CHAPITRE XI
Les pages qui vont suivre ne sont pas écrites pour les seuls hommes de sport. Elles s'adressent à tous. Car, dans ce temps de surmenage, l'important est de savoir s'arrêter un instant pour tirer du repos tout le réconfort possible. Il serait désirable de voir inscrire, dans nos universités, au milieu de l'enseignement rebattu emprunté aux vieux programmes, un cours original sur cette science inconnue : la science du repos.
Ce sujet ne comporte pas seulement l'étude du repos phj'sique chez l'homme de sport. Il doit aussi comprendre les préceptes généraux propres à guider le travailleur, l'homme d'affaires absorbé par les soucis d'une existence trop rapidement conduite, l'homme du monde surmené par la foule d'obligations que sa vie artificielle lui crée.
Le repos total n'est obtenu qu'en immobilisant le corps dans la position horizontale qui permet le relâchement de tous les muscles. Dans cet état, la respiration, la circulation, la calorification et celles des fonctions nerveuses qui président à la motricité volontaire sont ralenties du même coup. Sans doute, les facultés intellectuelles et affectives ne sont pas arrêtées dans leur activité par l'inertie musculaire, mais lorsqu'à l'immobilisation s'ajoute l'isolement et le silence, les impressions extérieures, capables d'ébranler la cellule nerveuse, sont réduites au minimum et le sujet immobilisé et isolé, dans ces conditions, est bien près de goûter le repos absolu.
Les dépenses organiques sont alors réduites au minimum. Mais, comme les actes de la nutrition se poursuivent, notamment l'assimilation, chaque période de repos correspond à la mise en réserve d'une certaine quantité d'énergie ; elle permet de reprendre un travail interrompu par la fatigue.
Le repos physique de l'homme de sport et de l'athlète ne doit jamaisêtretrès prolongé. L'immobilisation diminue en effet la valeur physiologique du tissu musculaire, organe du mouvement. Bien plus, dans un muscle longtemps inactif, le mouvement de désassimilation finit par l'emporter sur le mouvement d'assimilation : le muscle s'atrophie. Ce sont les réserves graisseuses et aqueuses qui augmentent. L'homme, réduit à l'immobilité, consomme cinq fois moins d'oxygène que l'homme en marche ; sa réserve de combustible organique, sa graisse s'accumule, car la combustion à laquelle elle pourvoit est moins active.
Un repos de très longue durée chez un homme sain a d'autres inconvénients, notamment sur les poumons et sur la fonction digestive. Ceux-là, étant moins irrigués par le sang, sont mal défendus contre les causes de maladie et d'infection. La nutrition du tissu pulmonaire est compromise et l'implantation du bacille de la tuberculose trouve dans le repos forcé des poumons une condition favorisante. Au point de vue digestif, le repos prive l'intestin de toute une série d'actes mécaniques (pressions des muscles de la paroi abdominale, déplacements généraux du corps, flexion et extension du tronc), qui sont les auxiliaires efficaces des mouvements péristaltiques de l'intestin. Les uns aidés des autres poussent le bol alimentaire et le font cheminer dans la direction voulue, à travers toutes les sinuosités de l'intestin grêle. Dans les cures de repos imposées à certains malades, on est obligé de remplacer les mouvements de la paroi et ceux de l'intestin par le massage abdominal.
Ces considérations nous révèlent l'importance dé l'appareil locomoteur auquel tous les autres systèmes
organiques sont unis par les liens fonctionnels les plus étroits. Les muscles agissent-ils : tous les organes se solidarisent avec eux et activent leur propre fonctionnement. Sont-ils au contraire immobilisés : toute l'économie s'assoupit et la nutrition générale languit.
Le repos des muscles apparaît donc comme la condition principale du repos quand on cherche à l'imposer à tout l'organisme. ^^•■
Dans les conditions ordinaires, chez un homme bien portant, chez un athlète en belle condition, point n'est besoin de longues périodes d'immobilisation pour effacer une impression de fatigue. Des répits très courts suffisent pour rendre aux muscles leur aptitude au travail, sinon leur vigueur première. L'ouvrier qui entrecoupe son travail de temps d'arrêt, le soldat qui interrompt 1 étape par des pauses bien calculées et de plus en plus fréquentes, à mesure que croît la fatigue, fournissent un travail qui les eût infailliblement épuisés^ s'ils l'avaient effectué sans interruption. Un organisme qui accomplit une tâche ainsi coupée de repos peut être comparé à un réservoir dont le débit serait intermittent, mais dont l'alimentation serait permanente. La canalisation de départ est plus importante que.la canalisation d'amenée. En quelques instants, le réservoir peut être mis à sec si l'on n'a soin d'interrompre de temps en temps le départ de son contenu. Grâce à cette précaution, la canalisation d'amenée, quoique ayant un débit inférieur à celui de la canalisation de départ, suffit à maintenir un certain niveau dans le réservoir.
Ainsi se passent les choses dans l'organisme vivant. Quand la dépense musculaire est grande, la provision d'énergie nerveuse s'épuise rapidement. Une brève interruption du mouvement, un repos, sont nécessaires pour permettre l'accumulation d'une nouvelle provision de force dans le réservoir organique. Car les puissances réparatrices agissent d'une manière incessante, mais leur production est limitée et se montre rapidement insuffisante lorsque nous dépensons notre énergie en prodigues.
Des répits, même très courts, mais suffisamment rapprochés, permettent à un athlète de soutenir longtemps l'exercice le plus dur. Dans un combat de boxe anglaise, les rounds se succèdent, coupés de temps d'arrêts fréquents. Ce n'est point là un adoucissement à la lutte, car la brièveté des reprises permet aux adversaires de conserverleur force intacte etd'asséner des coups violents jusqu'à la fin du combat. Si la rencontre avait lieu sans interruption, on verrait, aux environs delà huitième ou de la dixième minute, la lassitude des boxeurs se manifester par des coups moins assurés et par un incroyable essoufflement. A force égale, ils cesseraient de combattre, exténués. On verrait la victoire se décider moins souvent par un coup heureux que par la supériorité athlétique de celui des deux champions qui serait le plus résistant à la fatigue et demeurerait le plus longtemps maître de sa respiration.
Le repos n'intéresse pas seulement l'appareil musculaire. 11 fait aussi sentir ses effets bienfaisants sur tous les autres appareils. Le cerveau, qui ne débite plus son énergie spéciale aux muscles, la garde en réserve pour d'autres besognes. Le travail intellectuel n'est jamais plus facile qu'après le repos corporel ; au contraire, il s'accommode mal de la fatigue musculaire. Le calme, la sérénité, l'équilibre moral suivent les phases de détente et de repos physiques.
Le cœur d'un homme étendu et de qui tous les muscles sont dans le relâchement voit décroître la fréquence de ses contractions et se repose. Les mêmes effets se produisent pendant les moments consacrés au sommeil. L'absence d'efforts musculaires ralentit la fonction respiratoire d'un sujet endormi. Dans l'état de repos, l'homme mange moins et, restreignant son alimentation, impose un travail modéré à ses organes digestifs ; il diminue la quantité de boissons ingérées et allège ainsi
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la tâche imposée à son filtre rénal. En un mot, lorsque son appareil locomoteur cesse d'agir, tous ses organes se reposent, d'une manière sans doute moins complète que les muscles, mais d'une façon non moins profitable.
Il est une forme de repos relatif bien connue des hommes de sport et des travailleurs de la pensée. Elle est acquise par l'alternance du travail. En vérité, le fonctionnement des organes n'est pas suspendu. Il n'y a qu'un changement dans la forme sous laquelle l'énergie est dépensée. Le philosophe et le mathématicien, l'homme de lettres et l'économiste se délassent en passant d'un sujet d'étude à un autre, comme un manœuvre qui change de bras, en portant un fardeau. La diversité dans le travail physique aussi bien que dans le travail intellectuel est une condition, sinon de repos, du moins de diminution et de retard de la fatigue. Le système musculaire, comme le cerveau, est assez semblable à un clavier dont l'artiste habile sait jouer. Il utilise certaines notes et néglige volontairement les autres. Celles-ci à leur tour seront mises en jeu au moment opportun.
L'alternance des forces employées au travail a unetrès grande portée pour le cerveau humain. On pourrait édifier solidement sur elle une théorie du travail intellectuel et de son mécanisme. Varier les sujets d'étude est une des conditions du délassement cérébral, de même qu'employer alternativement certains groupes de muscles est une méthode de délassement corporel. Le changement de direction des idées et la substitution d'un travail reposant à un travail ardu sont les procédés de choix de ceux qui n'ont pas la possibilité d'interrompre complètement leur labeur intellectuel.
Grâce à ce subterfuge, ils connaissent rarement la fatigue cérébrale. Rien n'est plus 'pénible que l'espèce d'obsession, plus forte que la volonté, qui assaille et persécute les grands travailleurs violemment attachés à une œuvre. L'effort d'attention se poursuit dans leur pensée, même en dehors des heures d'étude proprement <3ites; il est un obstacle an repos du cerveau, trouble le
sommeil et aboutit aux plus pénibles manifestations du surmenage cérébral.
Dans ce cas, le remède le plus efficace demeure la diversion à l'idée dominante par le déplacement de l'attention à tout prix, c'est-à-dire par la distraction. Ce remède, pourtant, n'est pas toujours couronné de succès. Il arrive que le sujet d'étude qui a surmené le cerveau persécute encore l'écrivain ou le philosophe longtemps après que ce dernier a abandonné les feuilles inachevées. A l'apogée de la fatigue, il ri'est pas toujours au pouvoir de l'homme d'écarter l'idée tixe. Changer le cours des idées devient parfois un problème des plus compliqués.
Assez souvent le hasard se charge de la guérison en mettant en jeu quelques touches du clavier demeurées jusque-là silencieuses. Un événement fortuit les fait vibrer, cependant que celles qui, jusqu'alors, s'étaient seules fait entendre bruyamment, semblent peu à peu se taire.
Au groupe des cellules cérébrales mises enjeu se substitue un autre groupe réagissant à une excitation fortuite. L'attention est déplacée; elle cesse de se concentrer sur l'idée iixe et la zone d'idéation jusqu'alors surmenée entre enfin en repos, Hippocrate disait jadis dans un aphorisme célèbre ; « Quand deux douleurs sont contemporaines, la plus forte atténue l'autre. »
La vérité est qu'une idée obsédante peut disparaître au contact inattendu d'une autre idée simplement différente, se présentant soudain dans le champ de la conscience.
La force musculaire est notre moj^en d'action ; mais ce qui nous fait agir est une autre force qui se dissimule derrière elle, et que nous appelons énergie nerveuse. Lorsque cette énergie s'épuise, l'activité organique se ralentit sôus toutes ses formes. Il ne faut donc pas s'étonner que, pour se remettre d'une attaque sérieuse de ce qu'on appelle l'épuisement nerveux, la nature
frustrée réclame un temps qui paraît toujours au sur-* mené ridiculement long, voire interminable.
Mais le surmené est coupable de n'avoir pas tenu ses comptes avec le soin minutieux que la nature apporte toujours au règlement des siens. Il espérait peut-être qu'elle serait aussi négligente que lui, et qu'il pourrait passer l'éponge sur nombre de peccadilles. La nature a d'autres façons d'agir, comme il l'apprend bientôt à ses dépens. Elle n'adopte point les voies sinueuses et douces de l'indulgence ; tout au contraire, elle ne veut suivre que les voies franches et rigides de la vérité comme de la justice. Et somme toute, mieux vaut que le châtiment, pour les infractions réitérées à ses ordres, soit quelquefois terriblement brusque, que de voir violer sa loi indéfiniment, selon le gré de chacun.
Je m'occupe ici de ceux qui ont offensé la nature dans la folle poursuite du plaisir ou dans la lutte âpre pour conquérir la place qu'ils ambitionnent au sein de la société. Il faut les laisser régler leurs comptes comme ils peuvent.
Pour la plupart des hommes, le temps marche vite et sans répit; il s'accélère davantage de jour en jour. La science et l'invention vont presque à trop grands pas pour nos facultés héritées d'ancêtres qui vivaient à des époques plus lentes. Malgré tous les avantages que la vaptur et l'électricité lui offrent pour opérer avec plus de rapidité, l'homme d'affaires se trouve contraint, par la coimexité de toutes les branches du négoce, de posséder infiniment plus dénotions qu'on n'en avait autrefois. S'il essaye de poursuivre ses affaires comme on les poursuivait jadis, paisiblement, il s'aperçoit bientôt que ses voisins lui enlèvent sa clientèle, et il se sent obligé de se plonger dans des études qui eussent semblé, il y a trente ans, absolument étrangères aux tenants et aux aboutissants de son commerce.
Les hommes de ce temps doivent apprendre à changer l'amure de leurs voiles avec une habileté et une soudaineté qui auraient fait mourir à la peine leurs respectables pères;.et qui contribuent, pour une bonne part, à
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les exténuer. L'esprit doit changer avec une prestesse jusqu à ce jour inconnue. Dans le tourbillon des affaires auxquelles s'ajoutent de tous côtés des exigences croissantes, chacun de nous risque d'épuiser l'énergie nerveuse mise à sa disposition ; car il ne faut pas oublier que nous n'en possédons pas un stock infini, mais une part strictement dosée dont la nature tient un compte très exact, tandis que nous la dissipons sans scrupule. Nous essayons de duper la nature à force d'élixirs et de toniques, d'alcool et de café; ce ne sont là que des ce ^^ d'éperons dans les flancs d'un cheval fourbu. Ils n'ajoutent et n'ajouteront jamais rien à la quantité de force dont nous disposons.
Il nous faut thésauriser notre énergie nerveuse et nous mettre à l'école du vieil avare. Nous nous rendons {..-ornent débiteurs de la nature, et il nous faui sans cesse solder de l'arriéré. Certes, ce créancier ne se refuse pas de recevoir son payement par acomptes, mais il exige tout son dû, jusqu'au dernier centime.
Hélas, il arrive parfois que, modernes ilotes, nous sommes obligés de travailler encore lorsque nous avons épuisé notre crédit à la banque des forces nerveuses. Nous avons beau supprimer, alors, toutes les dépenses inutiles et reconstituer nos réserves, avec le pins d'économie possible, nous avons beau ne plus gaspiller notre force, soii'^ dcun prétexte, le déficit est trop grand, nous ne le como.crons jamais.
Regardons autour de nous. Les vraies tragédies delà vie se prod nisent souvent là où on les attendait le moins. Elles '=' jouent sous nos j'^eux, dans l'existence de bien des épouses et des mères, au sein de nos grandes villes. Les pauvres femmes, tiraillées par leurs devoirs envers leurs m^ri.^, leurs enfants, leur religion, leurs obligations mondaines, qui souvent ne sont pas minimes en raison de la situation présente ou éventuelle du mari, se tuent petit à petit devant nous, torturées en même temps par l'insaffisance du service domestique qui rend la tenue d'une maison ou d'un intérieur confortable très difficile. Combien en avons-nous vu, de ces malheureuses, suc-
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comber sous les efforts qu'elles font courageusement pour jouer leur rôle jusqu'au bout ! Et il en meurt chaque jour ainsi, autour de nous, avec un bon sourire sur les lèvres. Nous les rencontrons par centaines, dans la rue, dans les visites de l'après-midi. Ceux qui vivent en dehors de leur cercle, ne voient en elles que des femmes gracieuses et brillantes ; ils inclinent la tête devant leur charme et leur élégance, mais ils ne se doutent pas qu'ils rendent hommage à des martyres. Celles qui se reconnaîtront dans ces lignes sauront qu'on les connaît et qu'on s'intéresse à leur sort.
La quantité de travail que Ton peut accomplir dépend de l'équilibre entre la force nerveuse et la force musculaire, bien plus que delà dose exacte de l'une ou de l'autre. Chez quelques-uns, l'équilibre est si délicatement ajusté, qu'il n'y a pas de risques de les voir jamais s'user à la peine. N'était la loi de la nature, qui n'admet pas que la vie soit parfaite, si elle ne comprend pas la mort dans ses phases, il semble que ces privilégiés pourraient vivre éternellement.
Mais ces gens, si parfaitement équilibrés, sont l'exception. Les effets de la fatigue continue apparaissent partout. Ce sont les œuvres de la statuaire et de la peinture contemporaines qui l'attestent par leur perpétuel « inachevé 0 et leur manque de « conclusion ».
En définitive, que doivent faire les gens encore obligés de travailler alors qu'ils ont déjà épuisé leur crédita la banque des forces nerveuses? Deux choses : supprimer toutes les dépenses inutiles et reconstituer les réserves avec le plus d'économie possible. Les seuls moyens d'atteindre ce double but, qui soient conformes aux vues de la nature, sont le sommeil et le repos.
Le sommeil est le seul état dans lequel les dépenses nerveuses sont suspendues. A l'état de veille, même en dehors de toute activité musculaire, nous pensons toujours à quelque chose. Les cellules de notre cerveau
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libèrent constamment des déchets. L'idée la plus fugitive qui nous traverse l'esprit, pendant que nous somnolons, allongés sur l' herbe et que nous nous figurons ne rien faire, contribue cependant à diminuer notre puissance d'action. Quand bien même nous serions capables de paresse absolue, les battements de notre cœur et les mouvements de notre respiration détermineraient encore une certaine dépense de force nerveuse. Dans le sommeil profond, cette dépense se réduit au minimum, tandis que les forces réparatrices demeurent à l'œuvre. C'est là ce qui explique le sentiment de bien-être éprouvé après une bonne nuit. Au surplus, le sommeil ne répare pas les forces seulement par le repos complet qu'il procure à certains organes et par la diminution de l'activité de tous; c'est surtout en permettant au centre cérébral d'accumuler une nouvelle provision d'énergie nerveuse.
De même que la régularité dans les repas prévient et suffit parfois à guérir la dyspepsie, de même la régularité du coucher, dans les premières périodes de l'insomnie, suffit souvent pour la faire disparaître. Il n'est rien au monde qui tende plus h se transformer en machine que le corps humain lui-même. Pour peu qu'on lui demande chaque soir de se soumettre au sommeil à heure fixe, on peut tenir pour à peu près 'certain qu'il obéira.
Se coucher régulièrement chaque soir, à la même heure, si l'on peut, est une règle d'hygiène. Si le sommeil ne vient pas aussitôt qu'on l'attend, ne pas s'agiter fébrilement, mais demeurer inerte jusqu'au bout du petit doigt. Cela contribuera puissamment à provoquer l'assoupissement et, lors même qu'il n'arriverait pas, le repos complet dont jouit déjà tout l'organisme évitera des dépenses nerveuses inutiles. Sans doute, demeurer parfaitement immobile quand on éprouve la démangeaison en tous sens, demande une certaine concentration de la volonté, et il est permis de supposer que le cerveau s'en fatiguera presque autant que du mouvement réel.
Si, au bout d'un certain temps, la volonté ne réussit pas à provoquer le sommeil, il faudra recourir à quelque
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moyen particulier à chacun de nous et que l'expérience nous a enseigné. Il y a longtemps que les disciplines les plus nombreuses et les plus variées, se basant sur la nature de l'insomnie, ont été tentées pour la vaincre. On a conseillé de compter perpétuellement les mêmes chiffres, et, récemment, le docteur Reclam estimait qu'on arrivait régulièrement au résultat souhaité en comptant mentalement 1,2, 1,2, et en faisant coïncider le i avec l'expiration et le 2 avec l'inspiration. Il fut également recommandé de considérer fixement un objet, avec une insistance pleine de fermeté. Quelques-uns indiquent la chambre tapissée de bleu comme souveraine.
Avec les remèdes hypnotiques : véronal, sulfonal, trional, etc., on a également préconisé quelques médicaments nouveaux : l'huile d'olives, qui réussirait à merveille chez les dyspeptiques à réaction acide ; les vaporisations de menthol, d'alcool; l'emploi d'un mélange de vaseline et de paraffine pour boucher hermétiquement le conduit auditif, et jusqu'au vaccin streptococcique ! On ne saurait se montrer plus éclectique.
Couchez-vous de manière à détendre tous les muscles. Il est possible de supprimer le mouvement si l'on s'y applique sérieusement. 11 ne faut pasdonntrà ses mains une position définie. Qu'elles tombent où elles voudront et comme elles pourront. Le balancement léger d'un hamac, comme celui du berceau, attire positivement le sommeil, car tout mouvement rythmique produit une influence assoupissante sur le cerveau, à la condition que ce mouvement se ralentisse insensiblement et finisse par s'éteindre tout à fait.
Dans le cours normal de l'existence, ce n'est pas le travail, mais le surmenage qui tue. La meilleare façon d'éviter celui-ci est d'avoir des habitudes et de se rendre jusqu'à un certain point routinier. La régularité de la vie a ceci d'éminemment utile, qu'elle dispense de prendre constamment des décisions sur ce qu'il convient de faire et d'éviter. Elle met l'individu dans la situation -d'une personne qui n'a qu'à exécuter les ordres d'autrui.
Pour éviter le surmenage, rien n'est donc plus effi-
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cace que de. se laisser entraîner à prendre des habitudes. Nous faisons avec aisance ce à quoi nous sommes accoutumés pour cette raison physiologique qu'une cellule nerveuse, quand elle a agi une première fois, possède une tendance à agir de nouveau dans le même sens. La substance nerveuse conserve l'empreinte des impressions qu'elle reçoit.
On économisera donc une grande quantité d'énergie nerveuse en remplissant sa vie d'habitudes. La nécessité constante de prendre des décisions nous use plus que toute autre fatigue. On m'a objecté que cette espèce d'automatisme implique une certaine infirmité de l'esprit. Je n'en crois rien. Il représente seulement un moyen efficace mis à notre disposition pour limiter la dépense de nos forces qui est incessante et semble croître indéfiniment.
Avoir l'esprit absorbé, d'ordinaire, par les menus détails de chaque jour, c'est se rendre incapable de rien lire en dehors de son journal, c'est n'avoir aucune liberté d'espi'it. On se sent incapable d'intéresser ou même de distraire ceux que l'on voudrait le plus obliger. On se voit enfin vieillir avant l'âge, car rien ne creuse les rides aussi vite, aussi sûrement, que d'attacher son esprit aux chétifs soucis de la vie quotidienne. L'occupation régulière qui n'absorbe, ni ne préoccupe, calme la fatigue nerveuse. Sans doute, nul ne peut se donner le calme à volonté. On ne l'acquiert pas de force. Mais ce que tout homme peut faire, c'est prendre, à son gré, la position de repos et attendre. Economiser notre force et diminuer le gaspillage de notre vigueur physique réclame de chacun de nous de la réflexion et de l'ingéniosité.
La règle est de ne faire aucun mouvementsans but ni portée. Si l'on observe cette règle, si l'on s'abstient chaque fois qu'on se surprend sur le point de l'enfreindre, on sera surpris du nombre des mouvements inutiles. On ne dessinera pas sur le sol des arabesques avec le bout d'une canne; on ne jouera pas avec les petits paquets tenus à la main. On ne tourmentera pas les
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goussets OU les boutons de sou gilet; on ne fouillera pas nerveusement dans ses poches pour n'en rien extraire; on demeurera parfaitement calme à table et on laissera en repos couteau, pain et serviette. Cela confine à des préceptes de civilité puérile et honnête, mais il n'est pas inutile de les répéter quand ils s'accordent, comme c'est le cas, avec les principes mêmes de l'hygiène.
Le repos volontaire est, pour les gens affairés, un gain de temps. Voici comment l'un de mes maîtres regrettés, l'illustre chirurgien lyonnais Ollier, s'octroyaitun repos volontaire : « Comment je m'y prends? Je me retire dans mon cabinet; j'éteins le jour de mes fenêtres; j'allume un cigare; je m'assieds et j'accomplis l'opération. Je ne sais comment rendre la chose en paroles; mais c'est un état qui ressemble au sommeil, comme le sommeil ressemble à la mort. Il consiste à ne rien faire, absolument rien. Je ferme les yeux et j'essaye d'arrêter tous les mouvements. Je ne pense à rien. Il ne faut qu'un peu d'iiabitude pour étouffer ainsi la pensée. Dans ce farniente délicieux, je reste quinze à vingt minutes. C'est l'état le plus favorable à la digestion, et c'est ce qui explique l'habitude des animaux de dormir après le repas. J'aimerais mieux perdre de gros honoraires que ces vingt minutes de chaque jour. »
La hâte et la précipitation habituelles sont des vices infernaux. Elles sont l'apanage des gens dépourvus de méthode. Ceux pour lesquels Tordre est un besoin doublé d'un plaisir esthétique possèdent un moyen précieux d'éviter autant que possible la déperdition de nervosité. Ce que l'on économise de temps et de fatigue en tenant toute chose à sa place est incalculable. L'habitude de rester tranquille, d'une part, l'ordre et la méthode, d'autre part, sont des régulateurs puissants de nos dépenses nerveuses.
Ceux qui s'insurgent sans trêve contre les conditions de leur existence se fatiguent sans mesure ; ceux qui sont perpétuellement anxieux des choses contre lesquelles ils ne peuvent rien consument à grand feu leur vie. S'en tenir aux choses essentielles et s'abandonner à ce
courant irrésistible qui, d'un mouvement uniforme, porte les hommes, quelle que soit la routequ'ils suivent, au carrefour où ils doivent tous fatalement atteindre^ caractérise le sage.
La -science du repos ne comporte pas seulement l'immobilisation du corps, l'isolementde l'hommefatigué, l'alternance des occupations ou des exercices physiques, l'hygiène du sommeil. Elle comprend aussi diverses pratiques basées sur l'emploi de l'eau, de la lumière, de l'air froid ou chaud, du massage.
L'eau, convenablement utilisée, est un « défacigant » très efficace auquel l'homme de sport et l'athlète doivent avoir fréquemment recours. Chez le sujet qui vient de se livrer à un exercice assez vif, chez le coureur qui a fait sa performance, le boxeur et le lutteur qui ont combattu, l'escrimeur qui a fait assaut sans ménagements, le gymnaste qui a travaillé consciencieusement, on constate une certaine congestion des organes profonds, principalement des centres nerveux cérébro-spinaux, et les appareils enregistreurs attestent un peu d'hypertension artérielle. L'usagede l'eau a pour effetde décongestionner les organes et de ramener à la normale la pression sanguine. Mais elle doit être utilisée selon certaines règles.
Après l'exercice, lorsque le sujet est jeune (moins de vingt-cinq ans), on pourra employer l'eau froide. Dans tous les autres cas, je préconise l'eau chaude.
Sous l'action de l'eau froide, tout l'organisme éprouve d'abord une sensation de froid ;les capillaires de la peau sa contractent violemment, mais presque aussitôt après, une réaction se produit et à cette vaso-constriction périphérique succède une dilatation très énergique de ces mêmes capillaires. Le sang afflue à la peau et les organes centraux .se décongestionnent. Il faut savoir qu'il y a des sujets chez lesquels la réaction se fait mal ou très lentement. L'eau froide ne leur convient pas. Au lieu de les reposer, elle les courbature.
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Comment employer l'eau froide dans un collège de sports ? Sous la forme de douche froide, dont l'action est plus rapide et plus intense que celle du bain froid. Aprcs une fatigue musculaire momentanée, la douche provoque une vaso-dilatation compensatrice extrêmement reposante et s'accompagne d'une grande sensation de bien-être.
Si l'on emploie la douche écossaise, le premier jet chaud prépare la réaction des vaso-dilatateurs, le second jet froid, succédant sans transition au premier, stimule vivement le système nerveux périphérique et réveille les réflexes cérébro-spinauK. Je préfère cette seconde méthode plus agréable, plus efficace, et qui peut être supportée par beaucoup de personnes d'âge mûr.
Cependant, pour ces dernières et pour le petit nombre des adolescents qui ne peuvent s'habituera l'eau froide, le procédé de choix est la douche chaude ou tiède que l'on donne à l'aide d'une pomme d'arrosoir et sous faible pression. Elle est extrêmement sédative et très réconfortante.
Le bain chaud a l'inconvénient d'exiger une installation coûteuse, mais il est très efficace pour amener le délassement des athlètes et des hommes de sport. A Rome, les gladiateurs, en quittant l'arène, se plongeaient dans des piscines remplies d'eau chaude. Un bain à 35 degrés, prolongé pendant une heure, à la suite d'un exercice musculaire qui, pendant un quart d'heure, a porté le pouls à loo pulsations et la respiration à 35 mouvements par minute, est le moyen le plus efficace que je connaisse de déssncombr^^r la circulation profonde, et de décongestionner les centres cérébro-spinaux, chez un homme de quarante à cinquante ans.
La orande lumière, si tonique au point de vue de la nuLriion générale, n'est pas favorable au repos. La pvnombre et l'obscurité, surtout lorsqu'elles sont combinées au silence, sont, au contraire, des conditions très favorables pour obtenir une sensation de détente générab. On a dit que la lumière bleue était très calmante. Ch z L's malades nerveux peut-être. Il m'a paru qu'elle était au contraire irritante sur des individus normaux et
n'allait pas sans provoquer une grande fatigue visuelle.
Enfin, chaque fois qu'un athlète ou un homme de sport, fatigué par un long entraînement, ou épuisé par une dure épreuve sportive, recherchera le retour à la normale, je lui conseillerai le hain général d'air cliaud auquel on n'a pas assez recours. C'est le moyen le plus efficace de suractiver l'élimination des déchets normalement expulsés par les glandes sudoripares. Nous avons vu, ailleurs, que leur toxicité n'est pas négligeable. Le bain d'air chaud est sédatif, reposant et très antitoxique. Il soutire à l'organisme une dose abondante de poisons variés et, en provoquant le jeu des nerfs sécrétoires, détermine dans le domaine du nerf sympathique des actions réflexes fort étendues qui accélèrent les actes généraux de la nutrition.
Il est le meilleur remède contre l'insomnie due à la fatigue musculaire exagérée et prédispose à un sommeil profond et réparateur.
Le massage est un procédé facile, immédiat, très efficace, à la portée de tous, de provoquer le repos local d'un muscle ou d'une région musculaire fatiguée. Tous les hommes de sport, les athlètes devraient être personnellement familiarisés avec sa pratique. L'effleurage, les frictions, les pressions légères ou fortes, le pétrissage, répondent à des indications particulières et peuvent être combinés diversement pour amener dans les organes profonds, et surtout dans les muscles, une suractivité circulatoire à la faveur de laqualle les déchets accumulés par le travail sont plus activement entraînés.
Les mouvements passifs imprimés à la fibre musculaire, les pressions auxquelles elle est soumise, pendant le massage, contribuant à lui rendre la souplesse qu'une longue série de contractions énergiques peut avoir beaucoup diminuée. Le massage n'est pas une pratique qu'il convient de réserver au seul traitement des lésions musculaires ou articulaires. Il est non moins efficace chaque fois qu'il s'agit de défatiguer des muscles qui ont été soumis à un exercice intense. La sensation de détente qu'il produit est remarquable ; ses effets sont
immédiats et durables. On voit chaque jour des coureurs fatigués, dont les muscles raidis sont dans l'impossibilité de poursuivre leur travail, remis en état de continuer une épreuve sportive par un massage bien fait.