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CHAPITRE XVI

LA SÉDENTARITÉ CHEZ LES ÉCOLIERS EX CHEZ LES ADULTES. — SES INCONVÉ- NIENTS. — MOYENS DE LA COMBATTRE

La vie et la mort de nos enfants, leur valeur ou leur ruine, au moral et au physique, dépendent, en partie, de leur hérédité et en partie de la manière dont nous les élevons. Il ne faut pas que le sort des jeunes générations soit abandonné à la routine, aux caprices du moment et à la fantaisie des parents. Nous avons oublié que le régime qui est imposé aux enfants exercera sur eux une influence bonne ou détestable à chaque moment de leur existence. Quand une mère décide, certain matin, que son laissera vêtu d'un costume léger et ira jouer en plein air par un froid glacial, elle prend une décision qui peut peser sur toute la vie de cet enfant. Il côtoie la maladie, sa santé est compromise, ses forces diminuées, ses chances de bonheur et de succès affaiblies. Quand certains maîtres défendent les jeux bruyants à leurs élèves et les tiennent enfermés dans des chambres où il fait une chaleur de serre, ils empêchent ces élèves d'acquérir la santé et la vigueur qui leur étaient dues.

Il y a vingt manières de se tromper, et une seule d'avoir raison.

Que faire pour avoir raison en matière de croissance et d'éducation physique? La conduite à tenir se résume en une phrase : lutter contre la sédentarité.

En présence de ce qui oe passe dans certaines de nos écoles, je m'étonne, non que la sédentarité fasse tant de

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mal, mais plutôt qu'elle 'soit si bien supportée. Voici l'emploi résumé des vingt-quatre heures quotidiennes dans onze lycées pris au hasard. Il s'agit de l'emploi du temps des internes :

Au dortoir : neuf heures ;

En classe ou en étude : huit heures ;

Lever et coucher : une heure et demie ;

Temps consacré aux trois repas : deux heures ;

Divers (arts d'agréments, visites, démarches) : une heure.

Ainsi, il reste deux heures et demie pour la récréation proprement dite et pour les exercices physiques qui sont facultatifs et dont on se dispense souvent.

Je ne parle pas de certaines classes, où l'on, prépare les élèves aux grands concours. Dans ce cas, non seulement l'on consacre aux livres le temps réservé aux exercices physiques, mais des élèves devancent l'heure du lever ou veillent pour étudier leurs leçons et sont même encouragés par leurs maîtres à le faire. Les matières sont si étendues, la compétition est si vive et les professeurs dont l'autorité dépend de la façon dont les élèves auront réussi à l'examen, sont si pressants, qu'il n'est pas rare que ces jeunes gens soient amenés à consacrer douze ou treize heures au travail intellectuel. Ajoutez à ce temps celui du sommeil et celui des repas et vous arriverez à un total de vingt-deux ou vingt-trois heures d'immobilité relative sur vingt-quatre.

Le dommage causé au corps par ces pratiques est immense.

Que se passe-t-il dans un organisme condamné ou réduit à la sédentarité ?

A l'état de veille, pendant les phases de repos et d'immobilité prolongée, les mouvements du cœur ne se ralentissent point, comme on l'a dit et répété à tort. Le nombre des pulsations reste invariable. Mais à chaque systole cardiaque, l'ondée sanguine, comparée à ce qu'elle était dans les périodes d'activité physique, est

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moins ample. La masse de sang, lancée dans les vaisseaux par chaque coup de pompe donné par le cœur, est moins grande et, conséquemment, l'irrigation générale de V organisme par le sang artériel chargé de répartir l'oxygène et les matières nutritives dans les tissus, moins copieuse. ;, ;*

La diminution d'amplitude de l'ondée sanguine à chaque systole se double de la diminution d'amplitude des mouvements respiratoires. L'enfant et l'adulte sédentaires respirent superficiellement. Le volume d'air, conséquemment d'oxygène, introduit dans la poitrine à chaque respiration est faible. Le sang ne s'artérialise qu'imparfaitement dans les poumons. La quantité d'oxygène retenu par les globules rouges est inférieure à la normale et demeure au-dessous du taux moyen de fixation du sang en oxygène.

Longueur de l'irrigation sanguine et insuffisance de la quantité d'oxygène véhiculé par le torrent circulatoire traduisent les deux premiers effets d'une sédentarité habituelle.

Mais le sang ne borne point son rôle à l'apport aux divers organes de l'oxygène qui entretient les combustions profondes et dont la présence est indispensable à tous les actes de la nutrition. Il s'empare, au passage, des matières usées. Il en est débarrassé, chemin faisant, par les reins, par le foie, par la peau, par les muqueuses qui fonctionnent comme émonctoires et lui assurent une composition sensiblement constante.

Pendant les périodes de repos et d'immobilité, les actes de l'assimilation et de la désassimilation sont ralentis dans leur ensemble. Les matières de réserve n'étant pas utilisées tendent à s'accumuler dans les tissus sous forme de graisse. Quant aux matières usées, elles sont retenues en partie dans le sang. On les trouve en quantités moindres dans les urines, ou bien elles s'y montrent sous des formes inachevées, leur oxydation paraissant n'avoir pu être complètement élaborée, faute d'une quantité suffisante d'oxygène.

Cet état de choses a, comme résultat immédiat, une

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intoxication lente de l'organisme tout entier par rétention de produits toxiques. A vrai dire, la maladie n'apparaît pas sous une forme déclarée et tumultueuse. Elle n'en existe pas moins avec des caractères parfaitement définis et qui n'échappent point à un œil exercé ou simplement prévenu. Le mal est, au début., à peine décelable. Il s'accroît lentement. Les esprits mal renseignés attribuent le dérangement des fonctions à telle ou telle cause spéciale ou à une faiblesse de constitution. La vérité est tout autre et nous connaissons désormais la nature réelle du mal.

Le premier et le plus apparent des symptômes de l'état morbide créé par la sédentarité est le ralentissement ou l'arrêt prématuré de la croissance corporelle. Le ralentissement de la nutrition se manifeste visiblement au niveau des endroits où, dans l'état normal, se montrent davantage les effets de l'activité vitale. Les cartilages de conjugaison par lesquels se fait l'allongement des os représentent une de ces zones. La taille des écoliers devrait être mesurée périodiquement dans les écoles, tous les deux mois par exemple. Un arrêt ou un ralentissement anormal de l'allongement du squelette, chez l'enfant, est l'indice d'un trouble profond de la nutrition. La sédentarité doit être incriminée chaque fois que l'hérédité, la misère, ou encore une maladie aiguë intercurrente ne sont pas en cause.

Un autreeffet du ralentissement de la nutrition pendant l'enfance et pendant l'adolescence, sous l'influence de la sédentarité, est l'irrégularité de l'accroissement du poids du corps. Le poids d'un enfant en bonne santé augmente d'une manière sensiblement continue et progressive. On n'observe niarrêts, ni phasesd'accroissement brusque, ni régressions. Ce que j'ai dit de la taille s'applique au poids. On devrait procéder dans toutes les écoles à des pesées périodiques. Ce serait une méthode simple et sûre de connaître l'état de nutrition des écoliers.

Un autre inconvénient de la sédentarité est la

prédisposition aux maladies. J'ai pu examiner le tableau des malades dans quatre institutions et trois lycées. Ce tableau m'a paru être très chargé :17 p. 100 des élèves sont malades pendant les mois d'hiver et 7 p. 100 pendant la belle saison. Ces chiffres sont la preuve que nous avons recours à un système éducatif qui n'est peut-être pas aussi hygiénique qu'il devrait l'être.

Je signale en passant qu'il y a une mesure et un équilibre parfaits dans les dispositions prises par la nature pour régler le développement de l'organisme humain. Elle est un comptable rigoureux. Demandez-lui, dans une direction, plus qu'elle n'est préparée à produire, elle vous l'accordera, non sans protester, mais elle rétablira la balance par un emprunt fait ailleurs. La nature est bonne fille. Elle consent généralement au travail extraordinaire qu'on lui demande, mais elle laisse inachevé quelque autre travail qui l'occupait. Tel brillant élève, s'essouffle au moindre effort. Pour lui, une promenade de deux heures est une cause de fatigue et de courbature. Si, un jour, par hasard, il participe à un exercice un peu vif, il se met au lit le lendemain avec de la fièvre. [Tel autre respire mal et présente déjà les signes avant-coureurs de la tuberculose.

Un organisme peut être comparé à un réservoir d'énergie dequantitédéfinie;chaque fois que l'ondétourne un excès de cette énergie en faveur d'un organe déterminé, on l'enlève nécessairement aux autres.

Laisser la nature suivre son cours, en prenant soin de lui fournir en quantité raisonnable et en qualité les matériaux que réclame chaque âge pour le développement intellectuel et corporel : telle est la règle pour produire spontanément des individus harmonieusement développés. Que sert d'acquérir la richesse intellectuelle si elle est accompagnéed'un affaiblissement delà vigueur et de la santé ?

La sédentarité a pour autre résultat la diminution générale de la force musctilaire et l'atrophie des muscles. Ces derniers, trop longtemps inactifs, finissent par s'infiltrer de graisse. Tant que l'homme fait agir ses muscles,

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il conserve la liberté de ses membres. Nous connaissons l'état extraordinaire d'atrophie des membres fracturés que le chirurgien a dû immobiliser pendant quelques semainesdans des appareils de contention. Sans atteindre à ce point d'atrophie, les muscles de nos écoliers et de nos adolescents n'acquièrent pas toujours des dimensions suffisantes.

L'état d'inaction, qui produit des changements si tranchés sur la fibre musculaire, intéresse au même titre tous les appareils, car toutes les parties du corps sont solidaires.

Le cerveau, organe indispensable à l'exécution des mouvements volontaires, à la nutrition des tissus vivants et à la mise en œuvre de l'intellectualité, est directement influencé par la sédentarité. Il souffre silencieusement d'abord. Plus tard, il manifeste son malaise par des maux de tête, des vertiges, de l'insomnie.

La migraine des écoliers n'est pas une rareté. Les médecins des collèges et des lycées l'observent souvent. Mais ce symptôme est encore bien plus fréquent dans la classe aisée oii la sédentarité estun état presque habituel. Le sommeil est irrégulier, coupé de rêves et de cauchemars. Les impulsions nerveuses sont hésitantes et faibles. Les commandes des mouvements réflexes nés dans la moelle épinière se font sans précision, sans vitesse. La timidité et l'hésitation de l'attitude générale en résultent.

La gaucherie des mouvements est une conséquence toute naturelle de Vahsence d' exercices physiques. Dans les gestes de l'homme sédentaire, beaucoup de muscles sont paralysés ou limités dans leur action par l'intervention inopportune des muscles antagonistes. Une partie de la force qu'il dépense est employée à vaincre la résistance que ses propres muscles opposent à ses mouvements.

Il serait cruel d'insister sur les anomalies des formes imprimées au corps humain par la sédentarité avec laquelle se combineîit, il est vrai, les influences conjuguées de l'hérédité, de l'alimentation et du mode de vie habituel. Tel a du ventre, tel autre présente une atrophie de la

poitrineque souligne encore le décollement des omoplates. A cause des idées reçues, nous ne nous apercevons plus qu'une personne dotée d'une saillie abdominale est aussi disgracieuse et difforme que celle qui est atteinte d'une gibbosité dorsale. Beaucoup d'hommes et de femmes civilisés ont perdu toute espèce de reliefs musculaires des membres. « On peut dire, a écrit le docteur Francis Heckel, que les plus beaux bras et les plus belles épaules féminines, chez les citadines, ne sont que des sacs informes, fourrés de graisse autour des articulations, et dans lesquels il est impossible de retrouver les lignes primitives qui en feraient la beauté. Sur ce point, comme sur tant d'autres, le goût moyen est complètement altéré. »

La sêdentarité vicie V attitude et déforme la taille de beaucoup de personnes. La colonne vertébrale est l'axe du corps. Quand sa direction est normale, le corps est droit et l'attitude élégante. L'absence de tout exercice coïncide trop souvent avec ses déviations : une mauvaise attitude est habituelle chez la plupart des sédentaires. L'écolier enfermé dans une classe du matin au soir, l'ouvrière qui passe toutes ses journées dans un atelier, présentent souvent des incurvations anormales de la colonne vertébrale.

Le défaut d'exercice et l'excès d'immobilité ont pour corollaire, nous le savons, la faiblesse extrême des muscles. Les vertèbres étant très mobiles les unes sur les autres, ne peuvent former un tout et acquérir la résistance d'une tige homogène et rigide qu'à la condition d'être fortement pressées les unes contre les autres et maintenues en contact intime par la contraction des muscles qui les entourent. Si ces muscles sont trop faibles, le poids de la tête et des épaules fait glisser les uns sur les autres les os vertébraux et les entraîne dans la direction où la pesanteur tend à porter le corps, c'està-dire tantôt en avant, tantôt latéralement. L'attitude penchée, le dos voûté sont dus à l'affaiblissement des muscles vertébraux. Ces attitudes s'accompagnent toujours du retrait de la poitrine pour deux raisons : la

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première est que l'inaction musculaire entraîne la diminution de l'ampleur du thorax ; la seconde est que, dans le profil du corps, la convexité du dos, lorsqu'elle est très prononcée, tend, par comparaison, à faire paraître plate et même concave la ligne du sternum. Ce vice de l'attitude est caractéristique dans tous les cas où de jeunes sujets, soumis à un régime de vie tropsédentaire, sont privés d'air et de mouvement.

Aux symptômes précédents, il faut ajouter la pâleur et parfois la bouffissure du visage. Elles attestent un état d'anémie qu'explique l'insuffisance des oxydations. Le sang, pauvre en oxygène, est moins vivifiant. Son contact ne donne plus aux organes cette précieuse excitation, ce coup de fouet salutaire qui active leur jeu et met en action toute leur énergie. L'appétit faij, défaut, par manque d'excitation des organes digestifs, par paresse de l'estomac et des intestins qui sont dilatés.

Enfin, avec les habitudes de la vie sédentaire, les tissus de réserve n'étant pas régulièrement brûlés s'accumulent peu à peu et leur présence en excès dans l'économie finit par occasionner des troubles profonds de la santé. Le défaut de désassimilation de la graisse produit l'obésité; l'insuffisance de combustion des tissus azotés produit la goutte.

Chez les adultes sédentaires, les cœurs défaillant à la moindre fatigue, les estomacs dilatés et atones, les foies et les reins déficients sont légion. Un quart des décès parisiens peut être imputé aux maladies de cœur et des vaisseaux sanguins. L'angine de poitrine, l'urémie, l'hémorragie cérébrale, les varices, les phlébites sont partout. Pourquoi ? Parce que, pour beaucoup d'hommes, la vie se passe dans l'immobilité, dans la position assise, dans la sédentarité. Le luxe, le confort, tous les perfectionnements techniques tendent à la suppression de l'effort physique qui est cependant indispensable à la bonne santé.

Le citadin est debout deux ou trois heures sur vingtquatre. Le reste du temps, il est assis ou couché. Cette existence le pousse fatalement à l' artériosclérose et, pour peu qu'il y soit enclin, à la tristesse et au pessimisme.

La sédentarité, dans la population scolaire, exerce ses méfaits plus encore sur les filles que sur les garçons. J'ai, chaque jour, l'occasion de le constater. Deux écoles sont voisines ; l'une reçoit des garçons et l'autre des filles. Chaque jour, les passants font la comparaison entre elles, et le contraste qu'elles présentent est remarquable. Quand les garçons sont en récréation, le voisinage est plein de leurs cris et de leurs rires. Le tableau, du côté des filles, est tout autre : peu de jeux, peu de bruit, jamais de tumulte. Ou les voit trop souvent se promener lentement en se donnant le bras ; il est rare qu'elles jouent à quelque chose qui ressemble à un véritable exercice ph3''sique .

Est-ce que la constitution d'une fille n'a nul besoin d'activité musculaire ? N'est-ce donc point un avantage pour elle d'avoir une bonne santé et une grande vigueur ? En sommes-nous encore à trouver, comme il y a deux siècles, qu'une certaine délicatesse, des forces juste suffisantes pour une promenade d'une heure, un appétit dédaigneux et promptement satisfait, joint à cette timidité qui accompagne ordinairement la faiblesse, soient au nombre des bienfaits qu'une femme doive retirer de son éducation ? Supposer que tel est l'idéal de l'autre sexe est se méprendre grandement. Que les hommes ne se sentent pas attirés vers les femmes au type masculin, j'en conviens. Qu'une certaine faiblesse relative, qui semble demander la protection d'une force supérieure, soit un élément d'attraction, je le reconnais. Mais que cette faiblesse devienne maladive, elle représente aussitôt un élément de répulsion. Si l'activité surabondante permise aux garçons ne les empêche pas de devenir pltfs tard de parfaits gentlemen, pourquoi une activité pareille empêcherait-elle les filles de devenir des femmes accomplies ? L'âge aidant, le sentiment de la dignjté masculine chez l'homme fait met un terme et une limite aux jeux de l'enfance. De même, le sentiment de

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la réserve féminine, graduellement fortifié par l'approche de la maturité, mettra une limite aux jeux de nos filles. Les instincts de la femme peuvent parfaitement s'affirmer eux-mêmes sans la discipline rigoureuse de certaines écoles.

Je vais plus loin et j'ajoute : sur les femmes, les effets de la sédentarité ont encore des conséquences pires, si c'est possible, que sur les hommes. Car la fin suprême de la femme est le mieux être. delà postérité. Pour une femme, une intelligence cultivée, accompagnée d'une mauvaise constitution physique, est de peu de valeur, puisque sa descendance est destinée à s'éteindre dès la première ou la seconde génération. Au contraire, une bonne constitution physique, si pauvres que soient les dons intellectuels qui l'accompagnent, mérite de survivre, car les avantages intellectuels peuvent être indéfiniment développés dans les générations futures. Elevons l'éducation de nos filles aussi haut que possible, le plus haut sera le meilleur; donnons-leur la noblesse du caractère et des idées, mais faisons en sorte qu'il ne s'en suive aucun préjudice pour le corps. Je me permets de signaler, en passant, que nous pourrions peut-être mieux faire en cultivant moins chez elles la mémoire, faculté propre au perroquet, et davantage la faculté humaine : la raison.

D'une manière géiîérale, la dégénérescence ou la disgrâce physiques nuisent davantage au bien-être des femmes que leurs talents intellectuels n'y contribuent. Sacrifier le corps à l'esprit est un moyen détestable pour rendre une fille agréable. Les hommes se soucient moins de l'érudition chez les femmes que de la beauté, du caractère et du bous sens. La perfection corporelle fait tous les jours naître des passions irrésistibles, mais on a rarement vu l'instruction, sans les qualités physiques, exciter de pareils sentiments.

Que faire pour remédiera la sédentarité ? Dès 18S7,

dans la séance du i5 juillet, l'Académie de médecine, officiellement invitée à donner son avis sur la sédentarité dans les écoles, avait formulé, après une discussion animée, une sorte de consultation dont les conclusions tendaient à « soumettre tous les élèves à des exercices quotidiens d'entraînement physique proportionnés à leur âge ». Ce vœu demeura platonique. Car si rien n'est plus simple, apparemment, que d'imposer aux enfants des exercices quotidiens d'entraînement, rien ne semble plus difficile que de diminuer le travail scolaire. Or, on ne peut augmenter le temps consacré à la culture physique sans diminuer celui que Ton consacre aux études. La concurrence intellectuelle est aujourd'hui la forme la plus commune de la lutte pour la viett, si l'élève ne travaille pas cérébralement, il risque d'être dépassé dans la carrière par des rivaux plus soucieux du succès d'un concours que des lois de rh3^giène.

Les remèdes sont connus : diminuer les heures d'étude ; augmenter les heures de récréation et, pendant celles-ci, soumettre les élèves à des exercices physiques et à des jeux attrayants. On ne peut diminuer les heures d'étude sans diminuer les programmes. C'est là un remaniement difficile, mais qui n'est pas au-dessus des possibilités. Les auteurs responsables des programmes sont des spécialistes éminents qui seront les premiers à comprendre la nécessité de diminuer quelque peu l'étendue des matières afin de consacrer plus de temps à l'éducation physique. 11 importera nécessairement que cette éducation physique soit elle-même l'objet d'une organisation, et que les maîtres, aidés de professeurs de culture physique compétents, surveillent eux-mêmes les jeux pour les animer au besoin et en faire rebondir sans cesse l'intérêt.

Je sais, qu'à l'école, les exercices du corps sont obligatoires. Mais une prescription ministérielle de cette nature restera sans effet tant que les exercices physiques n'entreront pas, comme éléments, dans les examens et dans les concours, et tant qu'on ne leur attribuera pas un coefficient assez élevé pour que les élèves

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aient intérêt à s'y rendre habiles. On a cru, et beaucoup le pensent encore, que l'exercice du corps était un dérivatif pour la fatigue de l'esprit. L'exercice physique peut, assurément, remédier à la sédentarité excessive de l'enfant, mais il ne constitue pas sous toutes ses formes un remède applicable au surmenage intellectuel. Il y a même, entre les mesures à prendre pour lutter contre la sédentarité d'une part, et le surmenage intellectuel de l'autre, une sorte d'antagonisme et de contradiction qui rend délicate la solution de ce double problème.

Ce qu'il faut, c'est faire travailler les muscles inactifs des écoliers et, dans le même temps, procurer le repos à leur cerveau.

On choisira donc, comme exercices physiques destinés aux enfants, ceux qui n'obligent pas les facultés intellectuelles à entrer en jeu. On évitera tous ceux dans lesquels le cerveau doit travailler autant que les muscles. Parmi les diverses manières d'exercer le corps, celles qui associent le moins possible l'attention au mouvement auront toutes les préférences des maîtres.

Conséquemment, après une brève série de mouvements éducatifs, destinés à détendre les muscles et à mobiliser les articulations, on aura recours aux jeux divers. On complétera la leçon d'éducation physique par quelques applications telles que : le grimper, les sauts, le lever de petits fardeaux, le lancer. Une condition essentielle, pour que cette leçon soit salutaire à l'enfant, c'est qu'elle l'amuse. Le manque relatif de plaisir a un inconvénient. Il fait abandonner de bonne heure les exercices physiques. Il importe que l'action corporelle soit agréable pour exercer une influence fortifiante. La joie et le plaisir sont, ne l'oublions pas, les plus puissants des toniques. Surtout pour les enfants, les jeux ont une supériorité intrinsèque sur la plupart des mouvements artificiels. L'intérêt que les écoliers, et même les grandes personnes, prennent à l'issue d'une partie engagée, a une grande importance comme stimulant mental de l'activité ph3'sique.

Chez les adultes, les exercices physiques sont utiles

à tous les âges, même au seuil de la vieillesse. Les goutteux, les asthmatiques, les emphysémateux, les obèses, les diabétiques qui, aux envirojis de la soixantaine, guérissent radicalement par simple usage d'une gymnastique appropriée, sont de plus en plus nombreux. Les résultats de l'exercice sont remarquables chez les vieilles gens. Il n'est pas question de guérir les infirmités de la pleine sénilité, mais, de reculer l'époque de la déchéance phj^siologique. En quelques mois, on peut obtenir un rajeunissement remarquable, redresser la taille, supprimer son empâtement, donner au visage le coloris de la bonne santé, rendre aux membres leur souplesse et à la démarche son élasticité, faire renaître le sommeil, l'appétit et les forces.

Les hommes qui ont sagement pratiqué, pendant leur vie, la culture physique, conservent longtemps l'endurance, la verdeur et l'aspect de la maturité. C'est la sédentarité qui achève les vieillards. L'exercice modéré et lent, adapté à leurs faibles forces, en régularisant la désassimilation et en excitant l'assimilation, recule les limites de leur existence. A tout âge, on peut espérer une réforme heureuse d'un organismes encombré de toxines et de poisons.

Le principal obstacle que l'hygiéniste rencontre, quand il conseille la pratique des sports ou du mouvement, pour lutter contre la sédentarité, c'est le manque de volonté. Une inaction prolongée finit par entraîner la disparition du besoin d'exercice. Un moment arrive où l'être qui a vécu trop longtemps inactif a une tendance marquée à rechercher de plus en plus l'inaction.

Dans cet état, la fatigue, sous toutes ses formes, est l'aboutissant du travail. Les organes ne peuvent être tirés de leur torpeur qu'au prix d'un effort pénible de la volonté, les muscles sont engourdis, le cœur, d'habitude inerte, offre une impressionnabilité très .grande aux moindres secousses de l'exercice; le poumon, accoutumé à réduire au minimum ses mouvements, s'essouffle à la course la plus brève. Un obèse, encombré de graisse, libère, au cours du travail musculaire, une quantité

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énorme diacide carbonique et, chez lui, l'essoufflement se produit avec une intensité exagérée.

Ainsi, chez tous les sédentaires, inactifs depuis longtemps, l'exercice, au lieu d'être accompagné d'un sentiment de satisfaction, devient une pénible corvée. L'homme qui s'est déshabitué du travail prévoit qu'une impression désagréable l'attend au sortir de son inertie : il craint la fatigue; dès lors, il se trouve emprisonné dans ce dilemme : ne pas agir, parce que ses organes, gênés par l'accumulation des réserves, lui rendent le travail douloureux, ou accroître encore ses réserves parce qu'il n'agit pas. S'il n'a pas la volonté de vaincre l'inévitable douleur qui accompagne, au début, tout exercice physique, son état ira s'aggravant»-

Certains, ayant obtenu, après quelques" semaines ou après quelques mois, le résultat désiré, reviennent à leur inactivité. Les effets généraux du travail sont seuls capables de modifier et d'entretenir tous les tempéraments dans un sens favorable au jeu régulier des fonôtions et d'assurer la santé. Le mens sana in corpore sano était la- formule de Juvenal et aussi celle des Romains intelligents de son époque. Sa mise en pratique nous procurera toujours cet heureux équilibre physique et moral, hors duquel il n'est, dans la vie, ni joie véritable, ni bonheur durable.

Jadis, lorsque attaquer et se défendre étaient les principaux actes sociaux, on ne cherchait à acquérir que la vigueur corporelle et le courage. Aujourd'hui que le succès, dans la société, sous presque toutes ses formes^ dépend beaucoup plus du pouvoir intellectuel, l'éducation est devenue presque exclusivement intellectuelle. Autrefois, on cultivait le corps au détriment de l'esprit, aujourd'hui nous cultivons l'esprit au détriment du corps.

Cependant, la vérité est à égale distance de ces deux extrêmes, car le physique et le moral sont solidaires-

Le temps est venu de combiner les conceptions anciennes et les conceptions modernes. Le corps et l'esprit ont droit à des soins égaux et la conservation de la santé est vraiment un devoir.

On a pris l'habitude de regarder, comme de purs accidents, les maux occasionnés par la désobéissance aux ordres de la nature et non comme les effets d'une conduite plus ou moins répréhensible. Les inconvénients qui en résultent, soit pour les coupables eux-mêmes, soit pour leur descendance, sont quelquefois aussi graves que ceux que pourrait entraîner un crime, mais on ne se croit cependant criminel à aucun titre. La vérité est que toute infraction aux lois de l'hygiène est une faute morale. Quand on aura admis ce principe, l'éducation physique aura fait un grand pas et la race française ne tardera pas à connaître la noblesse des formes et la grâce des attitudes qu'engendre toujours un mode de vie en rapport avec le développement naturel de l'organisme humain.

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