ÉTUDE SUE L EXCITATION LATENTE DU MUSCLE
les conditions étant absolument les mêmes, la secousse musculaire a une durée plus longue pour les muscles rouges que pour les muscles blancs, et que le temps perdu est au moins 4fois plus considérable pour les premiers que pour les seconds.
Françoi8^Franck{i) avait trouvé, dans des expériences sur les vaisseaux de la main, une durée d'une seconde environ pour la période latente des muscles lisses des vaisseaux, c'està-dire pour le temps qui s'écoule entre l'instant de l'impression et l'apparition du resserrement* des muscles vasculaires. Il a également constaté l'augmentation de cette période latente des muscles des vaisseaux sous l'influence de leur fatigue.
Dans ses récentes recherches sur la rapidité comparée de la réaction des fibres iriennes dilatatrices et des fibres annulaires des vaisseaux carotidiens, François- Franck (2) a observé une variabilité telle de la période latente, qu'il n'a point cru devoir donner de chiffres pour exprimer la valeur moyenne de ce retard. Il rappelle les recherches d'Ar/f, de DonderSy de Grûnhageny et cite les mesures de ce dernier auteur sans autres commentaires.
Lautenbach (3) a étudié dans le laboratoire de M. Schiff l'influence de l'augmentation de Tintensité du courant sur la durée de l'excitation latente du muscle.
Briicke (4), se servant d'un myographe spécial, a trouvé pour le muscle de la grenouille une durée de la période latente d'environ sept millièmes de seconde aussi bien pour des excitations faibles que pour des excitations fortes.
J. Gad (5) après avoir contrôlé et complété les recherches de Holmgren^ Sigmund Mayer et du Bois-Reyinond (6) sur les
(1) François-Franck. Chan(rement8 de volume des organes. Comptes-Rendus du Labor. 1876.
(2) Fr9j>çoi3-Franck, Mémoire sur rinnervation de l'iris. -* Dans ce vol. p. 02. (S) Lautenbach, Sur Jes relations qui existent entre l'intensité de Tirrltation
portée sur le nerf sciatique, la hauteur de la contraction musculaire, et le temps qui s*écoule entre l'irritation et la contraction. Arch. d. sciences phys. et natur. juillet 1877.
(4) E.'Brùcke, Ueber willkiirliche u. krampHiarte Bewegungen fSitzb. d. k« akad. d. wiss. Wien. t. LXXVI, p. i>37-t79) 1877.
(5) J, Gad, Ueber zeichen wœchsel der Stromesschwankuog innerhalb des Latenzstadiums bei der Einzelzuckung des Froschgastrocnémius. Arch. f. Anat. u. Physiol. 1877.
(6) Da Bois-Reymond. Gesam. Abhand. zur allg. muskel u. nerrenphysik. t. li, p. 449. 1877.
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rapporls de la variation électrique négative du musclé aveo la tiurée de son excitation latente, a cherché tout récemment dan« le laboratoire de M. du Bois^^Reymond (1) â déterminer la durée de la période latente de T élément musculaii*e lui-môme excité directement. Cette durée doit être beaucoup plus petite que la période latente du muscle tout entier. À croit l'avoir démontré par son procédé, qui consiste à faire passer le levier inscripteur à Taide d'une aiguille dans la masse musculaire sans avoir trop lésé le muscle; celui-<^i^ â mesure qu'il se raccourcit et qu'il s'allonge, entraine avec lui le levier traçant. M. Qad prétend que le muscle chargé de 50 grammes et excité s'allonge avantde se raccourcir et c*est au moment de cet allongement du muscle, o'est-à*dire au moment dû il entre en action que la période latente est finies Ainsi» Qad arrive a conclure que le muscle suspendu et chargé exerce une traction plus forte sur le point auquel il est suspendu que sur la charge ; alors les parties du muscle^ qui ne se sont pas encore contractées éprouvent un allongement appréciable et c^est pour cette raison que la période latente mécanique du muscle doit être plus longue que la période de l'élément musculaire lui-même, qui n'excède jamais la durée de 0,004 de seconde* — J'ai cru utile de citer ici les principaux détails du travail de M. Gad^ me proposant de discuter ses conclusions [dans le chapitre II de ce travail. — M. Gh. Richet (2) a trouvé pour l'écrevisse la période d'excitation latente de 0,009 de seconde.
Enfin, si je cite encore M. Sewall (8) qui a étudié la durée de la période latente de deux contractions successives, j'aurai signalé tout ce qui a été fait jusqu'à ces derniers temps sur l'excitation latente des muscles chez les animaux.
Pour compléter ce résumé historique, ajoutons qu'il y a dans la littérature rayophysiologique très peu de recherches sur la durée de l'excitation latente du muscle chez l'homme à Téiat normal, e^, à notre connaissance, on n'a aucune donnée
(i) F. Gad. Uebet'dasLftlenîsladium des Muskeleiemenles utid des gesitntmusKeîs- Arch. f. anat. tl. physlôl. HI et IV Iksc. p. 250. iSTî,
(2) Ch. Richet. Arch. de phys. norm. el pathol. Août, i8t9.
(8) 8êW9ii. Ou lh« Kfrecl of two Bucceeding alitnuli upotl musculat* tontraclion. The journal of Physiology. t. II, n» 2, 1879.
I^TUDB SDR L*EXCltATtO!f LATlSNTE DU HUSCLE. lOlS
sur la durée de cette période che« l*homme â Tétftt pfttho* logique.
Presque tous les physiologiste», qui depuis tfêlnUiùUz 6t Baxt (1) ont mesuré la vitesse de Tagôtil tierveuxéhei Thommé, acceptaient comme normale la durée de réxcttalioh latente évaluée par Helmholtz à 0,01 de seconde. — Place (2) dans ses recherches ejitreprises avôc M. VûH West sur la vitessô de la propagation de TiiTitâtion nè^veddè cheJi Thommé, a trouvé uiie plus longue durée de Texcitation latente, 1/50 dé seconde^ et il a constaté, chez Thomme, îine diminution delà période latente correspondant à l'augmentation de l'intensité de l'excitant électrique du fflUâcle.»
Dans ce court aperçu historique, j'ai cité seulement les auteurs qui, dans leurs recherches sur les diverses propriétés des muscles, ont surtout étudié la durée de 1 excitation latente. Mentionner tous les expérimentateurs qui, en examinant la courbe de la contraction musculaire, devaient forcément sur leurs tracés obtenir la durée de la période latente des musclesi ce serait trop encombrer ce mémoire et donner un index bibliographique, au lieu de faire ressortir dans un exposé historique les principales recherches sur l'excitation latente du muscle. Entre tous ces expérimentateurs, quelques-uns seulement se sont occupés spécialement de l'étude de l'excitation latente, et très peu d'entre eux ont eu l'intention d'apprécier toute l'importance que peut avoir la connaissance exacte de la durée de cette période pour les recherches myophysiologiques. Si les chiffres exprimant la durée du retard musculaire sont plus ou moins différents chez les divers auteurs, ils sont souvent les mêmes chez un auteur dans des conditions d'expérimentation différente, et dans deux séries d'expériences, le temps perdu est presque toujours considéré comme un facteur constant.
M. Marey^ après ses longues recherches sur la contraction musculaire a bien apprécié toute l'importance do la période
(1) HelmhoH* et Baxt. Monatsberichte d. Berl. acad. p. 228, 1887. — p. 184,
(2) Place. Sur la vitesse avec laquelle l'irritation se propage dans les nerfs moteurs de Thomme. Arch. néerland des sciences exactes et natur. 1871 p. 80 et Arch. fur d. gesam. physiol. t. III, 1870, p. 424.
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d'excitation latente en disant (1), que la variabilité de la vitesse de l'agent nerveux appartient peut-être presque exclusivement à ces phénomènes encore inconnus qui se produisent dans le muscle pendant le temps perdu de Helmholtz. — Dans le but d'étudier plus à fond les divers rapports de la période latente du muscle chez la grenouille et chez l'homme à l'état sain et malade, M. Marey a bien voulu nous confier l'exécution de ces recherches, en mettant à notre disposition tous les appareils nécessaires et en nous traçant la méthode d'expérimentation*
Nous divisons l'exposé de nos recherches en deux parties : dans la première, nous parlerons de la méthode employée et des résultats obtenus chez la grenouille, en indiquant, à côté des faits constatés par nous, les recherches faîtes par nos devanciers; dans la seconde partie, nous décrirons de la même façon la méthode appliquée et les résultats obtenus chez l'homme sain ou malade.
(1) Mêrey. La Machine animale, p. 44, 1873.