‹ Physiologie généraleChapitre 26 sur 107 · TÉMOIGNAGES HISTORIQUES · texte numérisé non relu

TÉMOIGNAGES HISTORIQUES

ne peuvent se familiariser avec l'idée que les peuples soient autochthoiies ou aborigènes. Comme il leur répugne d'admettre qu'ils aient pris naissance là où ils les observent^ ils les font venir d'ailleurs par de longues migrations, comme si le problème pour ôtre déplacé n'en restait pas moins avec toutes ses difficultés. Ils supposent donc un centre de création, une montagne, par exemple, d'où, en changeant de couleur et de forme, suivant les climats qu'ils auraient parcourus, les hommes se seraient irradiés sur tous les points du globe. Singulière idée de mettre le berceau des hommes sur des sommets arides, où aujourd'hui les bouquetins seuls trouvent à vivre! *.

» Quant à la preuve qu'on prétendrait tirer de ce que la croyance à un couple unique se retrouve chez tous les peuples de la terre, cet argument et les autres considérations mythiques qui lui ressemblent, ont été judicieusement appréciés de M. de Humboldt : « Nous ne connaissons, dit-il, ni historiquement, ni par aucune tradition certaine, un moment où l'espèce humaine n'ait pas été séparée en groupes de peuples.. . Des légendes isolées se retrouvant sur divers points très divers du globe, sans communication apparente, font descendre le genre humain tout entier d'un couple unique. Cette tradition est si répandue qu'on l'a regardée quelquefois comme un antique souvenir des hommes; mais cette circonstance prouverait plutôt qu'il n'y a là aucune transmission réelle d'un fait, aucun fondement vraiment historique, et que c'est tout simplement l'identité de la conception humaine qui partout a conduit les hommes à une explication semblable d'un phénomène identique. » Il ajoute plus loin : c Ce qui montre encore dans les traditions dont il s'agit le caractère^ manifeste de la fiction, c'est qu'elle prétend expliquer d'une manière conforme à l'expérience de nos jours un phénomène en dehors de toute expérience, celui de la première origine de l'espèce humaine.... » (P. Bérard, Cours de physiologie, t I, p. 662.)

Tout est accumulé avec habileté dans ce passage pour saper toute autorité historique. Le livre de la Genèse n'y est pas nommé une seule fois; mais on sent à chaque trait que c'est à lui qu'on s'attaque. On ne lui rend pas même témoignage qu'il rapporte des traditions, on dit de lui ou plutôt de ceux qui l'acceptent : ils supposent un centre de création, etc. C'est une morgue à son adresse que cette phrase : a Singulière idée de mettre le berceau des hommes sur des sommets arides où aujourd'hui les bouquetins seuls trouvent à vivre. » Quand on parle des considérations my~

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thiques, c*est encore lui qu'on a en vue tout comme lorsqu'on parle des légendes. Et l'on ose appeller cela de la science!

Le livre de Moïse n'eût- il pas reçu le témoignage des traditions particulières de tous les peuples, n'en resterait pas moins le plus ancien livre connu, et celui dont l'autorité est, logiquement parlant, la plus certaine. Rappelons-nous comment Bossuet a fortement établi l'autorité historique de ce livre :

(( Le moment était venu où la vérité mal gardée dans la mémoire des hommes ne pouvait plus se conserver sans être écrite, et Dieu ayant résolu d'ailleurs de former son peuple à la vertu par des lois plus expresses et en plus grand nombre, il résplut en même temps de les donner par écrit.

» Moïse fut appelé à cet ouvrage. Ce grand homme recueillit l'histoire des siècles passés, celle d'Adam, celle deNoé, celle d'Abraham, celle d'Isaac, celle de Jacob, celle de Joseph, ou plutôt celle de Dieu même et de ses faits admirables.

» Il ne lui fallut pas déterrer de loin les traditions de ses ancêtres. Il naquit cent ans après la mort de Jacob. Les vieillards de son temps avaient pu converser plusieurs années avec ce saint patriarche ; la mémoire de Joseph et des merveilles que Dieu avait faites par ce grand ministre des rois d'Egypte était encore récente. La vie de trois ou quatre hommes remontait jusqu'à Noé, qui avait vu les enfants d'Adam, et touchait, pour ainsi parler, à l'origine des choses.

» Ainsi, les traditions anciennes du genre humain et celles de la famille d'Abraham n'étaient pas malaisées à recueillir; la mémoire en était vive, et il ne faut pas s'étonner si Moïse dans sa Genèse^ parie des choses arrivées dans les premiers siècles comme de choses constantes, dont même on voyait encore^ et dans les peuples voisins et dans la ferre de Chanaan, des monuments remarquables.

D Dans le temps qu'Abraham, Isaac et Jacob avaient habité celte terre, ils y avaient érigé partout des monuments des choses qui leur étaient arrivées. On y montrait encore les lieux où ils avaient habité, les puits qu'ils avaient creusés dans ces pays secs pour abreuver leur famille et leurs troupeaux, ,les montagnes où ils avaient sacriGé à Dieu et où il leur était apparu^ les pierres qu'ils avaient dressées ou entassées pour servir de mémorial à lu postérité, les tombeaux où reposaient les cendres bénies. La mémoire de ces grands hommes était récente, non-seulement dans tout le pays, mais encore dans out l'Orient, où plusieurs nations célèbres n'ont jamais oublié qu'elles venaient de leur race.

» Ainsi, quand le peii{)lc hébreu entre dans la terre promise, tout

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y célébrait leurs ancêtres, et les villes et les montagnes et les pierres inéme y parlaient de ces hommes merveilleux, des visions étonnantes par lesquelles Dieu les avait confirmés dans l'ancienne et véritable croyance.

» Ceux qui connaissent tant soit peu les antiquités, savent combien les premiers temps étaient curieux d*ériger et de conserver de tels monuments, et combien la postérité retenait soigneusement les occasions qui les avaient fait dresser. C'était une des manières d'écrire l'histoire ; on a depuis façonné et poli les pierres, et les statues ont succédé, après les colonnes, aux masses grossières et solides que les premiers temps érigeaient.

« On n même de grandes raisons de croire que dans la lignée où s'est conservée la connaissance de Dieu, on conservait aussi par écrit des mémoires des anciens temps, car les hommes n'ont jamais été sans ce soin. Du moins est-il assuré qu'il se faisait des cantiques que les pères apprenaient à leurs enfants, cantiques qui, se chantant dans les fêtes et les assemblées, y perpétuaient la mémoire des actions les plus éclatantes des siècles passés.

» De là est née la poésie, changée dans la suite en plusieurs formes, dont la plus ancienne se conserve encore dans les odes et dans les cantiques employés par tous les anciens, et encore à présent par les peuples qui n'ont pas l'usage des lettres, à louer la divinité et les grands hommes.

» Le style de ces cantiques, hardi, extraordinaire, naturel toutefois en ce qu'il est propre à représenter la nature dans ses transports, qui marche pour cette raison par de vives et impétueuses saillies, affranchi des liaisons ordinaires que recherche le discours uni, renfermé d'ailleurs dans des cadences nombreuses qui en augmentent la force, surprend l'oreille, saisit l'imagination, émeut le cœur et s'imprime plus aisément dans la mémoire.

» Parmi tous les peuples du monde, celui où de tels cantiques ont été le plus en usage, a été le peuple de Dieu. Moïse en marque un grand nombre {Nomb., XXI, 14, 17, 18, 27, etc.), qu'il désigne par les premiers vers, parce que le peuple savait le reste. I^ui-même en a fait deux de cette nature; le premier [Exod,^ XV) nous met devant les yeux le passage triomphant de la mer Rouge et les ennemis du peuple de Dieu, les uns déjà noyés et les autres à demi vaincus par la terreur; par le second [Deuler.^ XXXII), Moïse confond l'ingratitude du peuple en célébrant les l^ontés et les merveilles de Dieu. Les siècles suivants l'ont imité : c'était Dieu et ses œuvres merveilleuses qui faisaient le sujet des odes qu'ils ont composées. Dieu les

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inspirait lui-même, et il n'y a proprement que le peuple de Dieu où la poésie soit venue par enthousiasme.

» Jacob avait prononcé dans ce langage mystique les oracles qui contenaient la destinée de ses enfants, afm que chaque tribu retint plus aisément ce qui la touchait^ et apprît à louer celui qui n'était pas moins magnifique dans ses prédictions, que fidèle à les accomplir.

D Voilà les moyens dont Dieu s'est servi pour conserver jusqu'à Moïse la mémoire des choses passées. Ce grand homme, instruit par tous ces moyens, et élevé au-dessus par le Saint-Esprit, a écrit les œuvres de Dieu avec une exactitude et une simplicité qui attirent la croyance et l'admiration, non pas à lui, mais à Dieu . même. » {Discours sur fhist. univers. , 2* part.) ^ Voilà ce qu*il faudrait essayer au moins de réfuter, avant de rejeter avec dédain le plus ancien, le plus véridique et le plus merveilleux des livres. Hais c'est depuis plus d'un siècle une habitude incompréhensible dans la science, de croire davantage aux fictions d'Homère, aux récits anecdotiques et sans témoignage historique des Hindous (i), ou môme aux dires d'un prétendu Sanchoniaton, qu'au témoignage du plus grand législateur qu'ait eu l'antiquité. Parce que ce livre est sacré, on le récuse ; parce qu'il est le plus croyable, on le dédaigne; parce qu'il est le plus respectable, on en rit. Etrange conduite, qui répugne autant a la vraie science qu'à l'honnêteté.

Mais constatons que ces adversaires reconnaissent l'unanimité des traditions et le sentiment général de tous les hommes; c'est un aveu qui ne manque pas d'importance : « La plupart des auteurs qui ont médité (le mot est vrai), ou écrit sur l'ethnologie, ne peuvent se familiariser avec l'idée que les peuples soient autochthones ou aborigènes. » C'est P. Bérard qui l'avoue, et il ajoute : « Quant à la preuve qu'on prétendrait tirer de ce que là croyance à un couple unique se retrouve chez tous les peuples de la terre^ etc. » Il va dicrcher à torturer ce fait par des sophismes, mais il l'avoue, la puissance du vrai l'oblige à confesser la vérité. De Humboldt, qu'il appelle à son aide, fait le même aveu : « Des légendes isolées se

(1) On peut lire dans le Journal des savants^ numéro de février 1862, un très beau travail de M. Barthélémy Saint-Hilaire, qui démontre aussi péremptoirement que possible, que les Hindous et tous les peuples deTextrôme Asie n*0Dt Jamais eu ni histoire, ni science, et qu'en fait de littérature, ils sont bien inférieurs même aux races européennes.

TBMOIGNAOBS HISTORIOUBS. 107

reh'ouvant sur des points très divers du globe, sans eommvnicatton ap" parente, font descendre le genre humain tout entier d'un couple unique. » Quelle chose touchante que de voir ces honames obligés à plier le genou devant la vérité !

Cependant le sophisme arrive, aidé du sarcasme. Us ne veulent voir là que des considérations mythiques, et ils attestent, sans preuve, que « nous ne connaissons ni historiquement ni par tradition certaine un moment où l'espèce humaine n'ait pas été séparée en groupes de peuples. » Ainsi, pour premier argument, ils suppriment simplement tout ce que l'histoire peut enseigner ; puis, sentant bien la faiblesse d'une si audacieuse négation, ils ajoutent : « C'est tout simplement l'identité de la conception humaine qui partout a conduit les hommes à une explication semblable d'un phénomène identique. »

Je m'étonne qu'on ait osé écrire ces lignes sans s'apercevoir de l'inconcevable attaque au bon sens qu'on y insérait, et de l'aveu qu'on laissait échapper ! Comment croire en effet qu'une des plus hautes questions métaphysiques, car il n'en est guère de plus haute que celle de l'origine des choses, ait reçu en des \yo\ï\ts si divers et si multipliés du globe, chez des peuples souvent abâtardis, pour ne pas dire abrutis, une solution identique? Ce serait le fait le plus incroyable ! Qu'on nous montre, pour en donner tout au moins une démonstration lointaine, qu'on nous montre une simple vérité scientifique qui ait été trouvée ainsi sur tant de points à la fois par des peuples si divers ; qu'on nous montre cette unanimité de découvertes pour le carré de l'hypoténuse, pour la mesure de la sphère, pour la loi de gravitation, pour une vérité quelconque de cette valeur dans Tordre des sciences physiques ou chimiques ! On ne le peut, nous le savons bien. Et comment alors, ce qui n'a jamais eu lieu pour des questions d'un ordre secondaire, aurait-il eu lieu pour une des plus hautes questions de l'ordre métaphysique? Quelle étrange révolte au bon sens, qu'une telle supposition ! Enfin, c'est M. Bérard qui conteste l'unité de l'espèce humaine, et qui cite en sa faveur que (( l'identité de la conception humaine a partout conduit les hommes à une explication semblable »; ne voyant pas, ce qui saute aux yeux, que si la conception humaine est identique chez tous les hommes, c'est qu'il y a chez tons idefitité de nature.

Nous devons faire sur ce point un appel aux enseignements de l'histoire, et nous prendrons comme témoignage Y Histoire universelle de C. Cantu, qui est, de l'aveu de tous, le plus grand et le plus

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beau travail de notre siècle en ce genre. Nous l'analyserons et le citerons (t. I", p. 161 et suiv.).

Accord des sentiments moraux.— Chez tous les peuples, le respect de la vieillesse, de la religion, des tonibeau3L et de la pudeur, les sentiments d'une justice générale et de l'honneur, même chez les naturels de la Nouvelle-Hollande (Dumont-Durville, Voyage de /'Astrolabe. Paris, 1831), ce sont les mômes idées retrouvées dans les Védas, dans les préceptes de Conlucius, en Chine, comme les traditions les plus reculées des Grecs et des Latins, et au Fond des pyramides égyptiennes. N'est-ce pas le cas de répéter avec Vico: (c Les mêmes idées, nées parmi des peuples entiers inconnus entre eux, doivent avoir nn motif commun de vérité? » Et ce motif commun est non-seulement l'identité de nature et par cela même de destinée, mais aussi la communauté d'origine et des premiers enseignements.

Coïncidence des traditions. — Chez tous les peuples les antiques traditions sont semblables, avec les différences du génie de chaque peuple qui les a conservées et interprétées. Chez tous, par toute ta terre, l'idée d'un bonheur premier pour l'humanité, d'un âge d'or auquel a succédé un âge de ter, suite d'une antique prévarication ; chez tous, l'effusion du sang pour apaiser la justice divine, chez les Chananéens, comme dans la race latine, comme chez les sauvages les plus éloignés. Les anciens Goths disaient « avoir su par tradition que l'effusion du sang apaisait la colère des dieux, et que leur justice tournait contre les victimes les coups destinés à l'homme. (MUller, Noth. ant., vol. I, chap. 7.) M. le docteur Goudin a montré comment la tradition des sacrifices humains a été répandue dans toute l'antiquité et chez tous les modernes où le christianisme n*a pas pénétré. {Ann. de philosoph, chrét. Paris, 1862.)

Pour toutes ces traditions primitives elles ont été coordonnées par Bianchini {Hist, univ. prouvée par les monuments) ^ Court de Gibelin (Le monde primitif), Fabre [Les heures mosaïques).

Chez les Chinois, nous trouvons Fo-hi, qui rappelle No-é, et le roi Yo faisant écouler les eaux qui couvraient les plus hautes montagnes. (H.-J. Schmidt, Révélation primitive^ etc., en allemand. Landshut, 183&.)

Zoroastre met au centre de la terre la montagne Albordi où est le paradis, jardin des bienheureux, et d'où s'écoulent les quatre grands fleuves.

Bérose décrit le déluge à peu près comme la Bible. Le Chaldéen

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Xisuthre échappe au déluge avec sa ramille et les animaux les plus nécessaires.

La tradition arménienne est semblable. Le Juif Joseph cite une ville nommée le lieu du débarquement, et les voyageurs rencontrent aujourd'hui, au pied du mont Ârarat, une ville dont le nom, Nosctdscevan, a précisément la même signification. (Mosis Chorenensis, Bist. armenica^ lib. I, et la Préface des frères Whiston, p. ti.)

« Les Phéniciens, selon Sanchoniaton, croyaient qu'il avait existé au commencement un chaos demeuré sans limites ni formes, jusqu'à ce que l'esprit se prît d'amour pour ses propres principes et que de leur union sortissent les éléments delà création.

» Le Brahma indien forma l'homme de la fange et se complut dans son œuvre. Il le plaça dans le Schorschiam, pays de tout bien, où était un arbre dont le fruit, quand on le mangeait, donnait l'immortalité. Les dieux mineurs le découvrirent, et en goûtèrent pour ne pas subir la mort. Le serpent Scheieu, gardien de cet arbre, en conçut un tel dépit qu'il répandit son venin sur la terre, la pervertit, et toute i^me vivante eût péri si le dieu Siva, prenant la forme humaine, n'eût absorbé ce venin tout entier.

» Le dieu destructeur résolut de submerger la race humaine, et Vichnou, dieu conservateur, ne pouvant l'en empêcher, mais instruit du temps précis, apparaît à Satiavrati, son confident, et l'exhorte à construire un navire sur lequel il veut le sauver avec les germes de la création, au nombre de 8^0 millions.

Il est parlé, ailleurs, d'une incarnation de Vichnou, sous la figure de Prassarama, au temps où l'eau couvrait toute la terre, à l'exception des monts de Gâte. Alors Vichnou pria les dieux de faire reculer les flots aussi loin que sa flèche pourrait atteindre. Sa prière fut exaucée, et les eaux se retirèrent jusqu'à la côte de Malabar. (Voy. le Sonnerat et le Bagaoadam et divers pouranas.)

» Si l'on trouve quelque ressemblance entre les noms de Bhrama et celui d'Abraham, nous dirons de plus qu'il avait pour femme Saras Vadi (et Vadi signifie dame), qu'il fut la souche de familles nombreuses descendues de douze frères, et que dans la fête annuelle au fameux temple de Tischirapali figurent encore ces douze chefs guidés par un vieillard. Un des parents de Krisna fut exposé enfant sur les eaux et recueilli par une reine. Dieu demanda à un pénitent le sacrifice de son propre fils, bien qu'il se contentât ensuite de sa bonne volonté.

» Klaproth démontre que tous les peuples de l'Asie parlent d'un déluge qui généralement se rapportent à l'an 30&/i avant J. C.

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{Asie polyglotte, Paris, 1823.) Dans le temple de Jerapolit;, en Syrie, on montrait la bouche souterraine de laquelle s'étaient élancées les eaux dévastatrices. Les Perses donnent au mont Ararat le nom de Koh'Nuh, ou mont de Noé. (Chardin, Journal d'un voyage en Perse^ t. Il, p. 191 .) On raconte parmi les Tchoudes, que Gain s'était enrichi en extrayant les métaux et Tor ; son jeune Frère fut envieux de lui, le chassa et le contraignit de se réfugier vers l'Orient. (Ritter, Géographie, t. l, p. 548.)

» Toutes les annales de l'Asie parlent d'un paradis primitif', en le peuplant de merveilles, selon leur goût particulier. Au Tbibet, les Lah sont des génies primitifs dégradés paV le vice. Le Groenlandais lui-même rapporte que Kallak fut d'abord créé, et que de son pouce il fit sortir la première femme ; que le monde fut ensuite submergé, à l'exception d'un seul homme. (Crauz, Bist. des Groenlandais,) ACeylan, on montre encore un iac salé formé par Eve, pleurant Abel durant cent années. (Chevreau, Hist. du monde, t. IV, p. 265.) Dans la théogonie des nègres, Ataheusic fut chassé du ciel, à cause de sa désobéissance ; et un autre lac, dans l'intérieur de l'Afrique, passe pour un reste (lu. déluge. Ou croit retrouver chez les Américains eux-mêmes des souvenirs d'un déluge dans quel< ques-uns de leurs grossiers hiéroglyphes. (Humboldt, Sur les monuments mexicains.) Les Algonquins et d'autres tribus rapportent que Messou ou Saketschiak, voyant la terre submergée^ envoya un corbeau vers le fond de l'abîme pour lui rapporter un peu de terre ; il ne put réussir; mais un rat chargé de la môme mission en rapporta une bouchée, avec laquelle Messou refit le monde que le rat repeupla. (Cbarlevoix.)

» Les Mexicains de Meschiocan racontaient plus clairement que Tezpi s'embarqua dans un grand acalli, avec sa femme, ses enfants, les animaux et les semences; quand le grand esprit Tescatlipoca fit retirer les flots, Tezpi envoya au dehors un vautour qui, se repaissant de cadavres, ne revint pas; alors il expédia d'autres oiseaux jusqu'à ce que le colibri revint avec un rameau verdoyant; assuré par là que le soleil ravivait la nature, il sortit du navire. ( Humboldt, Vue des Cordillères, t. II, p. 177.) Des accidents divers peuvent éveiller chez les hommes l'idée d'un déluge universel; mais le hasard peut-il la reproduire avec des circonstances identiques ?

» Si nous étudions les systèmes des peuples plus avancés en civilisation, nous rencontrons des concordances plus frappantes encore, quoique, en général, pour ce qui touche l'origine des hommes.

TÂMOIQNAOBS HISTORIODIS. lit

elles aient en vue l'élément matériel presque seul. Ceux qui songèrent à Télément spirituel supposèrent qu'il avait été soustrait à la divinité par force pu par ruse, et non pas cxHioédé par amour. On peut retrouver Noé dans Saturne, qui eut pour symbole un vaisseau, cultiva la vigne, naquit de l'Océan, et dévora ses fils, à l'exception de trois, entre lesquels il partagea le monde. A lupiter pourrait correspondre Cham, plus voisin du soleil, puisqu'il peupla l'Afrique; à Pluton, Sem, qui su^ extraire et travailler les métaux dans les riches pays d'Ophir, d'Ëvila, des Sabéens; à Neptune^ Japhet, qui peupla les îles. (En grec, Neptune se dit Paseidouy d'une racine sanscrite ayant le sens de large, étendu, ce que signifie aussi Japhet.) Vous reconnaissez les constructeurs de la tour de Babel dans les Titans. Hésiode nous parle d'une race d'hommes qui étaient encore enfants à l'âge de cent ans. ('aXX' ixarov fiiv iraî'ç CTC3 irocpa fAy/Tcpe luâvrt irpc^T* àxrakui'^. T/iéog.)S"i\ n'a pas fait mention du déluge, ainsi qu'Homère et les trois plus grands historiens de l'antiquité, Pindare léchante [Olymp.y ix.);.il fait aborder sur le Parnasse Deucalion, qui se fixe dans la ville de Protogène, et la lepeuple en jetant des pierres derrière lui. Platon aussi en parle dans son Timée comme d'un événement universel et unique, et part de cette antique tradition pour en venir à la catastrophe qui détruisit l'Atlantide. Aristote le considère comme particulier à la Ttiessalie. (Météor., t. I, \k.) Mais il s'agrandit dans Apollodore {BMiotheca, 1. 1, § 7], et détermine le passage de l'âge d*airain à notre âge de fer : Deucalion lui échappe dans une arche. Lucain ajoute qu'il y embarqua avec lui des animaux de chaque espèce; Piutarque, (pi'il fit sortir des colombes pour reconnaître la hauteur des eaux.

» Nous ignorons ce que Ton enseignait dans les mystères d'Eleusis, où il semble que se fussent conservées plus pures les vérités primitives. Mais Arislote n'hésite pas à croire que « c'est une tra- » dition antique chez tous les hommes, tradition qu'ils tiennent de » leurs pères, que toutes choses nous ont été constituées par Dieu, » et par le moyen de Dieu, d (Aristote, ou plutôt l'antique auteur du Traité du monde et du ciel, que l'on trouve dans les ouvrages d 'Aristote. 'ApyçaTo^ fth Guv Xoyoç na't -ïrarpcoç îoxt icôiaiv âv9^' icotç ejç ôcoO rà irovra, xat $ià Qtbv riixT-j (mvc'tfTTjxcv, cliap. XI.]

» Il est bien à regretter, pour nous servir d'une expression de Bacon, que le souffle de l'antiquité, en passant dans les flûtes harmonieuses (le la Grèce, ait changé la pensée sublime et profonde en un simple jeu d'imagination. {Fabuiœ myt/ioloyicœ videntur eise

112 DB l'unit* de l'BSPÈCB HUMAINE.

instar tennis cuj'usdam aurce, quœ ex traditionibus nationum magis antiquarum in Grœcorum fistulas inciderent. De Augment,^ II, 13.) Toutefois un œil scrutateur sait y retrouver encore sa signification première. L'imagination grecque pouvait-elle revêtir la première faute et la réparation qu'elle appelait» d'une figure plus poétique que celle de Pandore ouvrant le vase défendu d'où s'échappent tous les maux pour ne laisser au fond que l'espérance?

» Je m'abstiens de rapporter la signification des noms de dieux et des pays antiques (1), ainû que tant d'autres preuves de genres si divers, mais qui, réunies, acquerraient une grande valeur. Seulement, je ne saurais négliger de comparer la majestueuse simplicité de la coàmogoaie de Moïse aux extravagantes narrations des autres peuples, et d'observer combien chez lui procèdent clairs et naïfs les récits de ces temps reculés, que les autres nations remplissent de songes et de prodiges, en commençant toute leur existence par deux suppositions difl'érentes : les unes par un âge d'or qui dégénère; les autres par un état de barbarie qui s'améliore. Seule l'histoire sainte accorde ces deux opinions par le péché originel; mystère, comme le dit Pascal, sans lequel toute l'humanité est elle-même un inextricable mystère.

» Analogie des connaissances. Nous ne pouvons non plus passer sous silence l'argument que fournissent à l'appui d'une commune origine certaines connaissances communes entre les divers peuples. Nous ne dirons rien des arts et des métiers auxquels une nécessité égale a pu donner un égal développement , mais nous parlerons des principes de sciences purement spéculatives qui supposent des observations continues : telles seraient les études astronomiques. Or, nous trouvons les signes du zodiai^ue semblables chez les peuples les plus éloignés; on y connaît de même la division tout à fait artificielle de la semaine; la période luni-solaire, et d'autres périodes dont on fit le fondement de traditions et d'époques religieuses. On y connaît la circonférence de la terre, et l'on en tire

(1) Quelques-uns ont voulu en trouver Texplicalion dans la langue hébraïque. Ammon signiHe ardent^ comme Gham et Zeus : Japet est presque Japhet ; Vulcaîn est une altération de Tubalcaïn ; Jupiter vient de Jova, Jehova, Jao, qui signifie Dieu; Neptune, de Niplach, être étendu, ainsi que Poséidon, de phasa, étendu; Ares, de ArUs^ fort, violent ; Vénus, de Denoth, les jeunes Allés ; Adonis, de Adonài^ mon seigneur, etc. Boctiart, dans sa Géographie sacrée^ prit à tâche de démontrer que dans la langue hébraïque les noms des pays et des peuples anciens ont des signiHcations. Toutefois, il ne faut se servir de ces recherches systématiques qu'avec la plus grande réserve. (C. G.)

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runité de mesure, la forme et retendue des temples et des édifices publics (1).

» Serait-il possible que l'homme, s'il était né sauvage, se fût appliqué d*aussi bonne heure à ces profondes recherches, quand plus tard, et dans les temps déjà historiques, il apprit à peine à satisfaire d'urgents besoins? Serait-il possible qu'il fût parvenu par force d'intuition à découvrir ce que la science n'obtint qu'au prix d'énormes, efforts, avec le secours d'observations longues et compliquées, de calculs très subtils et d'instruments d'une extrême précision? Et pourquoi donc chez tous les peuples la contemplation, des cieux et l'art de supputer les jours sont-ils considérés comme choses sacrées , gardées et réglées par les prêtres ? Si nous observons que chez les nations les plus anciennes beaucoup de formules d'une haute science ont été conservées sans être comprises, souvent appliquées à faux, mêlées à des erreurs grossières, comme il arrive dans les merveilleux computs des Indiens et des Chinois (voy. H. J.Schmidt, loc. cit.)^ nous nous trouvons conduits à reconnaître dans ces fragments en désaccord, non les éléments homogènes d'une étude progressive, mais le rayonnement d'un foyer unique, les réminiscences d'un âge où l'homme, ayant peu ou point de besoins, pouvait se livrer uniquement à la contemplation, avec toute la vigueur d'une intelligence vierge, éclairée par de sublimes révélations. Les hommes, en se dispersant, empoHèrent avec eux ces connaissances, ainsi que l'usage desolenniser l'époque des solstices et des équinoxes, la vénération du nombre douze et d'autres nombres calendaires. Leur propre génie et les circonstances y apportèrent par la suite diverses moditications. Bailly lui-même dut convenir de l'unique origine des sciences, bien qu'il la plaçât chez on ne sait quel peuple du lac Baikal, sous le 50'' degré de latitude, d'où elles passèrent aux Atlantides, habitant la partie submergée de l'Amérique et les côtes occidentales de l'Afrique ; de là elles seraient parvenues aux Éthiopiens, puis aux quatre nations les plus anciennes,

(1) Tous les stades antiques sont des parties aliquotes exactes d'une circonférence de la terre, et lui attribuent une extension qui diffère bien peu de celle que Ton trouve aujourd'hui à l'aide des meilleures méthodes. Selon Komé de l'Isle, le sUde d'Êrathostène la donne de 57,066, ainsi que le stade nautique, l'olympique et l'égyptien ; le sUde philétérien, 50,70 seulement ; le pytfaique fait chaque degré de 156 ; le chaldéen était calculé 1,111 1/9* par degré, de sorte que, appliqué au degré terrestre, il donne pour chaque degré 50,002 toises 1 pied 9 pouces G lignes. On sait que la mesure des académiciens de Paris donne 57,075 par degré, à la latitude du 50« degré. (C. G.)

PRÉDAULT. B

il& DE l'unité OB L*B8PÈCB HUMAINE.

lès ladiens, les Perses, les Chaldéens et les Égyptiens {Hist. de l'astronomie, et Lettres sur l'origine des sciences) : assertions gratuites. » Les preuves de cette unité d'origine se trouvent accumulées dans la ressemblance des édifices consacrés au culte, des institutions religieuses, des cycles delà régénération, des idées mystiques, et de la plus merveilleuse des inventions, récriture, dont les caractères, cheE les peuples les plus éloignés, pourraient passer pour les varia* tiens d'une même forme (De Paravey, Essai sur Vorigine unique et hiéroglyphique des chiffres et des lettres de tous les peuples) (1 ). Il suppose que les Chinois ont conservé les anciens livres de Babylone, de la Perse et de l'Egypte (voyez aussi Buttner, Vergleiehungs^ Tafeln der Schriften verschiedener Volker^ Gœttingue, 1771). Qui oaera rechercher la cause de telles ressemblances dans le profond myst^e de la vie, et dans Téternelle et secrète alliance de l'àme avec la nature?

» Les Américains. — Pour réfuter l'origine commune du genre hu* main, on ne manquait pas d'ordinaire de mettre en avant TAmé" rique, et l'on soutenait qu'un continent aussi vaste, demeuré toujours inconnu au reste du monde, et séparé de lui par tant de mers, ne pouvait avoir été peuplé que par des hommes nés sur le sol même.

» Nous aurons à nous étendre ailleurs sur ce point. Il est vrai qu'au premier atK)rd, en retrouvant un peuple dans les Uea écartées, on serait porté à le croire une production spontanée du sol ; mais, si à l'eiamen on lui trouve un langage, des traditions, des coutumes conformes à celles d'autres nations, force est d'avouer qu'il y fut amené d'ailleurs, bien qu'on ignore comment. Tel est le cas de l'Amérique. Nous avons déjà dit un mot des ressemblances de conformation et de langage entre ses indigènes et les Asiatiques. Leurs traditions parlent de gens venus du dehors : dans l'histoire mexicaine, les Toltèques, les Sept-Tribus, le Scheschénèques, les Aztèques, sont indiqués tous comme étrangers au pays, et les hiéroglyphes les représentent dans l'action de traverser l'Océan. Les analogies entre les Péruviens et les Mongols sont si nombreuses, qu'un écrivain a soutenu avec beaucoup d'esprit que Mango-Kapac, fondateur de la dynastie et de la religion des Incas, était né d'un petit-fils de Gengiskhan (Ranking, Recherches historiques sur la

(1) Ce Miiei a été vérifié plat réeafflment. On peut voir entre autrei les darniert articles de M. Bonnetti, dans las Anmaks iê pkUoêopkiê ckrsHmme, décembre 1857, janvier et février 1858. (F. F.)

TÉ1I0I6NA6IS HIST0fiIQUI8. il S

conquête du Pérou et du Mexique^ faite au xiu" siècle par les Mongols^ accompagnés d'éléphants^ Londres, 1827) ; tandis que d'auires, a^ec plus de raison, le font venir du Tibet et de la Tartarie. Les Hot-* tentots d'Afrique, les Guaranos du Paraguay, et les Californiens d'Amérique, en signe de douleur pour la perte d'un parent, se coupent le petit doigt (Forster, Voyage autour du monde ^ voL I, p. 435.) Croirons-nous qu'un usage si étrange soit né spontanément dans des pays si distants l'un de l'autre? Les pasteurs américains ne se nourrissant que de végétaux, lesTlascaltèques; qui croient à la métempsycose, les Péruviens qui ont une idée de la Trimourti^ nous font penser aux Indiens. La division du temps en grandes et petites périodes diffère bien peu dans les méthodes chinoise , kalmouke, mongole, mandchoue, et dans celle des Tchèques, Aztèques et autres ; elle est identique entre les Mexicains et les Japonais. Le zodiaque des Tibétains, Japonais et Mongols porte le même nom que ceux attribués par les Mexicains aux jours du mois, et là où les signes manquent dans le zodiaque tartare , les Sastras indiens y suppléent en plaçant les animaux célestes dans les positions correspondantes (Humboldt, Vue des Cordillères^ t. il).

D Les Aztèques, les Mittèques, les Tlascaltèques représentent, dans d'innombrables peintures, le déluge et la dispersion des peuples. Le Mexicain Tespi ou Coxcok vogue sur les eaux avec sa famille, les animaux et les plantes; puis, quand les eaux se retirenti il envoie au dehors un vautour qui ne revient pas, puis un second, puis un troisième, jusqu'à ce qu'un dernier lui rapporte un rameau vert dans son bec. Pour figurer la contusion des langues, ils ont représenté une colombe perchée sur un arbre et donnant aux hommes, jusque-là muets, un langage pour chacun, ce qui fait que les quinze familles se dispersent au loin (Humboldl, iàid.),

D Leurs hiéroglyphes exprimaient que « avant la grande inonda- » tion, survenue 4008 années après la création du monde, le pays » d'Anahuac était habité par des géants, Tzocuillixèques ; ceux qui » ne périrent pas furent transformés en poissons, moins sept qui » s'étaient réfugiés dans les cavernes. Les eaux une fois apaisées, » Xélona« l'un de ces géants, surnommé l'architecte, s'en alla à » Scioloulan, où, en mémoire de la montagne Tlaloc, sur laquelle » il s'était sauvé, il éleva une colline artificielle en forme de pyni* » mide. Il fit faire des briques dans la province de TIamanalco, au » pied de la sierra de Cocoti, et, pour les transporter à Scioloulan, » il disposa en file des hommes qui se les passaient de main en main. » Les dieux virent avec courroux cet édifice donjt la cime devait aller

lié DB L'rrflTB DE L^ESPÈCB HUMAINE.

y» toOcher les nues, et ils lancèrent le feu sur la pyramide; beaucoup » d'ouvriers périrent, et le travail resta inachevé. » (Hanuscrit existant dans la bibliothèque du Vatican, copié par Pedro de los Rios en 1566.) Hnmboldt et Xoéga remarquèrent une ressemblance évidente entre cette pyramide de Scioloulan et le temple de Bélus; elle est exactement orientée, et comme celui-ci elle servait aux prêtres mexicains pour les observations astronomiques.

» Ajoutez à cela que les Mexicains, dès qu'il leur naissait un enfant, lui arrosaient le front avec de Teau, et parfois le faisaient passer à travers la flamme. Ils peignaient Sinamoti, mère du genre humain, dans le paradis terrestre, avec un serpent, et derrière elle deux fils se disputant entre eux; ils faisaient de petites idoles de pâte qui se distribuaient par petits morceaux au peuple réuni dans le temple; ils confessaient leurs péchés; ils avaient des couvents dMiommes et de femmes. Tant et de si singulières ressemblances ont fait soutenir dans un ouvrage remarquable que l'Amérique avait été d'at>ord peuplée par des Hébreux, puis par des chrétiens (A. Agiio, Les antiquités du Mexique, vol. VI, p. 232-420. On sait cependant que les bouddhistes pratiquaient des rites pareils). Cet ouvrage est la collection des monuments mexicains, publiée par lord Kingsbourgh; monuments dans lesquels on voit représentés des personnages d'un tout autre caractère que l'Américain, offrant tantôt les types de l'Inde, tantôt ceux de l'Egypte. Le buste d'une prêtresse aztèque porte sur la tête la calantique, comme ceux d'Isis. On y retrouve les pyramides à assises nombreuses, avec des sculptures à l'intérieur, etsurtout des peintures hiéroglyphiques. Cinq jours sont ajoutés à l'année mexicaine, comme les épagomènes à celle de Memphis. Dans les tombeaux des Incas on a découvert beaucoup de lampes et de vases peints, qui ressemblent étonnamment à ceux des Égyptiens; quelques-uns ont des formes grecques; on en prendrait d'autres pour des amphores romaines (1). On est tellement surpris de semblables conformités, qu'on se demande comment cette partie du monde a pu jamais se procurer de telles connaissances et de tels objets. Mais pouvons-nous espérer d'obtenir une réponse qui nous révélerait les temps les plus reculés, quand nous ne savons pas encore expliquer comment, dans un tarif de Modène de 1306, se lit, au nombre des marchandises, le nom porté Brésil; et comment, sur

(1) Us sont possédés par M. Cokes, de Barnes, en Angleterre. M. Kampe prit le dessin de vingt-deux de ces objets, qu'il croit y avoir été portés par les Phénioiens, (Voyez Soc, ofan^iq, Londres, 1836.) (C. C)

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la carte géographique d'André Bianco, tracée en l/i36 et conservée dans la bibliothèque de Saint-Marc à Venise, se trouve indiquée précisément sous le même nom de Brésil une île située dans l'Atlantique (1) ? Ce monde-là ne serait donc nouveau que pour nous qui ne le connaissions pas !

» Il est certain que l'infortuné Montézuma, la première fois qu'il s'entretint avec Fernand Cortez, lui dit : a Nous savons par nos » livres que les habitants de ce pays et moi nous ne sommes pas » indigènes, mais que nous venons de très loin. Nous savons encore » que le chef qui guida nos aïeux retourna pour quelque temps » dans sou pays natal, et revint ensuite pour y ramener ceux qu'il » avait laissés. Mais il les trouva mariés avec des femmes de ce pays, » pères de nombreux enfants, et vivant dans des villes qu'ils avaient » b&ties; si bien qu'ils ne voulurent pas obéir à leur ancien maître, » qui s'en alla seul. Nous avons toujours cru que ses descendants » viendraient un jour prendre possession de nos contrées; mainte- » nant, puisque vous venez du côté où se lève le soleil, et que vous » me dites nous connaître depuis longtemps, je ne puis douter que )) le roi qui vous envoie ne soit notre maître naturel (2). »

» Les Australiens, — Nous sommes encore peu informés de ce qui concerne la Polynésie, dont on a plus songé à tirer parti sous le rapport commercial que sous le rapport scientiGque ; mais il est moins difficile de s'expliquer comment les Indiens s'y propagèrent d'île en île. Au fond d'une religion grossière outre mesure, on y retrouve l'idée d'une trinité que dans lesCarolines on appelle Aloneiop^ Langueleng^ Olisat. Parmi les Taïtiens, Tane ou Te madua^ père ou homme ; Oro ou McUtin^ dieu-fils ou sanguinaire ; et Taroa ou Manou te ooa,

(1) On peut lire dans le volume XIII du môme ouvra^^e les nombreuses preuves qui dénotent que l'Europe est depuis fort longtemps en relation avec l'Amérique. Christ. Colomb lui-môme, au témoignage de son fils, se basait sur des traditions d'auteurs anciens. La Société des antiquaires du Nord, établie à Copenhague, a publié de nombreux documents pour donner aux Normands la gloire de la découverte : il est certain que dés le xi* siècle, des voyages ont été faits dans cette direction ; que dans lexiii* et le xiv'^ les navigateurs italiens, et surtout les Normands, en particulier les Dieppois, apportaient des marchandises qui, comme le bois de Campéche, ne pouvaient avoir été tirées que d'Amérique. Crainte de la concurrence, on cachait le Heu des provenances. (F. F.)

(2) Première lettre de Fernand CorteJ,§§xxi et xxix. Jilaproth, dans VAsie polyglotte^ soutient que les Tschouktchi viennent d'Amérique ; sans m'arrèter à le réfuter, j'en fais mention comme un témoignage des correspondances entre le nord'Ouest de l'Amérique et l'est de l'Asie. (C. C.}

lis DB L'OHrrA DB L'BSPkCB HITMAINB.

oiseau ou esprit, offrent une ressemblance palpable avec la trinité indienne. Les Nouveaux^Zélandais, selon Lesson, de même que les autres Polynésiens, nomment leurs dieux Açouas; ils croient que les âmes des justes sont les bons génies, et que sous le nom de Tus, celles des méchants poussent Thomme au péché. Qui ne voudra reconnaître là les Assouras, génies de Tlnde antique, et les Dcntias, ses démons 7

>tLes traditions brahmaniques se montrent davantage parmi certaines tribus des Daïas plus civilisées que les autres. Elles divisent le temps en iogas, semblables aux périodes fabuleuses des adorateurs de Brahma, et dont les noms mêmes se rapportent aux leurs ; -car ils les nomment Choreta ioga^ Diva pera ioga, et enfin Caieioga, la période précédente. Durant les éclipses, qu'ils appellent par un mot sanscrit graana, ils croient qu'un dragon nommé Bau (parole également sanscrite) dévore la lune, et pour l'effrayer, ils font un fracas étourdissant, absolument comme en usent les Chinois.

I) Nous avons rapporté tant de preuves de Tunique origine du genre humain, que nous croyons pouvoir négliger les objections partielles, en réfléchissant avec Bacon que l'harmonie des sciences, c'est-à-dire l'appui qu'elles se prêtent réciproquement, est la vraie et la plus prompte manière de renverser et d'écarter les obstacles de moindre importance; tandis que si l'on met en avant les axiomes un à un, il en arrivera comme du faisceau de flèches, ils plieront et rompront à qui mieux mieux. » [Deaugm. scient., liv. VU.)

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