ET LA CIRCULATION PULMONAIRE
Par E.-J. MAREY.
Dans un précédent travail sur la pulsation du cœur (1), j'ai décrit un appareil schématique au moyen duquel on reproduit la plupart des formes de la pulsation du cœur et des artères. J*ai insisté sur Tutilité de ces appareils synthétiques pour contrôler les théories par lesquelles on cherche à interpréter les formes graphiques recueillies sur le vivant. Les vivisections elles-mêmes sont souvent impuissantes  reproduire certains types de la pulsation cardiaque ou artérielle, parce qu'il n'est pas possible de modifier à son gré toutes les conditions du mouvement du sang chez un animal, tandis que, sur le schéma, l'opérateur est absolument maître de régler la force du cœur, la fréquence de ses mouvements, la tension arlérielle, la force élastique des vaisseaux, etc.
Toutefois, le schéma dont j'ai donné la description et la figure présentait cette imperfection de n'avoir qu'un seul cœur et d'être réduit à un seul circuit fermé sur lui-même. Cette disposition, suflisante pour un grand nombre d'expé-
(1) Trav. Lab., 1875. p. C6.
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riences, avait rinconvénient de ne pas reproduire ces variétés, dans la réplétion diastolique du cœur gauche qui, chez rhomme et chez les animaux^ résultent des différences de vitesse que présente la circulation pulmonaire. On a vu (1) que, si le sang traverse peu abondamment les vaisseaux pul* monaires, il n'arrive au cœur gauche qu'en petite quantité, d'où il suit que l'ondée ventriculaire est de petit volume et que le pouls artériel est faible. L'inverse se produit quand le poumon est facilement traversé par le sang : alors, le liquide afflue en abondance dans l'oreillette et dans le ventricule, qui, abondamment rempli pendant sa période diastolique, envoie dans les artères une ondée volumineuse et produit de fortes pulsations artérielles.
J'entrepris donc la construction d'un nouveau schéma où les deux circulations seraient imitées, et pris pour plan de cet appareil la figure théorique 56, adoptée dans la plupart des traités classiques pour représenter le double trajet du sang (2).
DESCRIPTION DE l' APPAREIL.
Sur la figure 56 sont tracés par des lignes ponctuées quatre parallélogrammes indiquant la position d'organes que je nomme compresseurs et qui, écrasant avec plus ou moins de force les ampoules auriculaires ou ventriculaires contre la planche qui supporte tout l'appareil, produisent la systole de ces cavités et en font sortir une certaine quantité de liquide.
Ces compresseurs sont de petits rectangles de bois articulés par un de leurs bords à la planche du schéma. Les compresseurs des oreillettes ont leur charnière en haut, et ceux des ventricules l'ont à leur bord inférieur. Tous quatre peuvent donc exécuter un mouvement de va-et-vient comme de petits volets qui, suivant qu'ils se déplacent dans un sens ou dans l'autre, compriment ou relâchent les ampoules cardiaques situées au-dessous d'eux. L'abaissement des compresseurs se fait par la traction exercée sur l'angle intérieur
(2) Cette flgure est celle que Milne Edwards à iatroduile dans les traités clas* siques de zoologie.
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de chacun d'eux par une corde qui traverse un trou percé dans la planche du schéma et qui, d'aulre part, s'attache aux organes moteurs situés de l'autre côté de la planche (1). La diastole se fait d'elle-même, dès que l'action des compresseurs a cessé, et l'on voit ceux-ci ae soulever par la réplétion des cavités cardiaques où rentre du liquide.
Pi(, 66. — Disposition dw iiliieani et des F«inpress«aN dan* le aoniem Mbiat doible * de It eiKDUiiDD.
On a représenté dans la figure 56 les artères avec une teinte claire ; les veines sont plus foncées. L'endroit où se fait la transition entre ces deux teintes, sur la ligne moyenne de
(1) Cei ot^auts n'ont pas besoin d'éirs décrits de nouveau; ils sont, sauf quelques perfectionnemenls, les mSmes que dans l'appareil décrit précédemroenl. Trâv. Lêb., 1875.
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la figure, correspond aux vaisseaux capillaires ; en ce point sont placés de petits robinets qu*on ouvre plus ou moins* suivant que Ton veut créer plus ou moins de résistance a la circulation pulmonaire. Quant on veut faire varier cette résistance plus vite qu'il ne serait possible de le faire en agissant sur tous ces robinets, on se sert d'une sorte de règle de bois qu'une vis de rappel approche ou éloigne de la planche du schéma, de manière à comprimer à la fois tous les capillaires généraux ou tous les capillaires pulmonaires.
Des branchements latéraux, qui ne sont pas représentés dans la figure, constituent des prises de pression qu'on peut mettre en rapport avec différents manomètres, afin de juger des modifications qui se produisent dans les tensions artérielle ou veineuse, en différents points du système circulatoire et sous différentes influences.
Les cavités du cœur et les différents vaisseaux du schéma se prêtent ainsi à l'application des exploraleurs dont on se sert pour les expériences sur l'homme.
Enfin, dans l'intérieur des cavités du cœur ou des grosses artères, on peut introduire, tantôt des sondes manométriques, tantôt des instruments destinés à rétrécir les orifices cardiaques ou à en rendre les valvules insuffisantes.
L'instrument destiné à produire les insuffîsanc/es valvulaires est représenté figure 57. C'est une petite carcasse fusiforme faite de trois fils métalliques et emmanchée d'une tige rigide de quelques centimètres de longueur. Dans la construction du schéma, la tige est engagée dans un tube C représentant une artère qui émanerait de la convexité de l'aorte A, et la carcas.se est logée dans la région initiale de l'aorte, où sa présence ne gène en rien le cours du liquide. Le vaisseau traversé par la tige porte une ligature serrée qui empêche le liquide de s'échapper, tout en permettant de faire glisser la tige, à frottements, de manière à élever ou à abaisser la carcasse métallique .
Si, au moment d'une systole ventriculaire, on enfonce la tige, la carcasse de métal franchit le tube de verre qui corresponde Torifice aortique et s'oppose, au moment de la diastole ventriculaire, à la clôture de la valvule VS. Grâce à la conicité de la carcasse de métal, on obtient tous les degrés possibles de
SCHiVA A DOUBLE CIRCULATION. 237
rinsuffisance valvulaire. Si la pointe seule est engagée, Tinsuflisance est faible; si on a enfoncé l'instrument plus profondément. l'insufBsance est plus complète.
Fi;. 5T. — Apparoil destiné à prodoire rinsuffisance aortiqae sur le schéma.
Un instrument du même genre est logé dans la veine cave supérieure et sert à produire rinsuffisance mitrale, etc.
Les rétrécissements d'orifices s'imitent aisément en comprimant avec les doigts l'origine de Vaorte ou celle de l'artère pulmonaire. Ceux des orifices auriculo-ventriculaires s'obtiennent en oblitérant partiellement ces orifices avec le doigt qui invagine la paroi des oreillettes.
Sur les artères, on peut disposer des ampoules élastiques imitant des anévrysmes de différentes formes, afin d'étudier les modifications qui se produisent dans les pulsations artérielles.
Enfin, au moyen de bandelettes d'étoffe inextensible dont on entoure l'aorte, on modifie l'élasticité de ce vaisseau.
La disposition du schéma est maintenant assez connue pour que nous puissions indiquer quelques-unes des expériences qui servent à reproduire les formes normales ou anormales de la pulsation du cœur ou des artères.
S3S MABEY.
Expériences.