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CHAPITRE IV

DES CàUSBS FiNALKS.

Rien n'existe et ne se fait que pour un but déterminé ; tout se meut vers sa fin^ tout acte s'accomplit en marchant à son terme, et ce qui conduit l'être, le mouvement ou l'acte au but final, reçoit le nom de cause finale. Telle est la doctrine que nous devons examiner et exposer, et qui reçoit le nom de téléologie^ ou science des causes finale^.

Nous ferons ({'abord l'historique abrégé de la question, puis nous

DIS CAUSI8 PniALIS. 2&9

Mirerons dsDs la iinestion elle-même, étadiant tour à tour les dif* férentes causes finales qa'il nous importe de connaître en physiologie. Ce grand et beau sujet, aujourd'hui méconnu, eu plutôt défiguré, est, comme nous le verrons, d*une importance capitale dans notre science.

1. — Cette idée que toute chose est ordonnée et conduite vers une fin déterminée, est aussi vieille que la pensée humaine; du jour où la raison se posa ce problème : Pourquoi telle chose existe-t-elle? de ce jour, la question des causes finales fut posée. Écoutez Thomroe malheureux se demandant pourquoi il est : • Pourquoi la vie a-Uelle été donnée à l'homme qui marche dans une route inconnue, et que Dieu a environnée de ténèbres? » (/o6, n, 23.) C'est le cri de la souffrance demandant pour quelle fin la souffrance existe, car elle ne suppose même pas qu'elle puisse exister sans cause finale. L'homme s'examine lui-môme dans ses œuvres, et il voit bien que tout ce qu'il fait a une fin déterminée : le vase pour oon<^ teoir, le siège pour s'asseoir, le lit pour se coucher; il voit bien aussi que tout ce qu'il fait a pour but de le gloriOer dans un but déterminé, car l'art glorifie l'artiste. Et l'homme voyant cela dit que Dieu a aussi tout fait pour une fin et pour sa gloire : omnta enarrant glariam Dei. Toute la philosophie antique se résume en ces mots d'Aristote que Cicéron a répétés : Nm iolum intelleeius^ Mtd etiam naiura agit propter finenu {Phys. 2, text. &9.) Toute la philosophie chrétienne acclame que Dieu est le centre qui attire toutes choses comme vers leur fin, ce que dit si bien saint Denis : Jkuê convertit omnia ad se ipêum tanquam ad tdtimum finem [Des noms divim, cap. 20), ce que samt Augustin répète d'une autre manière : Omnei hommei canveniurU in appetendo finem quœ eet bea^ iUudo {De TrinU., lib. XIII» cap. 6.)

Cette doctrine, placée d'abord au sommet des méditations théolo^ giques, ne pouvait manquer de descendre dans la science naturelle; sa place y était légitimement marquée ; il fallait que ce dogme dé l'humanité devint une doctrine philosophique. Il n'est pas besoin d'en chercher les raisons : elles apparaissent d'elles-mêmes. Tout ce qui existe porte nécessairement en soi les raisons de sa fin, car on ne marche pas à un but, sans en avoir en soi la raison, et c'est aussi par sa fin que tout nsouvement est jugé et ordonné. La fin donne la raison de l'origine, et elle donne aussi la raison des

9M DE$ ÇAUfW OU PilimfES.

moyens, das oQiKlUion$ et de toutes le» évoliiiioiia dû l'Mto; w étant YuUima ratio rerum^ elle résume et embraie, tout : rœigUi^ le développement et la conclusion ; elle ei»t la science mdme, et If science achevée, parfaite.

Aristote eut donc raison de faire des causes finales un quatrièniç genre de causes qu'il appelait xh ou ivtxa xai xayaOov, et qu'il considérait comme causa et finis aliwnim {loc^ cit,). g {.Avec Albert le Grand {Phys.), la doctrine aristotélique fut encore plus nettement posée, et par lui, elle passa dans toute la soolastique qui ne cessa de répéter ces divers adages : Finis ut vera et reaUè causa; omnia agunt proptet* finem; omnia appetunt finent^

LoM scolastiques n-étaient pas gens à laisser inculte une question qu'on leur livrait,^ et s'il y a quelque chose à leur reprocher, c'est plutôt Vexcàs d'ardeur qui les portait à multiplier les questions el les difficultés» Ils prirent donc en .main ce grave sujet des causes finales, et ne furent pas longtemps sans apercevoir comment la question devait être posée, et quelles solutions pouvaient être don < nées. Autant le sujet était important, autant leurs travaux, furent ardents, mais d'autant plus aussi leurs, disputes furent vives, La débat, placé sur le terrain théologique, dura Iroia aièeles, et ne se termina que par la condamnation de J'héréâie à laquelle il donos Ueu. Et quand la science allait pouvoir marcher après avoir acqui» la solution qui l'avait arrêtée si. longtemps, le baeo-eartésianismp dispersa tous ses éléments, au nom du mécatlicisme*.C'est à peine» 4e nos jours les préjugés philosopliiques permettent de rétablir les questions. .

Essayons de donner une idée de tous ces débats pour bien préci*^ ser quelles sont les difficultés à vaincre et les solutions à éviter.

H. -^ Sous les scolastiques, le débet des causas finales s'appelail la querelle de Yadi^ êrmai^ns ou de la cmse prénpioiri^e. Voioi tm qu'il eu était. . . :

On partait de ce premier principe que. Qieu seul possède rautin vite par lui-même en acte, et que, les créatures n'ont que Vadivité m puissance. Ainsi Dieu se porte de lui-noAme à tout «e qu'il veut», c'est une activité pure; il porte en luemême la raison de tout ce qu'il fait, et trouve en lui-même la cause de tous ses actes; de sorte qu'il n'a pas besoin d'une cause étrangère, pour le porter à agir. Au conn traire, toute crésture* l'homme par exemple, ne peut agir qu'au*, tant qu'une cause étrangère excite la puissance à l'acte. Cette cauaa étrangère qui viarit de l'extérieur^ nous pépètrei et.. nous porte à; l'^Ote; qM'elle ^t^lle?

m» QÂvn» nvALBs. ' 261

Cette oausa étrangère qui vient commenoer TaotiOD, et qu*on ap«pelle pour cela cause prémotric^^ apporte TactioD, avec elle, de Texté»rieur, car. pour délermiDer l'action, il faut qu'elle soit elle-raôme en action. Il y a donc une action extérieure qui noua pénètre, pa$8e en nous et développe notre action, c'est Yactio tranneni. Jusqu'ioi la question parait assez claire.

Mais cette cause prémolrice, que devient-elle quand elle nous a pénétrés? Ne fait-eile que développer une faculté, et s'épuise^l-elle en faisant passer cette faculté de la puissance à l'acte; de sorte que c'est la faculté qui accomplit elle-même l'acte sans participation de la cause étrangère? C'est ce que pensaient les thomistes! ou bien, cette cause, en nous pénétrant, vient-elle user de nous comme d'un agent capable d'accomplir l'acte qu'elle porte, desorle que nous ne sommes qu un agent de l'acte ? C'est ce que voulaient les scoltistes (l)t

Portez la discussion sur le terrain théologique, et tirez les consé^ quences des deux solutions précédentes : vous voyez poindre à l'horizon toute la discussion sur la grâce, et toute la querelle du jaur sénisme.

Pour le thomisme, la cause prémotrice ue fait qu'exciter à l'acte; ce qui accomplit l'acte, ce sont les facultés de la cause formelle. La cause étrangère ne fait donc que déterminer l'acte, que d'y exciter ; elle n'y entre pour rien. La grâce excite au salut, mais c'est l'homme seul qui se sauve. Pour le scottisme, au contraire, la puis^ sauce prémotrice devient motrice, accomplit elle-même l'acte, et la cause formelle ne fait que donner une forme à l'acte; ainsi, la grâce pénètre l'homme et le sauve, mais ce n'est pas lui qui so sauve.

Nous n'indiquons, bien entendu, que les points culminants du sujet ; ce n'est pas de notre travail d'aller plus loin.

La difficulté était d'accorder ce qui appartient au moi qui reçoit la cause prémotrice, et à la cause prémotrice qui. me meut. Nous ne jugeons pas les solutions, nous le ferons plus loin dans le détail; nous posons seulement la difticulté, et nous ajoutons que, s'il y avait des erreurs et chez les thomistes et chez les scottistes, il y en aval) de bien plus grandes dans l'hérésie qui poussa Terreur à ses dernières conséquences.

Les Xiv% XV* et xvi* siècles ret^itirent de la querelle de Vadi^

(1) Si on admet <{ue la cause efficiente est un simple mouvement, qite les forces n'existent pas, comme nous Tavons discuté dans le chapitré précédent, il faut partout sttbstiiuer ici le nrat motsvement h celui de fttree ; ce qui change sinf^lière^ niant la question en la simplifiant, car on peut faeilement Imaginer un mouvement qjtà s'arrêta, on oamprand pins diflicilemeaft nos canse qnt dJapandt.

252 DBS'^CAUSIS 00 PRINCIPES.

irameM; ils aboutirent au xvii* siècle, et en même' temps au jansénisme et à sa condamnation, qui fut la fin du débat

IIL — Cependant la question philosophique avait disparu devant l'éclat de la discussion théologique. Après celle-ci , la première pouvait être reprise, et il semble que la condamnation du jansénisme eût pu en être le moment; mais alors Descartes et Bacon régnaient; le premier récusant l'étude des causes finales, lui substituait celle des coMCi occasionnelles^ et le second allant jusqu'à nier même toute cause fiùale, leur substituait le destin, tous deux négligeant ce que la scolastique pouvait avoir trouvé.

Descartes prétendait que les causes finales étaient inaccessibles à l'intelligence humaine, et que « c'était une grande prétention que de vouloir scruter les desseins de Dieu, qui cependant sont incompréhensibles. » Voici le passage : Itaque nullas unquam rationes circa res natitrales^ a fine, quem Deus aut natura in iis faciendis sibi proposuit, desumemus; quia non tantum debemus nobis arrogare, ut ejus consiliorum participes nos esse putemus; sed ipsum ut causam efficientem rerum omnium considérantes, videbimus, quidnam ex tis ^us attributis, quorum nos nonnullam notit'tam voluit habere^ circa illos ejus effectus qui sensibus nostris apparent, lumen naturale quod nobis indidit, concluendum esse ostendat; memores tamen, ut jam dictum est, huic lumini naturali tamdiu tantum esse credendum, quamdiu nihil contrarium a Deo ipso revelatur, {Princip. philosoph,^ prim. pars, n" xxvni.) Il soutenait qu'il ne fallait s'occuper que des causes occasionnelles qui donnent lieu à l'action et une forme à l'acte. Dans son système, Tftme est unie au corps comme une activité purem'ent motrice, c'est-à-dire que les actes qu'elle accomplit ne dépendent que des causes qui l'excitent; d'où il est facile de voir que Descartes tendait la main, d'une part, aux thomistes, de l'autre aux scottistes. Comme les premiers, il soutenait que l'âme accomplit l'acte, et non la cause extérieure ; mais comme les scottistes, il soutenait que la forme de l'acte était donnée par les causes extérieures, non par l'âme.

Sa théorie, qui semble vouloir concilier les opinions contraires, a donc ces grands défauts d*admettre que Tâme est un principe actif s<ms forme, et que la cause prémotrice est une forme sans activité, ce qui est de soi éminemment absurde, puisque toute activité suppose forcément une forme, et qu'une forme suppose forcément une activité, ainsi que nous l'avons vu dans le chapitre deuxième de ce livre. En second lieu, cette théorie, posant que Tâme n'est qu'un principe moteur, et que la cause occasionnelle n'est qu'une

DIS CiUSEa PINALBS. 25S

forme, insinue par là que tout le secret de Tacte est dans son mécanisme, dans le jeu des causes efficientes. De là ce mécanlcisme grossier auquel aboutit le cartésianisme.

Bacon , mdns philosophe que Descartes , se contenta de faire revivre purement et simplement la théorie de Démocrite et d'Épicure sur le De^in. 11 dit : « La philosophie de Démocrite et de » ces autres contemplatifs qui ont écarté Dieu du système du monde » et attribué la formation de l'univers à ce nombre infini de tenta- » tives et d'essais de la nature, qu'ils désignaient par le seul mot de 1» destin ou de fortune ^ ne reconnaissait pour causes des choses par- » ticulières que la seule nécessité sans l'intervention des causes finales, » cette philosophie, dis-je, me parait, quant aux causes physiques, » avoir beaucoup plus de solidité et avoir pénétré plus avant dans la » nature que celle de Platon et d' Aristote, par cette raison-là même » que les premiers ne se sont jamais occupés des causes finales, au » lieu que les derniers n'ont fait que rebattre sur ce sujet. » {De la dignité et de Vaccroistement des sciences.) Il mérita d'être suivi dans le xvm* siècle par le cynique d'Holbac.

Avec Descartes et Bacon, la science des causes finales fut donc rayée de la philosophie. Geulincx, suivi par Mallebranche, donna un nouveau tour à la théorie des causes occasionnelles; il interpréta son maître en disant que l'àme afiectée par le corps éprouve alors des volontés qui sont l'occasion de l'action de Dieu ; de sorte que c*est Dieu qui est le moteur de l'homme, et qu'il ne le meut que suivant l'occasion des volontés de l'&me, et ainsi l'homme est seulement responsable de ses volontés, et Dieu, qui répond de l'acte, est fautif si cet acte dépasse ou fausse Vintention. (Geulincx, Annot. ad Cartes, principia, 1691.) C'est sous ce tour que la théorie des causes occasionnelles pénétra dans la philosophie et y demeura pen* dant tout le xvHi* siècle ; nous l'avons examinée au chapitre I*' de ce livre, § 2.

IV. — Cependant Leibnits protesta contre toutes ces absurdités, et dans ses lettres à Arnault, il montra quelle folie Descartes avait introduite en philosophie. Nous devons citer au moins un passage de cette mémorable protestation, que nous a rendue récemment H. Foucher (de Careil).

« Comme je n'aime pas, dit Leibnitz, de juger des gens en mauvaise part, je n'accuse pas nos nouveaux philososophes, qui prétendent de bannir les causes finales de la physique; mais je suis néanmoins obligé d'avouer que les suites de ce sentiment me paraissent dangereuses, surtout quand je le joins à celui que j'ai réfuté au

KU DES CàUsBâ ou Principes.

commenceftMDt de ce diëcours, qui semble aller à les ôter tout à fait, comme si Dieu ne ae proposait aucune fin ni bien en agissant, ou comme si le bien n'était pas l'objet de sa volonté. Je tiens , av contraire ^ que c'est là qu'il faut chercher le principe de toutes les existences et des lois de la nature, parce que Dieu se propose toujours le meilleur et le plus parfait. Je veux bien Avouer que nous sommes sujets à nous abuser quand nous voulons déterminer les fins ou conseils de Dieu, mais ce n'est que lorsque nous voulons les borner à quelque dessein particulier, croyant qu'il n*a eu en vue qu'une seule cbose, au lieu qu'il a en môme temps égard à tout; comme lorsque nous croyons que Dieu n'a fiiit le monde que pour nous, c'est un grand abus» quoiqu'il soit très véritable qu'il l'a fait tout entier pour nous, et qu'il n'y a rien dans l'univers qui ne nous touclie, et qui ne s'acconKnode aussi Aux égards qu'il a pour nous. Ainsi, lorsque nous voyons quelque bon effet ou quelque perfection qui arrive oU qui s'ensuit des ouvrages de Dieu, nous pouvons dire sûrement que Dieu se l'est proposé, car il ne fait rien pai hasard, et n'est pas semblable à nous^ à qui il échappe quelquefois de bien faire. C'est pourquoi, bien loin qu'on puisse faillir en delà, comme font les politiques outrés, qui s'imaginent trop de rnffi* nement dans les dessein des princes, ou comme font les commentateurs, qui cherchent trop d'érudition dans leur auteur^ on ne saurait attribuer trop de réflexions à celte sagesse infinie^ et il n'y a aucune matière où il ^ ait moins d'erreur à craindre, tandis qu'on ne fait qu'affirmer, et pourvu qu'on se garde ici des propositions négatives qui limitent les desseins de Dieu. Tous ceux qui voient l'admirable structure des animaux se trouvent portés à recon^ naître la sagesse de lauteur des choses, et je conseille à ceux qui ont quelque sentiment de piété, et même de la véritable philoso* pliie> de s'éloigner des phrases de quelques esprits fort prétendus, qui disent qu'on voit parce qu'il se trouve qu'on a des yeux, sans que les yeux aient été faits pour voir. Quand on est sérieusement dans ces sentiments qui donnent tout à la nécessité de la matière, ou à un certain hasard (quoique l'un et l'autre doivent paraître ridicules à ceux qui entendent ce que nous avons expliqué ci-dessus), il est difficile qu'on puisse reconnaître un auteur intelligent de lu nature, car l'effet doit répondre à sa cause, et même il se connaît le mieux par la connaissance de sa cause, et il est déraisonnable d'iii* troduire une intelligence souveraine ordonnatrice des choses, et puiA« au lieu d'employer sa sagesse, ne se servir que des propriétés de la matière pour expliquer les phénomènes. Gomme si^ pour rendra

raison d'une conquête qu'uti gnmd prince a liiite en prenant quelque placé importante, un histoHen voulait dire que c'est parce que les petits corps de laf poudré à eiinon , étant délivrés ii l'altouclie' liient d*u^e étincelle, se sont échappés avec une vitesse capable de pousser un corps dur et pesant contre les murailles de la placée pendant que les branches de petits corps qui composent le cuivre de canon étaient asset bien entrelacées poUr ne se pas disjoindre par cette vitesse ; au lieu de faire voir comment la prévoyance du conquérant lui ti fait eboisir le temps et les moyens convenables, et comment sa puissance a surmonté tous les obstacles.. .

» Je trouve môm« que plusieurs effets de la nature se peuvent démontrer doublement : savoir par la considération de la cause efliciente, et encore à part par la considération de la cause finale, en se servatflt par exemple du décret de Dieu, de produire toujours son eCfot par les voies Wplus aisées et les plus déterminées, comme ' j-ai fait voir ailleurs, en rendant raison des règles de la catoptrique et de la dioptrique, et en dirai davantage tantôt.

» Il est bon de faire cette remarque pour conoilier ceoi qui espèrent d'expliquer mécaniquement la formation de la première * texture d*un animal et de toute la maoliine des parties, avec ceux * qui rendent raison de cette même structure par les causes Anales. L'un et l'autre est bon, l'un et l'autre peut être utile non-seulement pour admirer l'artifice du grand ouvrier, mais encore pour découvrir quelque chose d'utile dans la physique et dans la médecine. Et les auteurs qui suivent ces routes diAsrentes ne devraient point se maltraiter ; car je vois que ceux qui s'attachent à expliquer la beauté de la divine anatomie, se moquent des autres qui s'imaginent qu'un mouvement de certaines liqueiirs qui paratt fortuit, a pu Taire une si belle variété de membres, et traitent ces gens-là de téméraires et' de proAinea. Et ceux-ci, au contraire, traitent les premiers de simples et de superstitieux, semblables à ces anciens qui prenaient' les physiciens pour impies quand ils soutenaient que ce n'est pas Jupiter q«i tonne, mais quelque matière qui est dans les nues. Le meilleur serait de joindre l'une et l'autre considération, car s'il est permis de se Servir d'une basse comparaison, je reconnais et j'exalte' l'adresse d'un ouvrier, nou*seulemènt en montrant quels desseina if a eu en feisautles piècesde sa machine, mais encore en expliquant les instruments dont il s'est servi pour faire chaque pièce, surtout quand ces Instrutneèts sont simples et ingteieusement trouvés. Et Dlèa set asseft liabile artisan pour produire une maclihie encore* pinâ inginieaae mille foi^ que oalle de poire cokfa, en ne se aemmt^

256 DIS CkVSMS 00 PtlRCinS.

que de quelques liqueurs assez simples, expressément formées, eo sorte qu'il ne faille que les lois ordinaires de la nature pour les démêler comme il faut, afin de produire un effet si admirable, mais il est vrai aussi que cela n'arriverait point si Dieu n'était pas aoteur de la nature. Cependant je trouve que la voie des causes effidoilo qui est plus profonde (?) , et en qudque façon plus immédialeàprioà est en récompense assez difficile quand on vient an détail, etji crois que nos philosophes le plus souvent en sont éloignés. Mais h voie des finales est plus aisée et ne laisse pas de servir maeti i deviner dei véritéi imporiarUes et utiles çu*on serait bien lanutempii chercher par cette autre route plus physique, dont l'aiiatomie peet fournir des exemples considérables. Aussi je trouve que Sonàss, qui est le premier inventeur des r^les de la réfraction, losi attendu longtemps à les trouver s'il avait voulu chercher prenoBement comment la lumière se forme. Mais il a suivi apparenuiB^ la méthode dont les anciens se sont servis pour la catoptriqoe, qà est en effet par les causes finales.... Et il s'en faut de beaucoup ^ la démonstration de ce môme théorème que M. Descartes a voalo donner par la voie des efficientes, soit aussi bonne. Au moins y >t-il lieu de croire qu'il ne l'aurait jamais trouvé par là, s'il n'itùi rien appris en Hollande de la découverte de Soellius. » {NouMa lettres et opuscules de Leibnitz^ publiées par M. Foucher (de Carâilt Paris, 1857, in-8».)

Cette protestation qui fut en même temps une très belle réfutatios des théories nouvelles, et qu'on relit encore avec admiration, resH sans succès. La cartésianisme devait durer encore et se transTtvmer.

V. — Dès le milieu du xviii' siècle, la théorie des causes occasioDnelles fut transportée en histoire naturelle, où elle devint la tkiv^ des conditions d'existence^ avec de Maillet, Robinet, Lamarck. Noos en avons parlé au premier livre de cet ouvrage, nous n'y reviendroos pas. Pendant ce temps Brown, suivi depuis par Broussais, prêtes* dait que la vie dépend des excitants extérieurs. Enfin, de nos jooa le philosophe A. Comte a changé la théorie des conditions d'eiistence en théorie des milieux^ ou théorie sociologique^ théorie développée en médecine récemment par MM. Liitré et Ch. Robin dans le Nouveau Dictionnaire de Nysten (voyez les articles Finalité, PU' lospphie, Positivisme t Milieu, Sociologie.)

Sous toutes ces formes, c'est au fond la même théorie, consis' tant à nier une cause formelle, et k supposer que les agents est^ rieurs sont causes de tous les phénomènes qui se passent dans i'dttfr

DBS CAUSES VINALBS. 257

Le cartésianisme se transforme en dernier lieu pour revenir à son point de départ et se démasquer entièrement. Issu d'une triple du^ perie, où Ton semblait nier les causes finales, où l'on paraissait vouloir mettre d'accord le thomisme et le scotisme, et qui penchait en réalité vers le scotisme janséniste^ le cartésianisme aboutit, en On de compte» au jansénisme pur, qui est sa vraie couleur, à savoir^ la négation de la cause formelle et l'exagération de la cause pré-« motrice. En effets la théorie sociologique^ prétendant que toute acti-* vite procède des causes extérieures, des milieux, est, dans Tordre des choses naturelles, le pendant de la théorie janséniste dans les questions sur la gr&ce.

Voyons maintenant où nous pouvons aller en reprenant la ques-» tion.

S 2. — DiTiMMi «e« «i«M0 Anales.

fi Nous ne nous occuperons pas de la finalité en général, outre que c'est là une question purement philosophique, nous en avons dit assez dans le paragraphe précédent pour indiquer le sujet; nous entrons immédiatement dans la division des causes:

Les scolastiques avaient posé à la base de la téléologie un principe vrai et qui est demeuré tel, que personne n*a jamais contesté, savoir, que tout être créé n'a pas l'activité par soi et n'entre en acte que sous ^influence d'une cause prémotrice. Ce principe passé à l'état d*axionie n'est pas discuté; nous le laissons ce qu'il est, un axiome.

Une fois ce principe admis, les scolastiques discutèrent le rôle de la cause prémotrice d'une manière générale ; nous profiterons de ce qu'ils ont fait Mais nous remarquons, dès l'abord, qu'ils posèrent la question dans sa généralité la plus étendue, et que pour plus de précision il convient de distinguer deux genres de causes qui por« tent à l'acte : Tune est la disposition à l'acte^ l'autre est Isl prémotion de l'acte. On s'est surtout occupé de la seconde, on a trop négligé la première.

L'être créé n'a pas l'activité en soi, cela est accordé. Hais Dieu Ta créé pour une fin déterminée, avec des puissances capables d'accomplir tels ou tels actes selon les conditions où il doit se trouver. Dieu a donc créé l'être avec la disposition d'accomplir tels ou tels actes, par cela même qu'il l'a créé avec telles ou telles puissauces. Et si une cause vient a faire agir cet être, à le mouvoir, à l'exciter à l'acte, il y pourra répondre selon les dispositions qui sont en lui ; la prémotivn mettra en jeu la disposition. Quelle est.

FRÉDAOLT. 17

258 DBS CAUSBS 00 PftDICIRS.

la valeQr de oes deax genres de causes? Jusqu'où s'étend el en qoa consiste la disposition ? Jusqu'où ira et en quoi oonsisie la pfémotion 7 Voilà le sujet d'étude.

Dans les derniers temps de la seolastique^ la diviskm des cansâ finales était tout autre que nous ne la présentons dès l'abord* et pe uiêtre y apportaitnon une subtilité plus utile en théologie qne dans les sciences naturelles. Suarès les dirisait : 1* Cujuset cm; 2* ta o^retùmem et rem factam; S" actionis et rei factœ; W" finem objecticw f: formaiem; 5* eum qui fit et eum qui obtinetur^ 6* finem ultimimtîit^ uUimum[Metapky%. disp.y xxiu, sect. II).

Goudin, dans sa Philosophie^ suit identiquement la même di^ trine.

Ces divisions, fort justes en elles-mêmes, peuvent avoir une c- ^ qu'on ne voit pas; mais elles ont l'incontestable inconve.^'* suivant nous^ de ne pas poser la division primordiale et capitale :< nous indiquions plus haut. Nous les considérons comme secoDdi-*é et plus applicables en théologie que dans les sciences naturelle; aussi les écartons<*nous.

C'est donc sur la division indiquée plus haut que nous basero» toute l'étude des causes finales, et nous examinerons tour à toor les ditporiiions â Vacte et les causes prémotrices.

S 3. — BM «ap^rttl^Bii à raete.

Nous examinerons deux questions : i'' de la disposition à l'sciti de son rôle; 2^ des diverses dispontions.

I. Be te ëHmfmÊàOmm «t dto mm rêto. —Que l'être Soit disposet

agir dans certaines limites, c'est ce qu'on ne peut évidemment nkf sans blesser profondément le bon sens. Les philosophes qtii ^ tiennent compte que des circonstances extérieures, des excitants i l'acte, n'v ont certainement pas réfléchL Je veux bien que, coroin' le dit le proverbe, l'occasion fasse le larron, parce que tant qu'il n? a rien à prendre, le larron ne prendra rien ; mais quand il y aoiait quelque chose à prendre, on ne prendra rien si Ton n'est larron, et le proverbe est plus juste quand on dit : l'occasion manifeste le terres i® De la disposition engénéral. — Tout être est créé avec des fi' cultes particulières, c'est-à-dire avec des puissances défaire telleoit telle chose, et on ne lui fera jamais faire ce qu'il n'a pas la faculté d'accomplir. Il y a donc dans chaque être des dispositions à tels ou tels actes, et c'est ainsi que chaque espèce animale est douée if

. DBS CA08BS FINALES, fi59

facultés particulières, se distingue par son organisation, par ses actes, ses mœurs, ses habitudes, ses instincts.

Mais non -seulement Tétre est doué de certaines &cuUés et de la capacité de certains actes, il faut ajouter qu*il n'en est doué que dans certaines limites. Ainsi, chaque être est renfermé dans certaines limites, et il ne pourra jamais faire que certains actes qui lui ont été attribués. 11 est aussi impossible au chien de miauler qu'au chat d'aboyer, à l'âne de chanter comme le rossignol, au lion de ruminer. Et ainsi pour chaque espèce animale. De même dans une même espèce, chaque sexe a ses actes particuUers, et l'homme ne peut pas plus devenir une femme, qu'une femme devenir un homme. De même dans les races, dans les familles, dans les individus, il y a des dispositions particulières qu'on ne trouve pas dans d'autres races, dans d'autres i'amilles, dans d'autres individus. £n un mot, chaque être n'a que telles ou telles dispositions, et il ne peut faire que ce qui rentre dans ses dispositions.

Enfin ces dispositions dont chaque être est doué, ont une ten-» dance naturelle à se développer ; de sorte que si toutefois rien ne s'y oppose, il suffit de donner à l'acte l'occasion d'être, pour que l'acte se développe. Il y a dans l'être un appétit qui le porte à agir, à développer les £eicuUés dont il est doué, à accomplir les actes qu'il lui a été donné d'exécuter ; en un mot, de courir aux fins pour lesquelles il est créé. De sorte que, comme le disait la soolastique : Toute chose appete sa fin : omnia appetunt finem. L'homme appète sa fin, et on le voit, dès ses premières années, et ensuite pendant toute sa vie,, se porter, se lancer vers le but de sa carrière, tendre à dér veIopp>er tous les actes dont il a la capacité. Chaque sexe se porte de lui-même au but qu'il doit accomplir. Chaque individu se voue de luh-même à ce qui doit être sa vie. Aussi a-t-on toujours fkit une grande attention aux préludes et au développement de tout être et de tout acte, pour Qn prévoir la fin. Le père de famille épie dans son enfant les dispositions qu'il manifeste, la vocation vers laquelle il parait tendre, pour le diriger dans sa carrière. Le médecin épie, dès le début de la maladie et dans sa marche, les dispositions qui se manifestent et lui permettent d'asseoir son pronostic.

Et non««eulement l'être, dans son ensemble et dans son unité, mais chacune des facultés, chacune de ses puissances se porte naturellement aux actes qui doivent être accomplis : omnia appetunt finem.

Nous ne discuterons pas l'opinion sociologique, qui ne veut tenif compte que des causes extérieures, et qui omet le r6le des disposi'^ fions à racte ; il n'en est pas besoin : il est sensible pour tout le

260 DES CAUSES 00 PRUVCfPKS.

monde, pour tout bon sens, pour toute expérience journalière, que cette théorie est erronée. Nous Tavons d'ailleurs examinée plus haut.

2* De l'intention d'action et des formes intentionnelles, — Chaque espèce d'être, ayant son appétit final qui embrasse dans son univer* saîité toutes les tendances de ses actes divers, a ainsi dans le but qu'elle poursuit une intention d'action, et l'acte revêt selon ce bat une forme particulière qui se nomme forme intentionnelle.

Il est évident qu'à moins d'enfermer tous les individus d'une môme espèce dans un cercle inflexible par suite duquel chacun d'eux serait identiquement semblable au premier, et par lequel, en conséquence, chaque individu agirait toujours de la même manière, tel cas étant donné; il est évident qu'il fallait donner à chacun la possibilité de varier ses actes dans Vintention, et par cela même dans la forme intentionnelle. Cela était nécessaire. On peut même dire que cela était juste, car, selon l'individu, le sexe, l'âge, l'état où se trouve l'être, les habitudes qu'il peut avoir prises, les causes déterminent des impressions différentes ; et même toutes choses étant égales dans l'individu, la cause pouvant agir diversement sur lui, il était juste, aussi bien que nécessaire^ que l'acte pût également varier dans son intention et dans sa forme intentionnelle.

Les scolastiques avaient donc parfaitement raison d'examiner dans chaque acte Vintention et la forme intentionnel le ^ et s'ils ne suivirent cet examen que dans les questions morales, il n'en faut pas moins le suivre dans tous les actes de l'être vivant, car c'est par là qu'on se rend compte des différences d'actes, et c'est par là aussi qu'on se rend compte des diverses dispositions de l'être.

3° De l'état de la disposition, — L'être peut se trouver dans un état variable à l'égard de la cause qui le sollicite à agir. 11 peut res-^ ter indifférent à la sollicitation de cette cause ; il n'est pas disposé à agir; la disposition ne se développe pas; elle reste à l'état desimpie puissance, elle ne passe pas à l'acte. 11 peut au contraire être très susceptible à l'action de la cause qui le sollicite; à peine si elle le touche, que la disposition se développe et passe à l'acte. 11 peut être lent à répondre à la cause, et au contraire il peut être vif; il peut être faible ou énergique. La disposition peut être persévérante à poursuivre l'acte que la cause sollicite, ou au contraire sans persévérance à poursuivre.

D'un autre c6té, la cause qui sollicite l'acte agrée à l'être ou lui déplaît. De là deux étals très différents dans la disposition à l'acte, et dans l'acte qui s'ensuit. Une cause qui agrée porte à un acte d'adhésion; la cause qui répugne porte à un acte de répulsion^ La

DBS CAUSBS FINALBS. 261

même cause peut d'abord agréer, puis répugner ou produire des effets contraires, et de 1& soulever tour à tour des dispositions différentes et contraires.

Il y a des gens chez lesquels la disposition à Vadhésion domine ; ils cèdent toujours à Faction que sollicite la cause. Il en est d'autres toujours disposés à la répulsion^ ou comme on dit à la contradie^ tion; ils répugnent toujours dès Fabord à Faction qu'on sollicite. Il en est d'autres aussi qui toujours passent incessamment de Yadhé-^ $ion à la contradiction^ commençant et recommençant incessamment l'acte dans des sens différents.

II. Beat diverses dispositloos * l'aete. — Il y a trois sortes de dispositioDS : 1° Dispositions naturelles^ ainsi nommées parce qu'elles sont dans la nature même de l'être, et qu'elles se retrouvent constamment dans chacun : ce sont les dispositions spécifiques^ sexuelles^ individuelles; T dispositions acquises^ c'est-à-dire que l'être peut acquérir, qui se retrouvent chez tous, mais qui peuvent varier : ce sont les dispositions habituelles, accidentelles, séminales et climaté» riques ; 3^ dispositions anormales y que l'on distingue, selon qu'elles touchent à l'ordre moral ou à Tordre physique, en dispositions vicieuses et dispositions morbides.

Nous devons nous arrêter un instant sur chacun de ces trois groupes.

V Des dispositions naturelles. — Elles se rencontrent dans tout être qui, dans les actes qu*il accomplit, agit toute la fois selon son espèce, selon son sexe et selon son individualité.

Chaque espèce et chaque sexe a ses actes particuliers, qui dépendent des facultés qui leur sont attribuées. Il y a aussi des actes communs à des espèces différentes et à chaque sexe ; dans ces actes communs, la disposition à l'acte et l'acte varient dans l'intention et dans la forme. L'homme n'est pas seulement différent de la femme par ses facultés sexuelles, mais aussi par les variétés que revêtent presque tous ses actes dans l'intention et dans la forme, selon sa finalité.

Pour les individus, ils sont tous, dans la même espèce et le môme sexe, pourvus des mêmes facultés, et peuvent développer des mêmes actions, car ils sont tous égaux. Hais ils sont chacun sous une modalité particulière, qui a ses dispositions, et qui les porte à développer plutôt certains actes que d'autres, et à les varier selon une finalité particulière.

En thérapeutique, il faut toujours faire attention aux médi-

}62 DES CAusn on principes.

caments qui répondent à Tespèce, au sexe, à rindividualité.

2^ Des dispositions acquises, — L'homme ne pouvait être enfermé dans des dispositions naturelles inflexibles; il devait pouvoir, et il peut, en effet, agir diversement, suivant la cause qui l'excite à l'acte, suivant rétat où il se trouve quand celte excitation lui arrive, suivant la manière dont la cause se présente quand elle l'excite. Il lui a été d(Hiné, et cela devait être, de pouvoir modifier ses dispositions, selon le moment de toute circonstance possible.

Mais l'être ne modifie pas ses actes et ses dispositions sans se modifier lui-même, car la cause varie nécessairement comme l'effet qu'elle .produit, et de cela qu'il agit autrement qu'il n'avait encore agi, il entre pour agir dans un état différent de ceux où il s'était trouvé. Il acquiert donc ainsi, sous l'influence des circonstances, un nouvel état, une nouvelle disposition ; non pas que, pour cela, il change tout à fait de nature, car il ne peut jamais que ce qui est dans ses attributs, et la possibilité de ses acquisitions est renfermée dans les limites de son état et de ses dispositions naturelles, mais il se modifie.

Les philosophes, qui ont attribué toute influence aux causes extérieures, ont bien vu l'action de ces causes^ mais l'ont évidemment exagérée ; car, encore une fois, on ne fait jamais que ce que l'on peut faire, et pour produire un acte^ il faut en avoir préalablement la puissance. Ainsi les causes excitatrices de l'acte ne créent pas véritablement des puissances, mais modifient leurs dispositions; il n'y a là une production nouvelle que par modification^ en donnant une forme nouvelle à une puissance modifiée dans la forme intef^ tionnelle de l'acte.

Ces dispositions acquises peuvent n'agir qu'une seule fois, et alors elles sont tout accidentelles. L'acte que la catise excitatrice suscite, la disposition qui y répond, l'état où se trouve l'être, peuvent ne se reproduire jamais. Il peut même se faire que la même cause exci* tatrice, les mêmes circonstances venant à se représenter, une nouvelle disposition, un nouvel état, un nouvel acte, tout différents des premiers, se présentent aussi ; alors la disposition a été véritablement accidentelle; Y acquisition n'est pas devenue une propriété.

Mais tout acte crée un précédent: nous venons de l'expliquer en disant que toute disposition nouvelle donne lieu à un nouvel état de l'être, une habitude (habitudo) ; et, comme on le dit, Yhabitude fst une mmvelle nature; c'est un état nouveau sous lequel l'être se produit lui-même, et par suite duquel l'habitude acquise lui devient naturelle* Aussi, qu'une cause exdtalrice mette en jeu la nouvelle

ras Gicais FINALS. ses

disposition, et Tacte se reproduira le même : il est devenu dans la nature de Tétrode répéter le même acte avec la mémo fin, c'est-à-dire sous les mêmes formes intentionnelles. Un seul acte crée une habitude^ vérité de premier ordre qu'il ne faut jamais oublier, parce qu'elle rend compte journellement, dans la vie morale comme dans la vie physique, d'un grand nombre d'événements; et si cet acte se répète un grand nombre de fois, l'état nouveau, ou habitude, devient de plus en plus puissant.

Ces habitudes que l'être acquiert peuvent être transmises par génération, par voie séminale, et c'est ainsi que des dispositions particulières se rencontrent dans presque toutes les familles, comme nous l'avons déjà dit dans le livre 1*'^ et comme nous aurons encore à le redire et à le développer au livre V. De sorte qu'il y a dans l'être deux sortes de dispositions habitudles : les habitudes acquises pat lui-même et les habitudes reçues par voie séminale, ou, comme on le dit simplement, les dispœitiims habituelles et les dispwitùmâ séminales ou héréditaires.

Enfin, l'être se modifie en se développant et en parcourant tous les âges de la vie ; et à chacun de ces ftges, il se présente sous ud état nouveau, qui comporte avec lui des dispositions nouvelles : dispositions selon l'dge^ ou climatériques,

3* Des dispositions anormales. — Ce sont des dispositions acquises, mais présentant quelque chose de tout particulier qui les difiërenoie des précédentes; elles naissent du principe de contradiction et de négation^ et ne sont que des dérogations aux dispositions naturdies ou normales. C'est ce qu'il faut expliquer.

l"" Que ces dispositions anormales existent, c'est ce qui n'a jamais été contesté et ne peut l'être. L'homme est disposé au mal, et toujours plutôt à une action mauvaise qu'à une autre; à tel ou tel vice, à telle ou telle maladie. Chaque espèce d'être a ses maladies ; l'homme seul contracte les fièvres, la syphilis, la goutte et beaucoup d'autres maladies qui lui sont spéciales ; le mouton a la clavelée, la cheval a les eaux aux jambes : et ainsi chaque espèce d'être a ses maladies particulières en outre de celles qui sont communes à deux ou plusieurs espèces. Chaque sexe a également ses maladies en outre de celles qui sont communes; chaque individu enfin a, non pas ses maladies, mais ses manières d'être malade; il n'y a pas de maladies individuelles, mais U y a pour chaque maladie des variétés individuelles, des particularités ^ selon les personnes qui sont aSiaetées ; en sorte que les dispositions morbides peuvent être classées oomme les dispositions naturelles.

264 DES CVUSBS ou PRINCIPES.

Elles sont aussi comme les dispositions acquises. L'être peut avoir une maladie accidentelle, et qu'on est tout étonné de lui voir, qui ne peut résulter que d'une disposition morbide accidentelle. Mais k plus souvent les maladies correspondent aux habitudes; comme on a telle ou telle disposition habituelle, on a également des dispo^ sitions morbides. Quelquefois c'est une disposition qui a été acquise par nous-mêmes; nous sommes devenus disposés à telle maladie. Quelquefois c'est une disposition qui nous a été transmise par voie séminale, et qui appartient à notre famille ou à notre race. EnQn, en parcourant la succession des âges, l'homme prend plus ou moins les dispositions qui appartiennent à chacune des étapes de la vie, et suivant son âge, il est plus disposé à telle maladie qu'à telle autre.

Les dispositions morbides paraissent donc comme le contre-pied des dispositions naturelles et acquises, et elles se présentent, d'une manière générale, comme le côté mauvais des dispositions dont l'être est doué ou qu'il peut acquérir; c'est, en effet, ce qui les explique.

Les dispositions naturelles et acquises sont toutes dans la nature bonne de l'homme, de l'être en général. Les actes peuvent varier suivant l'espèce, suivant le sexe, suivant l'individu, suivant un accî* dent, suivant une habitude, suivant une tradition de race ou de famille, enfin suivant Tâge, et cependant être bons. 11 n'y a, dans toutes ces modifications de l'acte et dans toutes les dispositions qui les produisent, rien de mauvais en soi; mais comme chacune de ces dispositions peut être tournée à mal et produire des actes mauvais, il faut donc que quelque chose intervienne pour changer leur direction.

2« Ici, nous sommes à la grave question de l'origine du mal, qui importe aussi bien à la médecine qu'à la morale; elle est certainement d'une grande profondeur et d'une grande difficulté, et nous pourrions nous égarer dans la recherche de sa solution, si nous ne faisions profession de la vouloir prendre à la théologie, qui a tracé nettement la vérité qu'il faut accepter et les sentiers qu'il est nécessaire de prendre pour y arriver.

Nous reconnaissons d'abord qu'il n'y a que deux opinions possibles : celle qui fait du mal un principe réellement subsistant en soi, c'est le manichéisme; l'autre qui fait du mal une dérogation du bien, une perversion de ce qui existe naturellement, un principe purement négatif: cette seconde interprétation parait la seule vraie.

a Tous les êtres, dit saint Denis, possèdent du bien. De plus, le bien dépasse infiniment tous les êtres; d'où il suit qu'en une cer-

DSS CADSBS FINALES. 265

taine mamëre, le non-étre a place en loi. Mais le mal n'est ni être, car alors il ne serait pas absolument le mal, ni non-étre, car cette appellation transcendantale ne convient qu'à ce qui est dans le souverain bien d'une manière suréminente. Le bien s'étend donc par delà tout être et tout non-étre, et le mal ne sera ni être ni non-être, mais quelque chose de plus étranger au bien que le non-être, quelque chose qui n'arrive pas même à la hauteur du non-être: Le

mal en tant que mal n'engendre pi ne produit aucun être, et tend au contraire à vicier et à corrompre la nature des choses. Si Ton dit qu'il est fécond en ce que, par l'altération d'une substance, il donne l'être à une autre substance, nous répliquons avec vérité qu'en tant qu*Uest corruption et mal, il ne produit pas, mais plutôt dégrade et mine, et que le bien est seul un principe d'existence. Ainsi, de lui-même le mal est destructeur, et il n'est fécond que par le bien, tellement que de sa nature il n'est rien, ni auteur de rien, et qu'il doit à son mélange avec le bien, et d'exister, et d'avoir et de produire quelque chose de bon. De plus, ce n'est point sous le même rapport qu'une chose sera bonne et mauvaise à la fois ; la faculté de produire et d'altérer ne sera paa identique et ne s'exercera pas indépendamment du sujet où elle réside. Le mal absolu n'a donc ni être, ni bonté, ni fécondité, et n'engendre aucun être, ne produit aucun bien.... Si donc par la corruption d'une substance une autre substance se produit, il ne faut pas Tattribuer à la vertu du mal, mais à la présence d'un bien incomplet. De même^ la maladie est une altération partielle de l'organisation, je dis partielle et non pas totale, parce qu'alors la maladie elle-même aurait disparu. Mais l'organisme subsiste, et c'est l'anomalie dont il est atteint, qui constitue la maladie. Ainsi, ce qui ne participe nullement au bien, n'a de subsistance réelle ni en soi ni dans les êtres

« On ne doit pas attribuer au mal une existence propre et

indépendante, ni un principe où il trouve sa raison d*être. Oui, il revêt une couleur plausible aux yeux de quiconque s'y abandonne, parce qu'on recherche le bien; mais au fond il n'est que désordre, parce que l'on estime bon ce qui n'estpasvéritablementtel. Car autre est l'intention adoptée, autre le fait accompli. Donc le mal fausse la route, n'atteint pas le but, trahit la nature, n'a ni cause ni principe, formel, est en dehors de la fin, des prévisions, des désirs, et ne subsiste réellement pas. Par suite il est une privation, une défeo* tuosité, un dérèglement, une erreur, une illusion ; il est sans beauté, sans vie, sans intelligence, sans science, sans perfection, sans fixité^ sans cause, sans manière d'être déterminée. 11 est infécond, inerte,

206 DBS GÀ08KS on PBnfcms.

impuissant, désordonné, plein de contradiction, d^incertitude» de ténèbres; il n'a pas de substance et n'est absolument rien de ce qui existe. Gomment donc le mal est-il quelque puissance ? Par son mélange avec, le bien, car ce qui est entièrement dénué de bien n'est Qt ne peut rien. . . . Le mal donc n'est pas un être et ne subsiste dans aucun être. Le mal, en tant que mal, n'est nulle part, et quand il se produit, ce n'est pas comme résultat d'une force, mais d'une infirmité. » [Des nomi divins, chap. IV, Œuvres traduites par M. Darboy.)

Voici maintenant la même doctrine dans saint Thomas : « Utrum » malum sit natura quœ4am? — Respondeo dicendutn quod unum » oppositum cognoscitur per alterum, sicut per lucem tenebrsB* » Undè et quid sit malum, opportet exratione boni accipere. Dixiy^ mus autem suprà, quod bonum est omne id quod est appetabiie ; » et sic cum omnis natura appelât suum esse et suam perfectionem, D necesse est dicere quod et perfectio cujuscumque naturse rationem » habeat bonitatis. Undè non potest esse quod malum signîflcet quod** » dam esse, aut quamdam fomiam, seu naturam. Relinquitur ergo » quod nomine mali significetur quœdam abstentia boni. ^-Et pro » tanto dicitur quod malum neque est existons, nec bonunL Quia cum » ens, in quantum hujus modi sit bonum, eadem est remotioutrax> rumqne. — Ad primum ergo dicendum quod Aristotelis ibi loqui« » tur secundum opinionem pythagoricorum, qui malum existima* » bant esse naturam quamdam ; et ideo ponebant bonum et malum » gênera. Consuevit enim Aristoteles, et prœcipue in logicalibus, » ponere exempla quas probabilia erant suo tempore secundum opi- » nionem aiiquorum philosophorum. Vel dicendum sicut dicit phi- » losophus (in-Zii'', Metaph.^ tex. 6), quod prima oontrarietas est habi* n tus et privatio, quia scilicet in omnibus contrariis saWatur ; cum » semper unum contrariorum sit imperfectum respectu alterius, ut B nigrum respectu albi, et amarum respectu dulcis. Et pro tantd y^ bonum et malum dicuntur gênera non simpliciter, sed contrarioï> rum ; quia sicut omnis forma habet rationem boni, ita onmis » privatio in quantum hujus modi, habet rationem mali. — Ad n secundum dicendum quod bonum et malum noa sunt difierentin » oonstitutivse, nisi in moralibus, quse respiciunt speciem ex fine, qui » est objectum voluntatis, a quo moralia depoident. Et quia bonum » habet rationem finis, ideo bonum et malum sunt difierentiœ spe-

V cificœ in moralibus; bonum per se, sed malum in quantum est 9 remotio debiti finis. Née tamen remotio debiti finis oonstituit spe*

V ciem in moralibus, nisi secundtwi quodadjungitur fiai ^ubdebito ;

DIS CAUSES riNALIS. 267

» sicut neque in naturalibas invenitur privatio formœ substantialis, » nisi adjuQCta alteri formse. Sic igitur malum quod est differentia » constitutiva in moralibus, est qaoddam bonuni adjunctum pri- » vationi alterius boni ; sicut finis intemperati est non quidem carere » bono rationis, sed delectabile sensus absque ordine rationis. Unde » malum iu quantum malum, non est differentia constitutiva, sed

» ratione boni adjuncti — Ad quartum dicendum quod aliquid

» agere dicitur tripliciter. Uno modo formaliter, eo modo loquendi »quo dicitur albido fâcm« album; et sic malum etiam ratione » ipsius privationis dicitur oornimpere bonum, quia est ipsa cor- >> ruptio, vel privatio boni. Alio modo dicitur aliquid agere effective » sicut pictor dicitur facere album parietem. tertio modo per modum 3» causse finalis, sicut finis dicitur efficere movendo ef&cientem. » His autem duobus modis maium non agit aliquid per se, id est B secundum quod est privatio quœdam, sed secundum quod ei » bonum adjungitur. Nam omnis actio est ab aliqua forma, et omne 30 quod desideraturut finis, ut perfectio aliqua. Et ideout Dionysiua » dicit (cap, IV^ De divin, nomin., p. 4, aliq. à prim. lect. 23) : » Malum non agit^ neque desideratur^ niii virtute boni adjuncti j » per $e autem etf infiniium, et prœtervoluntatem ei intentionem, — Ad j» quintum dicendum quod, supra dictum est, partes universi habent » ordinem ad invioem, secundum quod una agit in alteram, et est » finis alterius et exemplar. Hœc autem, ut dictum est (in solut, » ad 2 arg.)« non possunt oonvenire malo nisi ratione boni adjuncti. » Unde malum neque ad perfectionem universi pertinet, neque sub » ordine universi concluditur, nisi per accidens, id est ratione boni » adjuncti. x> {Summ, theol.y pars 1, quœst. A8, art. 1.)

Ainsi, le mal n'a pas d'existence par lui-même, n'est qu'une négation du bien, ou mieux encore, un bien impariait, un bien dont rintenti<m finale est faussée. D'où il suit que les dispositions au mal, les dispositions morbides coqnme les dispositions vicieuses, ne sont que des dispositions naturelles ou acquises viciées. D'où vient ce vice, comment se produit-il ?

S"" Tout ce qui est réellement est un bien, d'après ce qui précède. Ce qui conduit forcément à dire que dans l'action, ni l'être mû, ni la cause qui meut, ne sont eux-mêmes un mal, mais que le mal résulte d'un désaccord* qui est à rechercher dans l'acte produit.

Or, l'être peut être via-à*vÎ8 de la cause prémotrice qui le porte à l'acte dans l'un de ces trois états : ou A' adhésion^ ou de répulsion^ ou & indifférence. Cela, bien certainement, fait varier l'acte, car on n'agit pas quand on reste indifEàrent à une cause qui nous exdte ;

268 DKS CAUSES ou PBINCIPES.

on produit un acte de répulsion quand la cause répugne, on produit un acte d'adhésion quand la cause agrée. Du reste, une cause qui soulève une répulsion, peut agir assez puissamment pour se soumettre l'organisme, l'opprimer.

Nous remarquons en second lieu que comme tout a été ordonné dans un souverain bien^ Tamour et la répulsion répondent aux choses qui sont naturellement ou bonnes ou mauvaises, et bien que les ôtres intelligents aient la liberté de choisir entre le bien et le mal, de faire Tun ou Tautre, ils ont cependant un amour nature) pour ce qui est bien, une répulsion naturelle pour ce qui est mal De sorte que Tétre, en suivant les appétits naturels dont il est doué, est à l'abri du mal, à moins qu'il ne soit trompé par la cause excitante et qu'il fasse erreur.

La tromperie, l'erreur, l'ignorance, voilà les causes du mal.

En effet, qu'une cause prémotrice qui doit répugner naturellement à l'être se masque et se fasse passer pour une cause qui agrée : i l'être ne la connaît pas telle qu'elle est, est trompé, il agit comme si cette cause lui agréait. Un acte d'adhésion est produit au Heu duo acte de répulsion ; le désordre est introduit immédiatement dans Tétre, et comme tout acte accompli est une disposition nouvelle, une seconde nature, ainsi que nous l'avons montré plus haut, l'être a acquis une disposition anormale. Et non-seulement il en a acquis une, mais il en a acquis plusieurs; il les a pour ainsi dire acqub toutes, car la tromperie dont il a été l'objet^ et dont il est le premier à ressentir les effets, le conduit à suspecter toute cause prémotrice, à se défier d'une cause bonne comme d'une cause mauvaise ; il repousse ensuite un bien auquel il devrait adhérer. L'erreur engendre Terreur ; un acte mauvais eu engendre un autre, et par un seul tous peuvent être viciés.

Ainsi l'homme porte en lui des dispositions vicieuses et morbides qui se développent et passent à l'actQ sous l'influence des causes prémotrices. A la morale, à la pathologie, à la thérapeutique, î l'hygiène revient le soin d'étudier comment ces dispositions peuvent être ménagées, gouvernées, soit pour éviter leur passage à l'acte, soit pour guérir le mal qui se produit. Le grand rôle du médecin est d'avoir constamment i'œil sur les dispositions morbides, de les reconnaître au moindre signe, de savoir leurs évolutions, de connaître et d'appliquer les agents qui les écartent ou les apaisent, de même que le sage a constamment l'œil sur les dispositions vicieuses qu'il veut gouverner.

Ce sujet suggère encore une réflexion utile en thérapeutique. Au*

DSS CAUSKS FINALES. 269

jourd*hui raction des médicaments est examinée avec soin sur Tindividu à Tétat de santé; et de cette action sur Tbomme en santé, on tire des indications de l'action qui peut être produite dans les maladies. Or, comme tout être a en lui des dispositions morbides différentes, il faut remarquer que le médicament, même à l'état de santé, développe des actes différents, suivant ces dispositions. C'est pourquoi il serait très utile que dans l'étude de l'action dite physiologique des médicaments, on fit beaucoup d'attention aux individus soumis à l'expérimentation, et qu'on recherchât et notât avec soin ce qui peut éclairer sur les dispositions morbides qui ont donné lieu aux effets observés. C'est avec grand tort qu'on enregistre ces effets indifféremment, selon qu'ils ont été observés sur tes animaux et sur l'homme, sur telle ou telle race, sur tel ou tel sexe, sur un individu qui présentait telle ou telle disposition. C'est ce qui rend la matière médicale si confuse, et lui ôte toute l'utilité qu'elle pourrait avoir.

11 y a encore, à l'occasion de la thérapeutique, une application très précieuse de la disposition. En ef!et, le même agent, à des doses différentes et aux mêmes doses, peut donner lieu à des actes différents, selon qu'il insinue le sujet à l'acte, ou qu'il y trouve une disposition contradictoire. Le sujet se soumet à l'action que l'agent insinue, ou bien il se révolte contre l'action que l'agent veut lui faire accomplir. Souvent il accomplit successivement les deux actes; quelquefois il se révolte d'abord, puis se soumet; il tolère l'action médicamenteuse; d'autres fois, il se soumet d'abord, puis se révolte ensuite, et de là les effets secondaires du médicament. 11 est souvent impossible de deviner la disposition du sujet, et quelquefois on a d'emUée une tolérance ou une contradiction, et même quelle que soit la dose, car j'ai vu les plus fortes être tolérées^ les plus minimes donner des effets ou primitifs ou secondaires.

S ft. — He la eauM préniotrlee.

Les scolastiques avaient bien vu que toute la question de la cause prémotrice n'est autre que celle du rôle que remplit cette cause. Seulement, le débat fut porté presque exclusivement sur le terrain théologique, où nous n'avons pas à l'y suivre. Nous devons prendre un autre terrain, et faire descendre le sujet des hauteurs de la théologie, où il a d'ailleurs sa solution, dans le champ de l'étude des choses naturelles. Ici se présentent des causes prémotrices multiples et dont les rôles sont très différents. Ainsi nous avons l'in-

270 DBS CâUSIS on PRUtaFES.

fluence séminale sur le germe, les aliments, les boissons, les poisons, les médicaments, les choses respirées et absorbées, les causes qui meuvent la sensibilité, les idées qui meuvent l'intelligence.

Nous devons d'abord distinguer les causes externes et les causes internes. Les causes externes comprennent tout ce qui est extérieur, étranger à Tétre, ce qui est pour lui un objet. Dans cette classe ren^ trent môme les agents extérieurs qui auraient pénétré l'être, mais ne lui seraient pas assimilés ; tout ce qui ne rentre pas sous son unité ne lui est pas assimilé, lui est extérieur, étranger ; que ce quelque chose soit d'ailleurs au dehors de lui ou dans lui, cela lui est toujours extérieur. Les causes internes sont les actes mêmes de l'être ; un acte pouvant être cause d'un ou de plusieurs autres actes, soit à la fois, soit successivement, de sorte que l'être trouve alors en lui* même des causes.

1. Dm eaoflea «xteraes. — Ce sont les objet$ OU sujets des actes que l'être exécute; objets ou sujets, suivant qu'ils supportent l'action ou qu'ils font l'action. Les uns, objets matériels, aliments, poisons, solides ou liquides, gaz divers, touchent aux facultés végétatives et les meuvent; les autres, qualités sensibles de la matière, couleur, lumière, son, dureté, pesanteur, odeur, saveur, touchent aux fa* cultes sensibles et les meuvent; les autres, enfin, objets purement intellectuels, idées abstraites, concepts spirituels, touchent aux fa* cultes intellectuelles et les meuvent.

Examinons les différents rôles que remplissent ces causes, et comment elles portent à l'acte.

l"* La came touche en acte. — Pour que la cause extérieure agisse, il faut nécessairement qu'elle touche, car ce qui est mû est forcément touché par .ce qui le meut. C'est ce que les scolastiques établissaient dans cet axiome de physique, que l'action n'est pas donnée à distance, de sorte que lorsqu'un corps en meut un autre, il faut qu'ils se touchent ou qu'un troisième corps leur serve d'intermédiaire.

Non-seulement la cause touche, mais encore elle touche en acte, car l'action seule peut engendrer l'action ; Tinertie ne peut engendrer que l'inertie, et pour mouvoir quelque chose ou quelqu'un, il faut que je sois moi-même agissant.

Toutefois il est à remarquer que la cause pouvait n'être pas en acte avant de nous toucher, et entrer en acte an moment qu'elle me touche. Cela se voit très bien dans les combinaisons chuniques :

M» CAOSBS riIfAUS. 271

deux corps se conservaient sans développer d'action ; on les rapproche, et Ils agissent l'un sur l'autre, se combinent ; leui*s pro*priétés sont entrées en acte au simple contact, mais parce que le contact lui-même est l* effet d'une action.

Ainsi la cause nous touche étant en acte, et cette action soulève la nôtre. Hais comment nous touohe-t-eile, et nous pénètre-t-elle? Comment son acte produit41 le nôtre? Il y a beaucoup de difficultés. Nous nous contenterons de remarquer les situations très curieuses dans lesquelles peuvent être le sujet de l'acte et Vobjet de l'acte : l"" ou bien le sujet subjugue la cause objective, soit qu'elle s'y conforme ou qu'elle s'y refuse, soit qu'on l'assimile ou qu'on la rejette; 2'' ou bien le sujet devient lui«môme l'objet de sa cause objective, soit que cette cause opprime, soit que le sujet se soumette à elle. Nous remarquerons ensuite que la cause peut être secondaire, et ne faire qu'exciter ou modifier l'acte, être intermédiaire ou intercurrente^ et enfin, qu'elle peut^ être unique ou multiple. Cette étude est celle de Yactio transiens^ ce qui devient la cause prémotrice .

2° De la cause prémotrice, objet de l'acte. — Nous disons d'abord que la cause peut être l'objet de l'acte, c'est-à-dire l'objet sur lequel s'épuise la faculté. Ainsi, la matière nutritive est l'objet de la nutrition, l'air respiré est l'objet de la respiration, les qualités matérielles sensibles sont l'objet des sensations. D'un autre côté, le poison que l'économie rejette ou contre lequel elle se débat, la qualité matérielle qui blesse les sens, sont aussi des objets de l'acte. On voit cependant la différence capitale de ces deux cas : dans le premier, l'objet pénètre l'être, lui est assimilé, tombe sous sa domination et se perd en lui ; dans le second cas, l'objet est encore la chose sur laquelle s'assouvit l'acte, mais l'acte est différent, il y a répulsion : c'est la différence qui sépare Valimeni du poison. Cependant il peut y avoir erreur dans l'acte par suite d'une disposition morbide, et un poison peut être accepté comme aliment, de même que l'aliment peut jouer le rôle de poison ; tout dépend de la disposition de l'économie. Puis, un objet qui a d'abord été accepté comme aliment, peut ensuite être rejeté comme poison, et un poison d'abord rejeté peut ensuite être accepté comme aliment; il y a alors deux actes successifs contradictoires. Ainsi un aliment peut déterminer d'abord des vomissements, des évacuations diverses, une partie en être rejetée, puis une partie restante être assimilée ; de même un poison peut d'abord être en partie assimilé, puis ensuite être rejeté par les évacuations diverses.

272 DES CAUSES ou PRINCIPES.

Les médicameûts peuvent joaer ces deux râles : être l'objet d'un acte d'assiipilation, ou l'objet d'un acte de répulsion. Puis encore, ils peuvent être, ou d'abord assimilés et ensuite repoussés, ou d'abord repoussés en partie et ensuite assimilés. Ce sont des faits fort différents qu'il ne faut jamais perdre de vue dans l'étude de la matière médicale et de l'hygiène.

3° De la cause prémotrice^ sujet de Vaete. — L'être peut non-sealement être mis en mouvement par la cause, mais encore accomplir le mouvement dans un état de soumission à la cause, de telle sorte que celle-ci n'est plus l'objet de l'acte, mais le s ùjot del'acte; l'être lui-môme est l'objet de l'acte.

. Il en est ainsi dans la conception intellectuelle, car l'intellect passif reçoit l'idée éclairée par l'intellect agent, ainsi que nous l'expliquerons en teiiips et lieu.

- Dans toutes les communicatioiiâ par imitation, soit qu!il s'agisse d'un acte des facultés animales, d'un mouvement exécuté, soit qu'il s'agisse d'une maladie communiquée aux facultés végétatives, l'acte étranger passe en nous, et nous nous soumettons à lui; il nous subjugue, et toutes nos puissances exécutent sous son influence un acte dont nous sommes le premier objet.

Il en est encore ainsi quand la chaleur extérieure nous pénètre, s'impose à nous et accomplit des actes en mouvant nos propres puissances et en nous faisant l'objet de l'acte. De même encore, beaucoup de poisons nous pénètrent et nous subjuguent, mettent l'économie en leur puissance et produisent des désasti^ par nos propres facultés qu'ils subjuguent.

Mais il faut distinguer deux cas bien tranchés. Un premier, dans lequel nous nous soumettons nous-mêmes à la cause ; c'est l'intelligence qui accepte une idée, c'est l'homme qui imite un acte, c'est la chaleur qui nous pénètre, mais que nous recherchons parce que nous en avons besoin. Le second cas est celui où la cause nous subjugue malgré nous, nous violente et nous soumet à sa puissance: ainsi un poison qui nous nuit, mais dont l'économie ne peut se débarrasser ; ainsi la chaleur elle-même, qui peut nous pénétrer plus forte qu*ii n'est nécessaire; ainsi l'aliment lui-même, que nous pouvons avoir trop pris sans besoin et qui* s'impose à nous. Dans ce dernier cas, l'économie n'est pas parfaitement et complètement subjuguée; elle ne l'est qu'en partie et conserve une certaine indépendance qui lui permet de lutter, car il y a lutte contre la cause; l'économie tinit par triompher, ou bien la cause; et si celle-dt triomphante, produit des actes qui ne sont plus compatibles avec

DBS CAUSES PINALKS. 27S

rexistence, l'acte natarel est dérangé, l'organe est détruit, la mort

arrive.

k la même classe de causes, sujets de l'acte^ se rattachent les causes adjuvantes, qui nous sollicitent à l'acte, que nous recevons pour accomplir l'acte, qui ne nous subjuguent pas, à proprement parler, mais qui se conjoignent à nous pour accomplir l'acte. Sans elles, l'afcte ne se ferait pas, parce qu'il n'y a pas en nous de forces sufBsantes pour l'accomplir; il ne commencerait même pas; la cause adjuvante excite à Tacte et aide à l'accomplir. Ainsi la chaleur aide à la nutrition, et de même la lumière, l'électricité, l'humidité» toutes les substances qui viennent nourrir l'écx)nomie et produire des forces ou activités adjuvantes, ce que l'on appelle en thérapeutique les toniques,

6" Des causes excitatives ou intermédiaires. — * Toute cause prémotrice est inévitablement objet ou sujet de l'acte, et rentre dans l'une des deux classes que nous venons d'examiner ; mais il en est parmi elles qui, dès que l'acte est excité, se dérobent à l'acte, ou mettent l'économie dans le cas d'être mue par d'autres causes qui n'auraient pas agi sans elles; ce sont deux cas à distinguer.

Nous disons d'abord que la cause peut se dérober à l'acte, et l'acte n'en continuer pas moins aiix dépens de l'économie, bien entendu^ car il faut toujours un objet de l'acte. Ainsi, un poison nous pénètre, et il est bientôt expulsé, mais il laisse après lui un acte morbide qui persiste ; on en a de nombreux exemples dans la suite des intoxi*^ cations saturnines, mercurielles, alcooliques, cupriques ou autres* Quelquefois l'agent est à dose bien minime, comme pour l'iode à doses fractionnées (1 grain en trente jours, ou même moins), donnant lieu à l'iodisme. Dans tous ces cas, l'être est mis en acte par la cause prémotricct mais cette cause se dérobe, l'économie devient elle-même l'objet de l'acte qui continue.

En second lieu, il y a des causes qui excitent l'acte, mais qui n'en sont définitivement ni l'objet ni le sujet. Une autre cause qui les accompagne ou qui les suit, et qui n'aurait pas agi sans elles, devient elle-même l'objet ou le sujet véritable de l'acte. C'est ainsi qu'agissent beaucoup d'agents qu'on appelle condiments, parce qu'ils excitent l'acte digestif, et qu'ils donnent lieu à l'aliment d'être digéré, absorbé, assimilé. C'est le rôle que remplissent un grand nombre de médicaments, le natrum muriaticum, Yasa fœtida^ la pulsatilla, la nux vomica et bien d'autres, en déterminant des actes dont une autre substance ou dont l'économie elle-même devient l'objet, dans ses facultés nutritives.

FRÊDAULT. *®

374 DKS Ç4D9P^ OU FRINCIPSS.

g<) D^8 aameê ifUercurrentes, ~ \a vie como^^oce \ \% opacapUau du germe, et la cause séminale est la première de toutes les c^oeaft prémotrioes ; c'est elle qui commence la vie, qui lui donne la première et la grande impulsion, ^t dont l'influ^npe ne paut cesser aan^ qu'il y ait mor(, car elle est l'origine de la vie du corps çt sa cau^ finale, l'ejListence ne pouvant avoir lieu SAni elle; ellQ emt)rassç 4onfi les premiers phénomènes de la vie, ceni^ de tous les ftgea, jusqu'aux derniers, qui se montrent dans la mprt L'bowme natti vit et meurt sous la direction séminale qui détermine toute son exia*tence. I^es facultés intellectuelles seules ne lui sont pas soumises, parce qu'elles ne sont pan transmises par voie séminale (voy. liy. Y,

i^bap, 3).

Chacune des autres causes ne peut donc que n^odifier des actes qui existent déjà, ou développer des actions dont la disposition a été produite par voie séminale ; elles sont toutes des causes tWer^ currentes. Quelques-unes produisent une action qui dure longtemps, d'autres une action rapidement épuisée ; toutes ne font qu'intervenir chez un être déjà en acte. Suivant leur valeur, leur rûle et Tacte sur lequel elles portent, elles s'accordent ou se contredisent, s'ar* rétant ou s'aident, sa suivent dans un certain ordre; et de même qu'en Hygiène et en Morale on doit veiller à la direction de cof causes, à celles qui doivent se prêter appui on se supcéder, ou se contredire; de même en thérapeutique, où le médicament ne modi&iç pas seulement l'action morbide, mais modifie encore les actiona médicamenteuses précédentes* Elles peuvent être, du rt^te, ou objet pu sujet de l'acte, ou excitatrices ou intermédiaires.

6° De9 causer multiples, *-^ Une seule cau^e peut agir ponr pro*' duire l'acte, mais aussi il peut y en avoir plusieurs, et même oe que Ton nomme un ooneoun de circonstances. De aes causes multi^p pies agissant ensemble, l'une peut dominer les autres ; quelquesunes peuvent jouer vis-à-vis des autres les rdle^ de causes inter-médiaireê ou de causes adjuvantes; d'autres peuvent être opposées et modifier les actes. D'après ce qui précède, on pi^nt se raidrf compte de ces différents jeux téléologiques.

IL bm e««aM latomea. -^ Ces causes sont proprement noa aetaa Boémes qui, en se développant, en entraînent d'autrea. Nous met* tons, en effet, de côté les agents qui pourraient être en nous, soit qu'ils vinssent du dehors, soit qu'ils fussent détachés de notre propre substance; dans les deux cas, ces agentanous sont étran« gers, et quoique intérieurs, ils noua sont externes. Ce qui noua est

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