SENSIBILITE CUTANEE ET SENS MUSCULAIRE
base à notre jugement lorsque nous estimons qu'un poids a telle valeur ou est plus ou moins lourd que tel autre.
Les nerfs sensitifs des muscles reçoivent, chaque fois que se produit une contraction musculaire, une impulsion excitatrice proportionnée à la grandeur de cette contraction et qui retourne au système nerveux. En réfléchissant ainsi, à sa manière, l'excitation qu'il areçue, le muscle en accuse réception au système nerveux et le renseigne du même coup sur l'effet moteur commandé par lui.
Le système nerveux utilise souvent, séance tenante, les informations provenant de cette source pour mettre en jeu des groupes musculaires doués de fonctions antagonistes (fléchisseurs et extenseurs, par exemple) , en vue de proportionner les contractions aux effets à accomplir.
Regaud et Favreont décrit les relations anatomiques des fibres musculaires et des tendons avec leurs nerfs sensitifs propres. Ceux-ci, aplatis et rubanés à leurs extrémités, se moulent sur les fibres des faisceaux tendineux et musculaires, s'insinuent entre elles et les enserrent étroitement. Ils apparaissent aussi, en certains endroits, pourvus d'appareils récepteurs tactiles analogues à ceux des papilles du derme sous-cutané.
De semblables dispositifs nerveux ont été également décrits dans les ligaments, les membranes articulaires, le périoste et les os.
La sommation des impressions reçues par l'ensemble de ces nerfs sensitifs nous permet d'estimer les variantes propres à chaque contraction musculaire. Grâce à eux, notre volonté, exactement informée, ordonne à chaque instant, à chaque seconde, les actes moteurs appropriés aux circonstances.
A quelle série d'épreuves avoir recours pour juger de l'état du sens musculaire chez un sujet déterminé ? Nous avons pris l' habitude de procéder à cet examen en recou-
rant aux épreuves suivantes, dans l'ordre où elles se trouvent ici indiquées :
i* Etude des réflexes tendineux. — Chacun sait comment l'une des jambes d'un sujet assis étant croisée sur l'autre, un coup sec porté sur le tendon rotulien suscitera l'extension du genou, par contraction du muscle quadriceps. L'exagération, la diminution ou l'abolition de ce mouvement réflexe nous renseignera sur l'état des nerfs sensitifs à point de départ tendineux et de la moelle épinière.
La recherche du réflexe achiUcen par percussion de la région du tendon d'Achille nous donnera des renseignements du même ordre.
2^ Etude des réflexes cutanés. — Parmi les réflexes cutanés, on explore d'ordinaire le réflexe plantaire qui détermine la flexion des orteils par excitation de la plante du pied, le réflexe abdominal, le réflexe crémastérien.
Dans le cas de dégénérescence du faisceau pyramidal de la moelle épinière, lésion incompatible, même à ses débuts, avec la pratique des sports et surtout de l'aviation, le réflexe plantaire subit une perversion remarquable: l'excitation de la plante du pied produit, non plus la flexion, mais l'extension des orteils.
3° Etude de la notion de position des membres. — P. Bonnier appelait cette notion : sens des attitudes segmcntaires. Je l'explore de la manière suivante : Après avoir bandé les yeux de la personne que j'examine, j'imprime à l'un de ses membres un changement de position et l'y maintiens pendant dix secondes. Après quoi, le membre étant ramené à son point de départ, je commande au sujet, dont les yeux sont bandés, de répéter le même mouvement. Je constate alors l'écart qui existe entre la première position du membre et la seconde. Cet écart exprime la variation individuelle du sens des attitudes.
4'' Etude de la notion de la résistance extérieure. — Le sujet ayant toujours les yeux bandés, afin de supprimer le contrôle de la vue, je l'invite à soulever des
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poids placés à ses pieds et reliés à l'une de ses mains par un fil. On doit pouvoir les accroître ou les diminuer à son insu en utilisant un dispositif de petits disques, tantôt enlevés et tantôt, au contraire, ajoutés. On note soigneusement les impressions du sujet et on recherche quel est le plus petit poids dont l'adjonction, ou bien la soustraction, est perceptible. Dans cette épreuve, les muscles dépensent une certaine énergie ; leurs fibres et celles de leurs tendons se tendent plus ou moins. La plus petite différence de poids perçue en plus ou en moins est une sorte de seuil du sens musculaire. Il est très variable selon le sexe, l'âge, l'ambiance, la répétition de l'exercice l'heure de la journée, l'état de santé ou de maladie du sujet.
On le voit, l'étude systématique de la sensibilité cutanée et du sens musculaire chez les hommes de sport et surtout chez les futurs aviateurs, peut nous permettre de faire une sélection plus parfaite entre eux.
En conduisant les observations ainsi que nous l'avons sommairement indiqué, on établira une graduation dans les aptitudes athlétiques et sportives. Chaque homme a un seuil de sensibilité tactile qui lui est propre ;de même il a un sens musculaire dont les modalités sont caractéristiques et qui se distingue du sens musculaire d'autrui comme la voix et l'intonation de chacun de nous diffèrent de celles des autres hommes.
Ce n'est qu'après avoir procédé à de très nombreuses mensurations qu'on peut établir des moyennes en deçà et au delà desquelles s'inscriront toujours des valeurs de sensibilité et de sens musculaire parfois inattendues et anormales. Il ne faudra jamais perdre de vue les évaluations moyennes quand on voudra sélectionner et classer des athlètes, des aviateurs ou des hommes de sports. Il s'agit d'une méthode d'appréciation de l'aptitude physique encore à ses débuts. Il ne faut lui demander que ce qu'elle peut donner et ne point lui faire dire surtout
plus qu'elle ne dit. Ses procédés ne se substitueront pas aux anciennes méthodes d'examens des grandes fonctions qui conservent toute leur valeur : ils les compléteront sans les annuler. C'est ainsi qu'il faut comprendre la signification des résultats donnés par l'examen de la sensibilité cutanée et du sens musculaire.