HISTORIQUE
Helmholtz (^) , en entreprenant de mesurer la vitesse de l'agent nerveux, a trouvé que 1» contraction d'un muscle excité directement retarde sur le moment de son excitation d'un certain temps. — Ce temps qui s'écoule entre le moment où le muscle est excité directement et le moment où il entre en action a été appelé par Helmholtz période d'excitation latente (temps perdu) du muscle. L'éminent physiologiste a mesuré ' ce temps par une méthode qui fut conçue par du Bois- Reymondy et il a trouvé que cette période est environ de 0,01 de seconde.
L'existence de cette période latente du muscle a été depuis constatée par plusieurs physiologistes, qui, faisant des recher-
(1) Les résultats de ces recherches ont été communiqués à TÂcadémie des sciences le 11 août 1879. V. Comptes rendus, t. LXXXIX, p. 367.
(2) Helmholtz. Arch. f. Anat. u. physiol. 1850, p. 27o; 1852, p. 199.
iOO HENDBLSSOHN.
ches sur les muscles et surtout sur la vitesse de propagation de la contraction musculaire, devaient se rendre compte de la période latente des muscles. Du Bois-Reymond {!) ayant introduit quelques améliorations très importantes dans la méthode si délicate employée pour mesurer la vitesse de Tagent nerveux, a facilité les moyens de mesurer exactement la période d'excitation latente.
Après les travaux de Wundt (2), Harless (3), Bezold (4) et Fick (5), Aeby (6) dans ses recherches si ingénieuses sur la vitesse de la propagation de Tonde musculaire, détermina aussi la période d'excitation latente, dout Pluçe (7) évalua plus tard la durée à 0,004 de seconde peuleraeixt. <-* ValetUi7i (8) a signalé la diminution du temps perdu quand on augmente rintensité de Texcitation électrique.
M. Marey (9), étudiant par ses procédés perfectionnés les divers changements de la courbe musculaire, n'a pas seulement constaté l'existence /de la période latente et sa durée d'environ 0,01 de seconde, mais il a trouvé aussi que cette durée varie suivant les changements d!amplitude de la courbe musculaire et augmente quand la secousse devient faible.
Lamansky (10) a calculé la vitesse de l'agent nerveux (selon la loi de Pflûger), en excitant flUQoeaaivement une même portion de nerf par un courant ascendant, puis par un courant descendant et en établissant la différence des périodes d'excitation latente constatées dans les deux cas.
Toutes les recherches de ces physiologistes ont été faites sur les muscles striés longs, le plus souvent sur le gastrocnémien et sur Tadduçteur de la grenouille.
(1) Du Boîa-Beyinond, Revue des cours soienttflques, n^ 8. i8S6. — Ge^aor. Ahhan, 1877.
{%) Wundt, Muller'a Arohiv. 1859.
(3) Harless. Gelehrlc Anzeigen der Bayer. Akad. der Wis^ensch. XLIX. 1859.
(4) V, BeMold. Untersuch» dber die electr. Brregong &er oerven uBd muskeln. Leipzig. 1861 .
{5) Fick, ViertçljahrschrJA dçr paturf orscl^. Geaellsobalt in Zûricb, 1862, p. 807.
(6) Aeby, Untersuchupgen ùber die For(pflanzungsgeschwindigkeit der fletzung in der quergesfcreif. muskelfaser. Bnmnachwelg. 1862.
(7) Place. Nederl. arch. v. Genees.ea naturk. lU. 1867.
(8) Valenlia, Die zuckungsgeselre des lebenden nerveii und muskels 1808. Leipzig. — Arch. f. d. ges. phys, IV, p. 117. 1871.
(9) Marey, Du mouvement da&s les fonctions de la vie. 1868^
(10) Lamansky, Stud. des physiol. Instit. zu Dreslau IV, p. 220. 1868.
ÉTUDE 8UB L*£XCltAtlON UtEKT DU MUSCLE. 101
Volkmann (1)» étudiant les eHbts de la fatigue musculaire^ détermina son iiifluence sur la durée de l'excitation latente des muscles. Ses chiffres dépassent beaucoup 0,01 de seôondé*
Engelmann (2) a choisi pour ses recherches myophysiologiques le muscle lisse de Turetére après avoir démontré antérieurement (3) que la membrane musculaire de Turetôre s'adapte le mieux à ce genre d'expériences, car elle se com>* porte comme un seul grand faisceau musculaire dépourvu de herfis moteurs, où Tëxcitation passe d'Une cellule musculaire (lisse) à l'autre, sans éprouver d'obstacle à son passage dans la sarcolemme ni dans les espaces intramusculaires* Ce physiologiste a étudié l'influence des courants constants et induits, de la clôture, de l'ouvertiirei et auâsl de l'intensité du courant sur la durée dô l'exôitàtibn latente.
Gruenhagen (4) a mesuré l'excitation latente des flbres tnu^ culaires lisses deâ vaissëau^c.
Bernstein (5), dans ses recherches si complètes dUr la phj^ siologie des muscles et dans les expériences fbites avec Steiner (6) sur le sterno-cleido-tnastoïdien a évalué la durée de temps perdu à 0,01 à 0,03 de seconde. Mais il établit une différence entre la période latente des variations électri»ques du muscle et celle de son action mécanique (contraction). La première, qu'on pourrait nommer péHode latente électrique, est comprise entre le moment où l'excitation arrive au muscle et celui où l'état électrique commence â varier^ C'est-à-dire celui où commence à se manifester la variation négative dU muscle. Celte période, si elle existe, n'a gnéte quë 0,001 de seconde et la variation négative ne dure que 0j004 et par suite s'accomplit tout entière pendant la période latente ntéca-
(1) VolkmaDD. Die ErmudungsverhâUnisse der muskeln. Arch. f. d.gesam. physiol. l. nî, p. 372. 1870.
(2) Engelmann, Beitr. zur àllg. muskel ti. hervetiphysiol. Arch. f. d. ges. physiol. 1870, p. 256, t. Ht.
(S) Engelmann. Zur physiologie des Ureter . Arch. f. d. gès. physiol. i. II, p. 243, 1869.
(4) Gruenhagen. Zur Iris-Bewegung. Arch. f. d. geâ. physiol. t. lll p. 446, 1870.
(5) Bernstein. Unlers. û. d. Errcgungsvorgang lin heryen und muskelsystem. Heidelberg 1871.
(6) Bernstein et Steiner, Ûeber die Porlpflanzudg der Contraction, etc. Arch. f. anat. u. physiol. 1875, p. 526.
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nique (celle de H^/mAo/te), qu'il a trouvée d'une durée de 0,02 de seconde. — Notons que Hermann (1) dans ses récentes recherches a trouvé la durée de la variation négative plus longue que Bernstein.
Donders (2), étudiant Faction des courants sur le nerf vague, a déterminé la durée de la période latente du cœur comme « le temps dont Tirritation doit précéder une pulsation cardiaque pour que celle-ci s'en trouve allongée d'une manière appréciable. » Ce qui signifie que la durée en question étant de 1/6 de seconde chez le lapin, c une pulsation qui doit se produire moins de 1/6 de seconde après l'irritation, n'est pas affectée parcelle-ci et viçnt encore a son temps normal. »
Engelmann (3) a const|bté' la différence de la durée de la période latente du ventricule du cœur chez les animaux à sang froid et à sang chaud.
Marey (4), tendant à démontrer l'idendité de la systole du cœur et de la secousse d'une patte de grenouille, explique la longue durée de l'excitation latente du cœur (d'après lui 1/3-1/2 de seconde) par la longue durée des actions de ce muscle. Il montre que le temps perdu croît en raison de la durée de la secousse elle-même, et trouve^ pour le cœur, les mêmes variations de temps perdu sous l'influence de la fatigue, du froid et de la diminution d'intensité du courant, qu'il a constatées pour les muscles striés longs de la patte.
Après ces expériences si concluantes, R. Marchand (5) détsrmina la période latente du ventricule du cœur de la grenouille et constata également que sa durée varie avec les conditions de l'expérience de 11 à 33 centièmes de seconde.
Ranvier (6), établissant les différences physiologiques et histologiques des muscles blancs et rouges, dit que toutes
(1) Hermânn. Versuche mit den Fflllrhéotom ûber die Erregungsschwankung à, muskels. Arch. f. d. ges. phyi^iol. t. XV, p. 244.
(2) Donders. De l'action du courant constant sur le nerf vague. Arch. aéerland, t. VII, p. 334, 1872.
(3) EngelmaDB, Ueber die Leitung der Erregung im Herzmuskel. Arch, r- d. ges. physiol. t. XI, p. 465, 1875.
(4) Marey. Des excitations artificielles du cœur. G.-R. duLabor. p. 63, 1876.
(5) Richard Marchand. Beilr. zur kentniss der Reiz — und Contractionsivelle des Herzmuskels. Arch. f. d. ges. physiol. t. XV, p. 511,1877.
(6) Ranvier. De quelques faits relatifs à l'histol. et à la physiol. des muscles. Arch. de physiol. norm. et pathol. II* série, t. I, p. 11, 1874.