‹ Physiologie generale de l'education physiqueChapitre 6 sur 47 · PLAN D EDUCATION PHYSIQUE · texte numérisé non relu

PLAN D EDUCATION PHYSIQUE

font encore sentir sur la nutrition pendant trois autres années. De l'éclosion de la puberté à la réalisation de la nubilité, s'écoule donc une période de cinq années, délicate entre toutes, car elle correspond à une transformation organique intense.

A treize et à quatorze ans les tissus encore inachevés continuent leur formation ; ils n'ont pas la fixité de constitution de ceux de l'adulte. Le double mouvement d'assimilation et de désassimilation est extrêmement actif. Les sujets de cet âge sont encore de véritables enfants, au point de vue physiologique. Leur résistance est faible et leur force musculaire est inférieure à celle qu'on pourrait supposer qu'ils ont, en ne considérant que leur taille. La fonction respiratoire est sujette à de grandes variations ; le nombre des respirations est très instable. La fragilité des organes est grande et le contrôle médical de leur fonctionnement s'impose fréquemment aux éducateurs.

Il faut noter que les enfants de cet âge, souvent débilités par la vie confinée qu'on leur fait mener, n'ont pas la notion exacte de leur force et des moyens physiques dont ils disposent réellement. Ils se croient généralement plus résistants qu'ils ne le sont en réalité. Les maîtres d'éducation physique tiendront le plus grand compte de la fragilité de l'organisme à cette période de la vie et ne feront exécuter à leurs élèves aucun exercice de force et de fond. Ils suivront cependant une progression régulière qui sera en rapport avec la capacité physiologique de chaque sujet.

Vers quatorze ou quinze ans, les effets de la puberté apparaissent. La taille s'accroît rapidement, les membres s'allongent, mais les masses musculaires demeurent encore grêles. Les extrémités des os sont le siège d'une vive congestion qui rend les articulations particulièrement fragiles à l'égard des traumatismes. De la pesanteur, des douleurs vagues dans les genoux, les épaules et la région lombaire traduisent cette suractivité de la nutrition au niveau des principales articulations. Le fonctionnement du système nerveux peut être troublé ; le sommeil

*st parfois agité, de l'irritabilité et du nervosisme appa-f raissent.

La fatigue survient promptement. L'intoxication de l'organisme par les déchets, à la suite d'un travail physique un peu intense, s'accuse rapidement par de la fièvre. Il semble que l'adolescent soit, pendant cette période, en état de moindre résistance. Tout effort soutenu l'accable.

Lorsqu'un sujet de cet âge cesse tout à coup, sans raison apparente, de se complaire à ses jeux ou à ses exercices préférés, il ne faut pas l'y contraindre trop vivement. Il obéit souvent, en agissant ainsi, à un instinct qui lui fait proportionner sa dépense physique à ses disponibilités organiques.

Le maître, à cette époque de la vie, a un rôle particulièrement délicat. Ses exigences seront modérées. La collaboration du médecin devra lui être constamment assurée. Il agira sagement en choisissant surtout les exercices et les jeux qui ont les préférences des élèves.

Il les dosera avec une attention particulière et interviendra pour empêcher toute exagération. Bien des jeunes gens et encore plus de parents sont devenus irrémédiablement hostiles à tout exercice physique, et surtout aux sports, parce que des accidents répétés ou graves ont interrompu les études de l'élève ou l'ont même rendu infirme.

Plus tard, de la seizième à la dix-huitième année, les adolescents ont cessé d'être des enfants. Les os ont acquis de la résistance et les muscles se sont soudain développés. Leurs reliefs commencent à se dessiner. La résistance à la fatigue s'accroît. L'adolescent se sent plus vigoureux et recherche instinctivement l'occasion d'employer sa force. Le moment est venu pour l'éducateur de cultiver l'énergie musculaire des élèves et de les orienter peu à peu vers les exercices de fond et de force. Mais il ne faut pas aborder ceux-ci d'emblée et abandonner l'adolescent à la fougue des premières tentatives, toujours passionnantes.

L'organisme ne présente pas encore une résistance

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parfaite et il faut se garder de compromettre l'équilibre physiologique des diverses fonctions. Elles doivent se développer parallèlement. Aucune d'elle ne saurait, à cet âge, prendre la prépondérance sans compromettre la santé générale du sujet.

En graduant sagement les exercices, on favorisera le développement régulier du cœur et des poumons ; on agira de la manière la plus heureuse sur la coordination nerveuse et on suscitera l'esprit de décision.

La réalisation du type complet : type de force, de fond et de vitesse, doit être celui de l'adolescent aux environs de la dix-huitième année. C'est entre la seizième et la dix-huitième année que les exercices éducatifs produisent les effets correctifs les plus efficaces pour combattre les déformations héréditaires ou celles causées par la sédentarité scolaire. A cette époque de la vie, le squelette incomplètement ossifié est encore relativement malléable et les muscles n'ont pas acquis tout leur développement.

Le danger des exagérations en éducation physique, à cette période de la vie, est grand. Ces exercices doivent tendre à un développement harmonieux de tous les organes. Le médecin doit appuyer chaque fois que cela est nécessaire l'action de l'instructeur et, dans les cas délicats, la guider.

J'ai vu des enfants de quatorze et quinze ans courir sur 5oo et 800 mètres. J'étais à l'arrivée : hélas! La plupart étaient exsangues, pâles, sur le point de tomber en syncope; l'un avait 200 pulsations au cœur, l'autre plus de 200. Je sais que le cœur des enfants a une élasticité admirable et qu'il s'adapte à toutes les tâches, mais je sais aussi qu'il ne faudrait pas beaucoup de performances de ce genre, pour amener des dilatations aiguës du cœur, suivies bientôt de troubles graves de la nutrition générale et de l'arrêt de la croissance.

Est-ce là de l'éducation physique bien comprise? Non. Que les enfants courent, sans doute. Mais qu'ils courent seulement dans leurs jeux, toujours coupés de repos;

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qu'ils ne courent jamais sur d'aussi longues distances et en compétition.

La santé et la résistance organique sont les buts principaux que visera le maître d'éducation physique entre la treizième et la dix-septième années. La pratique des exercices physiques sera toujours rendue attrayante afin d'être un dérivatif heureux et le correctif nécessaire au dur labeur intellectuel imposé aux adolescents. Les séances d'éducation physique ne seront pas l'apanage exclusif des mauvais élèves dans les écoles ou les lycées. Elles réuniront tous 1^ adolescents sans exception, tous les jeunes ouvriers au sortir de l'atelier, dans une commune aspiration vers le perfectionnement physiologique. Elles seront peut-être la sauvegarde la plus efficace contre les tentations de toute sorte qui assaillent le jeune homme désœuvré et, à ce point de vue, leur rôle moralisateur pourra être immense.

Pour couronner l'éducation physique secondaire et en sanctionner la pratique, un examen, une sorte de baccalauréat d'éducation physique devra être subi par les adolescents. Il témoignera que les sujets qui auront passé les épreuves avec succès ont atteint un développement normal dans toutes les parties de leur organisme et qu'ils sont aptes à aborder sans danger les pratiques de l'éducation sportive et athlétique.

Ce n'est qu'après avoir obtenu un bel épanouissement organique par les pratiques d'une éducation physique prudemment et rationnellement conduite jusqu'aux environs de la dix-huitième année que l'adolescent pourra, par le fait de dispositions natives, se spécialiser avec succès dans les sports ou dans une branche de l'athlétisme.

C'est une erreur de soumettre aux compétitions sportives et athlétiques des sujets qui n'ont jamais été examinés, des cages thoraciques resserrées, des cœurs déficients, des reins dont on ignore le fonctionnement, des systèmes nerveux dont les réactions sont inconnues. La fatigue ne doit pas être la même pour tous.

L'éducation physique est une question démesure. Les

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procédés doivent être exactement dosés. De plus, il ne faut pas seulement voir le geste, le style, le côté sportif. Il faut voiries effets. De même que, dans tous les arts, il faut considérer non seulement la technique et la science de l'artiste, mais les résultats de la production artistique, de même en éducation physique, il faut s'appliquer à obtenir des exercices les effets que l'on recherche.

III. Éducation sportive ou athlétique. — Elle est le couronnement et la conclusion logique des deux périodes précédentes.

Elle comprend :

i" Des exercices éducatifs ;

2° Les grands jeux sportifs (rugby, association, tennis, etc.) ;

3° Les sports athlétiques (courses de tout genre, boxe, lutte, natation, aviron, lancers divers, lever de poids, exercices aux agrès, etc.).

De même qu'à la fin de la période précédente, au début de celle-ci, l'éducateur recherchera la réalisation dw type d'athlète complet, type fait à la fois de force, de fond et de vitesse. Puis, spontanément, par le fait de prédispositions naturelles ou de tendances individuelles, naîtra presque fatalement la spécialisation.

A partir de ce moment, nous entrons dans le domaine du « sport-theâtre » et nous nous intéressons au succès des professionnels et aux triomphes des grands athlètes. Nous célébrons la supériorité de construction athlétique du recordman, mais non de telle ou telle méthode d'éducation physique. Toutefois, il existe une technique sportive basée, elle aussi, sur la physiologie et que certains athlètes — notamment les Américains — ont beaucoup perfectionnée depuis vingt ans. Parmi les sports, les uns sont, selon l'expression heureuse du docteur Voivenel, à technique minima (la course) et les autres à technique maxima (saut à la perche, lancer du disque). Pour les premiers, l'influence de la constitution de l'athlète joue le principal rôle; pour les seconds, les résultats sont surtout en rapport avec la perfection de la technique.

C'est ainsi que les meilleurs temps de course paraissent avoir été faits il y a quelques années, tandis que nous avons vu les records du saut en hauteur et du lancer du disque s'élever régulièrement.

Quoi qu'il en soit, les meilleures performances ont toujours été accomplies par les hommes les mieux entraînés. On ne fait plus de sport aujourd'hui, n'importe comment. Il faudrait que chacune de nos sociétés eût son maître d'entraînement, tel qu'il existe dans les universités américaines. Trop souvent les membres des sociétés s'entraînent à leur guise et selon leur inspiration. On devrait ouvrir dans chaque club des cours de sport. Ce n'est pas à l'improvisade qu'un Norman Ross nage comme il nage, et gagne, en se jouant, le loo, le 200, le I 5oo mètres, dans le même après-midi. 11 faut travailler, peiner, s'adapter et surtout se discipliner pour obtenir de grands résultats.

Il importe que l'opinion comprenne le rôle immense que l'éducation physique couronnée par les sports et par l'athlétisme peut jouer dans la rénovation de la race française. Les compétitions sportives représentent peutêtre le moyen le plus efficace que nous ayons de lutter, dans le milieu des adolescents, contre l'alcoolisme et la tuberculose. L'influence bienfaisante des grands sports est considérable. Ils ont, en un siècle, embelli et transformé la race anglaise. Quand on lit Mister Pickwick et quand on parcourt les estampes et les caricatures du temps, on y voit de bons bourgeois débonnaires et pansus fumant leur pipe et dévorant leur « beefsteack » et on a peine à croire que ce soient là les arrière-grands-pères des sveltes soldats de Douglas Haig. L'Anglais a complètement changé son état anatomique, le canon de son corps, par les sports.

IV, Éducation physique de l'âge mur. — Après trente-cinq ou quarante ans, âge auquel les pratiques de l'athlétisme deviennent pénibles ou même dangereuses pour certaines constitutions, les exercices physiques demeurent utiles. Ils le sont encore au seuil de la vieil-

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