CROISSANTES
Pour étudier rinfluence des charges croissantes sur la durée de la période latente, nous avons remplacé le plateau métallique du myographepar un plateau de liège d'un poids insignifiant. Ce plateau était suspendu tantôt par un fil inextensible, tantôt par un (il élastique suivant les conditions de l'expérience. Il supportait les poids destinés à tendre graduellement le muscle : lescharges ont été augmentées, a intervalles parfaitement égaux, de 5 grammes a chaque nouvelle expérience. On avait, au préalable, soumis le muscle à la traction d'un poids de 5 grammes fixé par un fil élastique au levier inscripteur.
Le point de départ des expériences comparatives que j*ai faites sur le temps perdu du muscle tendu à Taide d'un fil élastique et à Taide d'un fil non élastique est dans le principe suivant démontré par Mareij (1) : c Une force de courte durée, appliquée à mouvoir une masse a plus d'effet utile lorsqu'elle agit sur cette masse par l'intermédiaire d'un fil élastique. » Cette différence au profit de la force qui agit avec une élasticité interposée m'a donné l'idée de faire les deux séries d'expériences, dont j'ai parlé.
Durée de la période latente sous Vinflueiice de charges croissantes suspendues par un fil élastique.
Le plateau de liège suspendu par un fil élastique était chargé, à des intervalles réguliers de quelques minutes, de
(1) Marey. Travaux du Laboratoire. T. I. Mémoire I. 1875.
RBCBBBGHBS 8UI L'BXCITATION LATBRTR DU GASTRO^GMÂMlBN. 433
poids réguliôrëment croissants : à chaque intervalle, on ajoutait un nouveau poids de 5 grammes, on laissait lé muscle subir pendant 2 ou 3 minutes l'influence de ces charges successives, et on l'excitait ensuite. J'ai vu, dans ces expériences successives, que la durée de la période latente reste la même Jusqu'à ce que le plateau soit chargé d'un poids qui varie entre SO et 50 grammes. A partir de ce moment, la période latente commence à augmenter, mais son allongement n'est pas proportionnel à l'augmentation graduelle des charges: ainsi, une charge de 50 grammes ayant déterminé un allongement de la période latente, les charges suivantes de 55, 60, etc., n'augmentent pas cet allongement ; il faut arriver jusqu'à 75 grammes, par exemple, pour qu'une nouvelle augmentation se produise. Â partir de 100 grammes environ jusqu'à 200, l'augmentation déjà acquise ne s'exagère pas sensiblement, bien que le muscle soit soumis à des charges relativement considérables. — Le résultat essentiel de ces recherches, au point de vue où nous étions placés, c'est que l'exagération du temps perdu commence précisément au moment où le muscle arrive à sa limite d'élasticité, sous l'influence des charges, c'est-à-dire entre 30 et 50 grammes. Ce chiffre est du moins celui qui est généralement accepté comme correspondant à la limite d'élasticilé du gastro-cnémiendela grenouille.
Au cours de ces expériences, nous avons eu l'occasion de constater un fait déjà noté par M. le professeur Marey, que la hauteur des courbes musculaires augmente avant de diminuer sous rinfluence des charges croissantes. — Ainsi, la hauteur de la courbe étant, au début des expériences, de 1 6 mill imè- Ires peut arriver à 18 millimètres dans un muscle chargé de 10 à 30 grammes, et tomber ensuite jusqu'à 12 et même au-dessous sous l'influence de charges de 50 à 150 grammes.
2. Durée de la période htente sans influence de charges croissantes suspendues par un fil inextensible.
En soumettant le muscle à des charges croissantes suspendues par un fil lion-élastique, nous avons pu constater que la durée de la période latente commence à augmentera partir
de ta première charge. Ainsi, la période latente d'un muscle non chargé étant de 0,067 de seconde, devient égale à 0,06" sous l'influence d'un poids de 5 grammes ; en joutant toutes tes 3 minutes 5 grammes de plus, on observe un allongement graduel du temps perdu qui, avec une cliargede56 grammes est égale à 0,013 de seconde. En augmentant encore les charges jusqu'à âoO grammes, le temps perdu augmente très peu ; àS50 grammes, en eflet il n'est que de0,015 de seconde, alors que, avec une charge de 30 grammes, il était déjà de 0,012 de seconde. — On voit, en un mot , qu'un muscle soumis à des charges croissantes suspendues par un 111 inextensible, présente une augmentation graduelle du temps perdu jusqu'à ce qu'il ait atteint sa limite d'élasticité, et qu'à partir de cette limite, le temps perdu augmente à peine.
J'ai réuni dans une même figure (ftg. 36) deux séries de tracés correspondant l'une (A) aux variations du temps perdu sous l'influence de charges croissantes suspendues par un fil élastique ; l'autre série (B) aux variations du temps perdu sous l'influence de charges croissantes suspendues par un fil inextensible.
Cette énorme différence dans l'influence des charges, suivant qu'elles sont suspendues par un fil élastique ou nonélastique, sur la durée de ta période latente, vient encore prouver davantage l'exactitude de l'explication donnée par Marey sur le rdle de l'élasticité dans la contraction musculaire. Evidem'
REGHIEGHBS SUR l'BXCITATION LATENTE DU OASTRO-GNéMlfiN. 135
ment le fil élastique compense jusqu'à une certaine limite l'inertie des poids et ce n'est qu'à partir delà limite de l'élasticité que la période latente commence à être influencée par les charges croissantes. Au contraire, quand les charges agissent sur le muscle sans l'intermédiaire d'un fil élastique, l'inertie des poids devient considérable, et une charge de 5 grammes exerce déjà son action sur la durée de l'excitation latente. Ajoutons que ces expériences nous démontrent que 5 à 10 grammes suspendus par un fil élastique pour produire un certain degré de tension du muscle, n'ont aucune influence sur la durée de la période latente et par conséquent ne peuvent entraîner aucune erreur dans les expériences ordinaires.
Les variations de la durée de l'excitation latente dans toutes les conditions où l'élasticité des muscles subit des changements plus ou moins considérables, porteraient à croire qu'il y a des rapports intimes entre la durée de la période latente et l'état d'élasticité du muscle. Il est certainement vrai que toutes ces influences, qui, comme la chaleur, la fatigue, les charges, etc., modifient le coefficient d'élasticité du muscle, modifient aussi son temps perdu. Cependant, nous ne pouvons pas saisir la loi du rapport que nous croyons exister entre les variations du temps perdu du muscle et celles de son élasticité. Nous n'avons pas fait de recherches personnelles sur l'élasticité musculaire ; les résultats fournis par les auteurs sont loin d'être concordants : telle est peut-être la cause de certains faits contradictoires. — Prenons par exemple un muscle fatigué et un muscle raccourci : dans les deux muscles, l'élasticité est, dit-on, diminuée ; or, nous savons que la période latente augmente sous l'influence de la fatigue et diminue sous l'influence du raccourcissement. Place] (1) dit qu^il a toujours obtenu une durée de l'excitation latente d'autant plus courte que le coeflicient de Textensibilité était plus faible. Nous citons seulement ce fait en passant, espérant que des recherches ultérieures sur l'élasticité musculaire permetteront de déterminer des rapports entre le degré d'élasticité des muscles et la valeur de leur temps perdu.
(1) PUee, Nederiandsc. Archief. voor genees en naturkunde III, p. 177.