DI9 CAUSES FINALES
interne, c'est proprement ce qui est nous, selon I9 langage philosopliique, le seul dont nous nous servions ; et, à ce titre, nous n'avons à nous occuper que de nos propres actes.
Un acte développé dans Téconomie ne peut exister seul, car tout se tient, tout s'encbaîne dans cette merveilleuse organisation, et l'action la plus minime produit nécessairement toutes les autres ; c'est un vaste sujet auquel nous consacrerons tout le Livre IV^ Ici, nous ne faisons que poser les principes de Tenchaînement des actes.
L'action produite par la cause extérieure en entraîne immédiatement deux classes d'autres : les unes apparaissent presque tout de suite et comme les compagnes de la première, pour accomplir l'acte lui-même qui a été soulevé, ce sont les synçrgies; les autres apparaissent successivement et comme conséquences de cette première, ce sont les actes secondaires ou successifs.
11 peut y avoir un accord parfait entre les actes synergiques; mais aussi il peut y avoir prédominance dans les uns ou dans les autres, ou même oppositions ; et ces effets sont constants, selon la cause extérieure qui a soulevé l'acte premier ; ou bien, avec le môme acte premier, ils varient suivant les individus. Ce sont là des phénomènes à constater dans le cours des maladies et dans Faction des médicaments; en thérapeutique, ils sont d'une extrême importance pour l'indication des agents.
Les actes secondaires ou successifs^ qui sont la conséquence des premiers, peuvent ôtre également en accord^ ou bien eu contradiction. Cette évolution peut dépendre, ou de l'ordre naturel de l'évolution physiologique, comme nous Tétudierons au livre quatrième, ou de la cause qui a* produit l'acte premier, ou de dispositions particulières chez l'individu. C*est encore là un sujet d'étude considérable pour le médecin, tant en pathologie qu'en thérapeutique. On a beaucoup insisté, et avec raison, sur l'évolution des phénomènes que produit chaque médicament: cela est d'une importance capitale; mais pour que ce travail soit vraiment utile, il faut bien distinguer les phénomènes consécutifs naturels à chaque action, ceux qui sont particuliers aux dispositioqs individuelles, ceux enfin qui sont le propre de l'agent lui-môme. Celte distinction n'est pas facile, et l'on n'y arrivera peut-ôlre pas de sitôt; mais il n'y a qu'un moyen sûr d'y atteindre, c'est de posséder d'abord l'évolution naturelle des actes de l'être : nous nous occuperons de ce sujet au Livre IV*.
Dans oes actw secondaires, il faut surtout remarquer les opposi-
276 DBS CAUSES OU PRINCIPKS.
tions directes : on ne peut les expliquer que par une disposition naturelle à la contradiction, comme nous l'avons dit plus haut, ou par la nature même de la cause externe. Ainsi l'homme présente, dans beaucoup de ses actes, ce singulier phénomène qu'après les avoir exécutés primitivement dans un sens donné, il les exécute secondairement dans un sens tout à fait opposé. Après une constipation prolongée, on observe une diarrhée; après une diarrhée, une constipation ; après un état d'excitation des forces, un état d'affaissement, et après un long état d'affaissement, un état d'excitation ; après une sensibilité excessive, un état d'indifférence, e( après un état d'indifférence, une sensibilité très vive. Après avoir soutenu une doctrine avec exaltation, on afQrme une doctrine tout opposée avec non moins d'exaltation, et c'est souvent la même catise qui peut produire ces effets successifs si différents, et les produire tantôt dans un sens, tantôt dans un autre; le même médicament produira aujourd'hui la constipation et demain la diarrhée: tandis qu'une autre fois il produira d'abord la diarrhée, puis i^ constipation. Le même agent excitera aujourd'hui les forces qui) affaissera demain, et un autre jour il les affaissera d'abord pour Ie> exciter ensuite. La même cause commencera d'abord par dou5 émouvoir pour ensuite nous laisser indifférents, tandis qu'un autre jour elle semblera nous trouver indifférents pour nous émouvoir ensuite. Un jour, nous soutiendrons un principe pour l'abandonoei peu après, et un autre jour nous commencerons par le combattre pour ensuite le défendre. Étrange et singulière chose que cette nature contradictoire qui dit blanc aujourd'hui et demain noir* et qu'on n'est jamais sûr de trouver disposée à dire certainemeni plutôt l'un que Tautre; étrange contradiction qui est cause de tant d'embarras dans le cours de la vie, qui apporte tant de gène i rinstruction et au gouvernement des hommes, qui quelquefois détruit des illusions et d'autres fois ranime l'espérance, qui soureat divise ou réunit au moment où l'on s'y attend le moins, et qui, d^^ la médecine pratique, dans le traitement des maladies, est souveot la cause de tant de déboires, quelquefois de succès inattendus, ^ toujours celle de beaucoup d'incertitudes !
Il w* ^^ wf% Ml HB V0 I vflÉO*
Noua v«»nons de voir dans les paragraphes précédents le ràle ^^ oaUx^^es flnalos |H>ur la production de Tacte; nous n'avons ^^'
DIS CAUSES FINALBS. 277
maintenant qu'à nous arrêter quelques instants sur leur cessation d'action, et à voir comment l'acte arrive à sa fin.
Il est clair d'abord que pour que l'acte se produise, il faut le concours des deux sortes de causes, de la disposition et de la prémo' tian. Si la disposition existe seule, il n'y a pas d'acte tant que la cause prémotrice ne la meut pas; si la cause prémotrice est seule, elle ne produit rien tant que la disposition ne répond pas. L'acte résulte de la conjonction des deux sortes de causes; c'est de cette conjonction que sort la fin à atteindre, et par cel^ même la suite de tout ce qui doit être fait.
Or, de là se tire naturellement la solution du problème que nous nous proposons, savoir, comment l'acte finit. Il paraît nettement, en effet, qu'il peut finir de trois manières :.i° lorsque le but final est atteint, 2® lorsque la disposition est épuisée, 3** lorsque la cause prémotrice n'agit plus. Examinons rapidement ces trois cas.
I. — Le but final, c'est-à-dire la fin naturelle de l'acte, est adéquat à la conjonction même de la disposition et de la cause prémotrice. Dans cette conjonction, avons*nous dit, un but a été institué, une intention formelle a été produite, engendrée : l'acte est un être, un être véritable qui apparaît avec toute son évolution vitale, sa naissance, ses périodes, sa mort. Dans sa forme, il résulte de l'intention formelle engendrée; dans son intensité et dans sa durée, il résulte de l'intensité de la conjonction et de la vivacité des causes ; dans sa mort, il est la dissolution de la conjonction, l'épuisement des causes. Tout cela est à considérer séparément.
La conjonction, c'est l'union de deux puissances qui adhèrent ou qui luttent pour se séparer. Dans un cas l'amour, dans l'autre la répulsion. Dans l'un, elles agissent pour s'unifier, pour se fondre l'une dans l'autre, pour des deux ne former plus qu'un, et l'acte est accompli quand l'unification est complète. Dans l'autre, elles agissent pour se repousser, se combattre, s'anéantir ou tout au moins s'éloigner, jusqu'à ce qu'elles n'aient plus un seul point de contact, et l'acte est accompli quand la séparation absolue est faite. L'intensité de l'acte dépend de l'énergie des deux puissances, énergie d'amour ou énergie de répulsion. Mais ce qu'il faut remarquer, c'est que leur puissance peut dépendre réciproquement l'une de Vautre : ainsi, la cause prémotrice peut trouver une disposition laible dont la vivacité croît à chaque instant sous ses efforts, soit pour l'amour, soit pour la haine ; et de même la disposition par son énergie ou sa faiblesse peut exalter elle-même la lutte, soit en répondant par la vivacité de son adhésion à l'adhésion cie la cause pré*
278 DBS ckvsas 00 nmapis.
motrice, soit en répondant fiiiblenient à la latte qu'elle tootient contre la cause prémotrice, qui de cette faiblesse acquiert plus d*éDe^ gie. Cest ainsi qu'une petite cause produira de grands eflets, et une grande cause de petits effets.
La longueur de l'acte dépend du temps nécessaire k ranificatiofi parfaite, ou à la séparation absolue. Pour que l'acte commence, ii faut qu'il 7 ait union ; mais pour que l'acte d'amour soit accompli, il faut Vunification : deux choses très distinctes.
C'est là le rôle de ces causes dans les cas où la cause prémotha reste subsistante devant la disposition. Mais, comme nous I'itods montré plus haut, il peut arriver que la cause prémotrice disparaisse presque aussitôt qu'elle a commencé l'action, et qu'elle laisse der rière elle une autre cause objective qui devient l'objet de Fade. C'est ainsi qu'une cause extérieure peut susciter en noua un ade. dont nous soyons nous-mêmes l'objet, comme il arrive dans le ai d'une action morbide par exemple, alors qu'une très minime cause extérieure, un courant d'air froid, suscite une maladie, une floiioii de poitrine, je suppose. Alors l'acte s'accomplit sur nous-mèroes, et nous sommes tout à la fois le sujet et l'objet de l'action. Lafindeb maladie ne peut être que deux choses : on l'unifioation de nousmêmes à notre disposition morbide, et par cela même la mort, on la séparation de nous-mêmes d'avec notre disposition morbide, œ qui ne se peut. D'où cette vérité que toute maladie tend natureilement à la mort, que la mort est la cause finale de toute maltdie (voyez le livre IV, au chap. De la santé),
La terminaison de l'acte, telle que nous rexpliquiom plus haut, n'est donc qu'une terminaison des actes physiologiques, ou la terminaison d'une maladie par la mort. Celles-ci, quand elles cessent par guérison, se terminent autrement, comme noua alto le voir.
II. — D'une seconde manière, l'acte peut se terminer par l'époisèment de la disposition ; car, comme il n'est que le produit de deux conjoints, si l'un vient à faire défaut, l'autre reste inerte.
La disposition plus ou moins puissante et énergique répond plus ou moins, soit par amour, soit par haine, à la cause qui l'excile* Quelquefois elle semble répondre avec énergie, et s'épuise W Tite ; d'autres fois elle s'exalte peu à peu ; d'autres fois eufsore elle 1 des haut et des bas successifs ou même se traîne sans énergie. D^ là des variétés très grandes dans tous les actes de l'homme.
Dans les maladies on peut observer toutes ces variéléa, et h guérison ne s'obtient que par une cessation de la diapoaitîoo bm^
ims GAUSB6 nRÀLBS. 219
bide. C'est aiftsi ^ue J. Hunier a remarqué que la guériêtm ëêt Vi^ puisemênt de h maladie {Leçons),
Cette cessation de la disposition peut survenir de bien des manières. Ou bien elle est faible elle-même et semble s'épuiser avec l'action: Tacte se développe^ puis s'amoitdrit et cesse bientôt D'autres fois elle cesse ou s'amoindrit, parce qu'une autre disposition se réveille et attire à elle toute l'activité vitale ; ou bleu parce que l'objet ne répond plus à ses ardeurs, et c'est ainsi qu'un médicament peut susciter une autre disposition qui apftise la disposition mor^ bide, ou bien donner à l'acte un objet qui ne réponde plus à la disposition. Quelquefois elle cesse par contradiction : il suffit qu'on la veuille exciter dans son action par une autre cause, pour qu'elle regimbe, qu'elle cesse d'agir : c'est ainsi qu'un homme triste se calme par la tristesse qu'on lui témoigne, qu'un autre cesse tout à coup un travail parce qu'on l'y pousse trop activement. D'autres fois, par sa propre contradiction, et sans y être excitée, la disposition fait volte-face pour un acte contraire. Ou bien encore une disposition en appelle une autre, et l'acte change.
Dans les cas d'empoisonnement, la mort peut arriver parce que la lutte ou séparation entre la cause extérieure et la disposition est à son terme, que l'unification a eu lieu, que cette cause a détruit ou altéré profondément les causes efficientes, c'est-à-dire l'organisme : le poison est devenu le maître de la vie en s'emparant de ses instruments, en les altérant.
III. — De même que la disposition peut faire défaut, de même aussi la cause prémotrice.
Un objet excite nos désirs : nous le voulons, l'acte commence ; nous nous l'approprions, l'acte cesse. L'amour natt dans notre cœur et nous tendons au rapprochement : l'union se fait, l'unification s'accomplit, la possession nous assouvit. Un aliment excite la digestion ; on se Tapproprie, on le digère, on unit sa substance à notre substance, l'acte nutritif parcourt toutes ses périodes; quand l'assimilation est parfaite, l'acte est à son terme.
Ou bien un objet nous gêne^ et nous l'écartons ; quand il est éloigné, Tacte est terminé. Une action morale excite notre indignation ou notre colère, et nous voulons y mettre fin : quand cela est fait, l'acte est achevé. Un agent toxique ou nuisible nous pénètre ; tous les mouvements de nutrition sont en jeu pour l'expulser, soit par le vomissement, soit par les déjections, soit par les excrétions: quand il est éliminé, tout est fait.
Nous venons de voir dans ce chapitre comment les causes finales
380 DKS CÂUSSâ ou PRINCIPES.
excitent à Tacte et le mèuent à sa fin. Dans le chapitre précédent nous avons vu quelles causes efficientes accomplissait un acte. Plus haut encore nous avons vu quelle est la cause mère de ractivite» et montré dans quelle matière elle s'exerce. Nous avoos ainsi parcouru toute l'histoire des causes, et nous avons pu nous convaincre de la vérité de cette formule qui résume toute la doctrine : Lhomme est un composé naturel d'une âme intelligente vn<f substantiellement â un corps, comme sa forme ; composé naturel agûsont par des causes efficientes^ mis en acte par des causet finales.