ci. \.

(1) Au cours de nos expériences, nous avons déeouvert qu^un essai semblable avait déjà élé tenté par M. Langiet (a} qui, à propos d'un travail intéressant sur le sommeil j a essayé d'enregistrer les battements des fonfoneHes pendant eet ôt<at.

Il s'est servi, dans ce but, du sphygmogcaplie ordinaire de Ma^ey; mais, outre que cet appareil est d'une application difficile sur le crâne, il ne donn« que des indications de peu de durée, insuf^aautes polir ojbserver le phénomène avec suite, dans diverses phases. Le spliygmogriphe à transmission {V. volume 1875) aurait paré à ce dernier InoQoyémBiit. M. LaniplM n'a donc pu réalis.er l'objectif qu'il poursuivait, les enfants se réveiUàiit à la suîtft'd» la {)ose de l'appareil. ...

Malgré l'imperfection de cette disposition, M. LangUt put oblHÙr qatlqu^s (racés intéressants. Il reconnut que, dans Tétat de cakot^ les bitttcMMpts des fontanelles ne reproduisent qu^ les pulsations artérielles^, dfiSi «UMivemanta. correspondant à la respiration ne commençant à paraître quô )wn<|ii% coi:le*ei »e^l. agitée, ou lorsque Tenfant crie. Ces battements, iûiLuencés par hi^ rts|Mi«lion« sont naturellement d'autant plus marqués que l'agitation ou les cris soSU pQus prononcés.

(a) Langiet, Sur la physiologie du sommeil. Th. Paris, 1872.

CIRCULATION CÉPHALO-RACHIDIENNE. 351

L'explorateur que nous avons employé est un tambour ordinaire dont la membrane est repoussée par un faible ressort' intérieur.

En le flxant par sa face mobile sur la fontanelle médiane antérieure de l'enfant, nous sommes arrivé, à diverses reprises, à enregistrer, pendant quelques heures consécutives, les battements de celte fontanelle dans un grand nombre de circonstances. Nous avons pu suivre, en effet, les variations d'inscription qu'amenaient les phases successives de calme ou d'agitation, de sommeil ou de réveil, ainsi que certains aetes, tels que l'effort, les cris, la toux , le bâillement, l'éternument, l'action de téter.

Le type du calme le plus parfait est assurément, chez l'enfant, celui qui correspond à un sommeil calme et paisible. La iigure 171 nous en offre un bel exemple.

dinl le aomniejl, et rosplratioii ihoracjque (lipe R), enregislrés simnltanémeal.

Cette figure nous montre d'abord une ligne inférieure, celle de la respiration, qui comprend une suite d'ondulations, correspondant chaciineà un acte respiratoire. Ces ondulations sont très-sensiblement égales entre elles, ce qui marque bien l'égalité et la régularité de la respiration pendant le sowmeil de l'enfant..

La ligne supérieure est celle des batlemenl» de la fontanelle; une ligne de repère ponctuée permet bien d'en apprécier le niveau général. Ici encore, noos avons des ondulations égales et régulières, mai» plus petites et" plus nombreuses. Elles correspondent iu\ pulsations des artères et représentent spécialement les variations rhylhmèes do turgescence de l'encéphale, en rapport avec les systoles cardiaques. •

Les mouvements respiratoires, comme il est aisé de s'ftn

3SS k. BAIATIIB.

pendre compte, n'exercent aucune influence, dans ce casspécîal, sur les battements de la fontanelle. . '

Après cette période de calme, l'enfant s'est réveillé. Il crie et l'on à peine à croire que la figure 172 représente les mêmes éléments que la précédente. ■ ■ ' ' ~

' Fl|. m.—ft^tlCBeiiW de l< (Mlanvll» uiietiean. d' f'iUtii en ninu leaps que les courbes de Iirc9| ciia. HepiiT«9 pÂnélué? renleiux. >

Ici, comme tout à l'heure cependant, la ligne supérieui^ correspond aux mouvements de la fontanelle'; la ligne inférieure, à la respiration Ihoracique.

La première ne rappelle en rien la précédente, et, disonsle tout de suite, l'influence exeraéc par la respii-ation prédomine à tel point que rintluence cardiaque est absotumeni masquée, ou tout au moins indéctiffrahle.

Lès tracés fournis par la fontanelle et j^Kir les niouvemciils respiratoires sont-ils du moins assimilables?. De prime abni'd, ce rapprodioment parait assez, difficile. On saisit cependant bientôt un rapport entre les ondulalions les plus marquées de chacun des tracés; mais, tandis que les unes sont â peu prés parallèles, les autres sont on opposition : nne

CIRCULATION. CKPflALOrRAGHIDIENNE 98^

dépression de^larespiràtioti correspondant âl0rs^ à une saillie du tracé de la fontanelle r Cette contradiction tôut^fQÎs' n*est qu'apparente: La raisofi en .est dans le nouveau type respiratoire adopté par l'enfant qui, du sommeil tranquille, vient de passer à Tagitâtion du réveil et dont la respiration est devenue surtout abdominale : d'où l'inversion des" courbes (1).

-Cette inversion efet des plus notables en 0, période- qui correspond à un cri prolongé déterminant une ascension extrême du tracé dé la fontanelle.' . ' ' • - • ' r

'A ce moment, k pression irjtra-abdominale est brusque-

. (1) Dans la' respiratÎQn bruscjûe'et qxagéré^ et paflicujièrement lors "des cris,, de -la.ioux; ete., les tracés fournis ^par deux pn^umoj^r^phes appliquas, rûa au. thorax/ l'autre a rabdomèn/so'nt, inverses, la courbe Ihespirafcire thoracrque- étant intervertie! Lé professèur-BerV a' déjà iigÀalér che2 je chjea/>un antagonisme de ce genre « entre le jeu du la partie inférieure etbelui'de la partie supérieure du thorax (a), » quand la respiration est purement diaphragmatique. f" TOns' un remarquable travail " sur 1é) ' Pheûittoglraphie (6); le'^D'.'Mocquot' a appelé l'attention sur. la production, de qette inversion chez l'homme. i

Inscrivant simultanément la respiration de trois manières, au moyen de deux ■pneumographes fixés à la cage thoracique et à l'abdomen,' et par l'intermédiaire d'un réservoir auquel aboutit un tube, danS-^Iequel respire le sujet de Pexpérience (c), l'auteur a constaté que les trois courbes parallèl(^s dans la respiration normale .changent de nature, quan(} la respiration ■ devient brusque et sacr cadée. . '

Le parallélisme existe encore entre les tracés de la respiration abdominale et ceux du réservoir, les derniers faisant foi; mais" le tracé thtîraciqu« est en opposition avec les. deux autres. Nous ayons .nous- m;ênve90uv^nt vjûriQé:cet^ inversion -de tracés. Par '.quel .mécanisme se produiC^elle, .dans ^ces circon^ stances? Voici l'explication qu'en a donnée Mocquot :

Les muscles abdominaux se contractant vivement, refoulant sPubltemeht et aVjBC. force le dis^phragme dans. le thorax, il en résulte uno augmentation considérable d« pression thoracique. u Cette augmentation de pression produit deux effets simultanés": dilatation du thorax et expulsion au dehors d*une certaine quantité d'air (d). m La descente de la courbe respiratoire thoracique en -expiration -en est la conséquence. Son ascension en inspiration s'explique par un -mécanisme inverse. Le diaphragme, qui a- été violemment refoulé, se contracte éAergiquement et, en s'abaissant, entraîne les poumons, tandis que la ca^e'thôràoique, distendue) -par l'acte précédent, revient âur elle-même: rinspiratioD-est uniquement produite par la contraction du diaphragme. ^

(a) P. Bert, Leçons sur la physiologie comparée de la respiration^ Paris, 1870.

(b) G. Mocquot', Essai de pneumographie, pour servir à l'étude des malàdieèi des enfahts, Thèàe,' Paris, 1875.

(c) Un deuxième tube, partant de la bonbonne, aboutit à un tambour earegistreur, influencé par les'varialions de pression; dans la bonbonne, pression moindre en inspiration, plus forte en expiration : d'oîi descente de la plum:; dans le premier cas, ascéhâion dans le seèohd. .

(d) Mocquot, yoc. c/f.,;p. 21.

i»ent élevée, à la suite des contractions spasmodiques des muscles abdominaux ; la pression intrarthoraclque moQte de son côté, par suite du refoulement subit du diapbragme. Toutes les conditions sont donc .réunies pour refoulée le sang de l'aorte et des veines caves dans les vaisseaux périphériques. Ainsi s'explique la tension si marquée de la fon- -tanelle, conséquence de l'aocroissement de la lurgescenco cérébrale, ■ - ■ . . . , .

Dans le soupir et dans le bâillement, l'appareil explorateur lious a permis de constater aussi des soiulévemenls considérables de la fontanelle.

' Nous âvdiis. étudié également l'influence de la succion, cbez Ténfant qui lèle, sur les battements de' la fonlàhelie. ■Les tracés qii'on obtient, dans ce cas, sont trés-variàbles', suivant les instants.

}ji ligui'e 173 correspond au moment où l'on donne le sein à l'enfant. La troisième ondulation respiratoire, qui offre un plaleau assez prononcé; se rapporte au moment où l'enfant saisit le sein. En T, il commence à téler. Nous voyons aussitôt la ligne supérieure, qui représente les battements de la fontanelle, changer d'aspect. Les petites oscillations, d'origine cardiaque, qui se montraient seules auparavant, avec quelques petites irrégularités, viennent se greffer à présent sur des ondulations plus prononcées, en rapport avec la respiration. Ces grandes ondulations sont de même sens que celles de* la respiration thoracique représentée au-dessous, comme le montrent bien les repères.

La suite du graphique aurait montré de grandes mpdiflcaiionS; les ondulations pi-ovoiiuces par la respiration snrle

GIRGlJLATlOiN CBVHALO-ftACHIDIENNE. 855'

tracé délq ionfanelle allant en s'éteignent de plus éii plîls, à îïiesure que Tenfant tète avec moins d'énergie, de façon à ne plus laisser paraître à là fin quQ les oscillations cardiaques. L'accord des deux 'courbes de la fontanelle et de la. respiration, que mon trela figuré 173, nous permet de conclure que, pendant la succion, là respiratio'n était essentiellement thoracique. Nous voyons, en outre, qu'elle ne s'arrêtait pas' pendant la succion j et que l'inspiration coïncidait avec cette' dernière, .-.

Nous avons pu enregistrer également les modifications imprimées aux battements dé la fontanelle et à sa tension; par les mrialiom d'attitude auxquelles on soumettait l'enfant. Pour obtenir ces modifications aussi pures que possi-; ble, et sans qu'elles puissent être altérées, dans rexécutièn: de ces changements de situation, par les cris ou les mouvé-; ments de F-enfârit, il était • à désirer que celui-ci fût enquelque sorte passif. Aucun état ne pbuvait nous être plu^' favorable, sous ce rapport, que le «sonimeiL C'est en effet'^le' moment- que nous aV6nseht)rsî. ' '* ■ | :

La figurei74représenteletracédes mouvements de lafon--' tanelle correspondant à trois altitudes différentes. Les modifiacations qu'elles !ont amenées nous ont paru fort intéressantes, s

. En H, l'enfant dort avec (Dalme ; il est couché sur les ge-: noux de sa. mère. De même que dans la fiiçure 171, on ne distingue à ce moment que des oscillations de nature cardiaque.'

A l'endroit . indiqué par ùné! flèche renversée, on baisse la tète de l'anfent : aussitôt, . k fontanelle se tend fortement, ainsi que l'indique l'ascension considérable du tracé de ses mouvements. Apr^s quelques ^ecousses.irrégulières, au milieu desquelles il est difficile de distinguer la pulsation cérébrale, la ligne s'abaisse natabtemént, pour se maintenir ensuite à* un niveau moins ^evé, supérieur toutefois à celui de l'attî-lude précédente^ dans laquelle. F enfant était en position hori-zontale. Le^ oscillations déterminées par la systole du cœur ' se détacheixt nettement;/ mais leur caractère n'est plus le même; Jeur élévation. est bien moindre, ce qui indique une augmentation considérable de la tension intra-crànienne, .L'ènfaht ayant été maintenu, pVès d'un quart do minute, en

A. BAUlTHt.

celle attitude, est amené, au potiïtoù sel , trouve une flèche dressée, en situation.

, opposée, c'est-à-dire la tête en haut.

Le tracé subit immédiatement un abaissement trés-marqué et arrive à s'arrêter à un. niveau inférieur, non-seulement par rapport au précédent, mais aussi par rapport à celui de la position horizontale.

A la suite de ce dernier changement d'altitude, les oscillations qui répondent à l'influence cardiaque ont repris leur ampleur primitive, laquelle accuse une diminution de la pression' intracrànienne.

En somme, tension de la fontanelle au maximum quand la léte est abaissée ; moins forte en position horizontale ; moins forte encore la tête étant élevée.

Dans la première attitude, la pesanteur agit comme cause favorable sur l'afllux du sang artériel, comme cause défavorable sur. l'écoulement veineux :

la turgescence encéphalique doit donc être augmentée. ■

Dans l'altitude invérsé,'qui est celle ■ de la station debout, la pesanteur eiitrave, dans une certaine mesure, la progression Vers l'encéphale de l'ondée sanguine arlérielle, tandis qu'elle favorise le retour du sang veineux vers l'oreillette droite : la turgescence de l!encéphale doit donc diminuer.

Enfin, en situation mixte, en d'autres termes dans la position horizontale, la .turgescence est intermédiaire, toutes choses égales d'aillçjjrs.

Ces trois états différents se lisent', en

CmCtJLATION ÉÉi>»ÀLO<^nAGHIDIENr(E. *35^

effet, sur le graphique qtie nous avons ariàl^ysë'(l)."^^N^^ AVông répété à diverées reprises 'ces vrfriatioris «d^aîKtudë ^ur le rriémè sujet, et pendant tout ce temps il'à pu boritmuér à dprmir avec calme. ^ - • ' * * ^ -

' -L-encéphale est-il seul le siège de changements de yolûhié, â la suite de ces oscillations de pression ;• lés vàissfeaiixi^ sittiés dans la w^vité crânienne, en dehofs de la sûbfelance nerveuse; éprouvent-ils aussi des variations de 'câlibre,,^t d'ans ^juelle mesure? — Cest ce qu'il ne nous est pas- j)é/iiiîi de juger dès à prèseat. Peut-être les expériences sUr' lès 'imimaux pourront-elles nous donnel* des renseigriérîieilts a cet égard. . /

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