‹ Physiologie generale de l'education physiqueChapitre 18 sur 47 · LA SENSIBILITÉ CUTANÉE ET LE SENS MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

LA SENSIBILITÉ CUTANÉE ET LE SENS MUSCULAIRE

L'intégrité des organes, et surtout la jeunesse, conditionnent l'aptitude aux exercices physiques et aux sports. Lorsque les grandes fonctions apparaissent indemnes à l'examen médical habituel, tout le nécessaire n'est pas encore fait pour asseoir une opinion sur le degré d'aptitude d'un homme à l'athlétisme.

Certains mécanismes organiques, apparemment secondaires, en réalité primordiaux, ne sollicitent pas assez l'examen du médecin et la surveillance de l'éducateur. Ce sont eux et eux seuls que je me propose d'étudier ici. Jusqu'à ce jour, on n'a pas utilisé suffisamment la connaissance que nous possédons de fonctions habituellement reléguées au second plan.

Je veux parler :

1° De la sensibilité cutanée;

2^ Du sens musculaire.

Qu'on veuille bien noter, en passant, que la perfection de la. sensibilité cutanée et l'intégrité du sens musculaire que je réclame des hommes de sport comme autant de conditions indispensables à une fructueuse activité sont, au premier chef, les qualités qui assurent, à certains athlètes, leur maîtrise. A ce titre, ces notions ont donc une large portée et dépassent le seul cadre des exercices physiques ordinaires.

Les hommes de sport, quelle que soit leur spécialité, auront avantage à se familiariser avec elles. Ils y trouveront peut-être le secret de performances nouvelles et

sans doute, le moyen de remédier à quelques imperfections qui leur avaient échappé ou dont ils n'étaient point parvenus à découvrir la cause.

Tout ce qui a trait aux sens doit nous intéresser au premier chef. Le nombre des sens dépasse le chiffre de cinq couramment indiqué. Celui du toucher se subdivise, en effet, en plusieurs sensibilités distinctes : au toucher proprement dit, à la chaleur, au froid et, pour certains physiologues, à la douleur. La sensibilité de la rétine, de , son côté, peut être distinguée en sensibilité à la lumière et en sensibilité aux couleurs.

Nos sensations les plus communes et les plus nombreuses nous viennent de l'extérieur. Ce sont les sensations dites externes que l'on oppose aux sensations internes qui partent de nos organes profonds, de nos séreuses, de nos muqueuses, de nos articulations, de nos muscles et de nos tendons. De l'intérieur du corps, un flux abondant d'excitations, ayant leur source dans le travail même des organes, remonte vers la moelle et le cerveau par des nerfs sensitifs. Le système nerveux, grand équilibrateur des fonctions, a intérêt à être renseigné sur ce qui se passe, non seulement autour de l'organisme (par les sensations externes), mais dans celui-ci même (par les sensations internes). Dans l'un comme dans l'autre cas, se produit un cycle continuel d'excitations apportées aux centres nerveux par les nerfs sensitifs et de réponses emportées vers les muscles ou les organes profonds par les nerfs moteurs.

On appelle sensitifs les phénomènes de perception résultant des impressions cutanées et sensoriels, ceux qui ont leur origine dans les impressions des autres sens. Cette distinction repose sur l'idée ancienne que la sensibilité cutanée n'était qu'un ébauche de différenciation, par comparaison avec les sensibilités si spéciales et si perfectionnées des autres sens. En réalité, le toucher et les autres modalités sensitives de la peau sont mis en jeu par

SENSIBILITÉ CUTANÉE ET SENS MUSCULAIRE Il3

des organes nerveux très différenciés en vue de fonctions déterminées, dont la complexité et la perfection ne le cèdent en rien à celles des organes de l'odorat, de la vue et de l'ouïe. La distinction entre les termes de sensitif et de sensoriel n'est donc point physiologiquement justifiée, mais nous la conserverons encore, puisque l'usage l'a consacrée.

Chaque fois qu'un objet entre en contact avec la surface de la peau et la déprime, ce contact est perçu par des organes récepteurs particuliers répartis en quantité innombrable dans le derme sous-cutané. Ceux-ci ont transmis le mouvement reçu à des nerfs sensitifs dont ils sont Taboutissant. Ce mouvement va jusqu'à l'écorce cérébrale, non sans avoir subi déjà quelques transformations à certaines étapes de son trajet. Arrivé là, il se réfléchit sur les voies motrices qui le conduisent d'emblée aux organes musculaires. Les ébranlements excitateurs attaquent les surfaces extérieures des différents sens. Communiqués au système nerveux, ces ébranlements y sont élaborés et en repartent sous forme d'ordres adaptés aux circonstances.

Mais toute excitation ne provoque pas une sensation. Les organes des sens et la peau ont une certaine inertie. Pour la vaincre, il faut que l'excitation atteigne une intensité déterminée. Alors seulement, un sujet consi-. déré a conscience de cette excitation et la perçoit. C'est le niinimuni perceptible ou seuil de la sensation.

Ce minimum est la mesure du degré de la sensibilité. Il faut toujours le rechercher chez ceux qui veulent se livrer à une carrière sportive. Plus ce minimum est élevé, moins la sensibilité est vive. Il est sujet à de grandes variations, d'une personne à une autre, et, chez une même personne, il peut encore se modifier suivant les circonstances de l'expérience, l'état anatomique de l'appareil sensoriel et l'état général du sujet considéré, au moment de l'observation.

Une -autre recherche doit être faite : celle du seuil différentiel de la sensation. Pour ce faire, on prend comme point de départ le degré à partir duquel une excitation

114 l'ES GRANDES FONCTIONS

est perçue : (c'est le seuil de la sensation), puis on augmente l'excitation jusqu'à ce qu'une différence soit perçue entre la sensation de l'excitation liminaire et la sensation de l'excitation renforcée. En un mot, on détermine la grandeur de l'excitation nécessaire pour produire deux sensations distinctes en partant de la sensation-seuil. Le plus petit accroissement perceptible de l'excitation nécessaire pour donner naissance à une nouvelle sensation représente le seuil différentiel de la sensation.

Le seuil différentiel étant pris à son tour poui point de départ, on cherche l'accroissement nouveau qu'il faut donner à l'excitant pour obtenir une nouvelle sensation, et ainsi de suite.

On établira, de la sorte, une double série, l'une d'excitations, l'autre de sensations et c'est seulement en comparant ces deux séries que l'on pourra se faire une idée du fonctionnement de tout le système sensitif et sensoriel d'un sujet considéré.

Les rapports qui existent entre les séries d'excitations et de sensations paraissent se conformer à un tj^pe de relations numériques remarquables qui n'est autre que la fonction logarithmique. Mais il arrive assez souvent que cette évaluation se trouve en contradiction avec l'observation des faits. Dans ce cas, le physiologue et le médecin doivent interpréter avec beaucoup de prudence lés résultats observés.

Les sensations ressenties par les personnes qui se proposent de s'adonner aux sports et, notamment, à l'aviation , doivent être des réponses très normales aux excitations reçues. Elles sont, en effet, à la base de leurs jugements, de leurs raisonnements et de leurs calculs qui ne doivent, en aucun cas, comporter d'erreurs. La juste estimation de ses sensations sera fondamentale pour un aviateur, pour un boxeur, pour un escrimeur; c'est elle qui se tr^'Uvera ù l'origine de toute mesure prise, de tout

SENSIBILITÉ CUTANÉE ET SENS MUSCULAIRE Il5

réflexe, de tout mouvement si délicat et si précis qu'on puisse le supposer.

D'autre part, les impressions qui Tassaillent de l'extéxieur sont innombrables. Mais ne compteront pour lui que celles qui seront retenues par les organes récepteurs de ses sens. Chez lui, cette catégorisation des impressions •en espèces distinctes, avant de les livrer au système nerveux, doit revêtir une grande précision et une énorme promptitude.

On pourrait croire que la peau est une surface continue, réceptrice d'excitations dans toute son étendue, c'est-à-dire sans lacunes. Il n'en est rien. Les appareils récepteurs des excitations venues de l'extérieur occupent de petits espaces distribués comme des tackes ou des points, en très grand nombre, au milieu d'intervallep. insensibles.

L'épreuve de la sensibilité de la peau se {ait au moyen d'appareils, en général très simples, appelés esthésio- ^jirircs, appropriés à la catégorie de sensibilité considérée.

Pour l'étude des sensations tactiles, l'esthésiomètre sera, par exemple, une tige rigide de diamètre restreint (soie de sanglier) exerçant une pression verticale d'une intensité connue. Dans l'évaluation des résultats, le poids employé est rapporté au millimètre carré de surface de pression.

Pour r étude des sensations thermiques (chaud et froid) , l'esthésiomètre pourra être un pinceau métallique effilé, porté à une température connue. Il prend alors le nom de thermesthésiomètre. Lorsqu'à l'aide d'un esthésimnètre, on a déterminé sur la peau les places des points de toucher, et qu'à l'aide d'un tke-tinesthésiomèire , on localise les i^oints de chaud et de froid, on trouve que ceux-ci sont souvent distincts des premiers, ce qui tend à justifier l'existence d'un sens distinct de la température. En d'autres termes, il existe dans la peau des points dits de pression, d'autres dits de froid, d'autres enfin dits de chaud, topographiquement distincts et affectant les uns et les autres une distribution particulière.

Les points de pression ou de toucher sont de petites

Il6 LES GRANDES FONCTIONS

aires, séparées entre elles par des espaces insensibles, et qui répondent à une pression par une sensation de contact, sans mélange de sensation thermique ni douloureuse. Ces points sont généralement disposés par rangées ou lignes plus ou moins nombreuses, rayonnant autour de la base d'implantation d'un poil comme centre et sont surtout abondantes dans le sens de l'inclinaison de celui-ci. Les régions glabres en contiennent également, disposés d'une manière semblable autour de centres non indiqués extérieurement. La sensibilité de la peau au toucher est conditionnée par la présence, dans le derme, d'appareils spéciaux, dont la description relève de l'anatomie microscopique : ce sont les divers corpuscules du tact (corpuscules de Pacini-Vater, de Wagner-Meissner, appareil fibrillaire de Timofejeff.)

Les points de froid et les points de chaud sont déterminés à l'aide d'un pinceau métallique effilé porté à une température donnée, soit iS" pour les impressions de froid, 45" à 49° pour les impressions de chaud. On constate que leur groupement est semblable à celui des points de pression et qu'il se fait le loiigdes lignes rayonnantes. Mais ces lignes sont rarement composées de points d'une seule espèce. Le plus souvent, les points de chaud et de froid voisinent siir une même ligne avec des points de toucher et des points de douleur.

On admet que les organes récepteurs propres aux sensations de chaud et de froid sont des corpuscules spéciaux décrits par l'anatomiste Ruffini.

Le sens delà température a un rôle de protection et de conservation immédiate en ce qu'il nous avertit des écarts de la température et des dangers qui peuvent naître pour nous soit de son excès, soit de son défaut. Il en résulte la nécessité du dédoublement de la sensation de température en deux sensations, non seulement distinctes, mais opposées : celle de chaud et celle de froid.

Il existe enfin sur la peau des points de douleur, comme il y a des points de toucher, de froid et de chaud infiniment plus nombreux que ces derniers. Ils correspondraient à des organes récepteurs sous-jacents, spécifique-

Page 1