DU CORPS OC CAUSE MATÉRIELLE
Pour les alchimistes comme pour les anciens, la matière est au fond la même sous toutes les conditions où elle peut se trouver, et ces conditions ne dépendent que de let forme. De là, pensait-on, la possibilité de fransmu/er la matière, c'est-à-dire de lui faire changer de forme, et par exemple de changer le plomb en or.
Il y a pour la matière quatre éléments et quatre qualités, comme le pensaient les anciens : la terre, Teau, Tair, le feu ; le chaud, le froid, le sec et l'humide. Il n'y a pas à nier ce que les anciens disaient à cet égard, mais il faut ajouter quelque chose. En effet, la matière ne peut passer d'une forme à une autre que par des degrés; et ainsi, on peut transmuter un corps matériel en or, mais il faut d*abord le transmuter en métal qui est une forme générique de l'or, et ce n'est qu'ensuite que l'on peut transmuter ce métal en or, c'est-à-dire lui donner la forme spécifique. Or, il y a trois éléments de la transmutation : le mercure qui est le principe fluidi • fiant et volatil ; le soufre^ principe combustible, nommé aussi principe gras; et \esel, principe soluble et sapide. Il faut savoir que Vat'senic est un soufre blanc, comme le soufre est un soufre jaune, comme l'huile est un soufre gras; que ce principe soufre donne aux corps la couleur, élément important; et que, comme le dit Raymond Lulle, il y a quatre couleurs principales, le blanc, le noir, le jaune et le rouge. Il y a enfin dans les corps une essence spécifique qui est la cinquième ou quintessence qu'on peut extraire 4)ar l'analyse et qui contient l'élément générateur ou principe séminal.
Pour les autres principes que la chimie extrait des corps, ce sont des matières terreuses ou charbonnées, qui sont comme \si cendre du corps matériel, le caput mortuum. De même que l'homme et les corps vivants se décomposent après la mort et laissent un résidu terreux ; de même la chimie, en transmutant la matière et décom- ])Osant les corps bruts, obtient le résidu terreux ou caput mortuum.
Au XVII" siècle, cette école spagirique vivait à côté de l'école cartésienne qui reprenait les anciennes idées de Leucippe. et ne voyait qu'une matière formée d'élémenls corpusculaires : le mouvement^ la figure^ la grosseur et V arrangement étaient les quatre principes de cette école. R. Boyle et beaucoup d'autres chimistes conjoignirent ces principes aux principes spagiriques. On admettait alors des métaux, des acides, des alcalis, des terres, des ferments ; les acides étaient composés de corpuscules aigus ; les alcalis étaient des espèces de fourreaux pour loger les pointes des acides; les métaux étaient des corpuscules arrondis.
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Hais alors, dans ce même xvii* siècle, Bêcher dontStahl fut Télève Tint commencer une révolution nouvelle. Cet homme illustre s'empara de ce que rejetaient ses adversaires, de ce capui mortuum de la chimie et en fit la base de tout un nouveau système. Pour lui la terre est le fond commun de tous les corps: tous \e&mixte$ appartiennent à trois classes : 1° les terres et les eaux mêlées ; 2^ les eaux seules ; 3^ les terres seules. L'air et le feu sont eux-mêmes deux principes terreux, Tun aérien, l'autre igné, qui entrent dans les combinaisons, mais qui n'y entrent que comme instruments de la mixtion. H y a trois genres de mixtes où la terre entre seule. Dans l'un, il y a la terre vitri fiable ou principe de lapidéité qui forme les mixtes />terreuj7; et c*est ainsi qu'elle existe dans les alcalis et les sels, car le sel n'est pas un élément, mais un mixte. Dans le second genre, il y a Xtiievre sulfureuse ou nitreuse, principe combustible, inflammable, huileux et liant, qui forme les mixtes terreux. Dans le troisième genre, c'est une terre simple ou mercurielle, principe de la métalléité et qui forme les métaux. Du reste, chaque corps a son principe s/^ea/î^Mf ou formel, comme le disait le spagirisme; et c'est le feu qui préside à cette forme, qui est le principe informant, pnncipiant ; il peut même changer les unes dans les autres les substances séminales tout entières des choses.
Stahl lit du feu un élément phlogistique pondérable ; ce n'était plus comme pour Bêcher un simple instrument de mixtion, c'était un corps vrai qui s'alliait à des corps simples pour faire des mixtes. Ainsi du charbon chauffé avec une terre (ee que nous appelons aujourd'hui un oxyde) produit un métal, parce que la terre s'empare du phlogistique contenu dans le charbon ; et ainsi le métal est un mixte, le composé d'une terre et de phlogistique. La combustion n'est pas autre chose que le dégagement du phlogistique contenu dans le charbon ; et les corps qui brûlent sont des corps phlogistiqués^ comme les corpsqui ne brûlent pas sont des corps déphlogistiques ; le métal qui a pris le phlogistique au charbon est un corps phlogistique, et le corps terreux (oxyde) qu'on chauffe se déphlogistique. Cette théorie est, comme l'a observéM. Dumas, le contre-pied de celle de Lavoisier admise depuis.
Au moment où la théorie de Stahl se répandait, c'est-à-dire au commencement du xvni' siècle, Newton mettait en avant que les éléments matériels se combinent suivant des affinités différentes et électives, et Geoffroy l'aîné donnait la table des différents rapports observes en chimie entre différentes substances. ( Tables d'affinité, 1718.) Cette théorie do Vaffinité fut adoptée alors par Bufifon, Macquer,
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Guylon de Morveau, et pénétra ainsi dans la science pour être ensuite épurée par la théorie des corps simples.
Nous voici aux temps modernes; la doctrine spagifiquQ va pren« dre fin; nous allons voir se constituer la chimie. Ce fut une révolution nouvelle, mais plus radicale que toutes les précédentes. Sera-ce la dernière ?
La seconde moitié du xvni* siècle fut le temps le plus fécond en découvertes chimiques. Black en 1756, fit connaître les ga^ dont Haies s'était déjà occupé en 172^ ; en 1759, Margraff distingua U magnésie et Talumine, en même temps qu'il enseigna Textraction du sucre; Scheele fit de nombreux travaux de 1773 à 1786, sur Iq chlore, l'acide prussique, Tacide fluorhydrique, l'acide arséuieux, le baryte et un grand nombre d'acides organiques ; le modeste Rouelle s'occupa des sels de l'urine et du sang, et donna comme le fondomfint delà chimie organique ; Priestley découvrit l'oxygène, le protoi^ydci d'azote, l'acide cblorhydrique ; Cavendish fit connaître l'hydrogène, la composition de l'eau, la formation de l'acide carbonique par la combustion, la composition de l'acide nitrique; Lavoisier (|ui avait été en cela précédé par Rey donna la composition de l'air, puis la théorie de la combusticHi et enfin la formule des corps simples. Guyton de Morveau publia la nomenclature chimique; Richter fit connaître les proportions chimiques. Nous ne pouvons non plus omettre Fourcroy et Berthollet.
Des travaux de ce temps, dont nous ne citons que les principale^ découvertes, plusieurs aidèrent à la révolution nouvelle. La décom* position de l'eau et de l'air démontra que ces prétendus éié* ments n'étaient que des mixtes ; et par là fut ruinée définitive* ment l'ancienne doctrine des quatre éléments. La découverte de l'oxygène et la nouvelle théorie delà combustion donnèrent la doc* trine des oxydes et détruisirent la théorie du phlogistique. La vérît table doctrine des corps simples fut formulée par Lavoisier : a Noui » regardons ici, dit-il, comme simpleSt toutes les substances que » nous ne pouvons pas décomposer : tout ce que nous obtenons en » dernier résultat par l'analyse chimique. » ( Traité élément, d^ chimie, p. 17.) La nomenclature chimique esquissée par Lavoisier, puis établie par Guyton de Morveau, donna définitivement les corps simples, les acides, les oxydes, les sels. Les proportions chimiques de Richter, les lois de décomposition de Berthollet complétèrent les réformes. On assiste à la constitution de la chimie telle qu'elle est encore aujourd'hui.
Dans notre siècle, la liste des corps simples augmenta par la dé*
caifiposition des alcalis métalliques au moyen de la pile électrique comme le fît H. Davy. On compléta la connaissance des composé en ure. Gay-Lussac et Berzelius constituèrent la chimie organique sur la théorie des principes immédiats dont nousparlerons tout l rheure. Mitcherlich fît connaître Tisomorphisme et les actions pai contact (catalyse). Prout, suivant la théorie des proportions fixes indiquée par Berthollet, formula la théorie des équivalents. La chaleur, la lumière et Télectricilé ont été placées parmi les fluides ou corps impondérables.
Enfin, tout récemment, H. Dumas, reprenant la question des équivalents, tend à conclure que tous les corps simples ne sont que des multiples proportionnels d'une même et unique matière élémentaire ; c'est comme une résurrection de la doctrine de Platon, sous une forme nouvelle. Mais ce n*est pas ici le lieu d'élucider ce débat.
Nous prenons maintenant la chimie telle qu'elle est de nos jour», et avec elle nous devons voir quels sont les éléments et les miiUi qui constituent le corps.
Il, Des prlncipeu élémentaires da corps. — Dans l'état adUfl
delà science, on admet que la matière qui se rencontresoit dans lei corps bruts, soit dans les corps vivants, a pour principes élémentaires soixante-trois substances simples indécomposables, qui sont: YoxygènCj V hydrogène, le bore, le carbone, le phosphore, le sélénium. le soufre, Viode^ le brème, le chlore., Vazote, le silicium^ le fl^^' {'arsenic, le tellure, le potassium, le sodium, le calcium^ le ^• ryum, le strontium^ le lithium, le magnésium, Valuminium, ]'/'• trium, le terbium, Verbium, le glucynium, le thorinium, le chrûn». le tungstène, le tantale ou columbium, le pelopium, le niobiuw^ Yantimoine, Vurane, le cerium, le lantane, le titane, le didyme, )«• bismuth, le plomb, le zirconium, le manganèse, le zinc, le /V/*. Yétain, le cadmium, le cobalt, le nickel, le molybdène, le «v^«''* dium, le cuivre, Yosmium, le mercure, le rhodium, V iridié»'* Yargent, Yor, le platine, \e palladium, le ruthénium. Deux niiirt'^ vienTient d'être récemment découverts par Bunsen et Kirkoff, '^ cœsium et le rubidium.
Ces soixante- trois substances élémentaires sont-elles bien des substances simples, et sont-elles les seules qui existent réellemen^* C'est ce qu'on ne saurait dire. Il se peutquc parmi elles, quelque»unes soient des mixtes qu'on parviendra plus tard à décoropos^^' il se peut que le nombre des corps simples augmente, puisque ce
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nombre a considérablement augmenté depuis vingt-cinq ans même. D*an autre côté, quelques personnes pensent encore qu'il n'y a qu'une seule matière, et que tous ces prétendus corps simples ne sont que des modes différents d'une môme nature; la théorie des équivalents semblerait donner raison à cette opinion, comme M. Dumas, dont l'autorité est grande, a tenté de le faire voir à l'Académie des sciences en 1860. C'est là le côté futur de la science des corps simples ; et comme on ne peut faire encore que des hypothèses sans grande solidité, nous nous arrêtons. .
Ces soixante-trois substances élémentaires ne se rencontrent pas dans tous les corps: quelques-unes même sont communément répandues, quelques autres sont très rares, et en général les corps ne contiennent que quelques-uns de ces principes à l'état de mixtion.
Leur répartition est même différente suivant qu'on examine des corps bruts ou des corps organisés, des végétaux ou des animaux. Ainsi, les soixante- trois éléments peuvent se rencontrer deux à deux ou trois, ou même quatre ensemble dans les corps bruts ; aucun d'eux n'appartient en propre à des corps vivants, tous peuvent être trouvés indistinctement dans un corps brut. Hais il n'y a que quelques-uns qui puissent être trouvés dans un corps organisé.
L'oxygène^ l'hydrogène^ le carbone^ Vazoiey le pfiosphore^ le soufre^ lechliire^ \e fluor , \e potassium^ le sodium, le calcium^ le magnésium, le silicium, le fer, le manganèse, Viode et le brome^ sont les seuls éléments qui peuvent entrer dans la confection d'un corps organique. Quelques auteurs pensent que Varsenic, le plomb et le cuivre peuvent également en faire partie, mais cela est douteux. Pour tous les autres éléments, ils peuvent bien pénétrer dans le corps, y entrer avec l'air ou l'eau, ouïes aliments: mais s'ils pénétrent, ils sont expulsés, et ne font pas partie intégrante du corps. De sorte que sur soixante-trois substances élémentaires qui existent en ce monde pour tous les composés matériels, il n'y en a que dix-sept qui servent aux corps organisés ; il y en aurait vingt en y comprenant le cuivre, le plomb et l'arsenic. Sur ces dix-sept, il y efi a qui sont en plus grande abondance chez les végétaux» comme Viode, le brome, le silicium, le potassium, le sodium, le carbone, le magnésium. Au contraire, \ hydrogène, Vazote, le phosphore, le soufre, le chloi^e, le fer, le manganèse sont en plus grande abondance chez les animaux. De tous, leâ quatre principaux sont: Voxygène, Vhydro^ gène^ Vazotf et le carbone.
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III. Heci tnizteft on eompoaéa. — Ces substances élémentaires sont dans le corps himiain comme dans les autres corps organisés à l'état de mixtion ou combinaison. Quelle est cette mixtion?
Dans les corps organisés, la mixtion suit de tout autres lois que dans les ôorps bruts ou inorganiques; de là dans la chimie deux branches scientifiques distinctes : la chimie orgcmique et la chimie inorganique. Quelques auteurs modernes ont, il est vrai, prétendu réduire les composés organiques sous des lois semblables à celles des mixtes inorganiques , mais jusqu'ici c'est une simple prétention.
Les corps organisés sont, comme leur nom l'indique, disposés en parties différentes, et chaque partie constitue un organe^ c'est-à-dire un instrument ; et chaque organe a sa composition différente de celle d*un autre organe. Au contraire, les corps bruts sont composés de parties qui ne sont différentes les unes des autres que par la position qu'elles occupent dans ce corps; et chaque partie est de même composition que toutes les autres. Ainsi, le corps organisé contient des muscles, des nerfs, des os, des glandes, et chacun de ces organes a une composition différente. Au contraire un corps inorganisé, comme un morceau de marbre, de plâtre, de fer, peui être divisé en parties multiples, qui ont chacune la même composition élémentaire, il peut, il est vrai, exister des corps bruts formés d'agrégation de matières diverses, mais c'est 1» une agrégation de corps différents. On comprend que la différence est grande, et que la négliger serait tomber dans une erreur manifeste. Un corps orga-> nisé est naturellement composé de parties différentes ; un corps inorganique est naturellement composé de parties semblables , mais un corps inorganique peut être aussi naturellement une simple agré* gation de corps différents.
La chimie était primitivement partie de ces distinctions si naturelles, et comme son œuvre est Y analyse des corps, elle s'en tenait à analyser simplement les corps organiques tels qu'ils se trouvent dans la nature. Elle peut, il est vrai, pour les corps bruts, accomplir deux œuvres, l'analyse et la synthèse, c'est-à-dire qu'elle peut décomposer ces corps bruts ou leurs éléments constituants, puis prendre ces éléments et les combiner pour reconstituer le corps. Hais il n'en est plus dé même pour les corps organisés: elle ne peut qu'analyser ceux-ci, c'est-à-dire les décomposer; il n'y a que la vie qui puisse faire un corps vivant. La chimie organique est donc simplement analytique^ et à ses débuts, à la fin Ou siècle dernier, elle se contentait de donner l'analyse élémentaire des divers organesi
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c'6St-à-dire d'indiquer quelles sont les substances élémentaires qui entrent dans leur composition.
Hais dans sa voie analytique, la chimie organique décomposant les organes du corps, ne tarda pas à y découvrir des composés secondaires purement chimiques, et à voir que ces composés secondaires pouvaient être trouvés les mêmes dans des organes différents. Ainsi, la fibrine^ Talbumine, la caséine, la gélatine, par exemple, 86 manifestèrent dans les analyses comme des composés secondaires dont la composition était toujours la même; la fibrine et Talbumine sont des corps qui se montrent dans la décomposition du sang et des muscles, qui se montrent toujours avec les mêmes propriétés, et contiennent toujours les mêmes substances élémentaires en même quantité. Les chimistes en conclurent que les organes sont composés de principes immédiats qui se combinent ensemble ; et au lieu de voir que ces prétendus principes immédiats ne sont en réalité que des éductes^ des extraits^ ils en firent des composés naturels. Cependant, comme le dit Henle, « il n*estpas possible de dire « avec certitude jusqu'à quel point la méthode employée pour les CI mettre en évidence influe sur leur formation. » {Anatom. génér.^ t. 1, p. 26.) Rien ne prouve que cène sont pas de simples produits de décomposition ; rien ne démontre qu*ils préexistent réellement à l'analyse. Aussi cette première base de la chimie organique actuelle est réellement tout hypothétique.
Pour donner une valeur réelle à cette première hypothèse, deux choses seraient nécessaires : une reconstitution synthétique et des proportions définies, ce qui manque complètement. Il faudrait pouvoir reformer de la matière musculaire, par exemple, avec la fibrine, la caséine, Talbumine, la créatine, Tozmazone, que Ton extrait de la chair musculaire, de même que Ton reconstitue un sel avec l'oxyde et l'acide qui le composent. Or c'est ce que la chimie est impuissante à faire. II faudrait encore au moins montrer que ces prétendus principes immédiats, que l'on extrait de la chair musculaire, par exemple, y entrent en proportions définies, et selon les lois d'équivalence ; de même que dans un sel il entre tant d'oxyde et tant d'acide. Or, c'est encore ce qui n'est pas démontré; et l'on sait, au contraire, que la quantité de ces principes varie, et que, par exemple, on extrait tantôt plus de fibrine, tantôt plus d'albumine. En un mot, cette première base de la chimie organique, l'existence des principes immédiats^ est une hypothèse gratuite que rien n'appuyé sérieusement, et il ne faut voir dans ces prétendus principes, que des éductes^ des extraits.
Cependant la chimie organique part de cette première hypothèse pour en faire une seconde. Gay-Lussac et Berzelius qui ont établi ces principes immédiats, ont cru y voir des composés analogues aux oxydes, aux acides et aux sels inorganiques, et ils ont été en cela suivis par la plupart des chimistes modernes. Ainsi, pour Berzelius et M. Dumas, tous les principes immédiats qui contiennent de l'oxygène, ne sont que des acides ou des oxydes dont les radicaux sont des composés. Le cyanogène serait un radical composé de volumes égaux de carbone et d'azote, qui pourrait produire des acides avec l'oxygène et l'hydrogène. L'éther serait un oxyde dont le radical, composé de U parties de carbone et de 10 parties d'hydrogène, serait combiné avec un volume d*oxygène, et sa formule serait C^H^^+O- L'acide acétique aurait pour radical un composé (de k de carbone, et de 6 d'hydrogène) combiné avec 3 d'oxygène. Liebig admet trois degrés d'oxydation pour l'acide acétique : l'aidéhydo (C*H«+0) ; l'acide acétylique (C*H6+«0) ; l'acide acétique
Encore une fois cette théorie ne tient compte que de ses analyses des principes immédiats; elle ne démontre pas que ces prétendus principes se combinent entre eux, ni comment ils pourraient se combiner. Elle imagine que le corps est formé de fibrine, d'albumine, de caséine, de gélatine, de chondrine, de biline, d'hématine, etc. ; elle oublie qu'il est composé d'organes. C'est une théorie purement chimique qui peut avoir son utilité chimiquement, mais qui est en réalité de peu de valeur pour la physiologie.
Cependant c'est là la science actuelle, et il faut bien que nous nous en contentions, quitte à ne faire que de l'enregistrer.
On admet deux classes de principes immédiats : ceux qui contiennent de l'azote, et ceux qui n'en contiennent pas.
1* Principes immédiats azotés. — Us sont eux-mêmes divisés en plusieurs genres.
A. — Il y a d'abord les principes albumineux dont la protéine serait le principe fondamental. Cette /^rof^Vn^ que l'on ne parait pas avoir encore pu dégager des combinaisons où elle entre, serait composée de 10 parties d'azote, UO de carbone, 62 d'hydrogène, et 12 d'oxygène; sa formule serait donc AZ'»C*«H«^*^ — V albumine serait un composé de 10 atomes de protéine, avec 1 de phosphore et 2 de soufre; sa formule est AZ»«H:^«»H«20-f Ph.S^ --La fibrine contient 1 atome de soufre de moins que l'albumine; sa formule est donc AZ»^C*^H®*^+Ph,S. — La caséine a la même composition que la fibrine, moins le phosphore ; sa formule est AZ*«*C**>H^+&