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INFLUENCE GÉNÉRALE DE L'EXERCICE SUR LES GRANDES FONCTIONS

Le cadre de cet ouvrage ne me permet pas d'étudier en détail les effets produits sur chacune des grandes fonctions organiques par les exercices habituellement usités. Ce thème suffirait à fournir la matière de plusieurs volumes. Je me propose d'esquisser à grands traits l'action générale des exercices sur la nutrition et sur les principaux viscères.

Cet aperçu d'ensemble aura surtout pour but de rendre compréhensibles les modifications fondamentales que l'exercice peut produire sur la santé. On ne trouvera ici que les lignes maîtresses d'un tout. Mais, avec les indications délibérément sommaires que j'apporte, il sera facile de compléter l'ensemble et d'en tirer les déductions pratiques qui, seules, comptent et demeurent comme la substantifique moelle de toute espèce d'enseignement.

Le premier des effets de l'exercice physique est de faire apparaître et de renforcer l'état de solidarité et d'association dans lequel se trouvent placées toutes les parties du corps. Le moindre mouvement met en jeu un grand nombre de rouages. Considérons le geste qui consiste à saisir un objet sur une table. Les doigts sont mus par les muscles de l'avant-bras. Mais l'avant-bras prend point d'appui sur le bras qui doit nécessairement être fixé. Le bras lui-même s'immobilise sur l'épaule, et l'épaule sur la colonne vertébrale et le thorax. Or, la colonne vertébrale et le thorax sont supportés par les os du bassin et ceux-ci par les membres inférieurs, de sorte

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qu'en définitive, tous les muscles s'associent obligatoirement à un simple mouvement de la main.

Le boxeur tire de ses jambes une part importante de la force qui paraît venir de ses bras. Son coup de poing doit être appuyé par tout le corps. Son effort commence dans le jarret qui se contracte et se met en extension ; il gagne la cuisse dont les muscles assurent solidement les os du bassin au contact des membres inférieurs ; les muscles du bassin prenant appui sur la ceinture pelvienne ainsi immobilisée se tendent violemment entre elle et le thorax et donnent à celui-ci une rigidité extraordinaire ; alors seulement les muscles de l'épaule peuvent y prendre un solide appui pour lancer en avant la main fermée, La musculature tout entière contribue donc à donner un coup de poing.

Ces exemples nous font comprendre qu'un mouvement déterminé a son retentissement loin du point où il semble localisé. Aussi, observons-nous fréquemment que certains exercices produisent parfois des effets marqués sur une région du corps où on ne songe pas à les constater.

Il n'est pas de mouvements isolés ; un membre aide l'autre ; une partie du corps peut aider ou entraver le jeu des membres. C'est pourquoi tous les exercices demandent, pour être exécutés avec souplesse et facilité, un certain apprentissage.

Un même mouvement ne comporte pas seulement l'association d'un grand nombre de muscles et d'os. 11 fait directement concourir au travail musculaire deux grandes fonctions de l'économie : Ja respiration et la circulation. Ceci est surtout évident toutes les fois qu'il y a effort. Alors, les voies aériennes se ferment et le cours du sang est momentanémeni troublé.

Regardons un athlète qui se prépare à soulever de lourds haltères. On voit la contraction musculaire, partie de l'avant-bras, gagner le bras, puis l'épaule, s'étendre au cou, à la poitrine et à l'abdomen. Les côtes devenues momentanément immobiles offrent un point d'appui fixe à tous les muscles qui s'y attachent, et en particulier aux

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grandes masses musculaires qui meuvent les bras, la colonne vertébrale et le bassin. La respiration est suspendue, la face se congestionne, les veines du front et du cou se gonflent et font saillie. Pendant ce temps, les muscles entrent énergiquement en jeu et les haltères sont soulevés.

Aussitôt cet acte accompli, les petits muscles du larynx, clef de tout effort, se détendent ; l'air contenu sous pression dans la poitrine s'échappe, en produisant une sorte de soupir bruyant; le thorax s'affaisse; les points d'appui perdent leur fixité et l'effort cesse.

Ainsi, l'acte de soulever des haltères n'est possible que si un grand volume d'air estretenu dans les poumons sur lesquels s'immobilisent les côtes, seul point d'appui fixe que puissent trouver les membres supérieurs.

Dans le même temps, les gros vaisseaux (veines et artères) contenus dans la poitrine et dans l'abdomen subissent aussi l'influence de l'effort ; le calibre de l'aorte est momentanément diminué ou peut-être effacé, et les battements du cœur ont même pu être suspendus pendant un très court instant. L'effort associe les grandes fonctions de l'organisme aux actes musculaires les plus localisés. On ne peut fixer un os des membres sans que tous les os composant le tronc soient préalablement immobilisés. On ne peut exécuter un acte musculaire énergique sans que les fonctions respiratoire et circulatoire n'en éprouvent le contre-coup.

Retenons donc comme première conclusion, que les exercices physiques ont, entre autres résultats, celui de mettre en évidence et en action les liens qui unissent entre elles les grandes fonctions organiques.

Recherchons maintenant les modifications apportées dans l'économie à la nutrition générale par la pratique des exercices physiques. On constate, dans les gymnases, que les tempéraments les plus divers et les constitutions jes plus opposées ont une tendance à être ramenés à un

même type. L'homme replet maigrit ; l'homme grêle engraisse ; le congestif perd peu à peu le teint violacé qui annonce la pléthore des vaisseaux et la gêne de la circulation sanguine ; le sujet pâle gagne, au contraire, des couleurs plus vives. Les exercices tendent à imprimer à ceux qui s' y adonnent un cachet identique parce qu'ils produisent sur l'organisme deux efîets inverses, mais concourant au même résultat. D'une part, ils augmentent le mouvement d'assimilation par lequel le corps acquiert des tissus nouveaux ; d'autre part, ils accélèrent le mouvement de dés as similation^ qui a pour résultat de détruire certains matériaux.

Le premier résultat de l'activité physique est, nous le verrons plus loin, d'activer considérablement la respiration. L'oxygène qui entre par les poumons remplace celui qui est employé aux combustions internes, de telle manière que le résultat final d'un exercice bien réglé ne se solde point par un déficit mais par un excédent d'oxygène que le sang est chargé de fixer.

Au début de tout exercice violent, le sang est d'abord surchargé d'acide carbonique, mais par la suite, il se trouve saturé d'oxygène. En effet, un homme qui vient d'exécuter un travail musculaire assez important pour influencer la respiration présente d'abord de l'essoufflement dû à la production en excès d'acide carbonique. Ce gaz, né de la combustion des matières de réserve particulièrement active pendant l'exercice, excite, par l'intermédiaire du sang, dans lequel il est dissous, le centre nerveux respiratoire, au niveau du bulbe rachidien. Celui-ci réagit à cette excitation eu accélérant les contractions des muscles inspirateurs et en provoquant l'essoufflement. Plus tard, après des semaines d'entraînement ou d'exercice, ce même sujet présentera au contraire un ralentissement remarquable des mouvements respiratoires. C'est qu'alors l'oxygène absorbé sera en quantité suffisante pour les besoins de féconomie, et que la commande du bulbe rachidien, qui ne provoque l'essoufflement que par besoin d'oxygène, n'aura plus de raison d'être aussi impérieuse.

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Un homme qui prend de l'exercice fait donc provision d'oxygène. Ce gaz s'emmagasine au sein des éléments anatomiques, il pénètre dans l'intimité même des tissus vivants. Il s'attache surtout aux globules du sang dont il rend la couleur plus rutilante.

Que se passe-t-il dans un organisme irrigué par un sang très oxygéné ? Il y a longtemps que les physiologistes nous ont informés sur ce point. Les expériences célèbres de Cl. Bernard et de Brown-Sequard répétées depuis, avec des résultats toujours concordants, ont démontré que le sang oxygéné, artificiellement injecté dans divers organes, activait les sécrétions des glandes, faisait reparaître la contractilité des libres musculaires fatiguées et ramenait même la vie dans les cellules cérébrales d'un animal décapité.

Sous l'influence d'un sang oxygéné, toutes les glandes, notamment celles des organes de la digestion, sécrètent donc plus activement, et les sucs nécessaires à l'élaboration des aliments sont produits en abondance. La tunique musculaire de l'intestin accomplit avec plus d'énergie ses mouvements péristaltiques si nécessaires pour régler le cours du contenu intestinal et s'opposer aux inconvénients de la constipation. Les villosités absorbantes qui tapissent la muqueuse de l'intestin attirent à elles, par un mouvement d'endosmose plus puissant, les particules nutritives élaborées dans le tube digestif. Le foie sécrète d'une manière plus copieuse et remplit mieux son rôle antitoxique et digestif. Le pancréas met en liberté des ferments plus actifs : ainsi l'acquisition d'une provision supplémentaire d'oxygène entraîne une plus grande perfection du mouvement général d'assimilation et provoque, par conséquent, l'accroissement du volume du corps.

L'exercice produit donc des effets salutaires chez des sujets qui assùnilent trop peu, chez les personnes maigres et pâles dont aucun organe ne présente de lésion en état d'évolution. Il les fait augmenter de poids.

Comment expliquer que l'exercice soit également favorable aux sujets qui ne désassimilent pas assez, aux

tempéraments pléthoriques, aux personnes grasses et obèses et qu'il les fasse diminuer de poids? Chez ces dernières, certains matériaux qui sont les tissus de réserve — la graisse notamment — s'accumulent au milieu des autres tissus vivants ; ils surchargent les organes et en gênent le fonctionnement. Il est nécessaire, pour l'équilibre parfait de la santé, que les matériaux de réserve soient utilisés et usés au fur et à mesure de leur formation. Certaines maladies n'ont pas d'autre cause que l'accumulation en excès des tissus de réserve. 'C'est le défaut de désassimilation delà graisse qui, dans beaucoup de cas, — pas dans tous — car les organes â sécrétion interne jouent aussi un grand rôle dans la nutrition — produit l'obésité. C'est l'insuffisance de combustion des tissus azotés qui contribue à produire la goutte.

La vie, au sens phj'siologique de ce mot, se réduit à des combustions incessantes et à des combinaisons chimiques pour lesquelles, la présence de l'oxygène est indispensable. Cette chimie de la matière vivante a lieu non point dans les seuls poumons, comme le croyait Lavoisier, mais dans l'intimité des tissus et de tous les organes où l'oxygène est apporté par le sang.

La source de presque tout le travail musculaire mis en œuvre par l'exercice est la combustion des matières hydrocarbonées telles que les graisses et les sucres, et aussi, mais pour une faible part, des substances azotées contenues dans les muscles. L'ox3'-gène introduit dans l'organisme par la respiration préside à toutes les combinaisons chimiques, notamment aux oxydations que nécessitent les diverses manifestations de la vie. L'acide carbonique est l'aboutissant de i'ox3'dation complète des tissus hj^drocarbonés (sucres et graisses). L'urée est le dernier terme des oxj-dations des substances azotées (albumine, chair musculaire, etc.)

Tout exercice physique accélère les combustions par l'introduction dans l'économie d'une plus grande quantité d'oxygène. Ces combustions font peu à peu disparaître les tissus qui les alimentent, c'est-à-dire les graisses, les

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su'jres et quelque peu du tissu musculaire lui-même. Elles les transforment et les dénaturent comme fait là flamme d'un foyer du charbon et du bois qu'elle consume. Le bois et le charbon, en brûlant, donnent naissance à des produits de décomposition, à des cendres, à des goudrons qu'on peut retrouver dans le foyer éteint ou dans la suie de la cheminée. De même l'organisme, att cours de l'exercice, élimine par les reins, par la peau, par l'intestin, par les poumons, des produits de désassimilation qui sont les résidus d 2 la combustion des tissus de réserve.

Ainsi, l'exercice apparaît comme le véritable régulateur de la nutrition. Il agit de deux manières : par l'accroissement des acquisitions et par l'accroissement de» dépenses. Un exercice physique bien compris, est celui qui, chez un sujet^.. bien portant, équilibre ces deux résultats opposés ; c'est aussi celui qui provoque soit l'augmentation,^ soit la diminution du poids du corps, selon le but qu'on se propose d'atteindre. Car le travail peut aboutir suivant les modes de son application à des résultats diamétralement opposés. C'est ainsi que le même exercice exécuté avec des vitesses différentes peut faire augmenter ou diminuer le poids d'un athlète. Effectuez chaque jour , pendant un mois, une marche de i a kilomètres , vous aurez beaucoup de chances de voir augmenter votre poids. Parcourez quotidiennement cette même distance à un train de course : au bout d'un mois, vous aurez; maigri. La vitesse de l'allure aura changé complètement les résultats du travail musculaire.

Étudions maintenant les effets produits par l'exercice sur certains organes considérés isolément et commençons par les poumons. Le travail musculaire modifie toujours lé rythme et l'ampleur des mouvements respitoires en deliors de toute participation directe des muscles thoraciques ou du diaphragme au travail produit. C'est

par effet réflexe qu'est indirectement ressentie l'action de l'exercice sur les poumons.

L'acide carbonique libéré par les combustions profondes, suractivées pendant le travail musculaire, excite électivement le centre respiratoire du bulbe. Plus l'exercice est vif, plus il y a d'acide carbonique dans le sang et plus les mouvements de la respiration se précipitent. L'essoufflement ainsi produit a pour premier effet d'éliminer activement par les poumons l'acide carbonique formé et pour second effet d'assurer un ravitaillement plus abondant de l'organisme en oxygène.

L'excitation produite par l'acide carbonique du sang sur le bulbe rachidien n'est pas consciente, mais elle se traduit par un besoin impérieux, le besoin de respirer, et par la mise en mouvement réflexe de tous les muscles respiratoires. Les contractions de ces derniers sont automatiques. Toutefois, la volonté peut, dans une certainemesure, intervenir pour en modifier le rythme. En principe, l'accélération de la respiration se proportionne à la violence de l'excitation reçue par le bulbe, par conséquent à la quantité d'acide carbonique libéré et à l'intensité de l'exercice. Que celui-ci soit modéré, les mouvements du thorax deviennent plus amples et plus fréquents ; ils introduisent plus d'air dans les poumons et en éliminent plus d'acide carbonique. Mais que l'exercice soit très violent, que le besoin de respirer s'exagère, que les mouvements respiratoires se précipitent au delà d'une certaine limite, l'acide carbonique n'a plus le temps de traverser les alvéoles pulmonaires, l'oxygène n'a plus le temps d'être fixé par les globules rouges, le mouvement d'expiration rejette de la poitrine un air presque semblable à celui qui y est entré et la syncope respiratoire peut survenir.

Les athlètes arrivent, par l'habitude et par l'éducation, à exercer volontairement une certaine domination sur l'acte réflexe de la respiration. Ils refrènent la commande nerveuse qui pousse les muscles respiratoires à accélérer outre mesure leurs contractions. C'est là le secret de la résistance à l'essoufflement qu'acquièrent notamment

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les coureurs bien entraînés. Ils règlent le jeu de leurs poumons et les empêchent de céder à cette sorte d'affolement sous l'empire duquel la poitrine haletante ne fait plus qu'ébaucher l'acte respiratoire.

Mais, quelle que soit la puissance respiratoire d'un sujet, un exercice qui utilise immédiatement et sans ménagement toute la force des muscles du corps peut jeter dans le sang en quelques secondes plus d'acide carbonique que les poumons n'en peuvent éliminer, et provoquer avec une rapidité surprenante un essoufflement extrême.

Au contraire, lorsque dans un exercice de durée, tel que la course de fond, on veut éviter de s'essouffler, il faut se ménager au départ, ne pas donner du premier coup tout l'effort dont on est capable, proportionne^- le travail musculaire au pouvoir éliminateur des poumons, adopter en un mot le train dont on ne peut sortir sous peine d'être obligé d'abandonner.

Un exercice modéré a pour effet d'accroître la capacité pulmonaire. Les mensurations au spiromètre en font foi. Ce ne sont pas, comme on pourrait le croire, les exercices exécutes par les membres supérieurs, qui sont les plus aptes à produire ce résultat. Il est obtenu, soit en augmentant volontairement par les mouvements de la gymnastique respiratoire tous les diamètres du thorax, soit plus efficacement encore, en faisant fonctionner simultanément un grand nombre de muscles. Les exercices qui s'accompagnent d'un travail musculaire considérable sont les plus propres à augmenter le volume du thorax, en provoquant un fonctionnement suractif des muscles respiratoires (inspirateurs et expirateurs). Nous savons que cette accumulation de travail se rencontre surtout dans les exercices de force et de vitesse. Ceux-ci seront donc les exercices de choix chaque fois qu'on voudra développer la poitrine. Peu importe le procédé par lequel la force musculaire sera dépensée, pourvu qu'il s'en dépense beaucoup en peu de temps. Comme les exercices qui se pratiquent avec les jambes représentent une plus grande somme de travail que ceux qui se pratiquent avec les

bras, on donnera la préférence aux premiers. En fait, aucun exercice ne développe aussi rapidement la poitrine que la course, si ce n'est la lutte. La gymnastique respiratoire en chambre peut également amener une certaine ampliation thoracique, mais elle est incomparablement moins efficace que les deux moyens précédents. On a demandé longtemps aux engins de suspension ou de soutien le développement de la poitrine. Mais le trapèze, les anneaux, les barres parallèles activent moins la respiration que la course. Ils font grossir les muscles, mais n'augmentent que faiblement les diamètres antéropostérieur et transversal de la poitrine.

Les jambes, trois fois plus musclées que les bras, fournissent un travail triple de ceux-ci. Elles sont donc plus capables que les bras d'éveiller le besoin de respirer qui est proportionnel à la quantité de force dépensée et d'acide carbonique libéré. Le docteur F. Lagrange écrivait : « Quand un jeune sujet a la poitrine étroite et les côtes rentrées, recommandez l'exercice de la course si c'est un garçon, ou le saut à la corde si c'est une fille. »

Passons à l'influence de l'exercice sur le cœur et sur la circulation.

L'accélération du cours du sang pendant l' exercice est un fait constant. Si l'on adapte à l'artère nourricière du muscle masseter d'un cheval un appareil compteur du débit et de la vitesse du sang, on observe une accélération manifeste du courant et un accroissement du débit lorsque l'animal provoque des contractions de ce muscle, pour mâcher l'avoine par exemple. Le sang afflue vers l'organe en travail ; il y circule en plus grande abondance.

Mais la région vasculaire qui fournit le sang au masseter n'est pas seule le siège des modifications constatées. Bientôt, de proche en proche, l'accélération du cours du sang se manifeste dans les gros vaisseaux du cou, dans

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le cœur, puis dans tout Tarbre circulatoire. De sorte que les mouvemeuts cependant limités de la mastication provoquent, en fin de compte, une accélération du pouls. Supposons, qu'au lieu d'un simple muscle, ce soit un groupe musculaire qui se contracte et travaille, nous comprendrons sans peine que le retentissement exercé sur le cours du sang par un travail intense soit encore plus effectif et se traduise par des effets plus apparents.

Une sorte d'aspiration du sang a lieu vers les muscles qui se contractent. Pendant les périodes d'activité, ils attirent à eux une plus grande quantité de liquide nourricier qu'à l'état de repos. Il s'agit bien d'une véritable aspiration, car le manomètre, mis en communication avec l'artère d'un muscle en travail accuse, ainsi que l'a démontré Chauveau, une diminution de la tension sanguine.

En outre, les muscles gonflés par la contraction exercent une pression sur les veines et les vaisseaux capillaires et tendent à en expulser le contenu. C'est là un autre facteur, en vérité accessoire, de l'accélération du courant sanguin pendant le travail.

Les exercices physiques ont ainsi pour effet d'activer la circulation dans tous les organes et tous les tissus du corps. Mais nous savons que la nutrition d'un organe est en proportion de la quantité de sang et d'oxygène qui s'y porte. L'utilité des exercices et du mouvement trouve donc une nouvelle confirmation dans les faits qui précèdent.

L'impulsion plus active donnée au cours du sang par les muscles en travail se fait sentir jusqu'au cœur, de même que la pression exercée sur un tube en caoutchouc plein d'eau se transmet jusqu'au réservoir avec lequel ce tube communique. Le cœur réagit toujours à l'action de l'exercice. Celui-ci est-il modéré, il augmente la force de l'organe dont la substance contractile s'accroît à la longue. L'exercice est-il violent, les battements du cœur commandés par un appareil nerveux complexe, sensible, lui aussi, à l'excitation de l'acide carbonique, se pré- -cipitent. Tant que le travail est modéré, le cœur donne

au sang une impulsion plus énergique qi^'à l'état de repos. Mais si l'exercice se prolonge et dépasse les forces du sujet, s'il est poussé jusqu'au surmenage, la tension artérielle baisse rapidement. Elle peut même s'effondrer tout à coup et cet affaissement coïncide généralement avec une syncope. La fréquence des battements est accrue par l'exercice ; elle est doublée et même triplée dans certains cas ; la répétition des systoles cardiaques accroît considérablement la tâche de l'organe dont les temps de repos sont réduits de moitié ou des deux tiers. (Voir le travail du cœur au chapitre de la Circulation.)

Lorsque le travail est violent, le sang surchargé d'acide carbonique agit sur le muscle cardiaque de la même manière que sur les autres muscles, en diminuant sa contractilité. On sait que si on injecte de l'acide carbonique dans un muscle, on le paralyse. Si le sang qui. baigne les cavités du cœur ou circule dans ses parois arrive à renfermer une quantité excessive d'acide carbonique, l'inertie du myocarde peut survenir. Elle s'ajoute à l'essoufflement intense qui, nous le savons maintenant, reconnaît la même cause. C'est ainsi que se prépare la syncope soit par arrêt du cœur, soit par arrêt de la respiration, soit par la suspension simultanée des deux fonctions.

L'exercice ne doit jamais provoquer le surmenage cardiaque, mais seulement une accélération moyenne du pouls sans sensation d'angoisse. Quand le pouls atteint 140 pulsations, au cours d'un exercice un peu prolongé, il faut le suspendre. En se maintenant dans les limites de 80 à 140 pulsations par minute, on provoque une accélération qui témoigne d'une congestion active des organes et qui correspond à la phase réellement utile des exercices physiques.

Abordons maintenant les effets produits par l'exercice sur les muscles et sur l'attitude générale du corps. On sait que, sous l'influence du travail, le tissu musculaire aug-

mente de volume et, en même temps, change de structure. Il perd la graisse qui infiltre ses fibres, tandis que ses éléments propres, dont la densité est plus grande que celle des autres tissus, donnent à toute la région qui travaille une fermeté -caractéristique. La graisse sous-cutanée est brûlée au cours des oxydations que l'exercice suractive, en même temps que celle qui infiltrait le musclelui-même. La peau et letissu cellulaire s'appliquent alors directement sur les masses musculaires dont les formes et les- saillies apparaissent en relief .

Les muscles utilisent d'abord pour leur combustion les matériaux placés à leur portée. C'est pour cette raison que les graisses qui les entourent disparaissent les premières.

L'accroissement de leur volume s'explique, d'autre part, aisément. La contraction y attire une plus grande quantité de sang. Cet afflux est cause d'une nutrition plus intense par suite de l'abondance des matériaux qui baignent la fibre musculaire et mettent à sa portée plus d'éléments nutritifs.

Ainsi l'exercice, outre qu'il produit sur la nutrition générale les effets utiles que nous connaissons, commence par modifier localement la structure de la région qui est plus particulièrement exercée. De là l'importance, au point de vue esthétique, de faire travailler également toutes les parties du corps, si l'on veut éviter de produire dans l'aspect extérieur des inégalités choquantes.

La fibre musculaire acquiert par l'exercice une augmentation de sa propriété contractile et répond plus vigoureusement aux ordres de la volonté, aussi bien qu'aux excitations du courant électrique. A volume égal, un muscle habitué à se contracter est plus fort qu'un muscle demeuré longtemps inactif. L'augmentation de la force générale est l'un des changements matériels les plus tangibles survenus dans le corps humain à la suite d'un travail assidu.

Enfin, l'exercice, en éduquant les muscles, produit une économie de force dans tous les mouvements. Toute contraction musculaire, chez un homme bien exercé, a

"UH effet utile. Chez l'homme inhabile, beaucoup de muscles sont paralysés par l'intervention maladroite des muscles antagonistes. Un tel sujet tâtonne souvent pour effectuer le geste voulu. L'exercice perfectionne le mouvement en en confiant l'exécution aux groupes musculaires les plus aptes à l'exécuter.

L'exercice physique perfectionne aussi l'attitude générale du corps. De tout temps, les médecins l'ont utilisé, au point de vue orthopédique, pour redresser les déviations de la taille. La plupart des cures de la gymnastique « suédoise » furent dues à une méthode qui consistait à suspendre le malade par les poignets où à le soutenir sous les bras, le corps restant passivement abandonné à la pesanteur qui ramenait peu à peu à la direction rectiligne la colonne vertébrale déviée.

Il faut prendre garde que les exercices ne provoquent aucune déformation du corps. Ceux qui déterminent le fonctionnement prédominant des muscles d'un seul côté, l'escrime, par exemple, engendrent fréquemment des scolioses, car les vertèbres sont peu à peu attirées du côté où les muscles ont acquis un développement prépondérant. Si les muscles fléchisseurs du tronc agissent plus que les extenseurs, ils tendent à se raccourcir, et la colonne vertébrale s'infléchit en avant, provoquant une "voussure disgracieuse du dos. Les déformations de la colonne vertébrale sont l'écueil de la gymnastique. Autant les exercices du corps sont utiles pour redresser les déviations de la taille quand ils sont utilisés avec discernement, autant ils sont capables de les créer quand on les applique sans méthode.

Les exercices qui exigent l'action parfaitement harmonique des muscles extenseurs et fléchisseurs des vertèbres donnent toujours à la taille une rectitude parfaite. Ceux qui demandent de l'équilibre et tendent sans cesse à mettre la colonne vertébrale dans une position de rectitude donnent au plus haut point la grâce de la tournure. Les danseurs de corde, les jongleurs équilibristes, les hommes caoutchouc ont généralement une taille harmonieuse.

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Il n'est pas de meilleur exercice orthopédique pour rectifier l'attitude vicieuse d'un enfant, que le port en équilibre, sur la tête, de fardeaux légers, lorsque, bien entendu, la déviation est imputable à une inégalité ou à une insuffisance de développement des muscles dorsaux.

J'arrive enfin à l'influence de l'exercice sur le système nerveux. Cerveau, moelle épinière et nerfs participent aux changements du corps humain quand celui-ci est transformé par l'exercice. Les modifications des cellules motrices de l'écorce cérébrale, sous l'influence du travail musculaire sont certaines quoique encore mal connues. Il est aujourd'hui démontré que certaines fonctions du cerveau qui président au mouvement volontaire se développent par l'exercice musculaire, comme certaines autres parties de cet organe, chargées d'exécuter les opérations de l'esprit, se développent par le travail intellectuel. Inversement, chez les sujets privés depuis longtemps du membre supérieur, par exemple, à la suite de la désarticulation de l'épaule, on constate une atrophie localisée aux parties du cerveau qui répondent au centre moteur du membre supérieur. Ainsi, la suppression du bras est suivie de l'atrophie de la région cétébrale d'où partent d'habitude les ordres qui parviennent à ce membre.

La fameuse loi toujours vérifiée : la fonction fait l'organe est aussi vraie pour les éléments nerveux que pour les autres tissus de l'économie. Les modifications matérielles subies par le cerveau, sous l'influence des exercices physiques, s'étendent à la moelle épinière et aux nerfs.

La moelle épinière garde la mémoire des mouvements souvent répétés. Chez un animal privé de cerveau, des actes musculaires compliqués, tels que la marche, dans lesquel-s la conscience n'intervient pas d'ordinaire, s'exécutent automatiquement. La mémoire de la moelle épinière permet seule l'exécution de certains mouvements demandant une coordination rapide. L'automatisme ner-

veux s'acquiert par l'exercice quotidien. Que de parades, en escrime, par exemple, sont automatiques et se font avec une vitesse telle que le cerveau n'aurait pas le temps d'en coordonner à temps tous les mouvements. L'exécution répétée d'un exercice paraît donc imprimer dans les tissus nerveux des modifications persistantes.

Le nerf moteur est l'organe qui conduit aux muscles les ordres de la volonté. Les excitations qu'il reçoit s'amplifient en suivant ses fibres à la manière d'une avalanche, ainsi que l'a établi le physiologiste Pfliiger. Le nerf est un appareil de renforcement en même temps qu'un organe conducteur. La vitesse de l'influx nerveux est constante pour un nerf donné, le professeur Lapicque l'a démontré ; mais son pouvoir amplifiant augmente par l'exercice, de sorte qu'une commande modérée fréquemment répétée fait, à la longue, contracter le muscle correspondant avec une énergie plus grande. Le dynamomètre en témoigne chaque fois qu'un homme à l'entraînement est l'objet d'un examen physiologique attentif.

Un exercice physique modéré favorise le travail du cerveau par la congestion active qu'il provoque à son niveau comme dans les autres organes. Les péripatéticiens discutaient en marchant et semblaient trouver plus facilement leurs arguments quand le corps était échauffé par la promenade.

Un exercice violent peut porter à un très haut degré l'excitation du cerveau qui se traduit dans ce cas par des actes analogues à ceux de l'ivresse et même de la folie. C'est ainsi que les danses prolongées des sauvages et les contorsions des derviches tourneurs amènent, sans le secours d'aucun excitant, une surexcitation violente. Chez tout le monde, l'exercice produit, au début, une excitation légère, une sorte d'entrain et d'euphorie qui traduisent la suractivité fonctionnelle de toute l'économie.

Certains exercices, tels que le jeu de l'épée, du bâton, de la boxe, qui exigent, quand ils sont noblement pratiqués, un travail énorme de coordination latente, entraînent une dépense nerveuse extraordinaire. Les bons tireurs cherchent avant tout « V à-propos » du coup;

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ils ne font pas de mouvements violents ; leur jeu est sobre ; ils observent plus qu'ils n'agissent. Et pourtant, la fatigue qu'ils ressentent par suite de leur immobilité attentive est énorme ; elle semble hors de proportion avec le travail musculaire ejEïectué. C'est qu'en escrime, la dépense est surtout nerveuse, car cet exercice consiste moins dans l'exécution des actes musculaires que dans leur préparation.

En résumé, la pratique des exercices, d'une manière générale, perfectionne la faculté de coordination que possèdent les centres nerveux. Il en résulte une économie dans la dépense de force et une meilleure réglementation du travail des muscles auxquels il n'est demandé que la part exacte qui doit revenir à chacun d'eux dans l'exercice. Les contractions inutiles sont supprimées.

Ceci s'applique au mouvement musculaire. Dans l'ordre des phénomènes psychiques, la volonté, faculté qui ordonne aux muscles d'agir et leur fournit l'excitation indispensable à leur entrée en jeu, se développe aussi et se perfectionne par l'exercice. Un homme qui, chaque jour, sans tenir compte de la fatigue, soutient des efforts musculaires énergiques, acquiert une aptitude plus grande à vouloir et ses dispositions morales s'en ressentent généralement en bien.

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