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CHAPITRE PREMIER

Jamais plus qu'à l'heure actuelle la nécessité ne s'est fait sentir, en France, de donner aux jeunes générations la vigueur corporelle. Au point où est arrivée la race française, si cruellement immolée sur les champs de bataille, il importe qu'un effort soit fait, d'une part, pour lutter contre toutes les causes de diminution et d'affaiblissement du capital humain qui nous reste, d'autre part, pour lui donner la plus grande valeur possible.

Une méthode d'éducation physique vraiment digne de ce nom ne doit pas se borner à envisager une seule période de la vie, à l'exclusion des autres. Tout se tient dans le développement de l'organisme humain. L'adolescence et la jeunesse sont solidaires de l'enfance. L'âge mûr est tel que l'aura fait l'adolescent. Prendre des jeunes hommes de dix-huit à vingt-cinq ans et leur imposer à tous une gymnastique identique est une erreur trop longtemps commise.

L'enfance doit, la première, solliciter les préoccupations des éducateurs. Quand ils connaîtront bien la physiologie de l'enfant, quand ils sauront ce qu'on peut et ce qu'on ne doit pas lui imposer, ils passeront à l'étude de l'adolescence. Après quoi, les jeunes hommes solliciteront leur attention. Enfin, ils étudieront l'âge mûr et mêmeja vieillesse. Ils suivront, en un mot, le développement complet de l'homme et feront découler des besoins propres à chaque âge les règles d'une éducation physique rationnellement instituée. Car, qu'on le veuille

l8 LES GRANDES FONCTIONS

OU non, l'éducation physique est gouvernée par les principes de la physiologie humaine. Faute de quoi, elle obéit aux règles capricieuses d'un empirisme dangereux.

Une méthode d'éducation physique doit être simple et accessible à tous. Elle variera ses procédés et ses moyens selon l'état du développement organique, le sexe et les conditions de vie de chaque sujet, elle s'adaptera enfin aux constitutions les plus différentes.

Ainsi comprise, elle peut représenter un corps de doctrine qui, suivi par la masse du peuple, ne tarderait pas à produire des transformations profondes dans la constitution générale des Français.

Une telle méthode comprend plusieurs groupes d'exercices. Chacun d'eux correspond à une classe de sujets de valeur physiologique déterminée. On distingue :

i'^ L' éducation physique élémentaire (ou prépubertaire), destinée aux enfants de six à treize ans environ ;

2° L'éducation physique secondaire (pubertaire et postpubertaire), s'adressant à des sujets de treize à dix-huit ans ;

3° L' éducation physique supérieure (sportive ou athlétique), s'adressant aux jeunes hommes; ils peuvent en suivre les pratiques jusqu'au déclin de leur force (vers trente-cinq ans) ;

4° L'éducation physique de l'âge mur (après trentecinq ans) ;

5" Les pratiques hygiéniques de la vieillesse.

Ces démarcations sont moins une règle absolue qu'une simple indication destinée à servir de guide aux instructeurs. Il faut moins tenir compte de Vâge-temps que de l'âge physiologique des sujets pour les classer dans le groupe qui leur convient.

I. Éducation physique élémentaire (ou prépubertaire), intéressant les enfants de six à treize ans environ. L'enfant, garçon ou fille, est, pendant cette période, en pleine croissance. Il a, avant tout, besoin d'une vigou-

PLAN D EDUCATION. PHYSIQUE Tg

reuse santé. Aucune adaptation urgente ne s'impose à"" lui. Il ne saurait être notamment question, à cette période de la vie, de développement musculaire. Le squelette, nous le savons, ne commence à acquérir son plein développement qu'à partir de la vingtième année. Avant cet âge, les soudures osseuses sont incomplètes. C'est ainsi que les vertèbres n'ont terminé leur ossification qu'entre vingt et vingt-cinq ans ; les pièces supérieures du sternum entre vingt-cinq et trente ans; Tangle inférieur et le bord spinal de l'omoplate entre vingt-deux et vingt-quatre ans ; l'extrémité supérieure de l'humérus entre vingt et vingt-cinq ans.

Pendant toute la première partie de la vie, jusqu'à la vingtième année, les os sont relativement malléables» De plus, les muscles n'ont pas, pendant toute cette pé-^ riode, de points d'attache aussi solides qu'après la vingtième année.

On évitera donc de soumettre les enfants et les ado^ lescents soit à des manœuvres de force, soit à des exef'cices ayant pour effet de durcir les muscles. Ces derniers^ hypertrophiés par une gymnastique intempestive, peuvent, dans une certaine mesure, en raison de leur développement prématuré en largeur et en épaisseur et par le jeu de leur tonicité propre, trop accrue, s'opposer à l'allongement de là taille.

On n'a pas toujours tenu compte de ces règles physiologiques. C'est ainsi qu'au Congrès de l'Education physique, en iQiS, on nous présenta des enfants qui avaient été prématurément entraînés aux pratiques de l'athlétisme. Leurs prouesses sont demeurées dans la mémoire de tous ceux qui en furent témoins. On les vit accomplir des performances remarquables et le public les applaudit avec enthousiasme. Il applaudissait une erreur physiologique. J'ai revu, à six années de distance, quelques-uns de ces petits prodiges d'athlétisme dont les muscles étaient déjà hypertrophiés. L'allongement de leur taille s'est prématurément arrêté et ils n'ont jamais acquis le développement en hauteur qui permet au corps humain d'acquérir de belles proportions.

Ils sont devenus des « courtauds » taillés en largeur, sans grâce et sans sveltesse.

Avant treize ans, l'éducation physique sera hygiénique. Elle tendra à développer les grandes fonctions : respiratoire, circulatoire, articulaire, etc.. Elle visera à perfectionner la coordination nerveuse. Mais à aucun moment, je le répète, elle ne développera systématiquement les muscles.

De six à treize ans, l'éducation physique fera l'objet de la surveillance constante du médecin. Nos confrères ne vont pas assez fréquemment dans les écoles pour y surveiller l'hygiène d'abord, l'éducation physique ensuite. Le médecin devrait être le collaborateur de l'éducateur, au cours même des leçons.

A cette période de la vie, aucune autre épreuve n'est possible que l'épreuve médicale. C'est le médecin qui catégorisera les enfants de façon que les mêmes leçons ou les mêmes jeux réunissent autant que possible les élèves de même valeur physiologique.

Voici comment on peut résumer le cycle de l'éducation physique élémentaire en ce qui concerne les procédés applicables aux diverses catégories d'enfants :

1° Pour les plus jeunes (six à neuf ans environ) : jeux d'imitation, petits jeux, attitudes éducatives et correctives, rondes, marches chantées.

2° Pour les moyens (de neuf à onze ans environ) : mouvements éducatifs simples, petits jeux d'imitation, marches chantées, natation.

3" Pour les plus grands (de onze à treize ans environ) : comme de neuf à onze, avec adjonction d'applications élémentaires (course, saut, grimper, porter, etc.).

II. Éducation physique secondaire. — Elle s'étend à l'âge pubertaire et postpubertaire (de treize à dix-huit ans). On sait que l'âge moyen de la puberté, est, dans notre race, entre onze et treize ans pour les filles, entre douze et quatorze ans pour les garçons. La puberté met, en moyenne, deux ans à s'installer et ses effets se

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