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L'ENSOLEILLEMENT

1. Etude physique de la lumière solaire. — De même que le son résulte de l'impression de l'oreille par une vibration sonore, de même la lumière est le résultat d'une impression de l'œil par une vibration lumineuse. Mais dans ce dernier cas, le milieu interposé n'est pas de l'air; c'est Véther, substance impondérable, qui existe même dans le vide le plus complet que nous sachions produire. La lumière du soleil nous parvient, en effet, à travers les espaces interplanétaires oii l'air est absent.

Autour de tout point lumineux se produisent des vibrations ; elles se succèdent en suivant des lignes droites. Ces vibrations ne s'accompagnent pas d'un transport de particules; elles se propagent sans que rien de matériel ne change de place.

La vitesse de propagation du mouvement vibratoire dans le vide, autour d'un point lumineux, est d'environ 3oooao kilomètres par seconde.

Lorsque l'on oblige la lumière solaire ou, ce qui revient aumême, la lumière blanche, àtraverser un prisme, on voit qu'elle est décomposée en plusieurs faisceaux colorés qui apparaissent toujours dans le même ordre. La succession des couleurs ainsi obtenues forme un spectre. Chaque source lumineuse, en traversant un prisme, donne naissance à un spectre qui lui est propre. L'un est très voisin de celui du soleil, l'autre (tel celui des métaux en combustio») peut en être fort différent. Le nombre des couleurs constituant le spectre propre à

certains corps est parfois peu élevé ; il arrive même qu'il soit réduit à une couleur unique : tel est le spectre du sodium.

La juxtaposition des sept couleurs suivantes : violet, indigo, bl^u, vert, jaune, orangé et rouge constitue le speci.re solaire. Le rouge moins réfrangible que le violet est la couleur la plus rapprochée de l'arête du prisme. C'est à cause de leur différence de réfrangibilité que les diverses lumières s'étalent en un spectre à la sortie du prisme.

Cette notion de réfrangibilité est de la plus haute importance si l'on veut saisir la différence qui existe entre les diverses lumières. En effet, le degré de réfrangibilité qui caractérise chaque rayon d'une couleur déterminée est proportionnel au nombre de vibrations correspondant à ladite couleur. C'est ainsi que le rouge correspond à 394 trillions de vibrations par seconde et que la lumière violette correspond à 756 trillions de vibrations par seconde. Les couleurs se succèdent en suivant l'ordre croissant du nombre de vibrations, si l'on passe du rouge au violet et en suivant l'ordre décroissant si l'on passe du violet au rouge.

En outre, chaque lumière est caractérisée par sa longueur d'onde, c'est-à dire par le chemin que parcourt chaque particule d'éther dans son mouvement vibratoire. Ce chemin est extrêmement court puisqu'il a été nécessaire pour l'évaluer défaire choix d'une unité infiniment petite, le [x onmicron qui représente la millionième partie du mètre. La longueur d'onde du rouge est o [a 700, celle du jaune o [x 58o, celle du violet o (jl 406. Ainsi la lumière rouge que nous savons être faiblement réfrangible a une grande longueiir d'onde, tandis que la lumière violette très réfrangible a une courte longueur d' onde.

Chaque couleur du spectre solaire possède les trois propriétés suivantes : calorifique, lumineuse et chimique, mais elle les possède à des degrés variables. C'est ainsi qu'un thermomètre placé dans le rouge du spectre indique une température plus élevée que dans le violet. Par contre, une plaque photographique qui noircit très

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lentement dans la région voisine du rouge, est, au contraire, instantanément impressionnée dans le violet. Enfin, notre œil est surtout sensible à la lumière jaune. Ces faits nous expliquent les raisons pour lesquelles on dit généralement, mais quelque peu inexactement, que les rayons rouges sont calorifiques, lès rayons jaunes lumineux et les rayons violets chimiques.

En résumé, les différentes couleurs du spectre, qui sont toutes de même nature, se distinguent par leur longueur d'onde, par le nombre des vibrations correspondant à chacune d'elles et, conséquemment, par leur réfrangibilité. Elles jouissent toutes de propriétés calorifiques lumineuses et chimiques, mais ces propriétés sont diversement dosées pour chacune d'elles.

Les sept couleurs spectrales données par le prisme sont seules perçues par nos yeux. Nous savons que nos organes des sens n'entrent en action que pour une excitation déterminée. En deçà comme au delà, ils sont impuissants à nous renseigner. C'est ainsi que l'oreille ne perçoit rien au-dfssous de i6 vibrations sonores à Ja seconde (de pareils sons étant trop graves) et rien aussi au-dessus de 3685o vibrations (de pareils sons étant trop aigus). De même, avant le rouge et après le violet, existent deux régions du spectre sur lesquelles nos yeux se mo •:ent incapables de nous renseigner parce qu'ils ne s ■ pas impressionnés par elles. Ce sont les régions de V infra-rouge et de l' ultra-violet. L'infra-rouge fait monter le thermomètre, il exerce donc une action calorifique. L'ultra-violet impressionne le gélatino-bromure des plaques photographiques et rend lumineuses les substances fluorescentes : il est décelé par son action chimique. Les radiations infra-rouges résultent de vibrations dont le nombre diminue de 394 triUions à 5 trillions par seconde. Quant aux radiations ultra-violettes, elles prolongent le sp:"ctre du côté du violet et ont depuis 756 irillions de vibrations à la seconde jusqu'à plub de 3ooo triUions.

Tandis que la longueur d'onde de l'ultra-violet solaire

est comprise entre o [x 392 et o [x 2g5, la longueur d'onde de l'infra-rouge est au delà de o [x 700.

Les radiations ultra-violettes ou chimiques sont de beaucoup les plus importantes au point de vue hygiénique. Elles donnent lieu, en outre, à d'assez nombreuses actions chimiques. C'est ainsi qu'elles communiquent une luminosité temporaire aux sels d'urane, au sulfate de quinine et à l'esculine, une luminosité plus durable aux sulfures de calcium, de strontium et de zinc. Cette luminosité s'explique par la transformation que ces substances exercent sur les rayons ultra-violets. Elles les changent de rayons à très courte longueur d'onde, et par conséquent invisibles, en rayons de plus grande longueur d'onde qui appartiennent alors au spectre visible.

II- Etude biologique de l'ensoleillement. — Les rayons solaires exercent, par l'intermédiaire de toute la surface cutanée, une action favorable à la nutrition. Ou n'en est plus à compter les guérisous des sujets affaiblis, anémiés, cachectisés, atteints de tuberculose des os, des articulations et des ganglions, traités par les bains de soleil. Ces malades retrouvent presque toujours un état général florissant, en même temps que l'on assiste à la cicatrisation des plaies ulcéreuses et des fistules baciK laires et à la disparition progressive des masses ganglionnaires.

L'exposition des sujets sains au soleil détermine une dilatation des vaisseaux capillaires. Lorsque le bain de soleil est renouvelé fréquemment, la dilatation de ces vaisseaux devient permanente. L'afflux prolongé du sang à la périphérie du corps améliore le fonctionnement de la peau, lui donne une souplesse remarquable et une grande résistance, décongestionne, à distance, les organes profonds, éduque enfin parfaitement le système vaso-moteur cutané dont on connaît le rôle important dans la régulation générale de la circulation du sang.

Les bains de soleil provoquent promptement la pigmen-

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tation des couches profondes de Ja peau et le brunissement de la couche cornée de répiderme : nous verrons plus loin que c'est là une réaction de défense opposée à l'action dangereuse des rayons ultra-violets. Les noirs, protégés par la forte pigmentation de leur tégument cutané, vivent en quelque sorte à l'ombre de leur peau. Grâce à elle, ils supportent sans inconvénient une exposition prolongée à un soleil ardent qui incommoderait ou même frapperait d'insolation les Européens.

La marche de la pigmentation de la peau doit guider l'entraînement au bain de soleil. Les dangers de l'insolation s'éloignent et disparaissent au fur et à mesure que la pigmentation s'accuse. La rapidité avec laquelle un sujet brunit est presque toujours proportionnelle à la rapidité avec laquelle s'accélère sa nutrition sous l'influence des bains de soleil. La pigmentation de la peau doit être recherchée ; elle est le critérium d'une action efficace et favorabledelaradiationsolaire sur l'organisme.

Toute la surface du corps doit bénéficier du bain de soleil. Une sensation d'euphorie l'accompagne et le suit ; elle est assez analogue à celle que procurent les bains d'air ou les douches bien données. Elle résulte de la stimulation obtenue au sein de l'organisme par la lumière solaire et traduit, par l'intermédiaire du système nerveux, le bénéfice que l'organisme retire des bains de soleil.

Régulariser le régime circulatoire, améliorer la nutrition de la peau est peu de chose à côté de l'inestimable excitation donnée à toutes les énergies latentes du système nerveux. Par l'entremise de ce dernier, l'appétit augmente, l'apparition de la fatigue est retardée et l'activité générale s'accroît. Certes, il est plus facile de constater ces faits que de les expliquer ; leur réalité n'est cependant pas douteuse.

On a cru percer le mystère en ayant recours à des théories dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles sont hasardées. On a dit que l'organisme, transformateur de forces, puisait directement par la peau dans le réservoir général de toute énergie : le soleil.

D'autres ont assimilé la lumière à un aliment subtil

qui, selon les doses, excite, nourrit ou empoisonne. Quelques-uns s'obstinent encore à parler de la fonction respiratoire delà peau, en vérité inexistante chez l'homme, et qui serait suractivée par le bain de soleil.

Point n'est besoin de tomber dans les explications nébuleuses imaginées par des médecins naturistes pour apprécier les bienfaits de l'exposition du corps humain au soleil. Toutefois, desfaits obscurs, encore mal élucidés, laissent supposer la possibilité d'un apport direct d'énergie à notre organisme par la radiation solaire. Cette énergie serait muée en travail physiologique et en travail musculaire. Dans ce cas, l'énergie chimique, source du mouvement, et que nous procure l'aliment serait économisée.

C'est là, il faut en convenir, une notion purement hypothétique. Mais elle a été exprimée sous une forme si séduisante et si poétique par l'entomologiste J. H. Fabre, que je ne peux résister au plaisir de citer une page empruntée à l'histoire des araignées. Il s'agit de la Lycose de Narbonne « qui fait élection de domicile dans les garrigues, terrains incultes, caillouteux, aimés du thym... Elle y habite des terriers en forme de puits, et toute la belle saison de longues siestes au soleil sur le seuil sont d'usage courant. Quand la Lycose est devenue mère et a pondu ses œufs, elle traîne, appendue à l'arrière, une sacoche qu'elle a tissée et bourrée d'œufs ; dès ce moment, jamais elle ne quitte la chère sacoche bien encombrante ; elle continue les siestes au soleil, mais la pose n'est plus la même.

« Auparavant, la Lycose venait au soleil pour ellemême ; les yeux se rassasiaient de lumière, la panse restait dans l'obscur. Chargée du sac à œufs, l'araignée renverse la pose, l'avant est dans le puits et l'arrière en dehors. Avec les pattes postérieures, elle tient soulevée au-dessus de l'embouchure la blanche pilule gonflée de germes ; doucement elle la tourne, la retourne, pour en présenter toutes les faces à la vivifiante illumination i Et cela dure la moitié de la journée, tant que la température est élevée. Pour les faire éclore, l'oiseau couvre ses œufs de

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l'édredon de sa poitrine ; la Lycose fait tourner les siens devant le foyer souverain ; elle leur donne pour incubateur le soleil.

« Dans les premiers jours de septembre, les jeunes sont mûrs pour la sortie ; la pilule se fend et en une seule séance la famille entière émerge du sac. Tout aussitôt, les petits grimpent sur le dos de la mère ; étroitement groupés l'un contre l'autre, parfois en une couche double et triple, ils occupent toute l'échiné de la mère qui, pendant sept mois, nuit et jour, va désormais porter sa famille.

« Ils sont bien sages, d'ailleurs, les petits ; nul ne bouge, ne cherche noise aux voisins. Mutuellement enlacés, ils forment une draperie continue, une souquenille hirsute sous laquellela mère est méconnaissable. L'équilibre de ce feutre n'est pas tel que des chutes ne soient fréquentes, surtout lorsque la mère remonte de chez elle et vient sur le seuil du terrier faire prendre le soleil aux petits ; le moindre frottement contre la galerie culbute une partie de la famille. L'accident est sans gravité ; la Lycose, impassible, laisse les culbutés se tirer d'affaire tout seuls, ce qu'ils font avec une admirable prestesse : à l'instant, ils trouvent une patte de la mère, l'escaladent au plus vite et regagnent l'échiné de la porteuse. En un rien de temps, l'écorce animale est refaite. »

Fabre affirme que les petits de la Lycose ne participent pas aux festins de leur mère et qu'ils ont un estomac sans besoins. On peut se demander de quelle manière et grâce à quel aliment ils se sustentent pendant les sept mois d'éducation passés sur le dos maternel.

« Pour suffire aux dépenses vitales de la bestiole, écrit le célèbre entomologiste, ou n'ose songer à des réserves venues de l'œuf, surtout quand ces réserves, si voisines de rien, doivent s'économiser en vue de la soie, dont il sera fait tantôt copieux usage. Autre chose doit être en jeu dans l'activité de l'animalcule.

« Les jeunes Lycoses, jusqu'à l'époque de leur émancipation, ne prennent aucun accroissement ; telles que je les voyais naissantes, telles je les retrouve sept mois après. L'œuf a fourni les matériaux nécessaires à leur

minusculecharpente, etcomme, pour le moment, les pertes de substance usée sont à peu près nulles, un surplusd'aliments plastiques est inutile tant que la bestiole ne grandira pas. Sous ce rapport, l'abstinence prolongée n'offre aucune difficulté;

« Mais il reste l'aliment énergétique indispensable, car la petite Lycose, bien que d'habitude tranquille sur le dos de la mère, ne cesse d'être prête au mouvement et à la rapide escalade. Et puis, une fois en place, il faut tendre et raidir ses petits membres pour se maintenir accrochée aux voisins. En réalité, de repos complet, il n'y en a pas pour elle. D'où ferons-nous dériver la chaleur dépensée dans l'action, lorsque l'animal ne prend absolument aucune nourriture ?

« Un soupçon se présente. Le soleil, ami du monde, est le souverain dispensateur d' énergie ; cette énergie solaire ne pourrait-elle pénétrer directement l'animal et le charger d'activité! Ah ! le délicieux monde oii l'on déjeunerait d'un rayon de soleil. Est-ce rêverie ? Est-ce prévision d'une lointaine réalité? Sur la possibilité de ce problème, l'un des plus hauts que la science puisse agiter, écoutons le témoignage des jeunes Lycoses. Sept mois durant, sans aucune nourriture matérielle, elles dépensent de la force en mouvements. Pour remonter le mécanisme de leurs muscles, elles se restaurent directement de chaleur et de lumière. Le bain de soleil, qui a donné l'éveil aux germes, maintenant se continue pour tenir actifs les tendres nouveau-nés.

« Chaque jour, si le temps est clair, la Lycose, chargée de ses petits, remonte du fond du terrier, s'accoude à la margelle et, de longues heures, stationne au soleil. Là, sur l'échiné maternelle, les jeunes délicieusement s'étirent, se saturent de chaleur, se chargent de réserves motrices, s'imprègnent d'énergie.

« Quand l'ombre vient, jnère et fils redescendent, rassasiés d'effluves solaires. Le banquet énergétique au restaurant du soleil est terminé pour aujourd'hui. Même en hiver, si l'atmosphère est clémente, tous les jours on

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