DESCRIPTION DES INSTRUMENTS
J'ai décrit, sous le nom d'Explorateur à tambour (1), l'appareil qui me satisfait le mieux pour recueillir la pulsation du cœur de l'homme ou des grands animaux ; cet instrument est représenté figure 50. Avec cet explorateur relié à un tambour à levier inscripteur, on obtient de bons tracés de la pulsation du ventricule gauche, si l'on a le soin de coucher sur le côté gauche le sujet en expérience. Dans la situation assise, représentée figure 52, c'est le ventricule droit qui est le plus facilement accessible.
Quant aux explorateurs du pouls, que j'ai décrits sous le nom de sphygmographes à transmission (2), ils avaient jusqu'ici un certain degré d'infériorité sur le sphygmographe direct, en ce qu'ils ne donnaient pas des tracés d'une aussi grande amplitude ; une notable partie de la force du pouls se perdait dans
(1) Comptes rendus des Trav. du Laboratoire^ 1875, p. 32. Voyez aussi Ja Méthode graphique, p. 588.
(2) Voir Ja Méthode graphique, p. 58S.
EMPLOI d'un nouveau poltchaphb.
les organes de transmission. Une disposition nouvelle m'a donné des résultats toul à fait satisfaisants.
tig. 5D. — ExplonlcBr t lambonr de li puliillon da mur de rboum*.
Voici en quoi elle consiste: sur une monture ordinaire de sphygmographe (fig. 51) est disposé un tambour explorateur qui tourne librement autour d'une charnière. Quand l'instrument est bien appliqué sur le poignet, on fait tourner le tambour, de manière que la membrane soit dirigée en bas, du cùté de l'artère explorée. Du centre de celte membrane pend une tige métallique légère T, laquelle s'articule avec le ressort qui comprime l'artère.
n trUricllcl no leiJ(r inuiip'
Les mouvements de ce ressort sont directement transmis par la tige à la membrane. On immobilise le tambour et l'on
empêche tout mouvement de la charnière au moyen d*un écrou de serrage ; dés lors, tout Teffort des pulsations se traduit par un abondant déplacement d'air qui actionne avec force le tambour inscripteur.
Les tracés que donne ce sphygmographe ont sensiblement la même amplitude que ceux du sphygmographe direct.
J'ai modifié également l'appareil sur lequel s'inscrivent les indications des instruments ci-dessus représentés, etj'en ai fait un instrument commode et portatif, renfermant tout ce qui est nécessaire pour faire la plupart des expériences physiologiques et des recherches cliniques. Ce nouveau polygraphe est représenté figure 52 avec l'explorateur de la pulsation du cœur et un sphygmographe à transmission simultanément appliqué sur un malade. On recueille ainsi des tracés doubles qui permettent des comparaisons très intéressantes, ainsi qu'on en pourra juger par quelques exemples qui seront représentés plus loin; mais auparavant je dois donner quelques explications sur la disposition du nouveau polygraphe et sur la manière de l'employer.
L'appareil, représenté figure 53, est contenu dans une boite dont on enlève la partie supérieure quand on veut recueillir des tracés. Une petite caisse G contient les différents explorateurs dont on peut avoir besoin suivantles cas : explorateur de la pulsation du cœur, du pouls radial ou du pouls des autres artères ; explorateur de la respiration et de l'action musculaire, etc ; elle peut contenir aussi un chronographe, des bougies destinées à noircir le papier qui recouvre le cylindre et le vernis qui fixera les tracés. Le fond de cette caisse est creusé d'une gouttière dans laquelle on verse le vernis, afin d'y plonger les feuilles dont les tracés doivent être conservés. Cette caisse s'enlève alors et se retourne pour que sa gouttière intérieure reçoive le vernis. On l'enlève également lorsqu'on veut noircir le cylindre au moyen de la fumée d'une bougie.
Le grand cylindre qu'on voit en haut de rappareil,et sur lequel trois tambours à levier écrivent à la fois, est représenté couvert d'une feuille de papier qui n'est pas encore noircie. Ce cylindre contient, à son intérieur, le rouage d'horlogerie qui doit le mettre en mouvement. Cette disposition réalise une très grande économie de place et j'ai résolu de l'employer
I UN NOUVEAU POLIGHAPHE.
pour toos les appareils qui doivent être portatifs; elle constîlue, en outre un excellent moyen de protection pour, le rouage d'horlogerie, qui se trouve ainsi à l'abri des poussières, des chocs et autres causes de détérioration.
PIg. m. — PollG^plii! porlallf k rouitc Intérieur.
Le fond-du cylindre, qui est visible dans la figure 53, est formé par l'une des platines du rouage d'horlogerie ; on y voit l'encliquetage qui sert à remonter le mouvement et le bouton B, qui, suivant qu'on le tire ou qu'on le pousse, sert à mettre le cylindre en marche ou à l'arrêter (1).
(Il Comme dans cerlaines expériences on peut avoir les doux mains occupées, il faudniil qu'un, aide se chargeât de mettra le cjUndre en marche ou de l'affêter. Cetta nécesEÏté de l'intervention d'un aida eonstiluall un inconvénieal grave ; je l'ai supprimée de la maniËre suivante :
Quand t'opi^raleur a placé les explorateurs du cœur et du pouts d'un arlËro al quand, msinlenant avec les mains ces deux inslrunisnls en place, il consiste que les mouvements des leviers s'eKéculent convenablement, il lui sufllt de soufUer dans un tube qu'il avait préalablemenl placé dans sa bouche, pour que le cylindre s'arrÈle ou se nielle en marche.
Le lube en question se termine par un tambour dont la membrane s'attache 3U bouton B. ne tambour se Qxs aisément au moyen de deux oreilles sur le fond du cylindre de l'inslrumant. Les mouvements de la membrane 6e Ton 1, dans les deux sens opposés, suivant qu'on soume dans le lube ou qu'on aspire ; on obtient de celle manibre la marche ol l'arrEl du cylindre.
Cet appareil est d'un emploi si commode, à cause de ta liberté qu'il laisse aux mains de l'opérateur, que Je ne l'enlève Jamais du fond du cylindre et n'emploie plus d'autres moyens d'errft ou de mise en marche.
BMPLOI d'un nouveau POLTGRAPHE.
La vitesse que j*ai choisie comme étant la plus conveaable dans la plupart des expériences, est de 2 centimètres par seconde; mais, comme cette vitesse serait insuffisante pour le noircissage du cylindre, on peut, pendant cette opération, imprimer avec la main une rotation plus rapide au cylindre, après ravoir préalablement rendu indépendant du rouage d'horlogerie.
Pour cela, le fond du cylindre qui est invisible dans la figure 53, porte un écrou situé sur Taxe de rotation ; si Ton tourne cet écrou vers la droite, le cylindre tourne follement sur son axe intérieur et peut prendre, sous l'impulsion de la main, ou par Taction d'un moteur étranger, une vitesse quelconque. Tourne-t-on le bouton à gauche, aussitôt le cylindre cesse d'être libre et ne se meut plus que sous Faction du rouage intérieur, c'est-à-dire avec la vitesse de 2 centimètres par seconde.
Le rouage, une fois remonté, peut marcher pendant huit minutes ce qui suffit pour recueillir plus de 35 tracés sans le le remonter de nouveau.
Parallèlement au grand cylindre s'en trouve un autre, plus petit, à l'intérieur duquel est un rouleau de papier formant une abondante provision de feuilles taillées et gommées à l'avance sur l'un de leurs bords qu'il suffit de mouiller, à la façon d'un timbre-poste, pour la fixer à la surface du cylindre. Cette pièce est munie elle-même de deux charnières qui la fixent au fond de la boîte, en permettant à l'ensemble des deux cylindres de pivoter, de manière à ce que celui qui porte le papier se trouve soulevé de 8 centimètres au-dessus du fond de la boîte. Cette position est nécessaire pour l'opération du noircissage dans laquelle une bougie doit être promenée en dessous du cylindre recouvert de papier.
Une petite poignée spéciale, placée sur le fond visible du cylindre, sert à le soulever, et quand il a atteint la hauteur, convenable, une béquille A, s'appuyant sur le fond de la boîte, maintient le tout en position.
Enfin, les tambours, dont on peut varier le nombre suivant le besoin, glissent le long du cylindre dans une coulisse à frottement doux. A chaque fois qu'une expérience est finie, on déplace les tambours, afin qu'ils écrivent sur une nouvelle
place du papier enfumé. Avec deux tambours, on peut recueillir, sur la longueur du cylindre, quatre doubles tracés. Si Ton met trois tambours, on peut recueillir trois triples tracés. Il va sans dire que le nombre des tracés serait moindre si la grande amplitude des mouvements qu'on inscrit forçait à écarter beaucoup les leviers les uns des autres (1).
Dans le déplacement qu'on fait subir aux tambours à levier parallèlement à Taxe du cylindre, Texacte superposition des plumes est assurée; cela était indispensable pour la détermination des rapports de succession des mouvements inscrits par les différentes plumes. Toutefois, quelque parfaite que soit la superposition des tracés, Tœil ne juge les rapports de succession que d'une manière approximative, aussi, dans les mesures délicates, est-il absolument nécessaire de se servir des repères et du compas (2).
Enfin, une vis de réglage permet de graduer le contact des plumes avec le papier, de manière à obtenir des traits d'une grande finesse en évitant les frottements excessifs.
Nous pouvons maintenant soumettre au lecteur quelques types de doubles tracés recueillis avec le nouveau polygraphe, afin de montrer combien la clinique et la physiologie peuvent acquérir de précision, grâce aux inscriptions multiples.
(1) ^L'inscription a deux leviers sert dans les circonstances suivantes: en clinique, pour l'étude comparée de la pulsation du cœur et d'une artère; pour celles de deux artères différentes ; pour celles d'une artère et d'une tumeur pulsatile ; pour celle du cœur et de la respiration etc. En physiologie elle sert aux mêmes comparaisons et permet également d'inscrire la pression de deux artères différentes avec deux manomètres métalliques, ou bien la pression dans une artère en même temps que les pulsations du cœur, ou Lien en- ! fin les actions musculaires en mûme temps que les excitations électriques qui
les provoquent (Voir la Méthode graphique^ p. 202). — L'inscription à trois I
leviers est rarement nécessaire en clinique, sauf pour étudier certains phénomènes exceptionnels, comme les mouvements respiratoires avec ceux de la fontanelle dans les cas de spina-bilida ; elle peut servir encore chaque fois que l'on combine l'emploi d'un chronograpbe ou d'un signal électrique avec l'inscription d'un double mouvement. En physiologie, l'emploi de trois leviers '
a des applications très fréquentes : ainsi, pour les expériences de cardiographie au moyen des sondes cardiaques, toutes les fois qu'on veut combiner Tinscription de la pulsation cardiaque et de la pression artérielle avec Texcitation électrique de certains nerfs dont il faut inscrire l'instant d'excitation. Les expériences de M. François-Franck, publiées dans ce volume, fournissent un grand nombre d'application, de Tinscription à trois leviers.
(2) La Méthode graphique t p. 483.
EMPLOI d'un nouvbau poltgraphe. t25
Double tracé pathologique, cœur et pouls radial j dans un cas
d'irrégularité du rythme du cœur.
Un malade présentait un pouls faible, à peine sensible au toucher, très fréquent et irrégulier; l'auscultation du cœur faisait entendre des battements tumultueux sans bruit de souffle perceptible.
Le double tracé de pouls radial et de la pulsation du cœur fut recueilli, fig. 54 ; nous allons, par une analyse sommaire, montrer combien il renferme de renseignements utiles, dans un cas où le palper du pouls et Tauscultation elle-même ne donnaient que des renseignements fort incomplets.
Sur le tracé du pouls R on voit, au premier abord, que la forme est celle de l'altération athéromateuse des artères. On constate, en outre, une périodicité régulière dans le rythme et la force des pulsations. L'une des périodes est limitée, dans la figure, par une accolade ; elle comprend quatre pulsations: une forte, deux moyennes et une petite. Les trois premières sont séparées les unes des autres par des intervalles égaux ; la petite pulsation arrive prématurément et est suivie d'un intervalle plus long que les autres.
Le tracé du cœur offre la^méme irrégularité périodique, et la superposition des deux courbes montre clairement que la pulsation radiale avortée correspond précisément à la pulsation anticipée du cœur. Or, on sait que les systoles anticipées donnent toujours lieu à des pulsations artérielles avortées (1), attendu que le cœur n'a pas le temps de se remplir quand sa période diastolique est trop courte et que, dès lors, l'ondée sanguine qu'il envoie dans les artères est insuffisante pour y élever notablement la pression.
Relativement au rythme du cœur, un point important ressort de l'examen de la figure 54. Le repos qui suit les systoles anticipées a une durée telle, que le nombre des battements du cœur reste le même que s'il n'y avait pas d'irrégularité. Ainsi, dans la figure, les deux moitiés de la
(i) Voir, à cet égard, François Franck : Recherches sar les intermUteûçeS' du pouls et les troubles cardiaques qui les déterminent. Trav. Lab., 1877, p 63.
LAB. MARBT. IV. 15