DE LA MORT. SU
conduits à admettre des forces plastiques séminales préexistantes. On voit qu'enfin de compte les différences s'amoindrissent sensi* blement entre ces deux théories si fougueuses dans leur opposition. L'une veut des germes invisibles préexistants, l'autre des forces séminales préexistantes; la première veut que les germes soient formés préexistant avec leur matière et leur activité; la seconde admet que l'activité préexistant seule engendre le germe.
En fait, le débat n'est pas autre entre ces deux théories, que celui qui s'était élevé autrefois entre saint Basile et saint Augustin, à propos de ce texte de la Genèse : a Germinet terra herbam vtreutem » et facientem seraen. — Producant aquae reptile animae viventis, » et volatile super terram sub firmamento cœli. — Producat terra » animam viventem in génère suo, jumenla et reptilia, et bestias » lerraesecundum species suas. » Saint Basile, dans son Hexameron^ soutenait que les plantes et les animaux avaient été produits in actu^ en acte. Saint Augustin soutenait, au contraire, qu'ils avaient été seulement produits causaliter vel poientialiier; de sorte que leurs vefius séminalesy déposées dans la terre, n'avaient pas toutes éclos à la fois, qu'elles avaient germé successivement, et que par elles se faisaient ainsi des générations spontanées successii)es dans la suite des siècles. Saint Thomas avait appuyé l'opinion de saint Augustin {Summ. theoL, V" part., q. G9,art. 2), dont M. Pouchet s'autorise formellement {Hétérog.^ p. 103). C'est ce qu'on appelle le débat des générations successives.
Hais ce débat nous semble intervenir aussi malheureusement que possible dans notre question. 11 s'est élevé à propos des êtres créés ^ et nous ne nous occupons que des êtres putrides : la différence est considérable. 11 faut bien voir qu'avant de faire hitervenir la question des générations successives, il faut d'abord démontrer que les êtres putrides sont des êtî^es crées. S'ils sont bien, comme nous le soutenons, des êtres de transformation, non de création, le débat entre saint Basile et saint Augustin n'a que faire ici, il faut le laisser à la cosmogonie.
IF. Comprenons bien ce qu'est la nature des générations putrides^ la base du vrai débat, trop souvent oubliée.
Par leur hiérarchie, elles sont une nature mauvaise; car, comme le dit si justement saint Denys, la nature des choses se dévoile dans leur hiérarchie. Ces productions sont issues et comme engendrées de la mort, et sont par cela môme postérieures à la création. Dans sa nature, la mort est forcément un fait second et postérieur à une création ; et ce qui en est issu est par cela même postérieur à l'ori-
FRÉDAULT. 54
850 DB Lk VIE ET DE LA MORT.
gine des êtres. Ce serait outr&-passer les règles du plus simple bon sens métaphysique, que de mettre sur la même ligne des productions créées et des productions issues de la mort.
Il faut aussi remarquer que ces générations putrides sont attachées à la matière même qui les produit, de sorte qu'elles ne peuvent être détachées de leur générateur sans périr. Au contraire, les êtres créés j)e vivent réellement qu'en dehors de leur générateur. Dans un cas, c'est une nature réelle, indépendante ; dans l'autre, c'est une nature dépendante, entièrement subordonnée, non réelle en soL
C'est ce qui explique comment les êtres créés ont des espèces réelles, des types tixes, immutables, tandis que les espèces putrides sont plutôt des genres et présentent une extrême variabilité; de sorte que les formes décrites par les micrographes se multiplient avec une prodigieuse diversification; les secondes sont controe les "parodies des premières.
C'est ce qui explique encore comment les espèces créées se perpétuent à travers les temps, quelles que soient les transformations de ce monde, ou périssent dans un cataclysme, tandis que les espèces putrides disparaissent avec les races d'êtres qui les engendrent, se modifient et varient comme ces races elles-mêmes. Du jour que la matière organisée d'une race disparaît, ses générations putrides, maladives ou cadavériques, disparaissent également. Du jour qu'une nouvelle race se produit, apparaissent également de nouvelles générations putrides, maladives ou cadavériques.
En un mot, ces productions ne suivent pas les lois des êtres créés, mais celles des dispositions anormales, vicieuses ou maladives, noo subsistantes par elles-mêmes; car, comme nous l'avons établi au livre 11, chapitre iv, le mal n'a pas d'existence réelle, pas de matière à lui, pas d'activité propre, pas de forme réelle : il n'e^t qu'une altération, une transformation de l'être créé, dans sa matière, dans son activité, dans sa forme. Je me répète, mais j'y suis bien obligé.
III. Nous trouvant ainsi conduit à ranger les productions putrides dans la même classe que les dispositions anormales, nous devons, avant de passer plus loin, résumer la question de préexistence et de spontanéité à l'égard do la disposition en général.
Le débat entre Isl préexistence et la spontanéité se rencontre ici comme en beaucoup d'autres sujets, et Ton sait que les pathologistes se sont également divisés à propos de Tinnéité et de la spontanéité. En quelques mots montrons la solution.
La préexistence ou l'innéité ne peut s'entendre que des choses fixes et durables, c'est-à-dire des espèces créées. On entend qu'une