‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. MareyChapitre 8 sur 93 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

NERFS IRIDO-œNSTRICTEURS.

Origines bulbaires des narfs irldo-constricteurs ; leur trajet dans le nerf moteur oculaire commun. —Leur dissociation au niveau des nerfs ciliaires. — Effets pupillaires de l'excitation des nerfs eUiaires constricteurs : action d'ensemble d'un seul filet ciliaire sur l'iris ; retard du resserrement de la pupille.

gl. Nerf moteur oculaire commun. Depuis les expériences de Herbert-Mayo(1823), on a généralement admis Tintluence du nerf moteur oculaire commun comme nerf constricteur de la pupille. Cependant des dissidences se sont produites : Cl. Bernard {Syst, tiei^v.^ II, p. 210), excitant sur le lapin le nerf moteur oculaire commun dans le crâne, n'observa pas de resserrement pupillaire; M. Chauveau dans ses recherches sur les nerfs moteurs crâniens (Journal de la Physiologie^ 1 862) ne retrouva pas chez le cheval l'action constrictive du moteur oculaire commun qu'il avait constatée quelquefois chez le lapin. Il suffit de rappeler ces faits pour légitimer une étude nouvelle' de l'action du moteur oculaire commun sur l'iris. M. Picard a fait cette recherche (C. R, Acad, des Sciences, mai 1878), à propos de l'action de la morphine sur la pupille et il nous paraît avoir clairement montré qu'en effet, le nerf moteur oculaire commun agit sur le sphincter irien pour déterminer le resserrement pupillaire. Les expériences que j'ai faites de mon côté ont donc été surtout des expé^ riences de contrôle; j'ai, comme M. Picard, pu vérifier l'exactitude de l'opinion d'Herbert Mayo.

Je ne dirai donc ici que quelques mots de mes propres recherches, en insistant seulement sur certaines conditions expérimentales qui peuvent avoir leur importance.

Quand on opère sur un animal non anesthésié, ayant subi l'opération de l'ouverture du crâne au niveau de la fosse tem-

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porale, la pupille se dilate avant qu'on n'ait touché au nerf moteur oculaire commun, et présente, malgré la section et l'excitation du bout périphérique du nerf, une immobilité presque complète.

Les légères modifications que le diamètre de la pupille peut subir pendant qu'on excite le nerf moteur oculaire commun ne sauraient être rigoureusement attribuées à l'action de ce nerf sur la pupille, car le globe de l'œil est attiré en haut et en dedans sous l'influence de la contraction des muscles innervés par le moteur oculaire commun : il exécute des oscillations dues aux contractions et relâchements successifs de ses muscles extrinsèques. En un mot, cette excitation du nerf moteur oculaire commun produit des phénomènes trop complexes pour qu'on puisse en tirer une indication quelconque relative à son action sur l'iris,

Quand,au contraire, on commence par sectionner à leur insertion scléroticale les muscles innervés par le moteur oculaire commun, le globe de l'œil, fixé en dehors par la tonicité du muscle droit externe intact, restera immobile pendant l'excitation du moteur oculaire commun. De pluç, on pourra s'assurer que l'excitation est bien localisée au nerf moteur oculaire commun, en constatant que le muscle droit externe n'exécute aucun mouvement ; or cette localisation des excitations a ici particulièrement une très grande importance. La fixation du globe de l'œil étant ainsi obtenue, on fait rapidement l'ouverture du crâne et on fend le repli de la dure-mère qui renferme le nerf moteur oculaire commun. Au moment où on passe un fil sous le nerf avec une petite aiguille courbe, on constate un resserrement brusque de la pupille; un nouveau resserrement se produit quand on serre la ligature autour du nerf, mais ces effets n'ont pas d'importance réelle, car ils peuvent être attribués à des causes tout autres que l'excitation directe du nerf moteur oculaire commun. Ce qu'il faut constater d'une façon positive, c'est que l'iris se reserre quand on applique au bout périphérique du nerf des excitations bien localisées. Or, on peut observer ou non l'effet constricteur suivant l'état de la pupille au moment où se fait l'excitation. Si la pupille est resserrée , soit parce que l'éclairage de la cornée est trop intense, soit parce

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que ranimai est trop profondément anesthésié, TefTet ap« parent de Texcitation du moteur oculaire commun peut être nul.

Si, au contraire, Firis présente un degré moyen'de dilatation, les excitations étant bien localisées au nerf moteur oculaire commun, le resserrement de Tiris apparaît.

Mais cette action est fugitive, en raison même de Tétat de ranimai sur lequel Texpérience est pratiquée : il est impossible d'ouvrir largement le crâne, d'enlever une portion notable de la région antérieure du cerveau, sans produire une hémorrhagie abondante à laquelle succombe souvent l'animal, surtout si c'est d'un lapin qu'il s'agit. Or, dans la mort par hémorrhagie, les propriétés nerveuses disparaissent rapidement comme on le sait. Si on attend trop longtemps pour faire l'excitation du nerf moteur oculaire commun, on peut laisser passer la phase pendant laquelle le nerf est encore excitable et ne point observer le resserrement de la pupille.

En tenant compte des précautions qui ont été indiquées, on met au contraire en évidence la présence dans le nerf moteur oculaire commun, de filets irido-constricteurs.

g 2. Nerfs ciliaires irid(hconstricteurs et ganglion ophthal' mique. — Les rameaux du moteur oculaire commun qui vont à l'iris traversent le ganglion ophthalmique et abordent le globe de l'œil au pourtour de l'insertion du nerf optique, après avoir longé le côté supérieur et le côté externe de ce nerf.

Comme je l'ai dit plus haut, à propos des nerfs ciliaires irido-dilatateurs , les filets irido-contricteurs sont les plus nombreux : sur le chien, on peut en démontrer 6 ou 7 sur 9 ou 10.

Un fait remarquable qui vient s'ajouter aux faits analogues déjà notés pour le ganglion 1*' thoracique et pour le ganglion cervical supérieur , c'est que la section des nerfs ciliaires irido-constricteurs produit toujours sur la pupille un effet paralytique plus marqué que la section du nerf moteur oculaire commun.

Ainsi, quand on a fait sur le lapin l'arrachement du nerf moteur oculaire commun dans la fosse temporale, on peut observer une certaine dilatation de la pupille si les filets du sympathique et du trijumeau sont intacts.

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Cette dilatation s'accentue quand on coupe les nerfs ciliaires qui longent le bord supérieur du nerf optique, c'est-à-dire quand on agit sur les filets du moteur oculaire commun au delà du ganglion ophthalmique. J'ai vu de même sur le chien que la section du nerf moteur oculaire commun dans l'orbite, immédiatement avant le ganglion ophthalmique, produit une dilatation de Tiris moins accusée que quand on coupe ensuite les nerfs ciliaires supérieurs qui se détachent du ganglion ophthalmique. Ces remarques paraissent de nature à faire admettre une influence propre au ganglion ophthalmique sur les fibres irido-constrictives qui le traversent, influence tonique comparable à celle que nous avons reconnue aux ganglions 1" thoracique et cervical supérieur.

Les effets plus marqués de la section des nerfs ciliaires que du moteur oculaire commun lui-même ont leur réciproque dans l'effet plus accusé produit par leur excitation que par celle du nerf moteur oculaire commun.

Cl. Bernard avait déjà {Syst. nerv. t. II, p. 210) noté ce fait, et on le retrouve en effet dans la plupart des cas. Pour Claude Bernard, l'excitation du moteur oculaire commun produirait un effet douteux sur la pupille; aussi, voyant l'excitation des nerfs ciliaires déterminer un resserrement énergique, concluait-il que « la 3* paire acquiert dans le ganglion ophthalmique la propriété de faire resserrer la pupille. »

Nous avons insisté plus haut sur la particularité que présente la dilatation de l'iris provoquée par l'excitation des nerfs irido-dilatateurs ; nous allons rapidement indiquer ici les caractères du resserrement pupillaire pour pouvoir ensuite proposer une interprétation des phénomènes qui résultent de l'action combinée de ces deux ordres de nerfs.

1" Le resserrement de la pupille provoqué par l'excitation d'un filet ciliaire irido-constricteur est, comme la dilatation produite par l'excitation d'un seul filet ciliaire irido-dilatateur, un phénomène d'ensemble, régulier,élendu à la totalité du muscle sphincter de l'iris.

Or, si on songe au grand nombre de filets ciliaires dont chacun peut produire le resserrement de l'iris, indépendam* ment des autres, on est amené à concevoir l'action de chaque

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filet comme ^tendue à Tappareil irido-constricteur tout entier. On ne peut se représenter,du reste,un resserrement irrégulier de ririsen raison de la forme annulaire du sphincter; on comprend bien que la dilatation puisse être irrégulière si un faisceau do libres radiées, ayant son insertion fixe au niveau de la grande circonférence de Tiris et son iiisertion mobile au niveau du sphincter, venait a se contracter isolément. Mais si Ton suppose qu'un segment isolé du sphincter de riris vienne à se contracte^, Teffet produit sur le diamètre de la pupille serait nécessairement nul, car ce segment resserré serait sans influence pour rapprocher du centre pupillaire le point correspondant de la petite circonférence de l'iris. On ne peut se représenter le resserrement de riris que comme un effet d'ensemble régulier.

Il résulte de là que si, par hasard.l'excitation d'un seul filet ciliaire irido-constricteur pouvait produire une contraction localisée à un point de l'anneau formé par le sphincter, ce né $erait pas en observant le diamètre de la pupille qu'on s'en apercevrait. C'est en visant à la loupe les différents points de la petite circonférence de l'iris qu'on pourrait constater un amincissement local, >et encore, dans les conditions de l'exploration ordinaire à travers la cornée, cet effet partielne' pourrait'il être observé que très difficilement. Mais, comme à l'excitation d'un filet ciliaire irido-conslricteur quelconque, répond tougours un resserrement général de la pupiUe, on n'a pas à se préoccuper de cette difficulté.

Cet effet d'ensemble implique, ou une action de chaque filet ciliaire sur la totalité du muscle sphincter, ou une association périphérique des > différents nerfs ciliaires dans le réseau nerveux terminal, de telle sorte que l'irritation d'un seul nerf provoque la mise en activité de l'appareil terr minai tout entier.

Comme on le voit, nous arrivons pour l'interprétation du phénomène resserrement, à la même conclusion que pour l'interprétation du phénomène dilatation : un seul filet ner^ veuXy sur plusieurs qui remplissent le même rôle y suffit pour produire uue action d'ensemble due, selon toute probabilité, à V association périphérique des différents nerfs présidant à la même fonction.

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2* Le relard du resserremmit pupillaire sur Texcitation d'un filet ciliaire irido-constricteur est toujours moins considérable que celui de la dilatation pupiUairé sur l'excitation d'un nerf irido-dilatateur.

Le retard du resserrement de la pupille sur l'instant de l'excitation d'un filet irido-constricteur étant recherché par le même procédé qui nous a servi à Tétude du retard de la dilatation, on voit que le resserrement arrive toujours très rapidement après l'excitation : sur le chat, le phénomène est de toute évidence.

Nous n^avons pas d'explication rigoureuse à donner de cette différence : nous pouvons seulement faire ici, comme nous l'avons fait à propos de l'interprétation du retard de la dilatation, une hypothèse reposant sur certaines données anatomiques et physiologiques.

L'action des nerfs sur le muscle sphincter, est une action immédiate, directe, dont nous nous rendons aussi bien compte que de l'action d'ua nerf moteur sur un muscle quelconque. Ici ,pas d'intermédiaire à invoquer : le nerf est directement en rapport avec les faisceaux musculaires dont il provoque la contraction. Aussi, peut-on comprendre que l'acte musculaire, directement subordonné à la mise en activité du nerf mo-^ teur, présente un retard moins considérable que tel autre acte, comme la dilatation, qui parait exiger pour se produire la suppression préalable d'une influence antagoniste.

La moindre durée du retard que présente le resserrement pupillaire sur l'excitation d'un nerf irido-constricteur, peut servir à interpréter un phénomène assez curieux qu'on observe en faisant l'excitation simultanée des appareils irido-constricteurs et irido-dilatateurs par un procédé quelconque: on voit que, quand ces deux ordres d'influence sont provoquées simultanément, le resserrement pupillaire précède la dilatation.

Ces expériences nécessitent,pour être repétées avec succès, des précautions spéciales que nous allons indiquer dans le chapitre suivant.

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