LIVRE TROISIÈME
Après avoir examiné Tbomme dans les causes qui le constituent, nous nous trouvons conduit à l'étudier dans ses actes.
Cette étude peut être faite à deux points de vue : Tun, qui appartient à la physiologie organique, n'envisage que le jeu des organes, n'étudie les actes que selon le mécanisme qui les accomplit selon les fanctiani des diverses parties du corps humain, et néglige forcé* ment toute activité qui n'a pas de mécanique matérielle; l'autre, le nôtre, est celui de la physiologie générale, et s'applique à comprendre toutes les manifestations d'activité selon les facultés^ c'està-dire selon les aptitudes à agir, sans entrer dans les détails mécaniques qui font l'objet spécial de la physiologie organique.
Dans sa manière de procéder, la physiologie générale néglige forcément un grand nombre de questions particulières qu'elle ne fait qu'effleurer, parce qu'à côté d'elle, sa sœur, la physiologie organique, la complète; mais elle a, d'un autre côté, l'avantage de résumer l'ensemble de la science mécanique, d'y ajouter des connaissances que la science organique ne peut donner, et de goopdonner dans une synthèse complète toutes les manifestations de l'activité vivante.
Son étude embrasse nécessairement deux questions : 1*^ l'analyse des actes, leur classification, leurs divisions ; 2** l'examen des relations que ces actes ont ou peuvent avoir entre eux. La première question fait l'objet de ce livre; la seconde sera l'objet du livre suivant.
Classification générale. — Commençons par nous demander quelles sont les principales formes sous lesquelles l'activité se déploie ; c'est une étude que l'on connaît sous le nom de elai$ification des fonctions^ et qui est un peu négligée dans les traités modernes. Nous devons lui accorder plus d'attention, car il y a des erreurs à relever, ei, d'une autre part, il est nécessaire de bien comprendre toute la synthèse des act^.
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I. — Hippocrate admettait des facultés et des esprits ou forces, mais il ne les a ni nombres ni désignés.
Platon avait admis trois âmes^ entendues par quelques-uns de ses disciples comme trois facultés : l'àme raisonnable, qui préside a Tentendement, et siège dans le cerveau ; l'âme irascible, qui préside à la chaleur et au courage, siège dans le cœur; Tâme conçupiscible, ou appétitive, qui préside au boire et au manger, aui besoins et aux désirs, siège dans le foie.
Aristote admit cinq facultés ou puissances de Tâme : nutrititf. sensitive^ appétitive, locomotrice , intellective. Il dit : a Animantluo: » autetti quibusâamomdesinstlnt dictée, quibtisdâtn tiôtitiullassuni. »et quibus unam inesse Vldetui^. Atque potentias animae dixiron^ vbas: notritlvumi sensUivutti , appetltutn, lôcomotlvum, atqu: » intellectivuib. 3» (Dé ântntd, lib. II, cap. 3, édit. de Ckininibre
Galieh nous apptend (jue léâ stokiens admettaient qdatre fâcu!!â de l'âme pour V intelligence ^ la sensibilité, là parole et la génératia^ et que Metiemachus les réduisit à deux, observant qUe les deux der- Bières peuvent dépendre de la sensibilité {tiist. pMlosôph. , cap H
Pouf lui-tnôme, Galien ett admettait trois î animales^ vitnin fuuurelieê. Voici comme II les expliqile : a Dispensante^ corps^ » nostrum facultates, quot sitit tlumero, et qu» sH unaquieque. -'■ » qnm in animali quœllbet lodura obstineat, nédëssàriiiiti est scirt » omnes medicos ad aflectus dignoscendos, et cUtn muxlme (\i » obsidet ac ditexat detegendum, ac Sanàndum. Scire oportet \p^ 7f ex tribus proirenire partibus. Ex capite quidetn eam qtia n^ » cinatnur dt meminimus, et sentittitls, et de locd ad lôdilm permsf tamof» Ex corde ver6 eatii qtia Irascimur, et perculidi sumus,^ » adbuc pulsum habemus in ipso dorde, et iti omnibus âi*terfi& Ei y> hepate autem eam per quam nutrimur^ et aug^fâtff , et Cibtrs 9 appetimusf et atoofnpititn cônfidtUdà (iôfitioâe, et distributione » et sanguîâcatione, et oppositione, et agglutitiatione, et secretioi^: D et excretione. » (De facultalibuê noslrvm corpus dispenêtxntibus,)^ te répète dans le De facultatibus nattifalibus et le De plùtitis Bf pocratis et Platonis.
Cependant, dans la philosophie qui se produisit sous l'inflaenc^ du christianisme, on mit en avant que Thomme accomplit des sc\(^ végétatifs comme les végétaux,' des actes de sensibilité et de idoqyement comme les animauit, et des actes intellectuels qui lui so^ propres; de sorte que l'âme humaine â trois facultés principales ^ végétative, animale, intellectuelle. 11 est bien difficile dé dire cba qui cette opinion prit naissance, mais noua Ift trouvons tfès bieo
DBS ACTBS. atS
€fxpUqtié6, sans nom d'auteur, dans un livre de Boècéi dont nous nous faisons un devoir de transcrire un passage. C'est une bonne fortune de rendre à la physiologie ce morceau remarquable par sa logique et son élégance :
ft Triplex omniHo animai vis in viventis corporibus deprehendilur. 4) Qiiarum una quidam vitam corporis subministrat, ut nasoando » crescat, alendoqua subsistât. Alia verô sentiendi judioiutn prnbatb x> Tertia vi mentis et ratione subniia est. Quarum qnidem pritnœ » id offlcium est, ut creandis, nutriendii, alendisque corporibus » prœsto sit, nullnm verô rationis prsestat, sensusva judioiutn« » Ha90 aatem est lierbarum atque arborumi et quidquid iêrrm radif B citus afBxum tenetur. Sitcunda verè composita atque oonjuncta » est, et primutn sibi maneiis et in partem constituens^ variura » atque multiforme judicium capit, de quibus capere poteat Omtle » enim animal quod sensu viget, idem et nosoitur» et nutritur, et n alitur. Sensus verô diversi sunt et usque ad quinarlum numerum n tendunt. Itaque quidquid tantum alitur, non etiam sentit; quid* » quid verô sentire potest, ei prima quoque vis animœ, nascendi » sciiicet, atque notriendi probatur esse subjeota. Quibus verôsenius 9 adest, non tantum eas rerum capiunt formas, quibus sensibili • corpore feriuntur praesente, sed absente quoque, sensibilibus quiB » sepositîa anta oogitarum sensu formarum imagines tenant, me«- » moriamque oonficiunt, et prout quodque animal valet, longius sbreviusque custodit. Sed eas imaginationes confuses atque in » évidentes sic sumunt, ut nihil ex earum conjunctione ac compo^ n sitione efficere possint Atque idcircô matninisse quidam possuni, n nec œque omnia« Amiasa verô oblivione, memoria recoUigere ac D revocare non possunt Futuri verô bis nulla cogitatio est. Sed » anima» vis tertia quae secnm priore alendi ac sentiendi vires trahit, » bisqua velut famults atque obedientibus utitur, eadem tota in » ratione constituta est, eaque vel in rerum prsesentium, vel io n ignatarum inquisitiooe versatur. Hœe tantum humano ganeri » praesta est, quas non solum sensus imagines perfectas et non 9 inauditas capit, sed etiam pleno actu intelligentiae quod imagiji natio suggersît, explicat atque contirmat. Itaque ut diaum est, » huic divins naturœ non ea tantum in oognitione sufficiont, quae )) subjecta sensibus comprehendit, verum etiam et insensibilibus » imaginatione concepta, et absentibus rébus noroina induere potest, » et quod intelligentiae ratione comprehendit, vooabulorum quoque » positionibus aperit. Illud quoque ei naturae proprium est, ut ea » qu« sUm nota sunt ignota vastiget, et non solum unum quodque
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» an sit, sed quid etiam et quale sit, nec non cur sit optet oogno* » scere. Quam triplicem animœ vim sola hominum, ut dictum est, » natura sortita est. » (Boéce, Comment, in Porphyr. , lib. I, ad initium.)
La philosophie scolastique recueillit cette doctrine des trois facultés de Tàme, végétative, animale et intellectuelle; tous ses auteurs l'adoptèrent, Albert le Grand et saint Thomas en tète. Nous trouvons même, dans saint Thomas, uon^seulement cette . division tracée avec netteté, mais aussi les motifs logiques de son adoption. Au chapitre I*' du petit traité De patentas animœ (opufr» cule n* &0), il établit d'abord, selon la doctrine d'Aristote, que toute puissance est ordonnée pour un but défini, et par là même pour un acte distinct ; que c'est la raison de l'acte qui en fait la distinction, et qu'enfin tout acte ayant sa raison d'être suivant son objet, c'est par leur objet que les actes doivent être distingués : « Potenti» enim secundùm id quod est potentia ordinatur ad actum, » undè oportet rationem potentiœ accipere ei actu ad quem ordi- » natur; undè ibi diversificatur ratio actus, oportet quod diversi- » ficatur ratio potentiœ : ratio autem actus secundùm diversam » rationem objecti diversificatur. » Et, en effet, l'objet de l'acte est la fin de l'acte, son principe et son but; de sorte que l'acte est fait pour lui et reçoit une forme qui concorde avec lui : « Actus enim » potentiœ activœ comparatur ad objectum ut ad terminum et x> finem ejus, ut actionis augmentativœ est finis et terminus ipsum » quantum. Actus autem potentiœ passivœ comparatur ad objectum » ut ad principium activum, ut visus ad colorem; ex principio » autem et fine omnis actus recipit speciem. » Il est donc clair que les puissances de l'âme sont distinctes par leurs actes selon leurs objets : « Patet ergo quod potentiœ animœ distinguuntur per actus » et objecta, o Et comme végéter , sentir, comprendre^ sont trois actes diversifiés selon leur objet, il est évident que Tàme agit par trois facultés principales, végétative, sensitive, intellectuelle: «c Quia »ergè vegetare, sentire, intelligere, sunt diversi actus respectu » diversorum objectorum ; quia vegetare est quanti ut objecti, et D sensus qualis, intellectus autem quidditas rei; patet quod anima » habet très gênera potentiarum in generali, scilicet, v^etativum, » sensitivum et intellectivum. »
La même doctrine est exposée àanslA SwnmatAeolog. (quœst 77, art. 3 et q. 79, art. 1); elle régna pendant tout le temps de la scolastique.
Fernel, au xvi* siècle, dans la Physiologia de ses Institutùmes
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medicmœ^ indique d'abord, au livre IV, que tout s'accomplit dans réconoraie par trois facultés principales, animales, vitales, natu-relies ; c*est la classification de Galien. Mais au livre V, où il eiamine les facultés dans le particulier, il s'occupe successivement des sept suivantes : naturales^ extemœ sentiendi, interiores sentiendi, de appetitu et movendi, intelligentiœ, de vitali, de moralibus. Il y a là une grande confusion.
Au XVII* siècle, la classification de Galien règne encore, comme on le voit dans L. Rivière. Mais à partir de ce moment, la physiologie devient purement organicienne, et le mot même de faculté est rayé de la science; on ne va plus s'occuper que de classer les fonctions organiques.
Cependant Boerhaave reste fidèle à Galien pour le fond : dans ses Institutiones il admet trois ordres de fonctions : animales, vitales et naturelles.
En 1710, P. Verheyen proposa de supprimer les fonctions vitales et de coordonner tous les actes de l'économie sous deux titres : 1" fonctions animales, comprenant les mouvements, la respiration, la force sensitive et le sommeil; 2** fonctions naturelles, comprenant la abylification, la digestion, l'absorption du chyle, la circulation, la sanguiflcation, la nutrition, l'accroissement, la génération des esprits (forces) et les sécrétions [Supplem. anatom., tract. II, cap. m.)
En 1737, J. G. de Berger, admet trois ordres de fonctions : nutrition, relation, génération [Phys. méd.), et cette classification fut suivie par Hamberger {Pkysiol. méd., 1751).
Dans notre siècle, la question n'a guère été poussée plus loin, et l'on suit au fond les idées de Berger. Bichat divise les fonctions selon qu'elles sont : 1® relatives à rindividu, comprenant les fonctions de la vie animale, et les fonctions de la vie organique ; 2" relatives à l'espèce, la génération {Anai. génér.). Richerand, Magendie, Gerdy, MûUer, P. Bérard, admettent tous trois ordres de fonctions : ntifrition, relation, reproduction. P. Bérard substitue l'expression fonctions animales à celle de fonctions de relation,
II. — Cherchons maintenant quelle classification nous devons adopter entre toutes celles que nous venons de voir.
Nous commençons d'abord par mettre de côté les deux expressions faculté et fonction. La première est tout à fait oubliée. La seconde est très incomplète et fausse, puisqu'elle n'embrasse que les actes organiques et suppose que tout acte est organique, ce qui est faux pour l'intelligence. Il nous parait plus simple de n'em-
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ployer que le met activité, et de nous demander quelles sont leê prtfieipales activités de l'homme auxquelles se rattachent toutes lea autres.
Au milieu de toutes les opinions citées plus haut, il en est une qui frappe vivement Tesprit et demande une plus sérieuse attention que toute autre, en raison de sa rationalité : c'est celle de saint Thomas. On se sent obligé de reconnaître avec elle, que, bien évidemment, les actes doivent être ordonnés selon Tobjet pour lequel ils s'exécutent, et qu'à ce titre ils sont bien de trois sortes, végétatifs, animaux, intellectuels.
Le corps a besoin de se défendre contre les injures de la matérialité qui l'environne, et il a aussi besoin de prendre les éléments matériels qui lui sont nécessaires, de se les adapter, de s'en nourrir ; ou bien encore de prendre ces éléments et d'en constituer des germes qui doivent reproduire sa nature dans d'autres êtres qui viendront de lui. Ces deux grands actes, nutrition et génération^ se retrouvent bien dans les animaux, mais ils constituent seuls la vie de tous les végétaux, et Ton peut dire que le corps vit d'une vie végétative, qu'il a une activité végétative.
En second lieu, la matière peut être encore l'objet de Tactivité vitale, mais d'une autre manière que précédemment, et par ses qualités extérieures. Les sens perçoivent ses qualités tangibles, sa figure, sa couleur, son éclat, son odeur, sa saveur, ses mouvements, sa sonorité, sa densité, sa pesanteur. Puis, on la meut, on la déplace, on la taille, on la façonne de mille manières, sans changer sa nature intime, comme on le fait par l'acte végétatif. Semibilitéei movsoement sont deux termes qui expriment les actes accomplis sur la qualité matérielle, en tant que l'objet d'acte ; et ces deux termes marquent tous les phénomènes de la vie purement animale, de sorte qu'ils peuvent être réunis sous le titre commun d'activité animale.
En dernier lieu, l'homme conçoit de toute chose et de tout être, ce que les platoniciens appelaient la.rat>on d'être, le «Soç, et ce que les scolastiques appelaient la quiddité, ce que les modernes appellent une idée logique, ou simplement une idée. Cet objet abstrait est l'objet commun d'un certain nombre d'actes que tout le monde rapporte à l'intelligence, qui ne se rencontrent pas chez les animaux^ qui sont propres à l'humanité, et qui peuvent être réunis sous le nom d'activité intellective.
Ainsi, nous trouverions bien trois grandes activités dans l^omme: l'une qui lui est particulière et le distingue; l'autre que l'on retrouve chez les animaux , et l'autre enfin qui se vmt chez
les animaui et les végétau](, mais qui ne 80 rencoptre isoléa que c\m ces derniers.
Cette classification est simple^ logique, naturelle, et semble l'expression n)éme de la nature. Nous n'avons rien de mieux à faire qu'à l'adopter, s'il nous est démontré que les autres opinions proposées n'ont pas sa valeur.
III. — En examinant ces diverses opinions dont nous avons traoé plus haut la suite historique, nous trouvons qu'elles ne diffèrent d'avec la précédente que sur les points suivants : l*" dans la division de Vactivité végétative {facultés naturelles) en deux, depuis de Berger et Bicbat, on a considéré la nutrition et la reproduction comme deux activités différentes ; 2'' on confond sous le titre de facultés animale$ ou de fonctions animales, fonctions de relation^ ce qui pour nous se rapporte à deux ordres différents, Vactivité animale et Vactivité inr tellectuelle ; 3"* on admet des facultés vitales ou fonctions vitales^ dont nous ne faisons pas mention.
Voyons si nous pouvons répondre à ces prétentions.
1° Bichat, copiant de Berger, et copié lui-même par tous les mo« dernes, nous dit que la nutrition conserve l'individu et que la gêné' ration conserve l'espèce. Cela est vrai. Mais s'en$uit*il que l'activité soit différente dans l'un et l'autre cas? c'est la vraie question.
La nutrition et la génération ont le même objet d'acte, la même activité : toutes deux ont pour but de transmuter la matière et d'en former un corps organisé. Ëntt, cité par Tiedemann, disait très bien que la nutrition est une génération continuée^ et il ne faisait en cela que répéter Aristote qui avait dit : ta transformation de l'aliment en chair est une sorte de génération {Degener. et corrupt., lib. I, cap. v). En effet, le fœtus dans l'utérus organise son corps, ses parties, ses organes, ses tissus, avec le sang de sa mère, comme plus tard il le fera avec son propre sang. La première constitution de l'êtret comme la constitution de l'être adulte, se fait avec du sang, et la transfor<^ mation du sang en tissu est l'acte fondamental de la formation du fœtus et de la nutrition du corps.
D'un autre côté, la génération a pour acte fondamental la formation des deux germes, de V ovule chez la femme, du sperme cbe^ riiomme, et ces deux germes sont produits et formés de la même manière et par le même acte que sont produits et formés les tissus du corps vivant dans la nutrition. Nous le démontrerons amplement plus loin, en entrant dans les détails.
Nous devons donc considérer la nutrition et la génération non
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comme deux activités différentes, mais comme deux modes d'une même activité.
2° Nous soutenons, au contraire, que Vinteltigence est vraimeDt distincte des actes animaux, et pour résumer les actes que noa^ approfondirons plus loin, nous disons :
La sensibilité connaît les qualités matérielles par la figure^ le sou la couleur, la dureté, etc.; en un mot, par Vidée sensible. Au cou traire, Vinteliigence ne connaît que la raison d*étre de Tobjet, ou idée intelligible.
Dans Tordre animal, c'est un déplacement de fibres, de tissus rc d'organes complexes qui constitue le mouvement. Dans Tonir intellectuel, le mouvement est simplement conçu, et s'il setradui au dehors, ce sont des actes de Tanimalité qui Texécutent. Ainsi.; conçois les mouvements qu'il faut faire pour tailler une stalueài^' ce bloc de marbre, puis mes bras exécutent les mouveraenbqiii^ mon intelligence a ordonnés.
Le mobile de l'impulsion animale, ce qui la détermine, cestl:^ térôt particulier et personnel de Tétre; il agit selon ses instioct* ses besoins, ses désirs, ses passions, en un mot, sa sensibilité ^ contraire, Tintelligence se détermine selon le bien, le juste, lebe^le vrai, sans tenir compte de sa propre personnalité et de son bir: particulier.
Il y a donc là deux ordres d'activité très distincts, très bk séparés. 11 faut reconnaître d'ailleurs que la majorité des pb.»'' légistes, tout en réunissant la sensibilité et Tintelligence sous >• titre de fonctions de relation, ont néanmoins très bien indiqué (]<^ s'agissait de deux actes distincts.
S"" tialien, après Platon, avait admis des facultés vitales, V depuis Boerhaave on appelait fonctions vitales; mais depuis Ver heyen, cette classe d'actes a été rayée de la science et u'a p''^^ reparu.
Nous aurions tort d'insister sur une erreur aujourd'hui dispar» cependant il faut dire qu'on Ta mise' de côté avec grande rti:^*- En effet, on a très bien compris que tous les actes de la vie ^<>D'' des actes vitaux, et qu'on n'en connaît aucun en particulier d*^^' on puisse dire que tous les autres dépendent. Il est bien vrai ff^ quelques-uns sont plus ou moins indispensables immédiatement' la vie, que la mort suit rapidement la destruction de la rooA'^ allongée ou la cessation de la circulation et de la respiration; n^' ce sont là des faits qui indiquent seulement l'importance de (l^"
ques organes, et dont la physiologie tient compte pour étudier comment la mort peut arriver. Il n'est personne qui veuille induire de là que toas les phénomènes de l'existence découlent immédiatement, comme de leur cause, de l'action de la moelle allongée, du poumon ou du cœur.
En deux mots, il n'y a pas d'acte qui ait la vie pour objet spécial, il n*y a pas de fonction organique dont on puisse dire que tous les phénomènes de la vie dérivent immédiatement.
Pour nous donc, la classification physiologique doit s'en tenir à cette formule : Tous les actes de la vie se rapportent à trois grandes activités principales, végétatives, animales, intellectuelles.
Nous les examinerons séparément dans les trois chapitres de ce livre; mais cette étude doit avoir principalement pour but de préciser la nature de chaque acte en particulier, et de montrer comment ils sont coordonnés. Nous devons laisser à la physiologie organique le soin de pénétrer dans l'examen des fonctions de chaque organe en particulier, et nous contenter de résumer ses enseignements.