‹ Physiologie généraleChapitre 32 sur 107 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

DES CAUSES B^FlCtENTBS.

Dans les actes que l'être accomplit, il manifeste son action par des puissances qui se développent, par le corps agissant diversement selon ses parties. C'est dans l'union de Tàmeet du corps que nait l'acte, mais selon les différences de cet acte, ce sont telles on telles puissances qui se développent, ce sont telles ou telles parties du corps où se déploie l'action. Si l'être n'avait qu'un seul acteà accomplir, il n'aurait qu'une seule puissance, et le corps n'aurait qu'une seule forme de parties; mais comme il accomplit des actes différents, l'activité se déploie sous plusieurs formes, et par ceU même il faut que la puissance soit variable dans ses formes d'activité, il faut que le corps soit varié selon les formes d'action. Il y ^ donc dans l'être une forme générale de l'activité et du corps, et des formes particulières de l'activité et du corps, selon les actes différents. Ce sont ces modalités de l'activité et du corps qui accomplis' sent l'acte, que l'on appelle pour ce moiiï des cornes efficientes.

D'où il suit que l'étude de ces .causes efficientes nous fait entrer, en un certain sens, dans l'examen des actes que l'être accornplil; c'est comme une étude préliminaire à l'étude des actes eux-mêmes-

Uippocra te admettait quatre sortes de causes effieientes: les faadtét ou puissances^ èwaiitç ; les forces ou esprits^ mwiâa ; les parties, et les humeurs, Aristote y ajouta la division des parties en organiques et similaires. Galien suivit la division hippocrato» aristotélique. Le moyen âge divisait les causes efficientes en facultés et instrumenls*

M8 CàUSES SFPICIE(^TE6. 203

et les causes instrumentales en instruments a quo et en instrumenta per quod ; nous verrons en parlant des organes que le mot imlrur ment est improprement applicable en physiologie. Nous nous en tiendrons à la division galénique, et nous étudierons successivement: les facultés^ les forces^ les parties^ et les humeurs; on a discuté sur la fin du moyen âge, la question de savoir si les forces eHicientea existent bien réellement. Cette question ne peut être ainsi posée d'une manière générale ; elle ne regarde que les facultés et les forces^ et c'est à propos de ces deux sortes de puissances que nous Texaminerons.

§ i. ^-> Des toenlté*.

L'étreagit par des facultés ou puissances, facultas^ juvofAiç. Ce sont ces puissances que nous devons étudier, et qui donnent lieu à deux questions principales : que sont-elles? combien sont^elles?

I. Ce «■• «ont les Aic«itéa. — La faculté est une puissance qui se développe pour accomplir l'acte ; de sorte qu'elle peut être en deux états très différents, en puissance^ ou en acte. Ainsi j'ai la faculté de marcher, de parler, d'agir, c'est-à-Klire que j'en ai la puissance; mais tantôt je parle, je marche, j'agis, et tantôt je ne parle pas, je ne marche pas, je n'agis pas. Quand ces actions se produisent, ma puissance est en acte^ ma faculté se traduit par l'action: quand ces actions ne se produisent pas, je n'en ai pas moins la faculté, la possibilité de les produire, et la faculté est alors à l'état de simple puUsahre^ à Vétat virtuel, comme on dit encore.

Dans les corps matériels, les propriétés sont les analogues de ce que sont les facultés dans les corps vivants. Ainsi, l'acide muria* tique a la propriété de décomposer le nitrate d'argent, et de former nn chlorure d'argent : cette propriété est inhérente à cet acide^ mais elle est inactive et ne se manifeste pas tant qu'elle n'est pas dans la condition de se manifester; aussitôt que l'acide est mis en présence du sel d'argent, elle se traduit par un acte, passe de l'état •de pure puissance, à l'état d'acte. Tel autre corps a la propriété qu'on nomme Vélasticité: mais cette propriété est tantôt en puissance et tantôt en acte ; tant qu'aucune condition ne développe pas cette élasticité, celloKsi reste en repos, inactive et comme sommeillant; mais que l'on vienne à comprimer, allonger, tendre ce corps, et immédiatement la propriété se manifeste, en passant de la puissance à l'acte.

La faculté est donc dans les corps vivants, comme la propriété dans les corps bruts, tantôt à l'état de puissance et tantôt à l'état

204 DKS CAUSKS OU PRINCIPES.

d'acte , et elle accomplit les phénomènes en passant de la puissance à l'acte.

On a nié l'existence de ces puissances. Cette négation émise il y a longtemps par les scottistes persiste encore et a laissé des traces dans les sciences ; nous devons élucider ce débat.

D. Scott prétendait que le principe substantiel agit sans l'intermédiaire de facultés. Les thomistes soutenaient, au contraire, Texistence d*un principe efficient issu du principe formel, et accomplissant Tacte. Voici comment Gondin rapporte ce débat dans sa philosophie thomiste. Nous traduisons :

« Une controverse s'est élevée sur le point de savoir si la fonne substantielle est non-seulement le premier principe, mais aussi le premier principe d'action ; ou si elle a besoin du ministère des accidents, par le moyen desquels elle produit l'acte. En effet, le principe d'action est double : savoir, une cause prochaine qui accom* plit l'acte, et une cause éloignée, qui ne fait pas l'action elle-même, mais qui est la source de la faculté par laquelle l'action est faite; de même que la racine ne produit pas le fruit, mais est le principe radical des branches par lesquelles le fruit est produit. Dans cette difficulté, Scott et quelques autres tiennent que la substance est non-seulement l'être premier, mais encore le principe immédiat de l'acte; d'où, selon la doctrine de Scott, que dans la génération substantielle, la forme substantielle produit par elle-même une autre forme substantielle, dans la matière préparée, et que les accidents concourent à disposer la matière, comme la chaleur dispose la matière du bois à la forme du feu; et que dans les actes immanents (qui s'accomplissent dans le sujet), comme sont Tintelligence et le vouloir, la substance de l'âme est leur principe immédiat ; qu'ainsi l'intelligence et la volonté ne sont pas des puissances réellement distinctes de l'âme, mais l'âme substantielle même qui en tant qu'elle comprend est appelée l'intelligence, et qu'on appelle volonté en tant qu'elle veut.

D Mais au contraire, saint Thomas, tous les thomistes, et plusieurs autres enseignent que c'est le propre seul de la substance divine d'agir immédiatement, parce que l'acte de Dieu est l'être même de Dieu ; d'où en Dieu, la puisismce d'être et celle d'agir sont un, comme le prouvent les théologiens ; mais que toutes les substances créées ont besoin de quelque chose d'ajouté pour agir, à savoir la faculté opératrice, qui est le principe immédiat de l'action. Ainsi, de même que la racine ne produit le fruit que|>ar l'intermédiaire des rameaux qui les portent, quoiqu'elle soit elle-même l'origine de toute la fruo»

DBS CAUSES IFFICIBNTIS. 205

tiflcation, de même la forme substantielle n'accomplit pas immédiatement Faction^ mais elle agit par le nooyen des puissances opéralives, quoiqu'elle soit la source et Torigine de toute efficacité. Ainsi, notre âme, quoique principe radical du comprendre, du vouloir et du sentir, cependant ne comprend pas, ne veut pas^ ne sent pas par elle-même, mais par l'intelligence, la volonté et le sens qui sont des accidents distincts d'elle. D'où cette doctrine : qu'aucune substance créée ne peut être le principe immédiat et prochain de l'acte, et que tout ce qu'elle fait, elle l'opère par Tentremise de puissances médiatrices qui lui sont ajoutées.

0 La conclusion est de saint Thomas (1. p., q, 5^^ art. 3) et prise de saint Denis qui dit (cap. 2, Cœlest. Niet^ar. ) : La vertu rayonne au-^ dessus de la substance, parce qu'elle est V intermédiaire entre la substance et l'opération. D*où il dit que les anges sont divisés en substance, vertu et opération. » (Goud'in ; Philosophia, secunda pars, art. 3.)

La doctrine soutenue ici par Goudin succomba définitivement au xvit* siècle, à l'avènement du cartésianisme qui mettait de côté toutes les causes occultes admises par les anciens. Le nom même de faculté, qui avait été admis par Hippocrate et Galien, resta encore dans quelques traités de physiologie pour disparaître tout à fait au commencement du xviii* siècle. Nous verrons (dans le paragraphe suivant) ce qu'il advint également des forces ou esprits admis par les anciens comme un autre principe intermédiaire.

Devons-nous admettre ou non les facultés? Oui, me parait-il, mais dans un sens particulier.

V Existence des facultés. — Il parait bien que l'existence se manifeste par des actes très différents, et que chacun de ces actes indique des puissances dilTércntes qui peuvent être lour à tour, au repos ou en activité; ainsi je peux marcher, et ne pas marcher; de même pour l'action des bras, des mains, des yeux et de toutes les autres parties. En un mot, il y a une activité générale dans l'être, embrassant toutes les activités particulières dans l'unité > et cependant ces activités particulières existent ; et elles existent bien tantôt h l'état de simple puissance, tantôt à l'état d'action. 11 y a donc un principe d'activité qui peut développer dis puissances particulières selon les particularités d'action à opérer, et dont les puissances sont tantôt en repos, tantôt en acte.

Ainsi admettons-nous l'existence des facultés, mais nous ne les considérons que comme des puissances engendrées dans le développement de l'activité.

200 DB CA08B 00 PMNCiraS.

2" Négation de» facultés comme principes distincts. — Nous ne pouvons accepter que ce soient des causes d'activité distinctes dn principe formel, et qui lui soient surajoutées, parce que, ^ ce sont des causes surajoutées qui accomplissent Taote, il en résulte que le principe premier d'activité ne sert plus à rien; car elles possèdent l'activité et la forme, en vertu de ce principe déjà démontré, et qui est de sens commun, qu'il ne peut exister une activité sans une forme déterminée. Les admettre à ce titre, c'est retomber dans la théorie du polydynamisme dont nous avons montré les erreurs dans le chapitre précédent.

Onpeutdire, ilestvrai, que ces causes secondes sont subordonnées au principe premier, mais il y a ici deux objections dont il faut tenir compte. Premièrement, si elles sont subordonnées, elles sont dirigées dans leur activité et dans leur forme par le principe premier. et elles se confondent avec lui comme des puissances qui sont sa propriété intrinsèque; de sorte qu'on ne peut les admettre comme distinctes de lui sans de très fortes preuves. En second lieu, admettre que le principe premier n'agit que par des puissances subordonnées, c'est reconnaître qu'il n'a pas en lui la propriété de développer son activité : c'est admettre qu'il est en lui-même une activité sans puissance ; ce qui répugne.

Les thomistes se basent sur la distinction du être et du agir. En effet, saint Thomas (L p., q. 5^, art. 3) observe que les facultés sont plus ou moins développées suivant les individus; que par la voix, par l'intelligence, par l'action, par la marche, chacun diffère beaucoup des autres ; que cependant le principe premier est le même chez tous ; et qu'il faut dès lors admettre des puissances d'action différentes chez les uns et chez les autres. 11 distingue ainsi Vêlre et Vaction,

iMais nous considérons que cet argumentation doit être interprétée. En effet, être et agir ne sont pas deux, mais une seule ei même chose : car être, c'est exister sous une forme déterminée quelconque, et on ne peut admettre une forme déterminée sans une activité qui la détermina Être, c'est manitester son existence, comme nous l'avons déjà dit, et par cela même c'est agir. Il est bi^fi vrai que l'être ne manifeste pas, par cela même qu'il est, toutes les activités dont il est capable ; mais du moment qu'il est, il prouve son existence par une ou plusieurs de ses actions possibles ; et toute la durée de son être n'est que le développement des activités dont il est capable.

Toute la scolatique a admis que être et agir sont choses diflërenies ;

DIS CADSBS KPPfCnilTSS. 207

et l'on retrouve cette opinion jusqu'au xyi* siècle, dans les médecins scolastiques, dont Mercato fut un des plus remarquables (De anima; Opera^ t. I.) Cette errear en entraîna plusieurs autres. Ainsi, on voulut admettre des facultés distinctes du principe actif, et on admit, comme nous Tavons examiné plus haut, que les éléments matériels subsistent dans le corps, en puissance, non en acte. On en déduisait encore que Tâme pouvait préexister au corps, créée depuis longtemps, et subsistant en puissance non en acte, dans Tattente du corps qu'elle devait occuper; que le corps pouvait commencer à se développer avant l'arrivée de l'âme, pendant les premiers mois de la vie fœtale, par la seule action des facultés de la mère, distinctes de son âme; et quelques auteurs même soutenaient qu'après la mort, Tàme subsistait simplement en puissance^ non en acte, en attendant le jour de sa réunion au corps. L'erreur fondamentale de toutes ces idées, c'est d'admettre que être et agir sont choses différentes d'une manière absolue. Or, il y a précisément une distinction à faire entre Vêtre et ses facultés, entre la substanceei Vattribut, Il est bien vrai que la faculté peut exister en puissance, puisque cela est de connaissance vulgaire que j'ai la faculté de marcher sans marcher; et l'attribut peut exister également en puissance ou en acte, puisqu'un cort)s quelconque peut être capable de blanc, de jaune, ou de lumière, ou d'électricité, et n'être à un certain moment ni blanc, ni jaune, ni lumineux, ni électrique, par exemple. Hais l'être n'est qu'à la condition qu'il agit; et on ne comprendrait aucunement un être qui ne traduirait son existence par aucune manifestation d'activité; la substance agit du moment qu'elle est, parce que précisément son existence c'est son activité. On pourrait faire une objection vulgaire, tirée des semences végétales qui peuvent subsister pendant des temps très longs, des milliers d'années sans manifester leur activité ; car on sait que des graines de froment trouvées dans des momies d'Egypte, ont été semées dans notre siècle et ont germé, après être restées plus de deux mille ans comme dans un sommeil. Que l'on dise, si l'on veut, que la faculté germinative de ces graines était endormie : l'image est poétique. Mais qu'on ne dise pas que leur activité était nulle, car celle-ci les maintenait précisément dans l'état où elles avaient été enfouies ; et sans une activité qui maintenait sous sa domination les éléments matériels de leur constitution, ces éléments seraient retournés à leur état naturel d'éléments purement matériels. Nous maintenons donc notre principe : être et agir sont choses différentes pour les facultés et les attributs, mais sont adéquates pour les êtres et les substances ; une faculté ou un attri-

208 DES CAUSBS on PRINCinS.

but peuvent exister en puissance ou en acte; un être ou une substance ne peuvent exister qu'en acte.

Du moment que l'être existe, il développe son acUvitét sans quoi il ne serait pas> Hais il est vrai qu'il ne la développe pas à la fois sous toutes les formes possibles.

Or, comme l'être est un, il n'a qu'un principe d'activité; et comme son activité est variable dans ses manitiestations, son principe d'activité varie dans son activité, dans ses puissances d'acte. Ou si Ton aime mieux : comme l'être se présente dans une unité qui offre des modes différents selon ses parties, selon son développ>ement, de même il n'a qu'un principe qui se manifeste sous des modalités différentes selon les actions différentes qu'il accomplit.

Ainsi, les facultés ne sont que des activités différentes du principe substantiel ou formel-actif: modalités dont il a en lui les aptitudes, la puissance.

Il en est ainsi dans tous les corps bruts, dont toutes les propriétés ne sont que des activités dépendant de leur principe formel-actif, qui a en lui les aptitudes nécessaires à leur production.

3° La faculté est engendrée, — Mais il faut remarquer que dans les êtres vivants, le principe formel n'est pas uni à la matière nue, comme on dit dans l'école; qu'il n'en est pas chez lui comme dans les corps bruts; qu'au contraire il est uni à des éléments matériels qui ont déjà une forme active, et que cette forme entre dans Tunion du composé, comme nous l'avons montré au chapitre précédent. 11 faut remarquer, comme nous l'avons établi, que ces activités matérielles sont dans l'union du composé vivant subordonnées à l'Ame qui les féconde par son union ; de sorte que leurs facultés se déve loppcnt sous une nouvelle nature engendrée dans l'union de l'âme et du corps; et qu'ainsi elles se confondent dans l'acte avec les facultés de l'î^memême. Remarque extrêmement importante, parce qu'elle montre jusque dans les profondeurs de l'acte, que l'union do composé naturel vivant est tellement intime^ qu'on ne peut séparer dans l'acte le jeu de l'un et de l'autre élénnent ; de sorte qu'il ne serait pas strictement juste dédire que pendant l'acte vivant, c'est ou l'àme seule qui agit, ou le corps seul ; et qu'on doit rigoureusement reconnaître que l'activité vivante n'appartient en propre ui > ^ l'âme ni au corps, qu'elleest le résultat engendré par leur union; quil ny là séparément^ nides facultés du corps^ ni des facultés de l'âme, mais les facultés de l'être vivant, tout en reconnaissant que l'âme est le principe généraieur de l'activité.

L'âme étant le principe actif, est bien la cause de tout acte; et

DBS CAUSES EFFICIENTES. 209

c*est bien elle qui peut, qui a la puissance de tout acte. Mais son activité n'étant possible que dans son union avec le corps, sauf pour l'intelligence, ses facultés dépendent donc de la possibilité que leur apporte le corps. D'où il suit que c'est bien dans Tunion intime de l'activité et de la possibilité que la puissance se développe.

Et si l'on pénètre dans la compréhension de ces phénomènes intimes, qui semblent échapper à Tintelligence dans leur profondeur mystérieuse, mais dont la raison saisit les convenances, on reconnaît que la production des facultés de l'être vivant est une véritable génération, un acte qui se développe au contact des deux éléments du composé vivant. De même, en prenant une comparai* son lointaine, que l'eau est engendrée dans sa nature et dans ses propriétés, par l'union de l'oxygène et* de l'hydrogène qui réunissent leurs matières et leur forme.

Ainsi, l'être vivant se développe successivement par des manifestations différentes ; il est d'abord germe , puis fœtus , puis enfant, puis adulte; et dans ces états successifs et différents, il se montre successivement sousdes modes différents d'activité. C'est le composé naturel dont l'union se fait, sous des modes divers, en engendrant successivement et constamment un être nouveau avec le même être; c'est une union génératrice qui produit acte constamment sous des manières d'être variées. De sorte que la génération de la puissance vivante, est vraiment la génération de l'acte vivant, la vie dans son intimité la plus profonde.

H. De la divMoa des foevltéiu — Ces puissances sont évidemment aussi nombreuses que les formes d'activité déployées par l'être dans ses diverses actions. Aussi l'étude des diverses facultés n'est pas autre en réalité que l'étude des diverses formes d'actes de cet être. C'est ce qu'avait bien compris Galien, qui dans ses traités sur les facuUéiy ne fait pas autre chose que d*étudier les différents actes de l'homme. Or, comme c'est là une étude spéciale qui demande à être abordée séparément, puisqu'ellenous fait entrer dans la recherche de toutes les variétés d'activité de l'homme, nous la renvoyons nécessairement après l'étude des causes. Le livre W de cet ouvrage lui sera consacré, et nous verrons que tous les actes se résument à trois principaux, végétatifs^ animaux et intellectuels, indiquant, par conséquent, trois facultés ou activités principales» végétatives^ ani^ maies et intellectuelles.

FRÉDAULT. 14

210 DB8 CàDSIS ou PBIMClPn.

§ 2. — Des forées.

Celte question dela/breeou des /brres dans les sciences naturelles, est une des plus obscures qu'on puisse rencontrer, nlnlgré les travaux auxquels elle a donné Heu. 11 est vrai qu'elle n'a pas encore été abordée de front et dans toute son étendue ; qu'elle n'a guère été examinée que partiellement. On va juger cependant de quelle importance elle est par le simple exposé que nous en allons donner, et l'on comprendra, je l'espère, qu'elleestune des plus redoutables que l'esprit scientifique puisse poser. Je suis profondément convainca que résolue définitivement dans un dès sens qu'elle présente, il s'ensuivra pour les sciences physiques et naturelles une révolution rtroarquable qui tirera ces sciences d'une certaine obscurité oùelle^ sont depuis le xvii* siècle, moment où cette question fut sérieu.^ ment entrevue pour la première ibis.

Afin de rendre ce sujet aussi net que possible, nous en présent^ rons d'abord l'historique, puis nous ferons appel aux faits connus pour examiner les solutions qu'on peut trouver.

I . ■Ist€fri4«ew — Les auteurs anciens, observant que le mémeinstroment peut donner deux mouvements d'intensité différente suivant ia puissance qui lui est appliquée, remarquèrent très bienqu*il faut tenir compte de la force de cette puissance, Ae sa vertu, comme on l'a <li' pendant longtemps. Ils découvrirent ensuite fisicilement bien de" mouvements qui semblent inadéquates avec la qualité matérielle qu les fournit, et dans leurs méditations sur le monde ils se trouvaient conduits à admettre un quelque chose spirituo-metàriel, unes(>ri^ d*éther ou vapeur active capable de force. Dans l'ambre dont il^ connaissaient les propriétés, ils voyaient upe vertu particulien* comme ils en admettaient de différentes duns les plantes et \^ poisons. D'un autre côté, les physiologistes, eoasidérant que la respiration entretient la vie, supposaient que dans cet acte, l'être vi vant aspire un souffle, un esprit, spiritus, qui va animer tout l'orga nisme comme cause efficiente. Enfin, il faut se rappeler que àh\^ temps les plus anciens, et au«&i loin qu'on peut remonter ds^nf ) philosophie indienne ou dans toutes les traditions de l'humaoïi^ on admet des esprits bons et malfaisants qui viennent vbit' l'homme, et sont l'intermédiaire entre le ciel et le monde, entr l'esprit pur et la création. On admit donc dans l'homme et Hm' tous les êtres vivants des esprits qui donnent le mouvement ou ^^ l'exécutent. Hippocrale admettait ces esprits comme a donnant lavK

DK8 CAUSES BrrkCISMTCS. îtl

et le mouvement » ; et il était en cela suivi par Platon et Airistoteqdi, comme lui, admettaient encore une ekakttr innée et uti WK/Jb dfs»> iinets de Tactivîté première. Enfin, l'idéalisme de Zenon donna lien à la secte médicale pne»ma/t»re ou épirituàliêté fondée par Athénée, Agathinus, Archtgène, en réaction de l'école matérialiste d'Aselépiade, dans le temps des empereurs Néron et V«spasien. El GaKen, qui se rattachait manifestement auic pneuroatistes dont la prétention était comme la sienne de Taire revivre Htppocrate, Oalien admettait trois sortes de faeultéi (natnrelleê^ vital eê et ttntmafes), et tn^s sortes à^esjmtt (nari«fT/i, vitaux et onimMx) .

Les soolastîques s'étaient engagés dans uneformidabte discuaslon sur les causes efficientes. Nous avons vu que las tliomistes admets taient des causes surajoutées, tandis que les scoiistes attribuaient l'action à la cause formelle. Aristote avait le premier soulevé oe débat en disant que la cause formelle ne produit pas l'action par elle-même, et qu'ainsi l'âme a pour instrument la chaleur naturelle ou le souffle. I^es scolastiques discutaient le même point et par Im mémesarguments, à peu près du moins, que ceux de l'école Uiomisté. On avait d'alM)rd distingué la cause formelle de la cause tffki^te ou ùfent^ ou insirwMntak^ puis on Tavait subdivisée en pf^iemière et seconde, en principale et imtrumentale^ en éloignée et prochaine^ en formelle et informanie (c'est-à-dire comme U vertu séminale qui est le trait d'union entre la matière et la forme^ et qui permet à la cause formelle de soumettre la matière à sa forme), etc. On peut voir, dans la Métaphysique de Suan» {Diep* xvii, xviu, xix), à combien de débats sans fin et de subtilités cette question donnait lieu. Le plus clair est qu'on distinguait très bien sous les noms de cause agents, cause prochaine, cause instrumentale seconde, came des accidents, oe que nous nommons aujourd'hui une forcer Ijêê uns avec les thomistes, en faisaient une réalité nc^ subsistante par elle-même, mais subsistant sous la cause formelle et indépendante d'elle. Les autres, avec les scotistes, niaient ces causes efficientes et soute* naient l'action agissante de la causé formelle.

Il est juste de dire que bien que saint Thomas fttt invoqué par lia thomistes, il avait dit un mot qu'on pouvait prendre dans un sens tout contraire à leur opinion, lorsqu'il avait écrit que la tferiu sé^ minale est un simple mawemeni imprimé par rame d la matière sémi* noie. Voici le teite c « Ad tertiam dicendum quod virtus illa actifm qua est in semine, ex ontima generantis derivata^ est quasi qwsdam mo» tio ipsius animœ generantis; nec est ontfiur, oui pars animœ nisi in virtute ; sicut in serra ml seeuri non est forma iecti^ sed motiû jtiip-

212 DES CAUSES .ou PRINCIPES.

dam ad talem formant. » {Summ. tkeoL, I" p., quaest. 98, art. 2.) En serrant ce texte d'un peu près, il ne serait pas difficile d'opposer saint Thomas aux thomistes, et Ton pourrait mettre le saint docteur d'accord avec les scotistes. Pour nous il a tant de valeur, que noos nous en autorisons d'une manière positive, et c'est en son ncœ que nous soutenons la doctrine que nous voudrions faire prévaloir.

Au xvi"^ siècle, pendant que Joubertet Rondelet se moquaient des subtilités de Galien, et repoussaient de haut ses facultés et ses prétendus esprits, l'école cabalisto-^chimique faisait intervenir des puissances occultes que les premiers repoussaient, et parlaient de vertus ou forces astrales, de ve7*tus séminales, de ferments ;yatï Helmont inventait les ùlas; l'école chimique avec Sylvius parlait des âcretéî, àes principes acides, salins, terreux, etc. ; les alchimistes admettaieDt Y esprit de soufre, et tous les esprits chimiques, en môme temps qui!^ cherchaient la quintessence des corps, principe spirituo-matériel . qu'ils supposaient devoir exister comme la force secrète de tous les mouvements.

Il y avait donc au xvi« siècle comme deux écoles rivales antagonistes sur cette question : l'une qui repoussait tonte cause occultet^t dont la tendance allait à la négation des forces ; Tautre qui, tout en méprisant les anciens, admettait des forces occultes et même «" multipliait le nombre, à- côté des galénistes, qui, comme Femel conservaient la théorie des trois facultés et des trois esprits.

Ces deux écoles se dessinèrent plus nettement encore, s'il estpo^ sible, et se montrèrent sous une forme plus scientifique dans 1^ xvii« siècle. Elles se personnifiaient, d'une part dans Descaitt'>. d'une autre part dans Glisson, Newton et Leibuitz.

Descartes, ne voulant admettre que ce qui est évidemment démontré (ce qui a une certaine justesse), avait la prétention de se passer de toute hypothèse, et se trouvait néanmoins conduit à invenier celle des tourbillons. H ne considérait que Vétendue comme attribut de la matière, oubliant Vactivité, qui est la propriété principale de toute existence ; et il récusait les éléments et les forces. Pour lui, les quatre éléments des anciens ne sont que de la matière subtile et très pénétrante ; et les qualités que l'on considérait autrefe comme des vertus surajoutées à la substance, ne sont que de U matière en mouvement. « Je conçois, dit-il, le premier élément, » qu'on peut nommer Vêlement du feu, comme une liqueur la plus » subtile et la plus pénétrante qu'il soit au monde.... Pour le second » élément, qu'on peut prendre pour Vêlement de l'air, Je te conçois

DBS CAUSES EPPIGIBNTBS. 3t3

» bien aussi comme une liqueur très subtile en le comparant aveclé » troisième. . . . Avec ces deux éléments je n'en reçois plus qu*wn trot- » sième^ savoir celui de la terres duquel je juge, que ces parties sont » d'autant plus grosses et se remuent d'autant moins vite, à côté de » celles du second, que font celles-ci, à comparaison de celles du » premier. » Il niait ainsi que Veau fût un élément, comme le croyaient les anciens, pour qui c'était le quatrième principe; puis il ajoutait : « Que si vous trouvez étrange que pour expliquer ces » éléments, je ne me serve point des qualités qu'on nommé chaleur^ » froideur^ humidité et sécheresse^ ainsi que font les philosophes, je » vous dirai que ces qualités me semblent avoir elles-mêmes besoin » d'explication, et que, si je ne me trompe, tant ces quatre que » toutes les autres, et même toutes les formes des corps inanimés^ » peuvent être expliquées sans qu'il soit besoin de supposer pour cet » effet aucune autre chose, en leur matière, que le mouvement^ la grosi> sew\ la figure et Y arrangement des parties, » [Du monde, chap. V.) Presque à côté de Descartes, Glisson en Angleterre, dont les idées devaient attendre un siècle pour se répandre sérieusement, et trouver dans Haller leur vulgarisateur, Glisson admettait trois principes d'activité dans l'être, comme nous l'avons déjà vu au chapitre I""' de ce deuxième livre. Nous avons vu aussi dans le chapitre précédent qu'à côté de van Helmont, qui admettait un archcnis faber, beaucoup d'autres auteurs .cités par Ettmuller, et suivis plus tard par Fréd. Hoffmann, croyaient à un principe vital, une chaleur innée, la flamme de la vie, etc.

Leibnitz, de son côté, posait bien plus radicalement la question, en prenant carrément le contre-pied de l'opinion de Descartes. Élève de Thomasius (philosophe scolastique qui ne pouvait se contenter des opinions nouvelles du cartésianisme), il se révoltait comme son maître à l'idée de n'admettre dans la matière que de retendue, lui qui, avec ses auteurs, était habitué de reconnaître en toute chose une activité. Peut-être même Leibnitz ne fut-il que l'auteur en second de la théorie qu'il objecta au cartésianisme, car il y a de fortes suppositions de penser qu'il la tenait de Christian Thomasius, le fils de son maître, qui la soutint de son côté, mais avec moins d'autorité et moins d'exagération paraît-il. Toujours est-il que Leibnitz, s'opposant radicalement à l'idée que la substance ne fût que de l'étendue, mit en avant, au contraire, qu'elle n'est qu'une force sans étendue, une monade active [Monadologie) [\).

(1) De frt-imœ philosophiœ emendatione et notione subslanliœ, 1694.

314 DBft càuav» ou PRiNcirip.

G'étiiii une eiagémiion dans un sens contraire i^ Deioartes; etai Ton pouvait reproobeF à Tun qu'on ne peut taire dériyer Taeiivité de retendue, on pouvait objeclei* à l'autre qu'on ne peut guère plua faire dériver l'étendue d'une farce som étendue. Mais s'il y avait dana Leibnitz une erreur fâcheuse, une fausse route, on peut le dire, il y avait là, d'un autre côté, une réaction heureuse contre le nihilisme, auquel aboutissait rigoureusement le cartésianisme. Ce n'était cependant, il faut bien le reconnaître, qu'une pure conception dont l'application était fort difficile dans les siences naturelles, et qui eut plus de portée dans l'esprit général des philosophes que dans la pratique des physiciens. Elle eut Wolf, et plus tard Ch« Bonnet pour disciples.

Newton Qt au cartésianisme une opposition bien moins métapby* sique, mais beaucoup plus sérieuse, parce qu'elle était toute pratique, toute d'application. Il se dégage môme de l'idée abstraite, il ne veut pas examiner la nature des causes, mais il les constate, en Mvi^ buant tous les phénomènes physiques à des forées particulières. Il dit, dans le livre des Questions^ ^ livre de VOpiique^ question XXXI : f( Les petites particules des corps n'ont-elles paa » certaines verfust puinancei ou forces^ au moyen des(|uelles elles » agissent k certaines distancea, nou-seulement sur les rayons de la » lumière pour les infléchir, maù encore Us unes sur les autres pour » produire tu plupart des phénomènes de la nature? Car c'est une > chose connue que les corps agissent les uns sur les autres par les » attractions de la gravité, du magnétisme e( de l'électricité; et de ces » exemples qui nous montrent l'ordre et les procédés que suit la )i nature» on doit inférer qu'il peut très vraisemblablement y avoir s encore d'autres puissances attractives* La nature, en effet, est tou* » jours très semblable et très conforme à elle-môma Je n'examine » point ici quelle peut être la cause de ces attractions ; ce que j'appelle » al^rotf^ien peut être produit par impulsion ou par d'autres moyens » qui nous sont inconnus. Je désire qu'on sacheque je n'emploie ici ce n mot d'attraction que pour désigner tm^/orce quelconque ^par laquelle » lef corps tendent réciptvquement les uns vers les autres^ quelle qu'eu Il soit la cause; car c'est des phénomènes de la nature que nous D devons apprendre quels corps s'attirent réciproquement^ et quelles » sont les lois et les propriétés de cette attraction, avant de rechercher » la cause efficiente qui les produit. » Il ne veut donc pas rechercher » quelle est la nature de la force ^ mais il admet l'existence de cette » Force. A propos de phénomènes chimiques : a Tous ces phénomènes » montrent qpe, dan^ les effervescences, les particules des corps sont

DKS CAU8K|i ErPIClKNTSS. 215

» mises en inouveroent par un principe très énergique, qui n'agit sur » ellesque quand elleasont fort peu distantes. i^CesiV affinité élective. Et plus loin, à propos de la dissolution des sels dans une eau acide : « Tout cela ne roontre*t-il pas que les sels sont composés d'une » terre sèche et d'un acide aqueux uni ensemble par attraction. » Dans la dissolution dans Teau d'une petite quantité de sel ou de vitriol, a les parties du sel ou du vitriol s'écartent les unes des » autres, et tâchent de se répandre et de se tenir séparées, autant que » la quantité d'eau le leur permet. Cet effort ne montre-t-il pas » qu'elles ont une certaine force répulsive^ par laquelle elles se fuient » mutuellement, ou du moins qu'elles attirent l'eau plus fortement » qu'elles ne s'attirent les unes des autres? » Dans la cristallisation, a il y a une certaine vertu polaire » qui range les particules de la matière. Pour la cohésion : « Les parties de tous les corps durs et » homQ%kxke&f{m se touchent pleinement^ tiennent fortement ensemble. » Pour expliquer comment la chose peut se faire, quelques philo- » sophes ont inventé les atomes crochus. Mais c'est donner pour » réponse cela même qui est en question. D'autres ont imaginé que » les particules des corps sont collées ensemble par le repos, c'est^ » à-dire par une propriété occulte, ou plutôt par un pur néant ; et » d'autres qu'elles sont jointes entre elles par des mouvements conspi- » rants^ c'est-à-dire par un repos relatif. Pour moi, j'aime mieux « inférer de la cohésion des corps que leurs particules s'attirent » mutuellement par une force qui, dans le contact immédiat, est 0 extrêmement puissante, qui, à de petites distances, produit les effets » chimiques mentionnés ci-dessus, et qui, à des distances oii les par- » ticules sont un peu éloignées, cesse complètement d'avoir de l'effet, » autant du moins que les sens peuvent le percevoir, »

Cette théorie newtonienne passa dans la chimie, y pénétra dans tout le cours du xvui^ siècle, et y règne encore aujourd'hui. Mais d'un autre côté, en physique, on continua de regarder la lumière, la (Valeur, comme des corps très subtiles en mouveipent, alors que la théorie du phlogistique, admise par Stahl, d'après Bêcher, considérait aussi le feu comme une matière très subtile. Il y avait ainsi cette double conduite en physique et en chimie: en physique, on ne considérait les phénomènes que comme des mouvements de la matière, sans forces; en chimie, on expliquait les phénomènespar des forces de cohésion, d'affinité, d'attraction, de répulsion, nouvelles causes occultes dont on se dissimulait à soi-même la portée.

Dans ce même xvni* siècle, l'abbé Nollet, dont la tournure d'esprit répondait à la théorie leibnitzienne, mit en avant que la lumière.

216 DBS CAOSKS 00 PMNapBS.

1» chaleur et rélectricité ne sont que trois formes d'une cause très BobtUe. la lumière première. A côté de lui, la plupart des physiciens adnBettaienl ces choses comme des fluides impondérables

De nos jours, on en est encore au même point qu'au xv«,' siècle, à cela près qu on s occupe peut-être moins de la question. En chimie, on admet toujours des forces occultes dans les molécules de !• matière En physique, on considère surtout la chaleur, la lumière et 1 electncite comme des ondulations d'un fluide subtil, Yéther répandu dans toute la nature. La théorie électrique de S.«,««., 'des deux fluides électriques, tourne les esprits vere une sorte de cause subtile, et répond à l'idée générale des fluides impondérables. Mais d un autre côte les travaux sur la lumière, en particulier ceux de Fresnel sur les interférences, tendent à la négation de ce genre de

TT^) ,'• .^'r- '^""' '"° ^"* «* remarquable ouvrage Traite d électricité théorique et appliquée, en lait quelque ch(^

d analogue a la chaleur et à la lumière : « Il est probable, dit-il que >, 1 électricité, au lieu de consister en un ou deux fluides spéciaui « n est que le résultat d'une modification particulière dans l'état dei » corps; modification qui dépend probablement de l'actiou mutuelle » qu exercent les unes sur les autres les particules pondérables de la » matière et le fluide subtil qui les entoure de toutes parts quon « désigne sous le nom d'éther, et dont les ondulations constituent » la lumière et la chaleur. »

H. E>«m«a de !• q«.«Mion. - H nous faut maintenant étudier la question en elle-même, bien que son aridité l'ait fait mettre de côté dans tous les ouvrages modernes de physiologie, de physique ou de chimie. Certes, nous voudrions bien trouver la solution tout établie, et nous éviter le laborieux travail, sinon de la (rouver du moins d'en entreprendre la recherche. Mais c'est là une étude nécessaire d'une manière absolue, parce que d'elle dépend un grand nombre de quesHons ; el nous sommes convaincu que le grand malaise dont les sciences naturelles soufl'rent de notre temps, et qui les retient dans la voie du progrès, malgré les merveilleuses découvertes expérimentales, tient précisément à un défaut de solution sur la question des forces.

Il nous semble d'abord que cette question peut se résumer dans une double alternative : Ou bien les forces existent? ou bien ce que l'on appelle de ce nom ne sont que des états actifs des corps? Tout le débat se résume h savoir quelle est, de ces deux alternatives la vraie. '

DBS CAUSES BFFICIBNTfiS. 217

Or, il nous semble qu'on peut concentrer ce débat sur les cinq points suivants : 1" Peut-on accepter Texistence de forces ou puissances adjointes au principe d'activité? 2° Peut-on connaître une nature particulière qui correspondrait à l'idée de force? 3° Peut-on isoler les forces, ou sont-elles un état même du corps? 4® Peut-on comprendre l'émanation, là communication, l'accumulation, la tension et la destruction des forces? 5° Quelle est la valeur de l'idée d'un éther universel.

1* Peut-on admettre f existence de forces ou puissances adjointes ? — D'une manière générale, il est bien vrai qu'une activité peut être adjointe à une autre, une puissance à une autre; une main peut être adjointe à une autre main, un homme à un homme, un levier à un autre levier, un moteur à un moteur. Mais ce n'est pas de cela qu'il s'agit.

Nous posons la question en vue de l'activité première, ce qui est tout différent; et nous disons: Peut-on supposer que le principe actif ne peut lui-même agir, et qu'il a besoin de l'adjonction de puissances extérieures ?

Que la puissance ait besoin d'instrument (ce n'est pas une force), ou d'aide, cela est très bien! Mais dire qu'elle ne peut agir sans une autre puissance qui lui donne la force, c'est nier sa propre puissance, c'est faire d'elle une puissance sans puissance, une activité sans acte. Si elle agit elle-même, c'est elle-même qui entre en acte, qui est active. Que dans quelques cas elle ait besoin d'intermédiaire pour que l'acte soit porté du moteur premier sur le mobile dernier, c'est là un cas secondaire. Il faut d'abord voir l'acte se produisant du moteur prochain au mobile prochain, sans intermédiaire; car il y a toujours un point où il n'y a pas d'intermédiaire, quand ce ne serait que celui où le moteur agit sur l'intermédiaire lui-même. Alors, c'est bien le moteur qui meut, dont l'activité passe dans ce qui est mû. Il faut le reconnaître, à moins d'admettre qu'il est moteur sans mouvoir, qu'il est actif sans activité, qu'il est puissance sans puissance.

On peut dire cependant deux choses : 1** que le moteur n'est que l'occasion de l'action d'une force ; 2® que la force est subordonnée au moteur.

Mais dans la première supposition, ou le moteur, agit ou il n'agit pas. S'il n'agit pas, il ne peut être aucunement l'occasion de la force, puisque n'ayant pas d'activité, il ne peut ni appeler la force, ni la diriger, ni l'augmenter, ni la contenir ; ce n'est pas lui qui agit, c'est quelque chose qui agit pour lui, en lui et sans lui ; ce qui est anni-

218 DK& CAUSBS OU PaiNClPlj».

hiler Tactivité première» Si, au contraire, le moteur agit : ou la force lui est subordonnée, ou elle ne l'est pa& Si la force ne lui est pas subordonnée, nous rentrons dans la première sapposition, oucelle-ci agit pour lui, en lui et sans lui. Si, au contraire, on admet une force subordonnée au moteur, elle ne trahit en réalité que Tactivité du moteur, car elle n'agit que comme il meut, dans la direction qu'il meut, dans rétendue qu'il meut. Alors pourquoi existerait-elle?

L'adjonction d'une puissance n'explique donc pas la puissance première dont il faut admettre Tactivité. Elle ne peut s'entendre que dans le sens vrai du mot adjonction , c'est-à-dire qu'on ne peut Tadraettre que dans ce sens qu'elle apporte une activité seconde à une activité première pour doubler l'énergie de celle-ci; comme lorsqu'un honune s'adjoint à uu homme pour lever un lourd fardeau. Mais alors ce n'est plus une question de force, c'est une question d addition ou multiplication d'activité.

En résumé, l'activité première, c'est-à-dire la faculté en acte, est bien seule cause de l'acte. Lui admettre une puissance adjointe, c'est supposer : ou bien que la puissance adjointe fait tout l'acte, ce qui annihile l'activité première; ou bien que cette puissance e^t subordonnée comme un aide (dont la présence n'est pas démontrée et est inutile), ce qui n'explique pas l'activité de la faculté en acte.

2° Peut-on comprendre une nature particulière qui correspondrait à ridée de force? — Rendons-nous bien compte d'abord de l'idée même qu'on soulève.

On distingue deux choses, la faculté et l'acte, et ainsi j ai la faculté de marcher, puis je marche. Maison ajoute: la faculté et l'acte ont plus on moins de puissance, c'est-à-dire d'énergie, de fQPce. E'^ réalité, l'idée de force n'est qu'une idée de grandeur : la faculté ^ l'acte ont plus ou moins de grandeur, c'estr-à-dire d'énergie. Et ainsi, l'idée de force* n'est que celle d'une activité plus ou moiD> grande ; ce n'est pas l'activité elle-même, c'est l'activité ep plus ou en moins, soit en quantité soit en qualité.

Cela étant, il est évident que l'idée même de force n'ajoute rieo intrinsèquement à l'acte ; elle n'est qu'une idée de relation entre le moteur et le mobile. A moins de dire que l'activité elle-même e$t sans puissance, ce qui ramènerait à l'erreur démasquée plus haut, il faut bien avouer que l'activité est force. Seulement, cette activité appliquée à un mobile, soulève un fardeau plus ou moins lourd, et de là on dit qu'elle est plus ou moins forte; de sorte que l'idée de force n'est que la relation entre le plus ou moins d'énergie active, et le plus ou moins de résistance.

Or nous avons vu que Tactivité n'e^t pas autre chose que la faculté en acte, engendrée dans l'union substantielle du composé na* turel ; et son énergie ne dépend pas d'autre chose que de cette génération vitale. Il n'y a donc là aucune nature particulière : il n'y a que le composé naturel dans l'énergie plus ou moins grande de son activité.

Envisager la question autrement, c'est supposer, comme on l'a fait, une essence particulière servant de lien entre l'àme et le corps dont on faisait dériver la puissance. Mais nous avons vu combien celte supposition est irrationnelle (chap. I"). D'ailleurs, quand on Ttidmettrait, on ne serait guère plus avancé. Ou ce prétendu principe intermédiaire spirituo -matériel domine Tàmeet le corps pour les unir, ou il est engendré par eux. Si l'on admet qu'il domine l'àme et le corps, non-seulement on annihile l'âme, mais encore pour la question des forces, on ne peut pas admettre que sa quantité varie incessamment; on se trouve conduit à dire que son énergie est plus ou moins grande, ce qui revient au même qu'à admettre le plus ou moins d'énergie de Taciivité substantielle. Si l'on admet qu'il ne sert pas de lien entre le corps et l'âme, mais qu'il est précisément engendré dans leur union, on se trouve conduit à ceci, que ce n'est plus le sujet lui-même qui est activité, c'est le produit de son activité; ce n'est pas le composé qui est lui-même actif, c'est cette na* ture nouvelle qu'il a produite qui est distincte de lui, puisqu'on la dit une autre essence. En sorte que l'être ne ferait que produire un principe actif, et cène serait pas lui qui agirait directement.

Cette idée mènerait loin en moral ; mais j'écarte ce point de vue pour me renfermer dans la question purement physique. Je dis donc que s'il en est ainsi, si la force est une cinquième essence, engendrée dans l'union du composé naturel, distincte de ce composé, et communicable à un mobile (car il ne faut omettre aucun des termes}, on doit pouvoir l'isoler de son générateur. C'est un nouveau point à exanainer.

3"" Impossibilité d'isoler les forces; elles nesant qu'un état actif des corps, — La logique a ses droits, mais la science générale en a de plus grands encore, et toute déduction a sa contre-épreuve dans l'expérience. Si donc à un point de vue, et nous en trouverons d'autres, la logique mène à supposer l'existence des forces comme une cinquième essence, la première chose à examiner, c'est de savoir si l'expérience confirme cette supposition.

Nous l'interrogeons; que répond-elle? — llfiiut se persuader de cette vérité fondamentale, aujourd'hui parfaitement assurée, qu'on

ne peut isoler des corps ce que Ton appelle une force ou fluide impondérable. Je ne dis pas que dans l'état actuel de la science, on ne peut les isoler ; je dis, que d'une manière absolue, il est impossible de les isoler. Et de cela on donne une démonstration irrécusable, c'est que la Force disparait quand le corps disparait.

Nous connaissons des corps élastiques, pesants^ magnétiques, électriques, chauds, lumineux, venimeux, toxiques; nous ne connaissons pas l'élasticité, la pesanteur, le magnétisme, rélectriciiê, la chaleur, la lumière, le venin, le poison, en tant que substances isolables et isolées. Nous savons qu'un corps peut être chaud ou pas chaud, lumineux ou noir, etc., et qu'ainsi ce qu'on appelle une force n'est pas nécessaire à son existence; mais nous ne pouvons connaître la chaleur, la lumière, l'électricité et le reste, qu'à la condition qu'un corp^ soit chaud, lumineux, électrique, etc.

De plus, nous savons que ce qu'on appelle le son n'est pas uor force, mais une vibration sensible du corps sonore. Depuis Fresnel. on peut regarder comme à peu près démontré par les interférences, que la lumière n'est qu'un mouvement ondulatoire particulier. L'électricité parait à beaucoup de bons esprits une simple oscillation moléculaire dans les corps électriques. Dans tous ces cas, la qualité qu'on nomme force ne paraît donc pas être autre chose qu'un état du corps en activité. En est-il de même pour tous? La probabilité peut être soutenue, en raison de ce fait acquis qu'on ne peut isoler aucune force.

Une seule objection peut être faite. On peut dire qu'il est sans doute vrai que la force n'est pas isolabte de son support, mais que cela dépend de sa nature qui a besoin de cette condition indispensable pour être. On peut ajouter que la question peut se vider en renversant les termes : au lieu de considérer la force comme pouvant être ou non isolée, on peut la considérer comme pouvant être on non accumulée. Alors ce qui prouve son existence réelle , c'est son écoulement et son épuisement. Ainsi la chaleur, par exemple, }ieut être latente^ car la glace exige pour être fondue plus de chaleur qu'il n'en faut fpour élever l'eau de 0 à 100 degrés; et quelques savants tendent à considérer la chaleur comme un corps subtil entrant dans les combinaisons chimiques.

Sans entrer dans tous les détails où ce point spécial pourrait nous entraîner, et nous tenant aux faits connus, nous répondons : d'abord que la chaleur naît et se propage à la manière des autres activités; secondement, que l'expression latente est précisément à discuter, parce qu'il faut savoir si les forces s'accumulent comme celte

DES CAOSBS . BFFIGISNTBS. 221

expression semble le poser, et que c'est là un point à démontrer ; troisièmement enfin, que l'objection soulevée en suppose une autre plus considérable, à savoir, le rôle même des prétendues forces. Emanent-elles du moteur, sont-elles communiquées et accumulées, que faut-il entendre par leur tension et leur épuisement? Voilà la véritable question, et nous allons l'examiner.

Mais il est un point que nous devons considérer comme acquis , savoir^ que les prétendues forces ne sont pas isolables des corps; qu'elles paraissent, pour plusieurs au moins, n'être que des états actifs des corps. Maintenant, quel rôle leur fait-on jouer?

k° Peut-on comprendre l'émanation, la communication, l'accumulation, la tension et la disparition des forces? — C'est là un côté de la question qu'on n'a pas assez examiné, et qui cependant a une importance extrême en raison des solutions expérimentales et de bon sens qu'il fait découvrir. On veut admettre l'existence des forces; mais se rend-on bien compte du rôle qu'on est alors obligé de leur faire jouer.

En premier lieu, on les admet sans doute pour expliquer le rôle du moteur sur le mobile; mais alors il faut admettre qu'elles sont transmises de l'un à l'autre, c'est-à-dire émanéee, puis communiquées. Voyons cela.

D'après cette théorie, tout mouvement suppose une émanation de la force du moteur; quelque chose de réel passe du sujet dans l'objet. Or, contre cela s élève un grand nombre de faits dans lesquels celte émanation est radicalement inexistante. Si j'élève une pierre par l'entremise d'une corde et d'une poulie, il faudrait que quelque chose de moi passât dans la corde et la poulie, et de la corde dans la pierre : ce que personne sans doute ne soutiendra ; et il y a un très grand nombre de mouvements semblables. H faudrait encore que mon feu qui échaufie mon thermomètre à distance laissât émaner quelque chose de la nature du corps chaufiant , que ce quelque chose se communiquât à l'air, puis de l'air au tube du thermomètre, puis du tube au mercure qu'il contient. Cela n'est pas soutenable. D'ailleurs, ce quelque chose qui émanerait serait, d'après la nature de la force présumée plus haut, un principe spirituomatériel, qui ne serait pas le composé, mais qui ne peut exister sans lui, et en réalité ce serait la forme et la matière du corps moteur qui passeraient dans l'objet mù. Comprend-on que l'âme et le corps de l'homme d'un être vivant puissent ainsi se détacher par fraction, à chaque mouvement communiqué.

Il est vrai que quelque chose de semblable parait avoir lieu dans

222 DBfi €AasBs ou i»itntciK&

la transmission des courants électriques « mais ici le fait est tout différent, parce qu'il s'accompagne en même temps d'une combinaison chimique, et qu'il ne s'agit que des éléments des corps. Il n'en est plus de même pour la chaleur, la lumière et les autres cas ; on n'a jamais vu que leur communication d'un corps à l'autre entraînât des particules matérielles d'un corps sur l'autre.

Au lieu de ces subtilités fallacieuses et inadmissibles, posez ud moment que la force n'est qu'un état actif des corps, qu'un certain mouvement en acte, et vous comprenez sa communication du moteur au mobile, comme peut être la vibration d'un corps communiquée à un autre par prolongation des ondes vibrantes dans une continuité ; le mobile étant rapproché du moteur, soit directement, soit par un intermédiaire, de sorte que la contiguïté puisse être une continuité. C'est là, en effet, la loi générale des communicato quelles s'accomplissent d'un point â un autre par continuité^ parce qu'elles peuvent se continuer; le mouvement passe d'un corps à un autre quand ils sont suffisamment rapprochés, dans un sens déterminé, pour que la solution entre l'un et l'autre ne nuise pas à h continuité ; et l'intermédiaire, quand il eu existe, n'est destiné qu'à établir la continuité d'un corps à un autre.

Venons maintenant à ce qu'on appelle Vaccumulation des forces, mot dont on ne se sert en réalité que pour la chaleur, nous allons voir pourquoi.

El d'abord, on sait qu'on distingue très justement, pour l'éleclricité surtout, la quantité et la tension des forces. La quantifia est toujours adéquate à la multiplicité des surfaces productrices; plus il y a de foyer de chaleur, plus il y a de chaleur donnée; plus retendue des surfaces est multipliée, plus 11 y a d'électricité produite: plus il y a de foyers lumineux, plus il y a de quantité de lumière. La tension est différemment ce que l'on pourrait appeler Vénergit et peut dépendre do trois choses : de Taclivilé du corps producteur, de la surfece d'émanation, de la résistance à l'émission. On la mttout étudiée à propos de l'électricité, beaucoup moins bien poar U chaleur, la lumière et les autres forces, et on la considère sou\-enl, bien à tort, comme une accumulation quand il s'agit de la chaleur.

La tension est, disons-nous, l'énergie de l'activité, et peut dépendre en premier lieu du corps producteur : ainsi^lapile électrochimique donne plus* de tension électrique qu'un appareil galvanique ; le jet d'oxygène et d'hydrogène donne une Chaleur plus intense que la combustion du charbon ; et la combustion des charbons de terre plus que celte de bois ; la lumière du phoCogt*ue

DBS CÂtJSKS BFFICISNTSS. 223

électrique donne une lumière plus vive que n'en donne une lampe, et celle-ci en donne plus qu'une chandelle. La tension peut dépendre en second lieu de la surface productrice, c'est-à-dire que plus la surface productrice est grande, plus croit Factivité produite. Ainsit quatre couples électro-chimiques donnent un courant électrique d'une énergie bien inférieure à ce que donne un seul couple dont la surface égale celle des quatre couples; un foyer de chaleur d'un mètre de surface donne une chaleur infiniment plus intense que n'en donnent quatre foyers, chacun de 50 centimètres; une lampe d'un diamètre de 6 centimètres donne une lumière bien plus vive que trois lampes du tiers de la première chaque. Enfin la tension peut tenir k la résistance d'émission, c'est-à-dire à la difficulté qu'éprouve à se transmettre l'activité produite, et cette dernièi*e condition explique les deux autres. Soit une activité communiquée à un intermédiaire auquel le mobile résiste, et soit encore une succession d'activités communiquées à cet intermédiaire jusqu'à ce que le mobile cède; il y a plus ou moins d'activité donnée à cet intermédiaire, et ce plus ou moins constitue plus ou moins de tension. Ainsi le levier, mû par une force plus ou moins grande, sans que le mobile cède, et continuant à recevoir l'impulsion, acquiert plus ou moins de tension ; de même la bouteille de Leyde ne pouvant communiquer le courant électrique qu'elle reçoit, et le recevant toujours, acquiert également »plus ou moins de tension; ainsi, un corps étant chauffé, sans pouvoir émettre la chaleur i*eçue, acquiert plus ou moins de tension ; ou bien un corps étant dans un état tel qu'il ne peut rendre la chaleur qu'il a reçue, est dans un certain état de tension; et encore, soit un foyer de lumière, entouré de réflecteurs de tous c6tés, excepté par un point où elle peut s'échapper : sa tension est augmentée, les réflecteurs n'ont pas euxniéroes fourni de lumière, mais renvoyé celle qu'ils recevaient, et la succession des ondes lumineuses produites a condensé l'activité, c'est-à-dire donné plus de tension lumineuse, une lumière plus énergique.

Eh bien I y a-t-il pour l'explication de ces phénomènes nécessité d'admettre l'existence réelle de fluides particuliers; est-il môme possible de les admettre, et enfin l'explication n'est-elle pas plus nette en reconnaissant seulement des états actifs, des vibrations ou ondes, si l'on veut? Voilà la question.

Si l'on admet l'existence des fluides, l'explication semble plausible au premier abord ; émission de fluide, accumulation de fluide, tension du fluide , comme on dirait émission de gaz, accumulation

22li DES CAUSES on PRINCIPES.

de gaz, tension de gaz. Hais les gaz ne sont reçus, accumulés et aug* mentes de tension qu'à la condition d'un contenant, et comment expliquer que ces fluides-forces sont contenus? De leur nature supposée, car nous n*avoi)S pu faire que supposer leur nature, ils sont destinés à être émis ; ce principe spirituo-matériel est produit pour être émis, et par cela même avec une tendance à s'échapper du corps producteur et de celui qui le reçoit. Qui le retient? comment peut-il être accumulé sans s'échapper?

Au contraire, la vibration, l'ondulation, l'état actif du corps, c'est le corps lui-même en acte, et si l'acte ne peut se communiquer, il reste dans le producteur. Et l'expérience la plus vulgaire démontre qu'il peut s'accumuler. Qui ne s'est amusé dans sa vie à jeter une pierre dans l'eau pour examiner les ondulations de la surface liquide? Je puis ajouter : Qui n'a vu les ondulations très écartées vers le centre, et de plus en plus pressées h la circonférence où elles s'accumulent à mesure qu'il s'en produit de nouvelles? C'est le phénomène en grand et rendu visible, palpable, de l'accumulation des activités et de leur tension.

Enfin, il est constant que toute action, et par cela même toute activité s'épuise. Or, si l'on peut bien comprendre la fin de l'ondulation, de la vibration, de l'état actif du corps, parce que la résistance à l'acte doit être incessamment surmontée, et que l'activité communiquée est de moins en moins puissante à mesure qu'elle se prolonge : comment comprendre l'épuisement et la disparition du fluide-force prétendu? Que devient-il? Nous avons vu la supposition, contrairement à Texpérience et au simple bon sens, qu'il se détachait du moteur en entraînant quelque chose de sa forme et de sa matière; ce quelque chose, que devient-il? Cette partie, telle minime ou infinitésimale qu'on la suppose, subsiste ou est détruite. Si l'on admet qu'elle subsiste, comme par exemple subsiste la minime partie du métal entraîné par le courant électrique, du positif au négatif; comment se fait-il qu'elle n'agisse plus, puisqu'elle existe encore? Ce n'était donc pas cette partie de matière entraînée qui était la force, mais simplement le support de l'activité; ce n'était qu'une partie du corps en acte. Si l'on admet une force détruite par l'activité, on se trouve conduit à croire que la matière de ce monde et la forme des corps se détruisent incessamment, ce qui est grave^ et il reste encore à expliquer comment a lieu cette destruction, qu'on ne sait comment comprendre.

On peut s'expliquer le passage de l'acte au repos, parce qu'il n'y a là rien de détruit, tout subsiste; ce n'est, en réalité, que le pas-.

,DSS CAUSES EFFICIKNTES« 225

sage de la ligne courbe à la ligne droite, ou de l'extension à l'inextension. Hais si Ton suppose une force fluide, il faut qu'elle soit détruite, et la destruction n'étant qu'une dissolution^ c'est la séparation de la forme et de la matière! Poussée ainsi dans ses conséquences, l'existence des forces parait insoutenable.

6* Décidée d'un éther universel, — C'est l'idée même de Descartes que nous devons examiner en peu de mots pour clore cette discussion. Je veux me contenter de montrer brièvement qu'elle est erronée. En premier lieu, j'observe, d'après ce qui a été démontré plus haut, qu'admettre une force adjointe à l'activité première du (noleur, c'est nier cette activité première, ou ne prendre cette force adjointe que comme un aide qui n'explique pas l'acte premier, ou comme un intermédiaire.

En second lieu, admettre cet éther universel comme un intermédiaire obligé entre tous les corps, c'est supposer que ceux-ci ne se touchent pas, ce qui est erroné, d'après tout ce que l'on sait des gaz et de leur dilatation, ainsi que de la vaporisation des corps les plus fixes. Et encore c'est supposer une cinquième nature de corps, dont on n'a jamais pu donner la démonstration. Enfîn^ c'est supposer tout cela, non pour expliquer des forces, mais pour expliquer des \ibratious ou des états actifs, dont les corps eux-mômes rendent suffisamment compte.

Il faut se rappeler, pour comprendre l'erreur de Bescartes, que l'on connaissait bien moins alors l'expansion des corps dans le vide, l'impossibilité du vide absolu, et les lois de la dilatation des gaz, ce qui explique et excuse l'erreur dans un certain sens, non au point de vue métaphysique.

On comprend bien que l'action des corps éloignes ne peut s'expliquer sans un intermédiaire, et l'on admet que l'existence d'un mi- Jieu est nécessaire dans le système planétaire entre les astres. Mais ]a loi de l'expansion absolue des gaz dans le vide oblige à croire que l'atmosphère terrestre ne peut avoir de limite absolue; que, plus elle est rapprochée de la terre, plus elle est condensée par la gravitation ; mais que, plus elle s'éloigne, plus elle échappe à cette puissance, et plus, en conséquence, elle est livrée à la loi d'expansion ; qu'enfin, on ne peut savoir la limite extrême de cette expansion indéfinie. Il n'est donc pas besoin d'admettre un éther particulier répandu entre les astres; il suffit de savoir que, pour remplir ce vide, les expansions de toutes les planètes et du soleil lui-même suffisent.

La puissance des instruments d'optique . apprend que le vaste

FRÉDAULT. t^

320 Dit» CiUblâ OD PRINCIPÉF.

69pace inter^astral fourmille d'astéroïdes, et par conséquent de ma-^ 4ièâre condensée, dont l'expansion et la subtilisation sont explicables par la loi de dilatation dans le vide. On sait que la matière de ces astéroïdes est incessamment en mouvement, se condensant sur un point, se subtilisiint sur un autre. Avec juste raison, paratt-il dans Vétat de la science, on explique les aérolithes qui tombent de temps à autre sur la surface de notre globe, comme étant des matières de ces astéroïdes, qui entrent dans le mouvement d'attraction terrestre. Enfin, les dernières analyses de la lumière par le procédé Kirkoff et Bunsen ont permis de constater la présence de deux métaux terrestres dans le soleil, et ce n'est là sans doute qu'un commencement.

On peut dire aujourd'hui que l'idée d*un éther universel, en tant que corps particulier^ est une idée qui a fait son temps.

Concluons donc que ce qu'on a nommé une cinquième essence n'existe pas, et que les forces prétendues développées dans l'acte ne sont autre chose que l'acte même, le corps en état d'activité.

La science devra plus tard rechercher en quoi consistent ces états d'activité, un complément qui ne peut manquer de venir un jour. Déjà même on est sur la voie, par l'étude des ondes sonores, Inmi* neuses, caloriques, électriques. Leurs figures, leura modes d'expansion et d'ondulation, leur rapidité, voilà le thème qui conduira k les connaître, et qui appelle toute l'attention des physiciens et des chimistes. Il restera aux physiologistes l'étude des actes vivants, du corps vivant en acte.

§ 3. — De* partiM orsantoée*.

Les corps vivants, comme les corps bruts, se présentent sous un certain arrangement des particules qui les composent, selon les états où ils se trouvent, selon les actes qu'ils accomplissent; et comme ces corps vivants développent une activité beaucoup plus variée que les corps bruts, ils ont par cela môme un arrangement matériel beaucoup plus varié, en rapport avec leurs actes différents ; c'est ce qu'on appelle leur organisation.

Cette organisation se compose de parties solides et de parties liquides, et même de parties gazeuses dissoutes dans les liquides. Les parties solides qu'on nomme organes^ parce qu'ils sont considéra comme accomplissant l'action, quoique les liquides y participent également, sont des arrangements matériels composés de purlies élémentaires qu'on nomma ti$sus; ainsi le mu$cU eat oom-

JiM CAUSES IPnclfiNTlt^. ' î'if

posé de tissu musculaire et dé tissu cellulaire. Ces parties solides sont lubrifiées par les liquides qu'on nomme humeurs^ qui sont* contenues dans des cavités ou qui filtrent à travers les tissus.

D*une knanière générale, on considérait autrefois les parties du corps comme les instruments des actions qu'il exécuta. Ce mot est impropre, et il est préférable de se servir du mot organe. En effet, quand on parle d'instrument, on entend un intermédiaire quel* conque entre l'être qui produit le mouvement et l'objet qui le reçoit ; il y a un moteur qui produit le mouvement, un instrument extérieur et étranger au sujet, qui le reçoit pour le transmettre, et un objet plus éloigné qui est mu. Au contraire, dans lorganisnie, le sujet produit le mouvement et l'exécute en lui-même; c*est lui-même qui se meut. Il est bien vrai qu'il peut transmettre certains mouvements à l'extérieur par ses organes; mais alors ceux-ci ne sont pas des intermédiaires étrangers, ils appartiennent n la personne qui meut, et qui, en mouvant, se meut elle-niènne. Il est vrai encore que le root latin organum veut dire instrument; mais en français, nous distinguons fort justement Vorgane^ Yinstrument et Youtil. Ce n'est sans doute là qu'une affaire de mots, mais elle a son importance.

Nous avons à examiner, dans le sujet qui nous occupe, deux questions : 1® ce qu'est l'organisation en elle-même; 2® les diversités de V organisation.

I. Ce qu'est rorgaaiMitioo. — Nous avons dit et démontré que le corps vivant est formé de substances matérielles tenues dans une composition de nature nouvelle par une àme qui leur est substantiellement unie, et est le principe de l'activité vivante. Nous avons vu également que l'activité du composé vivant est apte à plusieurs facultés, c'est-à-dire à développer son activité sous des modalités différentes. Enfin nous venons de voir que ces modalités différentes de l'activité constituent des états actifs du corps vivant, que l'on a appelés forces. Or, l'état actif du corps ne peut exister sans que les particules matérielles y participent, et par cela même y répondent. Cette participation détermine, dans l'arrangement de ces particules, des manières d'être diflerentes, selon les actes qui s'accomplissent, et de là leur organisation.

Ainsi, non*seulemenl les éléments matériels constitutifs du corps vivant changent de nature sous l'influence de la forme active à laquelle ils sont unis substantiellement, mais encore ils changent dans leur arrangement; de matière brute, ils deviennent chair, et (le stratification matérielle, ils deviennent organisation; de telle

228 DKs ansBs on principes.

sorte que TarraDgement de la matière est adéquate à l'acte qu'elle accomplit, et que de son arrangement, de sa forme extérieure se peut déduire son action.

Il s'ensuit, et nous aurons à le rappeler au livre VI de cet ouvrage en parlant du développement de l'être, que c'est pour le besoin de l'acte que la matière du corps prend son arrangement, s'organise; que l'action crée l'organisation. Sous l'influence de la cause finale, dont le rôle sera expliqué plus loin, l'activité se développe avec l'idée de l'acte à accomplir, et cette idée se réalise dans la matière du corps qui s'organise. Burdach a très bien vu ce point délicat de la physiologie : (c Lidee^ dit-il, est le noyau de la vie... Vidée de la fonction crée son organe pour se réalisef\ » [PhysioL, t. V, p. 496.)

En un mot, l'organisation n'est que la matière du corps arrangée dans l'acte accompli.

II. Des dlveraltés de l'orgaMiMitloii. — Autant d'actes diflë^

rents, autant de diversités dans l'organisation, et la classification des diverses formes de l'organisation n'est que la classification des divers actes de l'organisme.

On distingue trois choses dans l'organisation : les appareils, les organes et les tissus.

I. — Les appareils sont composés d'organes divers concourant à un but commun; ainsi, on dit : l'appareil digestif, l'appareil circulatoire, l'appareil respiratoire, l'appareil sécréteur, l'appareil locomoteur, l'appareil d'innervation, l'appareil sensitif. Ce sont des groupes d'organes qui se tiennent ou qui sont dispersés dans toute l'économie.

II. — Les organes sont des parties distinctes et isolées les unes des autres, parties complexes dans leur structure, mais accomplissant chacune un acte déterminé qu'on nomme une fonction. Bérard a défini la fonction un ensemble ou une série d'actes concourant à un but commun. {Cours dephysiol.^ t. l, p. 291.) Quoiqu'il insiste longuement sur cette définition, elle est fausse, car on croirait d'après elle que la fonction est l'acte d'un appareil, puisqu'il en fait un ensemble ou une série d'actes concourant à un but commun. L'organe ne concourt qu'à un acte; le vaisseau est un conduit, le poumon a pour fonction l'hématose, la glande sécrétoire sécrète, le muscle meut, le sens sent, et ainsi de suite. Il y a, il est vrai, des organes composés qui sont comme de petits appareils, mais chacun des organes composants a sa fonction : ainsi, dans l'estomac, il y a des glandes qui sécrètent le suc gastrique; dans la peau, il y a les

DBS CAUSBS EFFICIENTES. 229

glandes sudoripares, les follicules pileux, les follicules clos. Gela se comprend, parce que Testomac est un organe composé qui a deux actes à accomplir, de sécréter le suc gastrique et de triturer Taliment ; et la peau est également un organe composé dans lequel entrent des organes secondaires qui accomplissent chacun leur acte. Mais, en général, Torgane n'accomplit qu'une action, le rein sécrète l'urine, comme chaque glande a sa sécrétion ; le testicule donne le sperme, l'ovaire donne l'ovule^ le poumon hématose le sang, le cœur pousse le liquide sanguin; et quand on trouve un organe qui accomplit deux actes différents, on peut être C/Crtain qu'il est composé de deux organes secondaires.

Chacun des organes de l'économie doit être étudié avec la fonction qu'il accomplit

III. — Les tmm sont la trame des organes : ainsi le muscle est composé de tissu musculaire et de tissu cellulaire. En général, cliaque organe est composé d'un tissu spécial qui accomplit sa fonction, et ce tissu particulier est compliqué de tissus adjoints. Cette distinction est capitale. Ajoutons que, comme il y a des organes semblables dans divers points de l'économie, il y a des tissus simi^ laires répandus dans l'organisme.

L'étude des tissus joue un grand rôle dans la science moderne, et en raison de l'importance qu'on y attache, nous devons nous y arrêter. Nous ferons d'abord l'historique des travaux qui ont été produits sur ce point; nous dirons en second lieu ce qu'il faut penser de l'idée moderne de ramener tous les tissus à une unité de forme, sous le nom de théorie cellulaire; enfin nous examinerons quelle doit être la classification des tissus.

!• Historique. — Aristote, le premier, distingua les parties en simples ou similaires et composées ou organiques. « Entre les parties » simples, dit-il, les unes sont molles et humides, les autres sèches » et solides. Les premières sont le sang, la lymphe, la graisse, le » suif, la moelle, le sperme, la bile, le lait ; on y comprend encore, j» dans une autre classe, les excréments, tels que les mucosités et ce » qui sort des intestins et de la vessie. Les parties solides et sèches » sont les nerfs, la peau, les veines, les cheveux, les os, les cartilages, » les ongles, les cornes. » {Hist. des anim.^ liv. I.)

Gnlien admettait les parties similaires à l'exemple d'Aristote, mais sans s'y arrêter; au moins n'ai-je trouvé dans ses œuvres que leur définition. Il dit : a Similaris vero pars est, sicut ipsum clare D indicat nomen, quae in similes dividitur particulas, veluti in oculo » vitreus bumor, et crystalUnus, et tunicaruni propria cujus(}ue

^SO DBS CAUSES Oa PRINCIPES.

> substantia. » {Meth, med., lib. 1, cap. 6.) D'après cette seule phrase, il semblerait que, tout en suivant Aristote, il ne l'a pas bieti compris.

Fernei, au xvi'' siècle, discute l'opinion de son temps, qui avait admis un grand nombre de parties similaires, et se résout à admettre comme telles les os, les cartilages, les ligaments, les membranes, les tendons, les nerfs, les artères, les veines, la chair et la peau. Il dit : c( Plurima habet humaiium corpus, continetque simplicia, sine » quibus neque diu , ncque convenienter conservari potest : ul >^ spiritus, et quœab his delluunt super vacanea suis quisdam recep- » taculis concepta : praeler, ossa, cartilagines, vincula, tendones, ))membranas, nervos, venas, arterias, cutem, carnem, itemque » adipem, medullam, pilos et ungues, haec omnia quidem simplicia, » sed quibus non ex aequo partis appellatio attribui potest. i Et il conclut : « Ergo quae vere existimari debent partes simplices, hœc » restant : os, cartilago, vinculum, membrana, tendo, nervus, w arterise, vena, caro, cutis. » [PhjsioL^X, H, c. 2, in Institutiones.) Au XYU"" siècle, la question prit une plus grande importance; on discutait pour savoir quelles étaient les parties vraiment simples ou similaires, dont les autres étaient composées. Lazare Rivière n'admet comme similaires que les os, les ligaments, les cartilages, les membranes, et il prétend que la chair et les nerfs ne sont pas similaires, puisqu'ils peuvent être divisés en parties dissemblable.^. {Phygiol.^ sect. /i, cap. 2, in Institutiones.) Dulaurens n'en admettait que cinq: l'os, le ligament, le cartilage, la membrane, la chair. (Anar, lib. I, cap. 20.) On s'éloignait ainsi de l'ancienne opinion d'Âristote lorsque G. Hoffmann, zélé défenseur du Stagyrite, reprit la question. {De partibus singularibus, Frandbrt, 1667.) Mais d'autres idées toutes nouvelles allaient se faire jour; on commençait à user du microscope. Leuvenhoêck et Malpighi apprenaient son usage et démon* traient l'existence de cellules et de fibres élémentaires. Ruyscb» par des injections admirables, démontrait l'existence des capillaires là où il ne les avait pas soupçonnés, et pensait que c'était l'élémenl unique de toute structure.

Le xviii^ siècle ne fit pas faire de grands progrès à cette question malgré les travaux de Fontana, Swammerdam, Mascagni, Huys» Albinus, Lieberkuhn, Hewson, Procbaska. Toutefois, un mot nouveau et une idée nouvelle furent introduits dans la science : on appela les parties similaires des tissus^ comme étant la trame ou le tissu qui sert à la structure des organes composés; puis on se de* manda si, au lieu de plusieurs tissus élémentaires, il n'y en avait

pas un SL'ul, primilif et générique, qui put servir à la structure de toutes les parties. Les uns, se rappelant les cellules découvertes par Leuvenhoéck, en faisaient le tissu élémentaire, opinion reprise de nos jours. D'autres, comme Fontana, Mascagni, Albinus et Haller, considéraient comme seul élément la libre que Muys avait décou* verte dans le tendon et les muscles, v La fibre, disait Haller, est à la médecine ce que la ligue est à la géométrie. » D'un autre côté, l'opinion de Ruysch avait des adhérents qui soutenaient que les vaisseaux étaient le tissu élémentaire de toutes les parties. Sur la fin du siècle, Cbaussier admettait quatre espèces de fibres : laminaire^ nervale, musculaire^ alàuginée.

Le XIX' siècle a vu s'élever, sur ce point, toute une science nouvelle qu'on appelle Vanatomiede structure ou Y histologie; mais, dans cet espace de près de soixante ans, la question a subi comme deux phases différentes : Tune commence à Bichat (en 1601), l'autre commence à Schwann (vers 1838).

Bichat publia, en 1801, le livre intitulé Anatomie générale: c'était une histoire compendieuse de ce que les anciens appelaient les parties similaires. Il y décrivait vingt et un tissus élémentaires servant à composer la structure des organes, savoir : le tissu cellu-» laire, nerveux de la vie animale ^ nerveux de la vie organique, artériel, veineux; le tissu des exhalants, des absorbants et de letirs glandes; le tisiu osseux, médullaire, cartilagineux, fibreux, fibro-cartilagineux, musculaire de la vie animale, musculaire de la vie organique, muqueux^ séreux, synovial, glandulaire, dermoide, épidermoïde, pileux. -• Lorsque cet ouvrage parut, on avait oublié et l'opinion d'Aristote et les travaux des xvr, xvn* et xvui^ siècles; aussi Vanatomie gêné* raie de Bichat parut-elle une création scientifique nouvelle ; son influence fut considérable. Le mot d*anatomie générale resta l'histoire des parties similaires ou tissus élémentaires, et un grand nombre d'auteurs s'exercèrent à préciser le nombre de ces tissus; nous ne citerons que les principaux. — Meckel admit dix tissus: muqueux, vasculaire, osseux, cartilagineux^ fibreux, fihro^artilagi^ neux, osseux, musculaire, nerveux, {Manuel d'anatomie, 1812.)*— Béclard admettait dix classes : cellulaire et adipetix, séreux, tégu^ mentaire, vasculaire, glandulaire, ligamentpux, cartilagineux, osseux^ musculaire, nerveux. {Anatom. gén., 1823.) — Rudolphi admet comme parties simples les tissus cellulaire, corné, cartilagineux^ osseux, tendineux, vasculaire, musculaire et nerveux. (Programm. de cap. hum. part, simil.) -— Hagendie en admet onze : cellulaire, tm^ culaire, nerveux, osseux, fibreux, fibr<H?artilagineux, musculairef

232 DES CAUSES Oa PRINCIPES.

érectilCt muqueux, séreux, corné ou épidermique et pileux^ parenchymaieux et glandulaire. {PhysioL, t. 1.) — H. Cloquet en admit quinze : cellulaire, membraneux, vaisseaux, os, cartilages, fibro-car^ tilages, ligaments, muscles, tendons, aponévroses, nerfs, glandes, follicules, ganglions lymphatiques, viscères. [Anatomie, t. I.) — Gerdyen admit sept : albugineux, cartilagineux, ligamento- cartilagineux, osseux, nerveux, musculaire, épidermeux. (PkysioL, p. 188.)

11 est bien évident que le mouvement communiqué par Biehat n était que la reprise de celui du xvn" siècle, et dans tous ces auteurs que nous venons d'indiquer» il ne s'agit, comme pour ceux du xv!!** siècle, que de discuter sur le nombre des parties similaires, les uns en admettant plus, les autres moins. On pouvait continuer longtemps ainsi, sans que la science profitât beaucoup, car que décider entre Biehat qui admet vingt et un tissus, Meckel qui n'en admet que dix, Rudolphi qui en indique huit, Hagendie qui en reconnaît onze, H. Cloquet qui en veut quinze, et Gerdy qui n'en veut que sept? Ce ne sont là que des opinions, des vues de Tesprit sur la nature de ce que Ton voit, mais rien de précis et de fondamental. Il fallait pour décider la question pouvoir pénétrer la nature de chaque parcelle de tissu ; il fallait le microscope pour préciser, non ce que l'on devait opiner, mais ce qui est réel. Déjà, il est vrai, on se servait de cet instrument, et depuis les célèbres découvertes de Leuvenhoëck, on ne l'avait jamais complètement abandonné en anatomie, mais beaucoup de découvertes restaient enfouies dans les mémoires, et ne paraissaient pas dans les traités didactiques.

On en était \h, lorsque vers 1838, Schwann fit paraître les Becherches anatomiques sur Vanalogie de structure et de développement des animaux et des plantes (en allemand; Berlin, 1839), où il indi* quait que la cellule est la forme élémentaire, et qu'elle se convertit en fibres pour former les tissus; qu'ainsi la ce//u/« est l'unité de forme de tout élément organique, et que l'organisation n'est en réalité qu'une formation cellulaire. Ce livre et ces idées firent une sensation extrême en Allemagne, nation remarquable par l'exaltation de l'imagination et la patience dans les recherches. Partout on voulut vérifier cette nouvelle théorie ; on s'adonna à l'examen microscopique, on examina les anciennes découvertes, et, en près de deux ans, Yanatomie microscopique ou Y histologie put être fondée; dès 18^1, Henle publiait en allemand son livre classique d'Ano^omte générale^ qui, en 18û3, traduit en {r£inçms{EncyclopédieanQtomique), communiqua chez nous le mouvement éclos en Allemagne, et qui çtait açtiyc par les recherches microscopiques sur l'anatomie pathor

DBS CAUSES EFFICIENTES. 233

logique. En Allemagne parurent de nombreux travaux : Tarticle Tissus de Valentin, dans le Dictionnaire de physiologie de Wagner (18^2); le Manuel d'anatomie générale de Bendz {iSlxO-iSUl}; VAnatonde microscopique de Kolliker (1850-5(i) ; le Manuel d'histologie de Gerlach (1853-5/») ; sans compter les travaux d anatomie pathologique. En Angleterre : Y Anatomie physiologique et la physiologie de l'homme^ par Told et Bowmann (London, 1845-53); le Catalogue of the histological séries, in the royal Collège of surgeons ofEngland^de Queckelt (London, 1850). En France, après la traduction de l'ouvrage de Henle, nous eûmesle Cours de microscopie de Donné (Paris, 1 StxU)y et V Atlas du cours de microscopie ^ Paris, I8/16 ; V Anatomie microscopique de L. HandI (1838-1857) ; la traduction de V Anatomie de Kolliker, sous le nom d'Éléments d'histologie humaine (Paris, 1856-57).

Kolliker, qui résume bien Tétat de la science histologique, admet dix organes simples : 1° épiderme, épithélium, poils, ongles, émail, cristallin; 2'' glandes simples vraies; 3° corps vitré; W* corde dorsale, vrais cartilages, cartilages élastiques ; 5^ tendons, ligaments, membranes fibreuses, cartilages fibreux; 6* os et dents; 7'' muscles lisses et membranes musculaires lisses ; 8'' muscles striés ; 9"* nerfs et ganglions; 10° follicules glandulaires simples.

Ainsi la science vient d'être encore une fois changée. Elle s'était d*abord appelée rhistoire des parties similaires; avec Bichat, elle prit le nom d'anatomie générale; avec la nouvelle école, elle prend le nom d'anatomie microscopique ou histologie.

Mais ce changement est-il purement nominal ou bien réel? Au fond, ne s'agit-il pas encore comme autrefois, comme avec Aristotc, comme avec le xva" siècle, comme avec Bichat, de découvrir les parties élémentaires de la structure organique? Évidemment oui ! Seulement, ce n'est plus une question d'appréciation de la nature des tissus vus à l'œil nu, c'est l'introduction du microscope dans Tanalyse de ces éléments ; c'est aussi la théorie même de Torganisation basée sur l'examen de ses parties les plus simples. Occuponsnous d'abord de cette théorie.

2* De la théorie cellulaire. — L'idée de ramener toute organisa* lion à l'unité de forme, est au fond l'idée de ramener toute action organique h l'unité d'acte. La conséquence est forcée. Cette conséquence n'a pas encore, il est vrai, pénétré toute la physiologie, mais elle vit déjà dans la théorie des sécrétions et de l'absorption, car on admet que tout le liquide sécrété est l'œuvre d'une cellule qui sécrète, que toute absorption est l'œuvre d'une cellule qui absorbe. On peut prévoir le moment où cette conséquence sera bien

2âft DUS CAUaCS ou PRU<CIPfl&.

plus largement développée, et il importe d'examiner ce qu'il y a ea elle de juste ou de faux.

Disons d'abord^ pour rendre la science équitable envers tout le monde, que cette théorie cellulaire qui était dans Schleiden au point de vue botanique, et qui aurait été développée dans son universalité d'application par Schwann, se retrouve dans un livre antérieur au sien. Nous ne voulons pas juger strictement cette question de priorité, mais nous devons dire au moins ce qu'elle est, surtout quand il s'agit de revendiquer quelque chose pour un Français dont les malheurs, et peut-élrc les opinions politiques aussi bien que quelques excentricités médicales, ont fait méconnaître la haute valeur. Nous voulons parler de F. V. Raspail (i). Dans son livre intitulé : Nouoeau système de chimie oracoiigue^ Paris, 1833» antérieur de cinq ans à celui de Schwann, il développe trop clairement cette théorie cellulaire, que tout le monde rapporte aujourd'hui au physiologiste de Berlin, pour qu'on n'en doive pas tenir compte. Nous en citerons quelques passages :

Page 77 : a 126. Dans le courant de cet ouvrage, nous aurons plus d'une fois occasion d'établir que le type de Tétre organisé peut se réduire, dans sa plus simple expression, à une vésicule imperforée, douée de la propriété d'élaborer au profit de son développement indéfini, les substances gazeuses ou liquides qu elle attire dans son sein par aspiration, et de rejeter par expiration ceux des éléments décomposés qui ne peuvent servir à l'assimilation.

» 127. L'analogie oblenue par une démonstration rigoureuse, nous conduira à établir que la paroi de celte vésicule est elle-ménie formée de vésicules agglutinées côte à cûle, qui peuvent aussi être supposées composées d'autres vésicules, et anisi de suite jusqu'à cet infini qu'on est forcé d'admettre partout, quoique lecalcuLne puisse jamais l'atteindre.

» 128. Mais cette vésicule, organisée, dépouillée de toutes les sub* stances étrangères, et réduite à ses parois, n'offre à l'analyse qu'une association intime d'eau, de carbone et de sels, soit terreux, soit ammoniacaux.

» 129. Or, de même que de la forme réelle et visible des cri&* taux, on arrive, par analogie, à la forme idéale de la molécule cbî* mique qui les constitue, de même, et en vertu de la même opération d'esprit, nous pouvons conclure que la combinaison d'eau, de car* bone et d'une base, forme une molécule organique qui cristallise en

(1) 0*681 M. i. p. Teftsicr qui le premier a produit cette revendieatioa.

im CAUSES XmQKhTEB. : lS5^

une vésicule, dont les propriétés dUfèfent de celles qu'on remarque dans toutes les combinaisons des copps inorganiques de cristallisa*' tion anguleuse. »

Page 80 : « 13^. Il me semble concevoir que. tous les effets de Torganisation et de Téiaboration des organes sont dus à la propriété qu'a la vésicule organique d'aspirer les gas et les liquides, de condenser les gaz avec le liquide dans son sein, de s'en assimiler les produits par attraction, et de rejeter ou d'expirer en dehors par ré* pulsion les produits non assimilés, o

Page 516 : a 1343. La cellule végétale, ainsi que la cellule animaie, est uue espèce de lal)oraloire de tissus cellulaires qui s'orga* niseut et se développent dans sou sein. Les parois imperforées, à en juger par nos instruments grossissants les plus forts, ont la propriété de puiser par aspiration dans les liquides ambiants, les éléments nécessaires à cette élaboration. Elles ont donc la propriété de faire comme un triage, d'admettre certains matériaux, et d'arrêter au passage certains autres, et par conséquent de séparer les éléments de certaines combinaisons pour n'en adopter qu'une partie. »

C|est bien là la véritable théorie cellulaire, et sous sa meilleure forme. Schwann n'en a donné que l'application microscopique, l'application anatomique. Raspail l'avait précédé par l'application physiologique; et dans cette application, presque tout est vrai. Je ne sais si l'application anatomique de Schwann restera telle que son auteur Ta donnée; on peut en douter, car il y a bien des fibres et des stratifications qui ne procèdent pas de la transformation des cellules. Uais |)our les phénomènes de nutrition, l'application de Raspail semble extrêmement vraie ; tout phénomène d'absorption et (réiiminatiou est un phénomène cellulaire, comme nous le montre* rons en étudiant ces actes.

Mais ce que nous devons examiner ici, c*est le fondemei^^t anatomique de la théorie, savoir si toute forme élémentaire d'organisa* tion n'est qu'une cellule.

Sauf un petit nombre d'exceptions qu'il reste à expliquer, on peut dire d'une manière générale que toute forme organique est ceU lulairc ou dérive de la cellule. Seulement, il y a des parties comme l'épithélium, les cheveux, les cartilages, certaines parties du système nerveux, où la forme cellulaire est à peu près persistante pendant toute sa durée ; il en est d'autres^ comme les os et les dents, où elle se change en canalicules; d'autres, comme dans le tissu cellulaire fibreux, musculaire, où la cellule se change en fibre. D'une manière générale, la forme cellulaire domine ; on pourrait

236 DES CAUSBS 00 PhUfClPES.

presque dire qu'elle est universelle; l'organe est entouré d'une enveloppe, et Tétre vivant tout entier qui dérive d'une cellule originelle, est entouré par la peau, qui lui forme comme une vaste enveloppe cellulaire.

Cependant, dans les os, dans les cartilages môme, çà et là dans tous les tissus, on trouve des dépôts moléculaires amorphes ; dans les cartilages, dans les muscles, on trouve des stries fibrillaires qui ne viennent pas de la forme cellulaire; enfin, dans la coagulation du sang, la fibrine prend tout de suite la forme fibrillaire, sans passer par la forme cellulaire. Mais ce sont là des exceptions qui ne détruisent pas la règle générale, parce que ce sont des phénomènes qui, en définitive, se passent dans la cellule organique. Les dépôts moléculaires ne sont, parait-il, que des fixations partielles delà matière; les stries ne sont probablement que le fait du mouvement des parties élastiques, et la coagulation du sang n'est pas une véritable formation, ni un acte franchement normal.

On peut donc dire d'une manière générale que toute forme organique procède d'une forme cellulaire originelle. Hais il faut remarquer aussi deux choses : la première, que cette forme n'est pas partout persistante, qu'elle se change souvent en forme fibreuse, et qu'ainsi, il y a deux formes définitives de l'organisation : la forme cellulaire qui représente les actes de la vie végétative, et la forme fibreuse qui représente les actes de la vie animale. En second lieu, ces deux formes ont de nombreuses variétés fort différentes les unes des autres; la cellule épithéliale ne ressemble pas à la cellule osseuse ni à la cellule nerveuse ; la fibre cellulaire ne ressemble pas à la fibre musculaire. De telle sorte que, si l'on peut dire que l'organisation se résout d'une manière générale dans une seule forme, la cellule, il faut dire encore que cette forme générale apparaît sur deux aspects principaux de cellule et de fibre, qui présentent à leur tour de nombreuses variétés.

Et rapprochant ces données de l'organisation des actes qu'elle accomplit, nous sommes conduits à reconnaître que les actes de la vie se rapprochent d'une môme forme générale, qu'on peut les rapporter aux deux classes principales de la vie végétative et de la vie animale, qu'ils ont enfin quelque chose de spécial dans chacune de leurs particularités.

3* De la classification des tissus, — Nous avons vu plus haut toutes les classifications proposées par les auteurs : toutes reposent sur l'idée d'examiner les tissus au microscope purement et simplement, et de classer les formes aperçues. Aucune d*elles ne me semble

DBS CAOSBS BFFICtBNTX& 237

exempte de reproches, par suite même da point de vue qui leur est GomiDun.

Il me semble préférable de rapprocher l'anatomie de la physiologie, et de prendre en considération ce que je disais en commençant cette étude, que les tissus représentent des actes d'organisation simple, et que chacun d'eux caractérise un organe et demande par conséquent à être étudié à part comme l'acte qu'il accomplit. Séparer Tanatomie de la physiologie me parait être la plus grande faute que l'on puisse commettre; je déplore avec Sœmmering cette séparation, et avec lui je ne crois pas que l'étude de l'être vivant puisse être fructueux sans l'unification de l'anatomie avec la phy« siologie organique.

§ 4. •-- meû liMiiieiini.

Les humeurs sont les parties liquides du corps vivant; elles coulent dans des canaux ou imbibent les organes et les tissus, maintenues ou modifiées dans leur nature selon les actes auxquels elles concourent.

On s'est avisé de vouloir déterminer quelle est la quantité de liquides en proportion avec les solides du corps vivant. Chaussier fit le premier une expérience dans ce but. Il prit un cadavre et le soumit dans un four à une dessiccation complète. Ce cadavre pesait 120 livres avant l'expérience : il ne pesait plus que 12 livres après, de sorte qu'il avait perdu les neuf dixième de son poids, a 11 existe, dit Gerdy, chez les voyageurs qui ont parcouru les déserts de l'Afrique et l'Arabie, des observations qui pouvaient faire prévoir ces intéressants résultats.. J'ai lu quelque part, que l'on rencontre dans ces brûlants déserts, des cadavres de chameaux, tellement desséchés par le soleil du pays, qu'un homme seul les soulève aisément. Il faut qu'alors les os eux-mêmes soient allégés par la dessiccation.» {Physiol.f p. 177.) Magendie, après avoir rapporté l'expérience de Chaussier, ajoute que o cette dessiccation pourrait être poussée plus loin, car si on soumettait le résidu à une forte calcination, on le réduirait encore considérablement; peut-être n'en resterait-il pas une livre. • {Phy$ioL^ 1. 1, p. 7.) Ce n'est pas comprendre la question, car la calcination détruirait la matière en la décomposant; il s'agit seulement de la dessécher. Cette question n'est pas encore étudiée, l'expérience de Chaussier est trop unique. Il serait cependant intéressant de savoir si la proportion de liquide avec les solides est la même chez tous les individus : il y a des tempéraments que

S9i nw câusis^-ou ?KiirciPBS.

l'on dit plu» homides que les autres, il faqdr&it savoir exactement ce qu'il en est comme renseignement dans les maladies chroniques; il. y aurait probablement là dés connaissances précieuses à acquérir ; C'est un desideratum. Et si des expériences nou\'«lles étaient tentées, il serait intéressant de connaître quelle est la proportion de liquide selon les différentes parties du corps. Cela étant une fois établi, il suffirait ensuite d'expérimenter sur une seule partie pour connaître l'ensemble.

. Les anciens reconnaissaient quatre humeurs dans le corps : le 9ang^ la bile, le phlegme ou pituite^ et Yatrabile ou bile noire. Ils imaginaient que ces quatre humeurs étaient répandues dans le corps, oue le sang venait du cœur et du foie, la bile du foie, l'atrabile de 1 estomac, le phlegme du cerveau. Ces idées succombèrent au XVII* siècle, lors de la découverte de la circulation du sang, par Harvey. Depuis on n'admit plus que deux liquides principaux circulant dans l'économie, le sang et la lytnpfà ; les autres liquides que peut contenir l'organisme ne sont que des produits de sécrétions.

I. %» Muic* — Le sang est, comme on l'appelle, le liquide nourricier de l'économie : cest lui qui fournit à chaque partie les éléments nécessaires à la nutrition. Il est contenu dans le système vasculaire sanguin, le cœur, les artères, les veines et les capillaires, dont il exsude pour imbiber les organes.

l** Quantité de sang. ^— On a cherché à évaluer la quantité de sang que contient l'organisme, et cela de diverses manières.

Les uns ont saigné des animaux jusqu'à ce que mort s'ensuive; ils ont pesé le sang tiré et l'ont comparé au poids total de l'animal. Allen Moulin essaya le premier ce procédé, au xvh' siècle {Philosophicaltrans., 1689, n*" 194). Il fut suivi dans cette voie par King et Wauner. Sur une brebis pesant 118 livres, on tira 5 livres 1/^ de sang, ce qui formait la vingt-troisième partie du corps. Sur un agneau pesant âO livres, King tira 1 livre 1/2 de sang, c'est-à-dire la vingtième partie du poids du corps. Wauner^ dans des expériences plus récentes et plus multipliées, trouva que le sang forme la vingtième ou la vingt-cinquième partie du corps, ces deux chiffres étant les limites du plus ou du moins ; mais il faut remarquer que le sang n'est jamais ainsi totalement enlevé.

D'autres médecins ont considéré la quantité de sang perdu dans leshémorrhagies; et d'après cela Quesnay l'évaluait à 37 livres pour l'homme; Hoffmann à 28 livres. Haller qui accepte ces évaluations.

1>B8 ÇiVSES EPFfCIBRTBST 23§

rapporte des faits d*épistaxiSf dans lôsquels il a xïOQlé '32 eit 30 livres de sang {Elem, pkysiol., t. Il, p. 3 et 4). Cela donne environ 20 pour 400 chez un homme bien constitué.

D'après Valentin, au rapport de Muller^ la quantité de sang est par rapport aux parties du corps, de 1 à & 1/2 chez le chien, de i à 5 chez la brebis; ce qui conrorde avec les chiffres précédents.

2* Caractères phpiques. — Le sang est de icoùlenr rouge rutilant dans les artères et le côté gauche du cœur; il est rouge brun, plus ou moins Toncé dans les veineis et le côCé droit du cœur.

Il est liquide, mais consistant, plus ou moins épais, suivant les individus, légèrement onctueux et doux au toucher; il a une cer-^ taine odeur.

Sa pesanteur spécifique est de 4055 à 1060, l'eau pesant 1000. Dans les opinions rapportées par Haller, Jurine l'évaluait de 1051 h 1055; Schwencke, à 1173, l'eau pesant 1110; suivant MuscheU' broeck, à 1060, 1056, l'eau pesant 1000; de nos jours, M. Denis l'évaluait à 1059; MM. Becquerel et Rodier, à 1060.

3** De la coagulation, — Quelques instants après que le sang tiré de la veine a été reçu dans un vaisseau, il s'y prend en une masse molle, se congèle, se coagule. La masse coagulée [le caillot), tremblotante comme de la gélatine, se resserre, se rapetisse, se tasse, s*épaiâsit pour prendre une consistance plus ou moins grande, pendant qu'autour d'elle apparaît un liquide {le sérum) qui augmente d'autant plus de quantité que le caillot se contracte davantage; la partie supérieure du caillot devient d'un blanc jaune et assez ferme, pendant que la partie inférieure reste plus molle et rouge. Ainsi, le sang tiré de la veine se sépare en deux parties, l'une solide, le caillot; l'autre liquide, le sérum, le caillot restant suspendu et surnageant dans le liquide.

Cet acte, qui commence aussitôt le sang tiré, peut se prolonger pendant vingt-quatre et même quarante-huit heures. Plus il continue, plus le caillot se resserre et le liquide augmente; il varie beaucoup, suivant les individus et suivant l'état de la santé; il est plus ou moins rapide et a plus ou moins de force. La partie supérieur du caillot, qui est d'un blanc jaune et qu'on appelle la couenne du sang, est plus ou moins épaisse, suivant que l'acte de concentration du caillot a été plus énergique. Plus le caillot a une couenne épaisse, plus il a expulsé de matière rouge, qui forme un dépôt au fond du sérum.

Si l'on met préalablement à la saignée une dissolution de sulfata de soude dans le vase où l'on doit recevoir le sang, le phénomène

SÛO DBS CA0SBS on PRINCIPES.

se présente alors avec une netteté remarquable; le sang se sépare en trois parties parfaitement distinctes : le caillot, qui surnage, et qui est blanc jaunfttre, à peine teint en rouge ; le sérum liquide, jaune opalin ; et un dépôt ronge, que le microscope Tait recoDDaitre, composé de globules. Ainsi, le sang se» divise en caillot ^ sérum et globules.

A quelle cause faut-il attribuer ce singulier phénomène de la coagulation ?

Les anciens, Hippocrate, Aristote, Galien, l'attribuaient au refroi-* dissement du sang; mais il faut remarquer que le sang se coagule quelquefois au sein même de l'économie, dans son foyer de chaleur naturelle ; le sang d'un poisson de mer, plus froid que Tair ambiant, s'y coagule néanmoins. Hewson et Hunter {Traité sur le sang] ont congelé du sang par le froid avant sa coagulation, puis ils l'ont dégelé doucement^ et l'ont vu alors se coaguler.

Ce n'est pas l'air qui la cause, puisqu'elle se fait dans réoonomie à Tabri de l'air, soit au sein des organes, soit dans les vaisseaus eux-mêmes, soit dans une cavité comme l'intestin ou la vessie.

Est-ce le repos? On a pensé que le sang était entretenu liquide, dans les vaisseaux, par le mouvement circulatoire, et qu'il se coagulait dans le vase où on le reçoit parce qu'il restait en repos. A cela, Hewson répond par une expérience; il pose deux ligatures sur une veine, laissant emprisonnée entre elles une certaine quanliti^ de sang, et il observe que ce sang reste liquide, alors qu'il serait déjà coagulé dans un vase.

On a examiné si la température du sang variait pendant sa coagolation. Hunter Ta vu descendre de 1 degré Réaurour; Scudamor et M. Gendrin ont prétendu qu'il avait une grande variation^ ce dernier disant que la température descend à 2^ degrés après la sortie du sang de la veine, et qu'elle se maintient à ce degré pendant tout le temps de la coagulation. Vanderkolk et Davys ont confirmé Texpérience de Hunter, et M. Denis a toujours vu que ie thermomètre ne variait pas pendant la coagulation. 11 s'agit ici des premiers moments, bien entendu, car, après peu d'heures, le sang tiré de la veine est refroidi.

Hunter ayant démontré la vitalité du sang, avait admis que la coagulation dépendait de cette vitalité {Œuvres, 1. 1"). J. P. Tessier me parait avoir très bien commenté et développé cette doctrine par les remarques suivantes : il observe que toutes les fois que le sang se coagule 9 aussi bien dans la poêlette que dans l'intérieur des vaisseaux, ou au sein des tissus, le caillot est partout enveloppé

VBA CADSI8 BPFiaiNTIS. 2&i

(l'une toile mince, d'une enveloppe 4propr6 très fine que fait la fibrine en se coagulant; qu'en un mot, le caillot $'enkyste. Cet en-* kystement est, observe-t-il selon toute justesse, le premier pbéno* mène de toute vitalité, c'est le premier acte qui dénote la vitalité d'une matière vivante, parce qu'il dénote son ovu/a/ton, et le caillot qui se coagule est une matière organique qui s'ovule, qui s'apprAte à jouir de la vie. Si cette coagulation se fait dans une poélette, en dehors de l'organisme vivant, le sang n'a pas une vitalité indépeu* dante qui lui permette des actes ultérieurs ; mais si cette coagulation se fait au sein de l'organisme qui entoure le caillot de sa vitalité et la lui partage, soit dans l'intérieur d'un vaisseau, soit au sein des tissus , alors des phénomènes ultérieurs se manifestent : le caillot s'organise, le kyste s'épaissit^ devient plus fort, et peut^ même à la longue, se couvrir de vaisseaux ; le caillot intérieur s'organise, devient soit une masse fibreuse, soit un tissu normal dont il prend la structure, soit un tissu pathologique. (Voy. nos articles sur V Organisation et la transformation du sang dans les maladies^ sur le Globule purulent et la formation du pus^ et sur YOrganisation pathologique dans le journal VArt médical^ t. II et III, 1855-18&6.) Le caillot, dans la coagulation qui se fait naturellement au sortir du sang de la veine, se compose de fibrine coagulée, emprisonnant dans ses mailles du liquide et des globules. Si l'on examine au microscope la partie purement fibrineuse^ on la voit composée de fibres minces entrecroisées. ,

Le sérum, partie liquide, tient en dissolution les divers éléments chimiques que l'analyse fait connaître, et en suspension les globulea du sang.

b? Des globules. — Les globules ne sont visibles individuellement qu'avec le secours du microscope ; ils sont de trois sortes : les globulins, les globules blancs et les globules rouges.

Les globulinst ou granules moléculaires, sont de petits grains très petits, ayant à peine un demi-millième de millimètre; ils sont peu nombreux.

Les globules blancs sont les plus volumineux, plus nombreux que les globulius, moins nombreux que les globules rouges ; leur proportion dans le sang n'a pas encore été déterminée, d'ailleurs cette proportion varie beaucoup; ils sont ronds, composés d'une enveloppe lisse ou grenue et d'un noyau granuleux; leur volume est environ de j^ de millimètre. L'acide acétique les gonfle et les dissout presque entièrement; l'ammoniaque ne les attaque pas. Les globules rougest qui seuls représentent d'habitude ce qu'on

FBÉDAULT. 16

2UC Dil (54u6«S ou MlNClM^:

appélld en thèse générale les globules du sang, contiennent Itt partie G^orinte; ils varient de forme et de grosseur dans les diverses; espèees animiileB. Ch» l'homme, ils sont ronds et aplatis, semblables à des disques ou k des pièces de monnaie; ils sont marqués d^une tâche centrale qui est généralement prise pour un noyau, et que quelques auteurs ont prise pour un trou ; leur diamètre est de rit ^^ millimètre environ» C'est kLeuvenboeck que Ton rapporte leur découverte. Ils paraissent formés d*une enveloppe mince hyaline.

* Si on les met en contact avec de Teau, ils perdent leur aplatissement et deviennent ronds ; leur noyau se déplace souvent, devenant excentrique au lîeU de central qu'il était. En même temps, la matière colorante est dissoute, et le globule parait ainsi conserver sa ferme en dehors de cette matière colorante. Au bout de quelques jours, l'écoroe est ramollie et laisse échapper le noyau .

L'acide acétique grippe et dissout Técorcé ou enveloppe, et fsAï apparaître le noyau plus distin^ctement

' Les acides minéraux>, le chlore, l'alcool, font coaguler la matière colorante dans l'intérieur du globule; mais ils ne changent pas la ferme de ceux-ci. Les alcalis dissolvent l'enveloppe et le noyau ; les ^t oxygène et acide carbonique attaquent la matière colorante, mais sans changer la forme du globule.

• 5"^ Analyse chimique: — Le sang présente une réaction légèrement alcaline ; mais cela ne sufflt pas k faire connaître sa composition.

Pour l'analyser, on le prend quand il est tiré delà veine; on le fouette avec une verge de bouleau, de manière k séparer la partie blanche ou fibrineuse du caillot, qui, en effet, devient adhérente aux baguettes. On exprime parfaitement cette partiepour la peser et l'analyser. En second lieu, on décante le liquide, et on ffltre pour ne garder que les globules rouges du sang. Enfin, on chauffe le sérum pour y précipiter l'albumine que l'on recueille aussi séparément. On a donc ainsi ! la fibrine, les globules, l'albumine et le sérum contenant en dissolution d'autres matières. Il y a aussi un principe odorant volatil, qu'il est difScile de recueillir, et des ^x qu'on obtient parla machine pneumatique ou par déplacement.

La fièririey découverte par Macquers, Vers 1778. est, comme nous f avons dit plus haut, la partie solide et rétractive du caillot

Sa quantité peut être évaluée k S millièmes environ, fiasse a

Urouvé 2,55 ; M. Denis, de 2,90 k 3,10; Fourcroy trouvait 2,80;

M« Lecanu a indiqué 3,0&8; MM. Andralet Gavarret ont trouvé

3,00 ; enfin, MM. Becquerel et Rodier fixentia moyenne k 3,20.

( lJ4i^btmim est, k l'état ordinaircr dissoute dans la sérum. Elle

DBS CAUSES SFFIClKNTeS. ih^

entr(! dans la rang poar 6B à 70 mîUiètries, selon MM. Andial et Gavarret* C'est d'ailleurs entre ces dent chiffres que sont ceux de BecquereletRodier, qui fixent 69, /i, et Lecanu, qui indique 67,80. Dans de nouvelles recherches et par la détermination au polarimètre, M. Uecquerel a indiqué de 75 à 80 millièmes.

Les ^/o6ti/es entrent dans le sang pour 1^1,10 sur 1000 parties.' G'egt le chiffre donné par MM. Becquerel et Rodier, et qui est généralement accepté. Avant eux, M. Lecanu avait donné Vil; MM. Prévost et Dumas, 129 ; MM. Andral et Gavarrct, 127. Ils sont formés de globuline et &hématosîne, La globuline est la matière de nature albumineuse qui constittie le globule lui-même, puisque ce globule reste intact, alors qu'on a enlevé sa matière coloranle. Lecanu la considère avec beaucoup d'auteurs comme une matière albumineuse; d'autres, comme Mu)der, en font une combinaison particulière de protéine (Mulder, Phy- • 8îol,,X. 1, p. 105). Elle est soluble dans l'eau, se coagule en granulations par la chaleur, est soluble dans l'alcool chaud.

L/témaiosinêj ou matière colorante du sang, ne se sépare jamais complètement dans le sang de l'homme et des mammifères; aussi son analyse est-elle le plus souvent entachée d'erreur. Celle laite par Mulder indique que cette matière est formée, pour 100 parties, de : carbone, 69,69; hydrogène, 5,30; azote, 10,51; oxygène, 11,01; fer, 6,66. Avec cette analyse s'accorde celle de M. Dumas {Traité de chimie y t. VIII, p. (i93). M. Lecanu avait trouvé 7 parties de fer pour 100 d'hématosine.

Berzélius avait pensé que ces deux corps, la globuline et l'hématosine, étaient à Tétat de combinaison ; M. Dumas n'y veut voir qu*^ un mélange.

Sur lOOO parties de sang, il n'y a guère que S millièmes d'hématosine ; M. Lecanu indique le chiffre 2,27. Il y aurait donc 138 millièmes de globuline et 3 millièmes d'hématosine.

Le séfum, débarrassé de^la fibrine, de Talbumine et des globules, compose environ les 787 à 790 millièmes du sang. On y trouve, suivant MM. Becquerel et Rodier :

Eau de 760 à 800

MaUères extractives et seU libres 5 à 8

Matières grasses 1,00 à 3,255

Séroline » i i,O0D

Matière graaae photphoréê 0,270 à 1,000

Cholestéfilie 0,030 à 0,175

Saven 0,700 è 2,00<^

2ft& DBS CAUSBS OU PRIIIGIPBS.

Il faut, au reste, savoir que nombre d'analyses du sang ont été faites par les chimistes, et que l'on n'en trouve pas deux parfaitement d'accord. On peut sans doute en accuser la chimie, mais n'estil pas plus raisonnable d'admettre que la composition du sang varie dans de cei*taines limites, et qu'elle n'est pas représentée par des chiffres immuables?

On a trouvé dans le sang un grand nombre d'autres éléments que ceux indiqués jusqu'ici. Il y a : la matière odorante, la matière colorante jaune du sérum, et des gaz, l'azote, l'oxygène et l'acide carbonique, dont nous reparlerons dans un instant. On y a signalé la caséine, l'ozmazone, lacréatine, l'acide lactique combiné» du manganèse qui n'y était peut-être qu'accidentellement, ainsi que du plomb et de la silice, du sucre, de l'urée. La matière grasse y existe sous forme de stéarine et oléine, sans glycérine. Les sels minéraux sont : le chlorure de sodium, le chlorure de potassium, l'hydrochlorate d'ammoniaque, le sulfate de potasse, le sous-carbonate de soude, le sous-carbonate de chaux, le sous-carbonate de magnésie, le phosphate de soude, le phosphate de chaux, le phosphate de magnésie, a Les sels libres, unis à des matières extractives, forment en moyenne 6 millièmes du poids du sang. » (Bérard, Phystot.^ t. III, p. 131.)

6* Différences entre le sang artériel et le sang veineux, — On n'a signalé que deux aortes de différences, outre la coloration, rouge dans le sang artériel, plus foncée dans le sang veineux : 1* différences par leurs variations; 2* différences par les gaz qu'ils contiennent

Le sang artériel parait être identique avec lui-même dans toutes les parties du corps. Autrefois, Boerhaave et Boissier pensaient qu'il était différent; mais cette opinion n'était pas admise de Haller. Dernièrement M. Béclard a démontré Videntité dans des points divers. {Arch. gén. de méd.^ &• série, t. XVIII, p. 1S3.)

Le sang veineux, au contraire, présente des variations suivant les organes dont il revient, et par conséquent suivant les matériaux qui ont été employés par ces organes. C'est en étudiant la fonction de chaque organe qu'on détermine les altérations que le sang v subit

Le sang contient trois gaz : Voxyg^, l'adde carbonique et Tazote.

La présence de l'acide carbonique avait été constatée par Brande, Scudaroore, Reid-clany, Home, Voget Davy en nia la présence, et Tiedemann ne put la constater. D*aulres expérimoitateors plus modenies» Stevens, Hoffimann, Rogecs» Bichoff, et sortout Hagnus

DBS CAUSES BFnaBNTBS. 2&5

employèrent le procédé de la substitution' des gaz et constatèrent de nouveau sa présence. Les recherches de Magnus ont niis à jour toute cette question. (Sur les gaz que contient le sang^ oxygène^ azote et acide carbonique; Annales de physique et de chimie^ t. LXV, p. 169, 1837.) Le procédé employé consiste à faire pénétrer un gaz, de l'hydrogène par exemple, dans le sang; ce gaz en chasse ceux qui y existaient

On a constaté ainsi la présence dans le sang, de Foxygène, de Tacide carbonique et de l'azote, et on a constaté que leur quantité était variable. Voici les différences :

Le sang artériel contient plus de gaz que le sang veineux ; Tun 1051 parties et l'autre 79&.

Des trois gaz, quel que soit d'ailleurs le sang, l'acide carbonique domine, puis vient l'oxygène, enfin l'azote. Ainsi il y aurait 3 parties d'acide carbonique, 1 d'oxygène et beaucoup moins d'azote.

Le sang artériel contient tout à la fois plus d'acide carbonique et plus d'oxygène que le sang veineux ; ainsi^ le sang artériel contenant 703 d'acide carbonique, et 250 d'oxygène, le sang veineux ne contient que 556 d'acide carbonique, et 95 d'oxygène. Quant à l'azote, sa proportion varie dans les deux sangs.

Mais, relativement, le sang artériel contient plus d'oxygène et moins d'acide carbonique que le sang veineux. Ainsi, l'oxygène est pour 2398 dix millièmes dans le sang artériel, seulement pour 1326 dix millièmes dans le sang veineux. L'acide carbonique est pour 6889 dix millièmes dans le sang veineux, et seulement pour 6689 di X millièmes dans le sang artériel. Les différences seraient, paraitil, plus sensibles chez le veau que chez le cheval.

Ces expériences ont été faites sur le sang de cheval et de veau, et mtfinquent par conséquent d'une complète exactitude pour Thomme. On s'est demandé quel était l'état de ces gaz dans le sang. Y a-t-il solution ou combinaison? S'il y avait solution, il faudrait, d'après les observations de Gay-Lussac, comme le remarque M. P. Bérard^ admettre que le sang dissout beaucoup plus d'oxygène que l'eau. En résumé il n'y a là-dessus que des opinions. MM. Liebig, Regnaut et Bérard croient que l'oxygène forme une combinaison chimique avec le sang. Ce dernier auteur pense que l'acide carbonique est en dissolution. Quant à l'azote, c'est un problème sans réponse.

Nous avons, et il faut avoir pour la chimie, une grande déférence, mais il y a des choses que nous avons de la peine à lui passer. A l'écouter, le sang ne serait que de l'eau contenant en dissolution des principes divers dont les uns seraient dissous avec d'autres, peu**

3A6 DU UUiW ou l»KINCtPBI.

daot que d'autre encore foraieraleat des combinaiMiDS cbimiqoet. Tout cela ne nous semble ni clair, ni raisonnable. Le sang forme UN liquide, présentant une unité de nature et de composition : les éléments qui le composent sont rassemblés par un acte vital qui ne ressemble en rien aux actes d'affinité ou de solution chimique, et il me semblerait plus naturel d'avouer simplement que c*est là une composition particulière, dont la chimie peut bien faire connaître les éléments, mais dont elle ne peut expliquer la nature affine.

II. Du ebjit) et de la ijnpbe. — Le chyle et la lymphe paraissent être la même humeur, à de petites différences près. Cependant on distingue sous le nom de chyle^ le liquide laiteux, produit de là digestion, et qui emplit les chylifères, est porté au réservoir thoracique« et de là versé dans la veine sous-clavière gauche. On appelle lymphe^ un liquide analogue qui circule dans tous les autres lym« phatiques de Téconomie.

Dans les deux cas c'est un liquide blanchâtre, laiteux, quelquefois légèrement rosé, plus opaque dans les chylifères, plus clair dans les lymphatiques, qui se coagule comme le sang et se divise en trois parties : le caillot, le sérum et les globules. Le caillot est fibrineux, comme celui du sang. Les globules ne sont que des globules blancs, comme les globules blancs du sang, plus abondants dans le chyle que dans la lymphe. Il y existe aussi des globuUns, comme dans le sang.

Rees a donné l'analyse comparative du chyle et de la lympli«> d*un jeune àne qui avait été nourri de haricots et d'avoine {Loni. and £dini. philo$. mmgoi. i8&i, p* M7) :

ChyU. Ly«phe.

Kfttt 90,2S7 9«,53a

AllMBiUao S,Si6 4 ,100

PibnM 0,370 0,iM

Extrait aoluble dam I'mii ot ralcooL . 0,332 0,240

Kxlrait soluble d«os Teau ssulenemU . 1,233 i,3i9

Grai$M 3,601 traces

SeU el traces d*oxjde d« fer 0,711 0,585

100,000 i00,0OO

D'autre part, voici ce que dit M ulder : c Quant à Tanalo^gie el aux différences entre le cliyle et la lymphe, ces liquides ool cela de commun, que tous deux contiennent des globules; mais les globules de la lymphe sont fort peu aboudanti;; ceux du chyle le rendent bUuicliàtrc Jû^nusu y contribue bien aussi), tandis que la lyinpbe

fiH QiW» U9mWï9$c Vil

M limpide ai U plupart du Umps inMom. Let dtaK liquidts se re68eiDbleiit encore en oeqo*iU oontiennent tout àwt de la fibrioa Cependant cette ^vb^tance piiriUt être en moindro-quantité daiia la lyn^be, oar Tiedemann eiGmelio n'ont obtenu que 0,iS de oaiiloâ sec de 100 partiel de lymi^e du bas^n d'un ebeval nourri aveo de l'avoine, tandis que le cbyle dm vai3seattx lactét en donna 0,87. U pourrait bien se taire néanmoin» que cette différence fût ptlremént apparenta et qu'elle tint à la grande qujantité des globules du ehyle^ dont la fibrine entraîne avec elle une partie en se coagulant, llak la lymphe et le cbyle difièrent beaucoup l'un de l'autre par la quan^ tité de graisse quHls contiennent, ce qui fait que le Cbyle, outre qu'il fournit un caillot, se couvre souvent d'une couche crémeuse^ Les sels de la lymphe et du chyle semblent être k peo près les mémesc la lymphe contient beaucoup de chlorure aodique et eieree des réactions alcalines. I^ea expériences de Tiedemann et Gmelin ont prouvé que la couleur rougeàtre, si fréquemment oferte par le cbyle est due k la présence de la matière colorante du sang {par suite du mélange avec le 9ang), oar l'acide sulihydrique la fait passes au vert » {Physiologie^ t. I, p. ATS.)

Il est également intéressant de connaître les différences entre le cbyle, la lymphe et le sang.

Présence de Thématine dans le sang, absence dans le chyle el la

lymphe.

Dans le sang, des gl«)bules blancs et rouges ; dans le ohyla et la lyniphOf des globules blancs, pas de globules rouges.

Tous trois offrent une réaction alcaline.

ç( La quantité des parties solides, dit Mulder, est moindre dans lé » chyle que dans le sang : iOOO parties de chyle n'en oontienoeni 9 que 50 à 90, d'après Vauquelin, tandis que dans le sang elles o s'élèvent à 216, suivant Prévost et Dumas, à 185, selon Lecanu. j» Reuss et Emmert ont obtenu de 1000 parties de sérum du sang, » 225 de résidu solide, et de 400 de sérum du chyle, 50 seulement. » {/bid.9 p. &7&.)Le chyle contient plus de matières solides que la iyrapb0.

La quantité de fibrine et d'albumine est plus considérable dans le sang, et aussi plus considérable dans le chyle que dans la lymphe. Cependant il y a des différences curieusea dansleohylcL Quand il sort de l'intestin, il contient plus d'albumine et moins de fibrine que la lymphe; au contraire, quand il va se jeter dans le. Sang, il con<* tient pl\i3 de fibrine et moins d'albumine.. «TiedenianD et Gmelbi, » dit Hulder, concluent delà que là fibrine du chyle provient, non

>» pas des aliments, mais de la lymphe, et qn'elle tire son origine du » sang, où ils admettent qu'elle se produit t ils ne croient pas qu'elle p soit immédiatement formée par l'acte digestif, aux dépens desma- » tières alimentaires, et ils pensent qu'elle s'ajoute seulement au » chyle lors de son passage à travers les glandes du mésentère. ê Ceci accordé, il faut encore admettre que, si la^lymphe pâle des » lymphatiques non chylifères devient réellement plus riche en Il fibrine, à mesure qu'elle avance dans le système vasculaire des- 1» tiné à la contenir, ce n'est pas parce que son albumine se convertit jft en fibrine, mais uniquement parce qu'elle se mêle chemin faisant » avec la fibrine dissoute du sang, . qui la rend plus coagulable. » Cependant l'hypothèse suivant laquelle la fibrine s'ajouterait ainsi » au chyle dans le trajet des voies chylifères est aujourd'hui tout » aussi peu susceptible de démonstration que l'hypothèse opposée^ » eellA qu'une partie de l'albumine du chyle lui-même se trans- » forme en fibrine. > (Ibid.y p. 671.)

Le chyle contient beaucoup de graisse libre : le sang et la lymphe en oontiennent beaucoup moins et à l'état de combinaison.

Le fer se retrouve dans les trois liquides, le chyle, la lymphe et le sang.

Il y a des gaz dans le sang : on n'en a pas signalé daùs les deux autres liquides.

En résumé il y a des difiérences entre le sang, le chyle et la lymphe; mais il y a aussi de grandes analogies. Entré le chyle et la lymphe il n'y a pas plus de différence qu'il n'y en a entre plusieurs parties du sang veineux. Entre le sang et ces deux liquides il y a seulement un peu plus de différence qu'entre le sang veineux et le sang artériel.

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