‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. MareyChapitre 43 sur 93 · HO · texte numérisé non relu

HO

On voit dans le tableau ci-dessus que le travail, nul d'abord, quand la pression artérielle est zéro, s'accroît graduellement à mesure que cette pression augmente, et qu'après avoir atteint son maximum 80, il décroit de nouveau. Sous des charges trop fortes, le cœur ne peut plus se vider, son débit est insignifiant: à 0"'30 de pression, il n'est que 1/4 de centimètre cube par minute. Cela montre que cette charge est voisine du maximum d'effort que le cœur puisse développer.

La figure 38 traduit graphiquement les résultats du tableau précédent; les débits du cœur y sont comptés sur Taxe des. ordonnées et les pressions artérielles sur l'axe des abscisses.

On voit que le débit du cœur pour une minute varie sensiblement en raison inverse de la pression artérielle.

Pour avoir la mesure du travail effectué, on mesure l'aire du rectangle limité par les deux coordonnées.

Si l'on cherche l'influence de la pression veineuse , on voit qu'elle a pour effet de remplir le cœur d'autant plus complètement, que le sang arrive d'un réservoir plus élevé. Il s'ensuit que les ondées envoyées par le cœur sont plus volumineuses, et, d'après ce qu'on a vu plus haut, que ta plus grande force possible du cœur correspond au moment où il est le plus rempli, on conçoit que l'accroissement de la charge veineuse soit extrêmement favorable à la production du travail du cœur.

Mais on pourrait objecter que le travail effectif du cœur consiste à élever le sang du réservoir veineux au niveau de l'oriilce de l'écoulement artériel et que, par le fait même de l'élévation du réservoir veineux, on diminue la hauteur réelle à laquelle le sang a été élevé. Cette objection ne me semble pas valable. En eflet, tant que le réservoir veineux est moins élevé que l'orifice d'écoulement des artères, les valvules ou soupapes artérielles ne sont ouvertes que pendant l'action du ventricule (1) ; elles restent fermées pendant la période de réplétion de celui-ci. D'autre part, au moment de l'action du cœur, les valvules veineuses étant fermées, la charge du réservoir veineux est sans efîet sur la propulsion du sang. Pour attribuer à cette charge une influence sur le travail du cœur, il faudrait considérer le travail de chute du

(1} Si au ooolraira le réservoir reinaux élail plus haut que l'arlSce d'écou- Ibment du tube arlériel, le cœur eerait IrRvené eonlinuellemenl par le saDg qui coulerait des veines aux artères comme par un sypbon.

FIg. se. — RepréiMIilioB inphifne des

dékiti ta ueur tOM dinérenie^ Uurgai iniricJLM.

VARUTIONS DB LA FOBCB BT DU TRAVAIL DU GQEUB. 173

sang veineux comme emmagasiné dans la force élastique des parois du ventricule distendu, puis restitué, au moment du resserrement ventriculaire pour la propulsion du sang.

Enfin, la fréquence des mouvements du cœur exerce sur le travail une influence notable qu'il est nécessaire de définir. Si les ondées ventriculaires conservaient leur volume en augmentant de fréquence, le travail s'accroîtrait en raison même de l'augmentation de fréquence des systoles; mais on constate que le cœur, en s'accélérant, lance à chaque fois des ondées de plus en plus petites. Cet effet tient manifestement à ce que le temps est un facteur important dans la réplétion ventriculaire ; la réplétion est de plus en plus incomplète à mesure que les révolutions du cœur sont plus courtes.

C'est en échauffant graduellement le sang, qui circulait à travers le cœur, que j'ai obtenu l'accélération du rythme de son mouvement, et, dans ces conditions, la mesure du débit sous une môme charge et dans un même espace de temps, a montré, qu'en s'accélérant, le cœur commence par produire plus de travail, puisque ce travail diminue graduellement et finit par être presque nul (1).

Ces expériences, que l'on ne peut faire que dans des conditions artificielles qui permettent de mesurer avec précision les débits et les pressions du sang paraissent s'accorder avec ce qu'on observe sur l'animal vivant ou sur Thomme, quoiqu'on ne puisse alors estimer que très approximativement le volume des ondées sanguines et la pression du sang dans les artères.

(1) Voir pour les détails de Vexpérience, Trav, du Lab, t. II, p. 167.

Par E.-J. MAREY.

INTRODUCTION

Les appareils inscripteurs donnent les indications les plus précieuses sur les variations de la pression du sang : les pulsations du cœur, celles des artères, ainsi que les mouvements rythmés d'expansion et de resserrement des tissus, sont les manifestations des changements de la pression du sang. Le sphygmographe et le cardiographe ne sont donc que des appareils manométriques; on peut s'en convaincre, soit en inscrivant comparativement les pulsations d'une artère et les changements de la pression dans ce vaisseau; soit en inscrivant à la fois la pulsation du cœur et la pression du sang dans le ventricule gauche, au moyen de sondes manométriques (1). Enfin les changements de volume des

(1) La seule différeDce entre les deux tracé-9 tient à ce que les changements de volume du cœur interviennent dans la forme de sa pulsation ; encore leur influence n'est-elle sensible que si l'on explore la pulsation dans le Toisinage de la pointe du cœur, c'est-à-dire en un lieu où le cœur éprouve des déplacements. Les effets des changements de volume disparaissent lorsque l'explorateur est appliqué sur la face latérale du ventricule et que le sujet est couché sur le côté gauche.

176 MARkY.

organes, si bien étudiés par François-Franck (l),sont les effets des variations de la pression dans les petites et moyennes artères.

C'est donc la pression du sang, ou du moins les variations qu'elle éprouve sous différentes influences, que traduisent les tracés des instruments inscripleurs applicables à l'homme. Mais les influences qui font varier la pression du sang sont très complexes et il est souvent très difficile d'interpréter les ondulations variées que présentent les tracés des diverses pulsations. Celles-ci nous révèlent clairement que la pression s'élève ou s'abaisse d'une quantité plus ou moins grande, mais elles laissent fort indécise la cause de ces variations. C'est dans la connaissance approfondie des conditions hydrauliques du mouvement du sang que l'on trouvera la solution de la plupart des difficultés dont nous venons de parler.

On peut, dans certains cas, imiter assez bien le mécanisme de la circulation du sang pour reproduire les variations de la pression artérielle dans des conditions assez simples pour qu'elles soient faciles à étudier.

C'est ainsi que les ondes sanguines qui se produisent dans les artères et donnent lieu au discrotisme ou rebondissement du pouls ont été reproduites assez fidèlement dans des conditions artificielles (2). Ailleurs, le mécanisme de la pulsation du cœur a trouvé son explication dans certaines expériences synthétiques au moyen desquelles cette pulsation était reproduite avec la plupart de ses formes normales ou pathologiques (3). Au cours de ces expériences se montrée chaque instant le rôle capital qu'exerce l'élasticité des artères. C'est cette élasticité qui entre enjeu pour faciliter l'action impulsive du cœur en diminuant les résistances que cet organe éprouve à envoyer le sang dans les artères (4); c'estellequiintervientpour la production des ondes sanguines; c'est elle enfin qui, par ses variations, change à chaque instant les résistances qu'éprouve la systole ventriculaire, règle la vitesse de l'afflux du sang dans l'aorte et modifie le caractère des pulsations artérielles.

(1) Voir t. H, p. 1.

ii) Voir 1. 1, p. 87.

(3) Voir t. I, p. id.

(4) Voy. ^Aarey, ^Physiologie médicale de la circulation du sang, p. 190.

RBCHBaCHBS SUR LA TENSION ARTERIELLE. 177

Le nom de tension artérielle est substitué souvent à celui de pression du sang dans les artères ; en effet, la pression du sang n'est autre chose que la réaction actuelle de Télasticité des parois des vaisseaux.

Mais cette élasticité qui varie avec le degré de réplétion des artères, avec l'âge du sujet en expérience, peut-être même avec l'état de contraction ou de relâchement des tuniques musculeuses des vaisseaux, est-elle susceptible d'être déterminée, dans son module^ comme Ta été l'élasticité des corps inorganiques ? Cette détermination offre de grandes difiQcultés et nécessiterait de nombreuses expériences en raison même de la variété que présente l'élasticité artérielle chez les animaux de différentes tailles et de différents âges; toutefois, il m'a semblé utile de faire a ce sujet de nouvelles recherches; si incomplètes qu'elles soient encore, je vais en exposer les résultats.

Page 1