CHAPITRE VI
INFLUENCE DES SUBSTANCES TOXIQUES SUR LA DUREE DE l'excitation LATENTE DU GASTRO-CNÉMIEN.
Nous avons étudié rinfluence du curare^ de la strychnine et de la vératrine sur la durée de la période latente du gastro-cnémien, en introduisant ces poisons sous la peau de la grenouille.
Curare. — En administrant à une grenouille, sous la peau, une petite dose de curare (0,000025 à 0,00005 gr.), nous n'avons constaté aucun changement, ni dans la durée de la période latente, ni dans la secousse musculaire, quoiqu'il y eût déjà une diminution très nette de tous les mouvements volontaires. En augmentant la dose de 0,00005 jusqu'à 0,0001 et même plus, c'est-à-dire jusqu'à la disparition de tous les réflexes, nous avons trouvé une augmentation graduelle de la période latente et un affaiblissement de la contractilité musculaire, s'exprimantparune courbe de la contraction plus allongée. Dans un bon nombre d'expériences, nous avons toujours constaté la même chose. Ainsi, la période latente étant à l'état normal 0,009 de seconde, devient chez la grenouille fortement curarisée 0,013 et même 0,018 de seconde au bout de 40 minutes environ. En même temps, la courbe musculaires' allonge, son amplitude reste cependant la même quelque temps encore, enfin elle diminue à son tour ; au bout de 40 minutes, dans une de nos expériences, Tamplitude de la courbe, qui était avant la curarisation de 9 millimètres 1/2 s'est trouvée réduite à 4 millimètres.
La figure 27 montre les différents faits qui viennent d'être indiqués.
BBCBBKCHSS SVB L'ESCITATIOK IAIBNTB OU OABTBO-CKtdlKN. 137
Peu de subslanoes toxiques ont été aussi minulieusement étudiées au point de vue physiologique que le curare, depuis
les remarquables recherches de Claude Bernard. Cependant, les auteurs ne sont pas d'accord sur le degré d'excitabilité d'un muscle curarisé. Pour mieux faire ressortir l'action neuroparalysante du curare, on nie la diminution de l'excitabilité du muscle curarisé, et certains auteurs ont cru constater, qu'elle n'est qu'apparente. Pfluger et v. BeMld {\)onl trouvé que la courbe de la secousse d'un muscle curarisé ne diffère en rien de la courbe d'un musde normal. Quelquesuns, comme Funke, Be%ûld, Yalentin, Rosenthal, ont même constaté qu'un muscle curarisé résiste plus qu'un muscle normal à la fatigue, ce qui, selon Roeber (2), résulterait d'une hypérémie du muscle. Mais Aeby (1. c.) a démontré que la vitesse de la propagation de l'onde diminue dans un muscle curarisé ; Voîentm (3), de son côté, a vu un allongement considérable dans la descente de la courbe d'un muscle curarisé. Briicke (4) a signalé qu'un muscle curarisé est plus difficilement excitable avec des courants de courte durée qu'un muscle ngrmal, tandis que tous deux réagissent également quand on leur applique des courants de longue durée. Rossbach (5), étu-
(1) Batold., Archiv. l. Anat. u. Phytiol., p. 168, 3S7,[3flO. (t) Raber. Archtv. f. Anat. u. Physiol., p. 440, 1869. iSf nieatia. Arch. r. d. g«a«m. pbjeiol., I. IV, p. 204,1871. (4) Brâcke. Uaber deo EIdIIuss der Stromatdauer auf die Eleetr. Emg. d«« muskal. Wien. silzber. t. LVI, 1867.
{Vi^RoatbêcIt. Âreb. t. d. gesam. phTslol. 1876.
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diant spécialement riniluence de curare sur la oontraction musculaire, a trouvé qu'en même temps que disparaît Texcitabilité nerveuse, celle des muscles commence à diminuer ; la courbe musculaire s'abaisse graduellement et s'allonge. Mais il a remarqué qu'avec des petites doses, on obtient une augmentation de l'amplitude du muscle excité directement ou indirectement. Il ne parle pas de la durée de l'excitation latente sous l'influence de curare. Or, dans nos expériences avec l'excitation directe des muscles, nous avons toujours constaté une diminution de l'amplitude de la secousse, en même temps qu'une augmentation de la durée de la période latente, sous l'influence des fortes doses de curare. Jamais nous n'avons vu, quoique nous l'ayons cherché d'une façon spéciale, une augmentation de la hauteur de la courbe sous l'influence de petites doses de curare; ces doses i*estaient sans influence sur le muscle excité directement.
M. Rossbach, il est vrai, dit aussi qu'il n'a pas toujours constaté ce phénomène ; il l'a souvent observé dans un muscle excité par l'intermédiaire de son nerf, mais il ne l'a pas retrouvé en excitant directement le muscle.
En résumé, le curare à petites doses n'agit pas sur le muscle ; â doses plus élevées, il diminue l'excitabilité du muscle et augmente la durée de la période latente. L'influence de la fatigue, dans nos expériences, est certainement négligeable, car nous avons montré que le muscle, soumis pendant une heurC; à des excitations espacées de 5 à 10 minutes d'intervalle, ne se fatigue pas nolablemcnt.
Slrychnine. — Quand la grenouille a recju sous la peau de forlos doses de slrychnino, la durée de la période latente du muscle diminue à mesure que les secousses augmentent d'amplitude et se transforment en tétanos. Mais, après quelques contractions tétaniques d'une grande intensité, les courbes deviennent plus faibles et plus allongées, et la période latente augmente. Ce dernier phénomène n'est autre qu'un fait d'épuisement.
La figure 28 montre que le temps perdu diminue graduellement de 0,01 (ligne 1), à 0,007 (ligne 2), à 0,005 (ligne 3). Quand la fatigue se produit, le temps perdu augmente et est représenté par la valeur 0,02 de seconde.
BBCHncHBS STB L'KXCITATION UTntTE DU GASTRO-CKÉmSK. 139
Cette diminution si remarquable du temps perdu sous l'in* fluence de la strychnine semble montrer que la période la-
tente esl, dans une certaine mesure, sous l'intluence du système nerveux central. Dans d'autres expériences, nous avions d^à observé que le temps perdu diminue quand on sectionne la moelle de la grenouille; aussi, n'avons-nous eu recours que très exceptionnellement à la section de la moelle dans le cours de nos recherches.
Vératrine. — Nous nous bornerons à indiquer ici les résultats qui sont relatifs à la durée du temps perdu dans l'empoisonnement par la vératrine, renvoyantpour tes autres détails à une note spéciale qui, étant encore inachevée, sera publiée prochainement.
hti vératrine, à doses faibles conmie à hautes doses, diminue la durée de la période latente.
Mais, pour mettre ce fait en évidence, ilfaut exciter le muscle pendant son relâchement complet. Si, en effet, on envoie
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Texcitation au muscle raccourci par une contraction tonique, on observe au contraire une augmentation du temps perdu. Il y a là un fait spécial à Tempoisonnement par la vératrine, car nous savons que dans un muscle normal raccourci, par exemple à la suite d'une section de son nerf moteur, le temps perdu diminue. Nous pensons, dès lors, qu'en même temps qu'il est raccourci et par le fait même de la contraction violente qui produit ce raccourcissement, le muscle vératrine est fatigué : de là, Taugmentation du temps perdu, malgré le raccourcissement.