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APPLICATIONS ÉDUCATIVES

Le développement physique des enfants, pendant la période deleur vie où ils subissent l'influence de l'école, doit arrêter l'attention de ceux qu'intéresse la rénovation plastique de la race française.

La croissance de l'homme ne se fait pas d'une manière uniforme et régulière, mais par oscillations périodiques. Pour une année donnée, l'accroissement peut être double, triple, quadruple même de ce qu'il était dans les années précédentes.

D'une manière générale, il est rapide pendant les deux premières années de la vie. A cette phase, succède une période de ralentissement jusqu'au moment de la puberté. Alors, la croissance reprend une nouvelle activité pour s'atténuer encore à partir de la quinzième année. Elle diminue, enfin, et finit par cesser complètement entre vingt et vingt-cinq ans. (Fig. 4).

L'alternance des périodes de croissance intense et des périodes de ralentissement ne représente qu'une modalité de la périodicité de tous les phénomènes biologiques. Cette périodicité est une loi universelle. Dans la nature, les périodes de renforcement alternent avec les périodes d'affaiblissement ; et cela, qu'il s'agisse de la vitesse du mouvement des astres ou de la circulation du sang dans l'organisme humain, de l'alternance des périodes

saisonnières ou annuelles à la surface de notre planète, de la mort et de la vie dans tout être organisé.

En conformité de cette loi générale, tous les phénomènes sociaux subissent eux-mêmes des pulsations. Les

PiG. 4. — Courbe indiquant la marche de la croissance de l'organisme humain (taille et poids) dans les deux sexes, entre la première et la vingt-cinquième année.

Garçons .

Filles

périodes d'activité aiguë ont sans cesse alterné avec les périodes de calme.

Laissant de côté tous les autres phénomènes de la nature, je m'arrêterai à la périodicité des fonctions de l'organisme humain. Observons le cœur. Par ses battements réguliers, ses contractions et ses relâchements, il nous

offre le tableau d'une périodicité très régulière sans laquelle son activité de pompe serait impossible. La période de la pause cardiaque (diastole), comprise entre deux battements successifs (systole), correspond au repos du muscle. Ce répit permet à ce dernier, d'un côté, de se débarrasser du produit de la fatigue, et, de l'autre, d'accumuler une nouvelle provision d'énergie pour le travail. Plus ces pauses sont courtes, plus le cœur se fatigue, et il peut être amené à la paralysie, si la durée de ces pauses est inférieure à un temps minimum au-dessous duquel l'organe cesse de fonctionner. Ce phénomène apparaît chez un animal forcé. Les pulsations de son cœur se sont précipitées à l'extrême avant que ne soit survenue la syncope terminale.

Parallèlement aux battements du cœur, se produisent des contractions et des dilatations périodiques des vaisseaux qui favorisent puissamment la circulation du sang.

Le mécanisme de la respiration chez les animaux supérieurs et chez l'homme représente un autre exemple d'activité périodique. L'alternance régulière de l'inspiration, de l'expiration et de la pause post-expiratoire, ces phases se répétant dans cet ordre pendant toute la vie, témoigne d'une périodicité surprenante. Elle dépend des décharges qui partent périodiquement du centre nerveux respiratoire, sous l'influence de l'excitation de ce centre par le sang chargé d'acide carbonique. La périodicité de ces décharges trouve sa cause dans la résistance qu'oppose le centre nerveux respiratoire à son excitation continue par le sang. Ce n'est que lorsque cette excitation s'est accumulée et a atteint une certaine intensité que la résistance opposée par le centre respiratoire est vaincue. Alors seulement se produit la décharge nerveuse qui va commander l'inspiration.

Enfin, il n'est pas jusqu'aux impulsions nerveuses envoyées par le cerveau et la moelle épinière aux organes moteurs qui ne soient sujettes, elles aussi, à la loi de la périodicité. L'influx nerveux se compose, en effet, d'une série ininterrompue de vibrations ou d'ondes nerveuses dont le nombre varie suivant les différents nerfs consi-

dérés. Cette notion de périodicité qui domine le fonctionnement de l'organisme humain doit inciter les maîtres de la jeunesse à suivre les indications de la nature. Ils ne demanderont aux enfants que des efforts discontinus, d'autant plus courts que les enfants seront plus jeunes. Cette précaution élémentaire évitera de provoquer chez eux la lassitude et le dégoût des tâches qui leur sont imposées.

La croissance a sa place parmi les matières qui doivent être enseignées aux maîtres de la jeunesse, car l'âge scolaire s'étend à la plus grande partie de la période de développement que l'enfant ait à parcourir pour devenir un adulte. Scolarité et croissance marchent parallèlement. Ks'L-ce à dire que les maîtres doivent connaître en détail l'évolution de l'organisme humain, assister à l'apparition des organes, à leurs transformations, supputer les variations de dimensions des diverses parties du corps et apprécier leurs rapports réciproques ?. . . Nullement. Cela est l'œuvre des physiologistes. Les maîtres se borneront à retenir, parmi les faits si complexes du processus de l'évolution organique, quelques notions fondamentales et vraiment directrices. Ils en tireront des déductions simples qui les guideront pour orienter convenablement leur action à l'égard des enfants dont ils ont la charge. Parmi ces notions, je n'en veux retenir que quatre ; elles ont trait :

au développement des os ;

au développement du cerveau ;

à l'apparition de la puberté ;

à l'action des sécrétions internes.

Les os, au début de leur développement, se composent d'une masse de cartilage hyalin entourée par une enveloppe conjonctive ou périchondre (irepl autour, xov^poç cartilage). Cette masse cartilagineuse s'ossifie à la fois

aux dépens de son périchondre et aux dépens de son cartilage, autrement dit par ossification périostique et par ossification enchondrale.

Prenons comme type d'étude un os long, le tibia par exemple et observons la marche de l'édification de cet os (Fig. 5) :

FiG. 5. — Développement d'un os long (tibia).

I. Ebauche cartilagineuse. — 2. Apparition d'an anneau d'ossification périostique (a). — 'i . En plein cartilage apparaît en b un point d'ossification, • bainhe de l'os encliondral. — ). Dcveioppement respectif de l'os eiichondral et de l'o^ périostique. — b. Apparition des points d'ossification épipliysaires (m) et ébauclie de raréfaction médullaire. — G. Les cartilages de conjugaison app raissent entre la diaphyse et les épiphyses (c). — 7. L'édification osseuse est terminée. L'ossification a envabi toute la masse de l'os qui ne peut plus s'accroître en longueur, les cartilages de conjugaison ayant disparu.

Sur l'ébauche cartilagineuse (i) apparaît tout autour de la partie moyenne de la diaphyse une lamelle osseuse disposée en anneau et provenant de l'ossification du périoste (2). Ensuite, on voit au centre de l'os, en plein cartilage embryonnaire, apparaître un point d'ossification primitif, ébauche de l'osenchondral (3). Plustard^

l'os périostique et l'os enchondral se sont développés de façon à occuper toute la hauteur de la diaphyse (4).

Aux deux extrémités de l'os apparaissent deux points d'ossification secondaires ou épiphysaires, tandis qu'au centre même de la diaphyse, un travail de résorption aboutit à un rudiment de canal médullaire (5).

Peu à peu, les deux points d'ossification épiphysaires s'agrandissent dans tous les sens et atteignent la surface extérieure de l'os. Du cartilage primitif, il ne reste plus que les cartilages articulaires et deux lamelles minces qui, à chaque extrémité de la pièce, unissent l'os épiphysaire à l'os diaphysaire. C'est le cartilage de conjugaison, partie essentiellement vivante aux dépens de laquelle se fera l'accroissement de l'os en longueur pendant l'enfance et pendant l'adolescence (6).

C'est à cette notion de l'activité du cartilage de conjugaison dans l'accroissement des os en longueur que je voulais en venir. Tant que ce cartilage existe, la croissance du corps humain n'est pas terminée. La charpente osseuse n'est complètement édifiée que plus tard, quand le cartilage de conjugaison a disparu (7). Retenons en outre que les points d'ossification des côtes ne se soudent entre eux qu'entre la seizième et la vingtième année ; la poignée du sternum ne se soude au corps de l'os que de vingt à vingt-cinq ans, la soudure définitive des épiphyses de l'humérus à la diaphyse de cet os s'effectue, pour l'extrémité inférieure, entre seize et dix-huit ans et pour l'extrémité supérieure cinq ou six ans plus tari ; le radius n'est ossifié qu'à vingt ans ; la soudure des différents points d'ossification du fémur se produit de la façon suivante : le petit et le grand trochanter se soudent à la diaphyse de seize à dix-huit ans, la tête fémorale, un an après. Quant à l'extrémité inférieure, elle n'est complètement unie à la diaphyse qu'à vingt ou vingt-deux ans.

Pendant longtemps, les os demeurent donc relativement malléables. Aussi devrons-nous éviter de soumettre l'enfant, soit à des manœuvres de force, soit à des exercices ayant pour effet de durcir les muscles. Ces derniers, hypertrophiés dès l'enfance par une gymnastique intem-

pestive, peuvent, dans une certaine mesure, en raison de leur développement prématuré en largeur et en épaisseur et par le jeu de leur tonicité propre, s'opposer à l'allongement normal des os.

C'est ainsi qu'on a remarqué que les jeunes sujets, qui ont imprudemment fait beaucoup de gymnastique aux agrès pendant l'enfance, ont les membres supérieurs relativement courts. Ils le constatent eux-mêmes lorsqu'ils tentent plus tard de se vêtir d'habits tout faits. Les manches de ces vêtements, confectionnés d'après un gabarit moyen, sont toujours trop longues pour leurs bras.

Chez la majorité des enfants, il faut attendre au moins la quinzième année pour les sonmettre aux exercices qui ont pour résultat d'hypertrophier les muscles. Si l'on ne prend cette précaution, on risque de contrarier le développement du squelette en longueur et de diminuer la taille.

La croissance du corps humain n'est complètement achevée qu'aux environs de la vingt-cinquième année. C'est à cette époque que l'homme présente son maximum de force. Retenons ces faits et ne demandons aux enfants et aux adolescents que des efforts musculaires rationnels et proportionnés au degré de leur développement physique.

Rechercher les règles et les lois qui président à la croissance de l'homme, c'est s'acheminer par une voie sûre aux déductions pédagogiques les plus fructueuses. Je sortirais du cadre que je me suis tracé si j'entreprenais d'exposer ici la physiologie du cerveau, pour en déduire une doctrine d'éducation rationnelle. Cette étude démontrerait que le développement progressif de l'intelligence est le principe essentiel de toute pédagogie.

La croissance absolue du cerveau est considérable pendant les premières années. Topinard et Manouvrier ont tracé des tableaux du « rythme de la croissance cérébrale ». Ils ont montré que, par rapport à son maxi-

mum atteint à l'âge adulte, le cerveau a déjà acquis, à sept ans, 83 p. 100 de son développement et, à quatorze ans, 95 p. 100.

Si l'on représente par 1000 le maximum de développement physiologique de l'encéphale, maximum obtenu dans la période de trente à quarante ans chez l'homme, de vingt à trente ans chez la femme, et qui peut être

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FiG. 6. — Courbe indiquant la croissance moyenne du cerveau humain, depuis la naissance, jusqu'à la vingt-cinquième année.

représenté chez le premier par le poids moyen de 1 366 grammes et chez la seconde par celui de I 238 grammes, il résulterait, d'après le calcul de Topinard, que l'encéphale augmenterait de 326 p. 1000 dans la première année, de 59 p. 1000 par an de un à quatre ans, de 4 seulement p. 1000 par an de quatorze à trente ans. D'après certains auteurs, ces évaluations seraient un peu trop élevées. L'accroissement de la première année devrait être ramené à 290 p. 1000 et celui des quatre années suivantes à 5i p. 1000. (Voir fig. 6.) Dans ces évaluations auxquelles leur précision numé-

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rique donne une haute valeur, on trouve tracée presque schématiquement la division physiologique du travail intellectuel des enfants. Dans une période qui répond à l'accroissement formidable du cerveau, période pendant laquelle tout le mouvement organique semble tendre à la construction de cet organe primordial, en prévision de la multiplicité des fonctions auxquelles il est destiné, l'éducation doit être, selon l'expression de Cl. Bernard, négative. « En général, dit-il, il faut remarquer que la première éducation doit être négative, c'est-à-dire qu'on ne doit rien ajouter aux précautions qu'a prises la nature, et se borner à ne pas détriiire son œuvre... Il est bon d'employer d'abord peu d'instruments et de laisser les enfants apprendre par eux-mêmes. » , , De quatre à sept ans, le mouvement de croissance du cerveau, quoique encore important, se ralentit. Après sept ou huit ans, son accroissement n'est plus que relatif. L'organe est prêt à recevoir les premières impulsions éducatives. Mais n'oublions pas que les facultés naissantes sont sous la dépendance absolue des sens. Il s'agit plutôt, pour le cerveau de l'enfant, d'emmagasiner, que d'élaborer les impressions reçues. C'est à cette période de la vie que l'éducation, telle que la concevait Montaigne, doit triompher. L'illustre moraliste réclamait un enseignement naturel et non livresque ; il préconisait l'instruction par les choses qui tombent sous le sens, « celles au milieu desquelles nous nous trouvons placés ». a Des choses, des choses! trop de mots », s'est plus tard écrié J.-J. Rousseau.

Autre conséquence des faits précédents : c'est pendant l'enfance qu'il faudra donner de bonnes habitudes éducatives, avant que le cerveau n'ait ter7niné son développement. Ces habitudes s'inscriront automatiquement dans la mémoire ; elles feront partie du psychisme élémentaire qui servira de fonds commun à toute la pensée avant que celle-ci ne reçoive la culture artificielle que nous réservons aux adolescents.

Gardons-nous d'imposer aux enfants un travail abstrait. Il faut n'admettre celui-ci qu'à partir du jour

OÙ l'intelligence, développée par l'exercice préalable des sens, et par l'habitude de penser, est assez forte pour être capable de concevoir les abstractions. Redoutons pardessus tout la surcharge des programmes pendant l'enfance. Elle conduit au surmenage cérébral et use prématurément l'organe de la pensée.

Abordons maintenant la question de la puberté. Cet •état apparaît lorsque les produits sexuels (ovules et spermatozoïdes) mûrissent et commencent à être expulsés. L'aspect général des individus est modifié; les traits secondaires qui caractérisent les sexes s'accusent. Aux signes physiques correspond un ps3''chisme différent : toutes les tendances héréditaires apparaissent alors avec un relief extraordinaire. Enfin, l'instinct sexuel s'éveille.

L'âge moyen de la puberté est, dans notre race, entre onze et treize ans pour les filles, entre douze et quatorze ans pour les garçons. Un très grand nombre d'enfants sont précocement ou tardivement formés. Il s'agit, dans l'immense majorité des cas, lorsque le retard ou l'avance de la formation sont considérables, de sujets dont l'hérédité pathologique est chargée. Ces enfants sont des amoindris jusqu'à ce qu'apparaissent chez eux les signes de la puberté. Alors seulement, ils peuvent montrer des qualités intellectuelles et physiques brillantes.

Il y a une corrélation évidente entre les fonctions sexuelles, d'une part, et les fonctions cérébrales, de l'autre. Un très grand nombre d'enfants dont l'atrophie testiculaire est notable sont diminués au point de vue cérébral. Ce n'est qu'après l'échéance pubertaire qu'il faut définitivement juger un enfant et qu'on est fondé à prendre des décisions relatives à son avenir : « La puberté peut changer un débile en homme à tous les points de vue. » (Godin.)

La puberté met en mo3'enne deux ans à s'installer. Mais ses effets se font encore très vivement sentir peu-

dant trois années. C'est donc cinq ans, à partir du moment de l'apparition de la puberté, qu'il faut au jeune garçon pour devenir un homme nubile, un adulte, doué de la plénitude de son aptitude à reproduire.

Ces notions s'appliquent aux jeunes filles. Cinq ans après l'apparition des premières menstrues, elles sont nubiles, elles sont femmes.

Sur les cinq années, étendues de l'éclosion de la puberté â la réalisation de la nubilité, les trois dernières surtout répondent à la phase à laquelle convient plus qu'à toute autre le nom de jeunesse. Cette phase de jeunesse doit marquer le triomphe de l'éducation; elle peut en être la faillite. Elle est le carrefour où se rencontrent les tendances héréditaires , qu'on appellQ communément le tempérament, les influences éducatives et l'épanouissement de l'instinct sexuel.

Il dépend en grande partie des maîtres delà jeunesse qu'à partir de ce moment décisif la vie soit heurtée et pénible ou faite d'harmonie et d'aisance.

Les enfants dont l'éclosion pubertaire se fait mal, ceux qui, à cette époque de leur vie, présentent des symptômes de susceptibilité nerveuse, des tendances bizarres, coupables et inexplicables, ne sont souvent que des malades qu'il faut remettre au médecin.

Au point de vue de l'éducation physique, j'ai déjà eu l'occasion (chap. i) de dire ce que doivent être les pratiques de cette éducation pendant l'âge pubertaire et pendant l'adolescence. J'estime inutile d'y revenir ici. C'est à cette époque de la vie, surtout, que l'éducateur sera mesuré et prudent.

Les corrélations qui existent entre la fonction sexuelle et la fonction cérébrale m'amènent à aborder la grave question de l'influence des organes à sécrétion interne sur le développement général de l'organisme.

Il ne faut pas juger qu'un enfant n'est pas malade parce qu'il ne se plaint de rien. On se tromperait grave-

ment. Une maladie latente se traduira chez lui par du relâchement dans le travail, par la diminution de l'attention et de la mémoire, par de mauvaises notes continuelles. Un écolier médiocre peut être moins souvent un paresseux volontaire qu'un malade.

C'est pourcjuoi il importe que les maîtres soient éclairés sur l'activité encore mystérieuse par beaucoup de côtés de certains organes, tels que le testicule, la glande thyroïde, les capsules surrénales, la glande pituitaîre ou hypophyse, qui agissent sur l'organisme par l'intermédiaire de certains produits de sécrétion qu'ils élaborent et déversent directement dans le sang.

Ces produits sont désignés sous le nom générique d'hormones (de op[j!.ato, j'excite). Le sens exact du mot hormone est loin d'être précis. Est hormone toute substance qui, circulant dans le sang ou les humeurs, est ejicitatrice des actes généraux de la nutrition. C'est une notion physiologique capitale. Le testicule ne fabrique pas seulement le liquide spermatique qui représente sa sécrétion externe, il donne aussi naissance à des produits encore peu connus, à une sécrétion interne directement déversée dans le sang et dont l'importance est considérable, puisqu'elle paraît tenir sous sa dépendance et régulariser, au moment de la puberté, le développement général de l'organisme humain, La même remarque s'applique aux capsules surrénales dont le produit de sécrétion interne, l'adrénaline, exerce une action directe sur la circulation du sang. Nous connaissons enfin les altérations de l'intelligence que provoque la dégénérescence du corps thyroïde.

Le crétinisme et le goitre vont de pair. Dans ce cas, la sécrétion interne du corps thyroïde, altéré dans sa constitution , est suspendue ; les hormones qu elle contient ne remplissent plus leur office d'excitatrices et de régulatrices de la ionction cérébrale et le crétinisme survient.

Une altération de la glande pituitaire ou hypophyse, organe minuscule dont les dimensions sont celles d'une petite noisette appendue à la base du cerveau, trouble la

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croissance. L'ossification et la dentition sont ralenties. Les individus restent petits. Les caractères secondaires qui s'accusent après la puberté ne se développent pas. Une obésité précoce apparaît. Il s'agit d'enfants bouffis et anémiques ; les fillettes qui présentent cet aspect ne sont pas réglées ou ont des règles douloureuses ; les garçons ont des organes génitaux qui restent infantiles.

Dans d'autres cas, au contraire, les traits se déforment par l'exubérance des parties molles et des os du visage; les mains et les pieds deviennent plus grands, plus larges, massifs : ce sont les lésions de l'acromégalie.

Enfin, le gigantisme est, lui-même, en rapport avec les altérations de l'hypophyse. Chez les géants, les cartilages de conjugaison persistent, surtout aux membres inférieurs ; les organes génitaux sont atrophiés ; la femme n'est pas réglée et reste inféconde.

Des relations étroites unissent donc tous les organes entre eux. La vie ne serait pas possible, si les diverses fonctions, dont la réunion constitue l'individu, n'étaient pas en rapport les unes avec les autres.

Ces relations sont assurées, d'une part, par le système nerveux, d'autre part, par les hormones qui, véhiculées par le sang, portent, ici ou là, les excitations nécessaires. Ces substances, nées de certains organes glandulaires, ont des propriétés chimiques telles, qu'elles réagissent sur les éléments anatomiques des autres organes, de façon à incit&r ces derniers à fonctionner.

Ayons ces faits présents à l'esprit, en face d'enfants paresseux, maladifs, dépourvus d'activité. Songeons que, par le fait d'une hérédité pathologique, leur glande thyroïde, leurs capsules surrénales, leur glande pituitaire, fonctionnent peut-être mal, alors qu'aucun signe extérieur de maladie n'apparaît.

Car, l'influence de l'état physique de l'écolier et de ses imperfections physiologiques, sur son état intellectuel et sur son travail, est considérable. Le physique et le moral sont intimement unis chez l'enfant, plus encore que chez l'homme fait. Chez celui-ci, une volonté énergique peut contraindre au travail un corps mal servi

par des organes débiles; chez celui-là, le fait est absolument exceptionnel. Dans l'enfance, un état maladif, même léger, entrave le fonctionnement cérébral et empêche le principe spirituel d'exercer sa maîtrise sur les organes.

Le surmenage intellectuel, surtout dans nos lycées, joiat aux influences héréditaires, à une époque où la lutte pour l'existence provoquée tant de troubles nerveux chez les parents, amène, chez un tiers de la population enfantine, un état de susceptibilité nerveuse anormal.

On peut remédier à cet état de choses en réservant, dans l'emploi du temps, une part plus importante à l'éducation physique.

Tout le monde reconnaît l'urgence des mesures à prendre; malheureusement, le surmenage intellectuel a des auxiliaires puissants, qui sont : l'habitude, les traditions universitaires, le zèle des professeurs, l'émulation des écoliers et l'amour-propre des parents.

Au point où est arrivée la race française, si cruellement immolée sur les champs de bataille, il appartient désormais, aux maîtres de la jeunesse, de procurer aux enfants la vigueur et la santé qui leur manquaient jusqu'à ce jour. Dans un pays qui veut vivre, il faut que les citoyens soient résistants à la fatigue, préparés aux luttes et aux privations et doués d'un cœur solide et tranquille. Il est temps d'aviser si nous voulons que les générations de l'avenir soient à la hauteur des devoirs qui leur seront imposés par le destin.

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