DES ACTES VÉGÉTATIFS (NUTBITION, GÉNÉRATION
L'homme, ainsi que les animaux, accomplit des actes analogues
à ceux des végétaux ; il entretient et reproduit son corps ; ce sont
là les actes végétatifs qui ont deux buts distincts et se rapportent à
deux groupes naturels, la nutrition et la génération. Cependant, pour
quelques auteurs qui considèrent les forces, telles que la chaleur,
l'électricité, la force nerveuse, la force musculaire, comme existant
réellement, il y a doute si leur production ne dépend pas d'un acte
distinct, et c'est ainsi que, dans le siècle dernier, Ph. Verheyen
admettait en physiologie un livre distinct sous le titre : Génération
des esprits ou forces. [SuppL anat., tract. 2, chap. 3.) De nos jours,
la plupart des auteurs, pour ne pas dire tous, font rentrer la calo-
rification dans la nutrition, comme dépendant d'un acte de for*
mation, et tendent à penser que la force musculaire dépend de la
nutrition de l'organe; ce sont là des idées assez justes dans l'état
actuel de la science. D'une autre part^ il est bien certain que les
?RÉDAULT. id
3(t0 Mi Acm.
v^éteux produiMini de la chaleur et de réleotricité; de telle sorte qu'on peut considérer la calorificatlon plu» forte ches Thomroe et les animaux comme dépendant chee eux d'une activité nutritive plus grande,
Nous examinerons donc les actes végétatif^ aona ces deux modes principaux : ttuInVïon, génération.
DK U NUTRITION.
Entt^ au rapport dePlempius(F»ndam. med,), dwiX qaa/aitu/rition est une généroiion continuée, U avait raison en 06 sens que la génération commence la formation du corps, et que la nutrilion continue et entretient cette formation pendant le cours de la vie; mais il est non moins juste de dire que U généraJiicm neèt quwt nutrition modifiée, comme nous le montrerons; et s'il est vrai que la nutrition n'est qu'une succession de production d'éiéoients particuliers du corps pour renouveler incessammeat ceux qui ae détruis sent, il est non moins vrai que la génération n'est également que li production d'éléments particuliers destinés à un corps nouveau, et donnés par un acte de nutrition particulière des générateurs; dt sorte que, devant étudier ces deux actes successivement, il est préférable de commencer par la nutritioUi qui nous donnera la clef de la génération.
La nutrition a pour but de nourrir le corps, de l'acdroltre àefé la naissance Jusqu'à son parfait développement, de l'entretenir ensuite tout en le laissant dépérir jusqu'à la mort. On admet aujoar* d'hui que l'acte est fondamentalement le même aux diverses époques de la vie, qu'il est seulement modifié suivant les ftges : rép:^' rateur et augmentatif dans le jeune âge et jusqu'à la maturité ;i^ti milieu de la vie, purement réparateur; sur la fin de rexistenc*, réparateur incomplet. Galien, et, d'après lui, les anciens physiologistes jusqu'au xvii*^ siècle, ne pensaient pas de même; ils admets talent une faculté à* accroissement distincte de la nutrition et de i^ génération .
II y a une vérité dans chacune de ces opinions. Galien etl^ anciens avaient très bien vu que la nutrition peut être égalemeot bonne chez un homme grand et chez un homme petit, et que, i^ lors, il doit y avoir chez Tun une faculté qui ajoute ce qui m^^^ à l'autre; mais les modernes ont très bien vu également qu'il n! a pas deux actes, Tun qui répare, l'autre qui augmente ; qu'il n ) a, en réalité, qu'un seul acte qui augmente et répare tout à la ^ob*
DES ÂCnS VÉGÉTATIFS. 2%i
et qui, à uu moment donné, cesse d'augmenter ou s'afikiblit dans la réparation. Il est donc convenable de coticlure, en les accordant, que la nuirition est un seul acte ayant les deux facultés d'augmenter et de réparer, et dont la puissance augmentative dépend du développement môme de tout Tétre.
Les anciens avaient des idées tout à fait fausses à l'égard des actes de nutrition, parce qu'ils ne connaissaient pas la circulation du sang, et que par là ils se méprenaient sur le rôle du poumon, du foie, des glandes ; ils croyaient que le poumon absorbe un esprit vital devant passer dans tout le corps par les artères ; ils admettaient que le sang se fait dans le foie; ils ignoraient comment a lieu le passage du produit de la digestion dans le sang ; ils ignoraient le rôle de la bile, n'accordaient à la salive qu'un effet d'humectation, méconnaissaient le rôle des glandes sécrétoires. Les travaux physiologiques des xvi*^ et x\\\* siècles ont profondément modifié la science sur ce point, et c'est à partir du xvui* siècle qu'on commença d'envisager avec plus de justesse les divers actes qui concourent à la formation du sang. Boerhaave lui-môme est encore dans le désordre. Dans ses Jnstitutiones, il s'inspire des travaux récents, mais il néglige de mettre de l'ordre dans l'examen des actes nutritifs.
Pb. Verheyen semble avoir été le premier à proposer une classification ; il range dans les fonctions naturelles la càylificaiion, la digeUion^ Vabtorpdon du chyle, la circulation, la sanguificatian, la nutrition^ Vaccroissemeni, la généraiion des forces et les sécréiions. {Suppl. anat.. tract 3, chap. 3.) Après lui^ et dans le même siècle, de Berger, Ualler, Bardenave» Hamberger, auteurs de divers traités de physiologie, suivent cet ordre : la cireulaiioHy la respiration, les sécrétions, la nutriiûm, la digestion. Au commencement de notre siècle, Bichat rattache aux fonctions de la vie organique : la respiration, la circulation^ les exhalations, Vabsorption, les sécrétions, la nutrition, la calorîfication, {Anat, génén)
Pour les auteurs modernes, il n'y a pas de classification arrêtée, bien que cependant il y ait . plus d'entent& Magendie trouve que les fonctions nutritives sont au nombre de six : la digestion ou for^ niation du chyle, l'absorption du chyle, le cours du sang veineux^ la respiration, le c^urs du sang artériel, le cours de la lymphe. Mais il ajoute : les sécrétions, les exhalaiious, les sécrétions folliculaires, la nutrition des parties et la calori/ication. {Physiol,. t. II.).Richerand admettait sept genres d'actes nutritifs : la digestion, l'absorpiùm^ la circulatUm^ la respiration^ la calorificaiion^ les sécrétions^ la mUri-'
292 DBS ACTES.
tion des parties. {PkysioL, l. 1'% p. 196.) Mûller étudie d'abord In humeurs, la circulation du sang et le système vasculûire; pois, dans un seœnd livre, iL embrasse la respiration^ la nutrition, la sécrétion, la digestion et chylification avec l'excrétion, [PhysioL, t. I"*'.) Bértrd admettait six fonctions nutritives ou végétatives : la digestion, fdh sorplion, la respiration, la circulation, la nutrition et les séerétùm. {Cours de physioL, t I, p. 299 et suiv.) Il est peut-être inutile de citer d'autres auteurs; ce que nous venons de dire safDt à montrer que Tentente des physiologistes sur ce point, n'est pas parfaite.
Nous devons remarquer qu'il y a deux manières d'envisager !a classification des actes nutritifs, l'une organique, l'autre générak
Si Ton étudie la nutrition selon les fonctions organiques, Tordre anatomique devient nécessaire, et Ton a tour à tour les fonctions de l'appareil digestif, dé l'appareil respiratoire, de l'appareil circulatoire, de rappai*eil urinaire, de l'appareil cutané. Il importe, dsns cette manière de faire, de s'appesantir sur le jeu de chaque organe en particulier.
Si, au contraire, on envisage les actes nutritifs d'une manière générale, le rôle de chaque organe devient une question secondaire, et il importe avant tout de bien saisir la synthèse de tous les act^ particuliers. Dans cette manière, qui appartient proprement à li physiologie générale, et que, par conséquent, nous devons suifif l'être végétatif, vu de haut, apparaît comme une cellule yïnsk accomplissant trois sortes d'actes : d'ABSoaPTiON, pour attirer le$ substances extérieures; d 'excrétion, pour expulser les substance^ intérieures qui ne conviennent plus ; de formation iNTÉRnuRi, ob âCtss intimes, pour maintenir le composé vivant, assimiler ce qoi est absorbé et séparer ce qui doit être expulsé. Ce sont là les trois actes principaux que nous devons étudier. En dernier lieu, noo» nous occuperons de la calorification et de la réfrigération.
L'homme, considéré au point de vue végétatif, et selon sa plo^ simple expression, n'est autre qu'une cellule qui présente comio^ phénomènes principaux des actes d'absorption des matières exi^ rieures; il se sert des actes animaux pour se mettre en commuai' cation avec ces substances extérieures comme celles qu'il engloutit dans les voies digestives, ou bien il se trouve naturellement ût contact avec elles par la respiration et par la peau; ce sont les trois voies, comme les trois portes, atria^ de la cellule végétative*
DBS ACTJSS VBGÈTATIPS. 293
Nous avons à examiner oomment les substances extérieures pénètrent par chacune de ces voies : les liquides et les solides par la digestion, les gaz par la respiration, des gaz et des liquides par la peau.
l AasoEPTioN DiGBsnvx. •— L'acte digestif a pour but de faire pénétrer dans le sang des matières liquides et solides capables de lui être assimilées, de le nourrir; en môme temps, il lui soutire, pour ôtre expulsées, d'autres matières dont il doit être déchargé ; mais ce dernier acte sera examiné avec les excrétions.
Cet acte s'accomplit dans Je parcours du tube digestif et par les organes qui lui sont adjoints. Les matières liquides et solides pénètrent par la cavité buccale, parcourent l'œsophage, l'estomac, l'intestin grêle et le gros intestin. A mesure qu'elles avancent, les matériaux alimentaires se trouvent en communication avec des liquides sécrétés^ se mêlent avec eux, et par eux sont transformés plus ou moins en matériaux assimilables qui, au fur et à mesure de cette transformation, sont tour à tour absorbés pour être portés dans le sang.
Pour bien rendre compte de cette suite de phénomènes, nous examinerons successivement : i"" les sécrétions digestives, 2^ la transmutation digestive, d"" l'absorption.
1. Hé* mémréa^ÊÊm dUgcsiKres. — Ces actes consistent dans la ' production et le versement à la surface du tube digestif des liquides destinés à se mêler aux aliments et aux boissons, et à les convertir en matières assimilables. U faut aussi les considérer en même temps comme des matières à!excrétùm, c est-à-dire des matières que le sang rejette pour s'en débarrasser, car si une partie de ces liquides se combine avec les matières étrangères pour rentrer de nouveau dans le sang d'où ils sont sortis, une autre partie est rejetée à l'extérieur, avec les matières de l'excrétion digestive. Cependant nous ne voulons, pour le moment, qu9 considérer la production sécrétoire, nous^ réservant de revenir plus loin sur ce qui regarde l'excrétion.
Ces sécrétions demandent à être examinées sous quatre points de vue principaux : des organes qui les accomplissent, des causes de l'acte, de la théorie de l'acte, des liquides produits de l'acta
i« Des organe» de sécrétion. — Ces organes portent le nom commun de glandes^ quoique se présentant sous des formes diverses. Les unes sont logées dans les parois du conduit digestif; les autres.
a9& DK8 kcns.
plus volumineuses, sont placées aux environs, et versent leur produit par des conduits excréteurs.
A. Dans la cavité buccale, il y a : les glandes êolivaireê, qu'on distingue en parotide, sous-maxillaire, sublinguale et molaires ; 1« glandes muqueuses, qui garnissent le pourtour interne des lèvres. le dessous, la base et les côtés de la laiigue; les glande» felliculairesy qui se trouvent à la base de la langue, et dont deux agglomérations constituent les amygdales de Chaque côté de l'isthme du gosier.
Les glandes salivaires et les glandes muqueuses sont ce que Yoi nomme des gtandeé en grappe. Elles sont constituées par des ramifli^tions plus ou moins nombreuses, selon leur volume, du conduit excréteur qui» dans les plus fines et extrêmes divisions, se termine en cuUde-sac légèrement dilaté. Ce conduit est recouvert extérieorement de quelques fibres contractiles dans sa partie la plus volumineuse; intérieurement, il est tapissé d'un épithélium jusque dsss ses plus fines divisions. Cest à travers les parois de ce conduit dans ses plus fines divisions, que se fait la sécrétion!; el conime Tout remarqué expressément Henle, Huiler et KôUiker, ce conduit, éw ses plus fines divisions, est constitué parunts membrane amorphe, «b« la moindre apparence d'ouverture. Il y a également de petites glandes muqueuses dans Tœsopbage.
Les glandes folliculaires représentent de petits tubes élargis dam le fond, par cela môme ayant, une ouvertare« Cependant, danslâ profondeur des amygdales, elles sont complètement closes, et il parait vraisemblable que la compression les fait éclater.
B. Dans Testomac, on distingue deux sortes de glandes : 1* )« glandes à suc gastrique qui occupent la portion cardiaque ; 2* les glandes muqueuses.
Les glandes à suc gastrique sont de petits tubes en cul-de-sae, quelquefois avec deux ramifications profondes^ très étroites et su& renflement dans leur fond. Elles sont tapissées intérieurement d'épithélium. Le fond paraît souvent rempli de cellules épithéliales, e( près de Touverture^ on rencontre des cellules à pepsine, plus petites de beaucoup que les cellules épithéliales. Il est probable que les tubes de ces glandes sont également formés d'une membrane profTt, amorphe, sans la moindre ouverture, mais le fiiit n'est pas décisivement acquis.
Les glandes muqueuses de l'estomac sont plus ramifiées que \^ glandes à suc gastrique, mais moins que les glandes muqueuses de la oavité buccale^ Ce sont de petites utrioulas où l'on ronoootie
DIS ACnS VtotTATIFS. 29S
aussi d«6 oéUulee épitiléliales, mais où les cellules â pepêine font défaut.
G. Dans Tinlastin, oo trouve : i"* des glandes muqueuses; 2* des glandes de Lieberkubn ; S"" des follicules solitaires ; &<" des follicules agminés composant les plaques de Peyer. En dehors de Tintestin, deux glandes volumineuses versent leur produit dans ce canal, le pancréas et le foie.
Les glandes myqueuses de Tintestin, ou glandes de Brunnet, ressemblent à celles de la cavité buccale et de l'oesophage.
Les glandes de Lieberkubn sont de petits tubes analogues Aux glandes à sue gastrique de l'estomac Elles sont formées d*une membrane propre* anM>rpbe, tapissée intérieurement d'une couche de cellules épithéliales. Elles donnent le suc intestinal.
Les follicules solitaires et les follicules agminés Sont semblables; seulement, dans les uns il n'y a qu'un jieul élément glandulaire, êL dans les autres il y a plusieurs éléments conglomérés^ L'élément de la glande est une uUiotil^ par faite^wrli elase, mtuée soos la tunique épitbéliale de la muqueuse, se composant d'une membrane d'enve^ loppe vaguement fibrillaire, et d'un oot)tenu mou, grisâtre, dans lequel sont des noyaui et des cellules de dimension Variable, avec des granulations graisseuses^ Tandis que toutes les glandes peuvent verser leur produit par un conduH excréteur, oelles-ci ne paraissent pas le âiire, ou ne le peuvent qu'à la condition d'être éclatées ; et tandis que pour toutes les autres glandes, les vaisseaux rampefit autour de la merobrtine proprei ici ils pénètrent l'élément dos, Gomnie Frey, Ernst et Kôlliker s'en sont assurés. On ignoi^ le véritable rôle de ces éléments glandulaire», qui se montrent surtout dans le groe intestin.
Le paruréas é&U dans sa constitution^ identique avec les glandes salivaires; il verse son produit dans le duodénum, première paf^ tie de l'intestin grêle.
Le foie, qui est la plus volumineuse glande de l'économiei est encore à peu près inc()Anu dans sa structure intime. Seule entre loutea les autres glandea dlgestives, celle-ci possède un réservoir, ee qui indique qu'elle fonctionne lentement, et que ne pouvant fournir tout d'un odup Ift quantité de bile nécessairci elle la produit lenguenient et l'emmagasine; dès lors, elle fonctionne constamm«at, se sépare des autres glandea digeetives, et se rapproche des reins» qui donnent utie sécrétion purement excrétoire. Son tissu est très fasculaire, el la séerétion se fait aux dépens du aang veineux, tandis que dans les f^^r^ glandes elle se Csit aux dépens
296 DBS actes;
du sang artériel ; il se compose d'tlots de cellules, ou lobules^ entou rés par les ramifications de la veine porte, et desquels partent des conduits biliaires excréteurs. Les conduits excréteurs les plus volumineux sont composés d'une membrane propre cellulaire, d*un revêtement interne épithélial, d'une tunique externe contractile ; les plus fins paraissent formés d'une membrane propre amorphe et d'un revêtement interne épithélial; mais dans les plus déliés, on ne peut que soupçonner la membrane propre^ on ne peut en certifier l'existence. Ces conduits partent d'un ilôt de larges et grandes cellules, mais on ne sait quel rapport existe entre eux. Il est douteui que la membrane propre se dilate pour former une utricule sphérique dans laquelle seraient contenues les cellules qui paraissent l'organe de la sécrétion.
Peut-être le foie n'est-il qu'une glande à deux fins. Les laides et grandes cellules qui constituent les lobules dont il est composé soot peut-être destinées à fure subir au sang une élaboration partica* lière ; une partie, récrémentitielle^ rentrerait dans le oourant sanguin, et l'autre, excrémentitielle^ serait expulsée sous le nom d€ bile, en filtrant à travers les parois de ces cellules, et en tombaot dans le canal excréteur. Il est certain, d'ailleurs, que la bile est ic. produite, et que d'une autre part, comme nous le montrerons plos loin, le sang subit une transformation dans le foie. Cette double foiiction expliquerait le volume de cet organe, volume qui n'est pi-^ d'accord avec la quantité de bile fournie.
2® Des causes des sécrétions digestit^es, — Les glandes que nous venons d'indiquer ne fonctionnent pas d'une mani^ne constante, le foie seul excepté, ou tout au moins leur fonction s'accrotl t certains moments et décroit dans d'autres, et le temps de U digestion est celui de leur complet développement. En dehors de U digestion, il n'y a pas de suc gastrique dans l'estomac, c'est un faii assuré.
La présence d'une substance étrangère, d'une boisson, d'un aliment y détermine immédiatement et tout à la fois un mouvement et une sécrétion : un mouvement pour l'agiter et la faire passer dâos une autre partie du même conduit ; une sécrétion pour la métamorpboser, la digérer, la rendre assimilable. Certaines substances semblent augmenter plus que d'autres les sécrétions; ainsi pour la st* liYC, l'acide acétique, et en général les acides, le pyrèthre et tout œ qui rentre dans la catégorie des sialagogues. Les résines, les alcalis semblent plus particulièrement exciter les sécrétions de l'estomac ei de l'intesUn; les acides arrêtent la sécrétion du suc gastrique; les
DIS ACTBS YiGiTÂTIPS. 297
subslanoes salines agissent plus spécialement sur la sécrétion intestinale.
Il est bien probable que le mouvement de la partie est pour quelque chose âans le développement de la sécrétion, et l'on peut conclure de ce qui se passe pour la salive (dont le mouvement des mâchoires augmente la quantité), à ce qui doit se passer pour les autres sécrétions. Mais ce n'est là bien certainement qu'une des , causes, car elle ne suffit pas à expliquer l'expulsion si abondante de la salive, alors qu'un peu d'acide acétique a pénétré la bouche, et pendant que tout mouvement des maxillaires est suspendu. Ici, comme pour les sialagogues, comme pour toutes les substances qui ont la propriété d'accroître les sécrétions digestives, il se passe quelque «hose de différent. Dans ce cas, on se trouve conduit à se demander si l'excitant agit sur l'organe lui-même, ou si son action est un effet nerveux réflexe. Mais la première supposition est difficilement acceptable : l'action directe sur l'organe ne peut s'expliquer; on ne comprendrait pas comment l'excitant pénétrerait l'organe, irait agir sur les parois profondes de la glande, attirer le sang des vaisseaux» le faire filtrer et transformer, et l'on est certain que l'accroissement de sécrétion s'accompagne d'une congestion sanguine de l'organe sécréteur. On admet plutôt que c'est par une action réflexe, c'est-à-dire par une perception acquise déterminant la congestion sécrétoire^ que la cause agit. On sait^ du reste, qu'en excitant tout orifice d'un conduit sécréteur, on amène une excrétion. Ce sont là des points que nous examinerons plus tard.
En outre de ces causes qui agissent d'abord localement, il faut aussi parler de l'effet mord. Ainsi, la vue d'un aliment fait venir Veau à la bouche^ dit le proverbe, et le proverbe est vrai.
3* Méeanùme et théorie de la sécrétion. — Essayons maintenant de pénétrer le jeu intime de la fonction. Le fait en lui-même est simple dans ses apparences extérieures : l'organe sécréteur est entouré de vaisseaux sanguins qui pénètrent dans ses divisions, de manière à entourer d'un lacis vasculaire très riche chacun de ses éléments et à pouvoir comme les baigner du plasma qui filtre à travers les vaisseaux. Cette matière filtrée passe encore à travers la membrane propre de la glande pour arriver dans le conduit excréteur sous un nom nouveau et avec des qualités nouvelles. Mais ce n'est là que le fait grossier pour ainsi dire, et l'on se demande ce qu'il est dans la nature de ses phénomènes les plus délicats : comment le sang exsude des vaisseaux, et comment en traversant la glande il est changé en un liquide nouveau.
29S ras AGTH.
Bien deft théories ont été inTeotées pour etpliquer cet acte. La plupart peuvent être rangées dans deux groupes principaux : les unes cherchent à expliquer la sécrétion âomme unosimple fiUraUon ; les autres en Tout un acte particulier qui impriitie Au liquide extrait du sang, des qualités particulières» ,
Du temps de Boerhaave, sous l'anoieiuie iatromécantque, on ne considérait la sécrétion que comme une filtration. On imaginait que les vaisseaux sanguins vont en s'amincissant de plus en plm 6t en se terminant par abouchement avec des vaisseaux exhalants d'un diamètre plus petit encore. Le grand Haller et Maacagni ad* kueUaient des pores extrêmement ténus par lesquels passent les matières de la sécrétion toutes préparées dans le sang. On suivait l'étymologie du mot $écrétion, du mot latin seatmet'ey disoemer ; m admettait que le discernement de Torgane sécréteur choisîssaM dans le sang ce qit*il devait sécféter, n^étAH qu'une filtration pir des pores plus petits. La grande difficulté de lA théorie était de démontrer deux choses nécessaires à son aifirmation : la préeenci préalable dans le sang des matières Aéorétéee« et Vexiatenoe ds vaisseaux exhalants ou des pores microscopiques. Les reoherches modernes ont fait justice de cette dernière invention t on n*a trauv^ aucun abouchement des vaisseaux sanguins, et les plus forte git«sissemenls du microscope n'ont pu découvrir des pores exhalaoïi On sait parfaitement aujourd'hui qu'il faut que la partie du sanp qui sort passe à travers les membranes vasoulaires sans ouverturat et traverse ensuite une membrane iécrétoirt amotpke^ comme noir l'avons noté plus haut. D'un autre c6té^ la préexistence des élémeats de la sécrétion dans le sang n'exisie pas» Il y a vingt^sinq ans. M. Chevreul soutenait encore le contrairoi mais on n'a pu trouver dans le sabg ni le principe de la salive, ni celui des glandes isu* queuseS) ni celui du suc gastrique^ ni celui du suo pancréatique, ni celui du suo intestinal» ni la plupart de ceux qui oonstitueiit li bile. On en a, il est vrai, trouvé quelques-uusi des sels par exemple, pour la bile» les cholates et choléales^ de même que l'on a trouw ceux de l'urine, dont nous parlerons plus tard ; mais oea élément trouvés ne sont que des matières &€xcréUûn deBtioéea à être reje tées : on n'a trouvé aucun des principes de sécrétion dtgeative. De aorte que la $écréti(m est une véritable formation de prioeipes normaux, fabriqués avec les éléments du sang»
L'ancienne école iatrochimique dont van Helraont fut un de^ principaiix chefs^ admettait dans la glande l'existenoe d*UD priacipe* le ferment, capable de transformer en matièrç de «écrétieD
DIS ACnS VÉOÉTATIFS. '290
analogue à lui-même, la partie du sang sortie des vaisseaux. Bor^deu, à la fin du siècle dernier, enseigna que le tissu sécréteur pos*sédait lui*méme oette propriété. Qu'il y ait un principe particulier dans la trame de la membrane sécrétoire, ou que cette membraoe doive sa propriété^ non à sa structure, puisqu'elle est amorphe» mais à une puissance acquise ou à quelque chose de sa propre coostitulion, toujours est-^il que cette membrane a une action reconnue incontestable aujourd'hui sur le plasma sanguin qui la traverse.
On se rend bien compte que la congestion de la glande, o'est-à«dire Tafflux du sang dans ses vaisseaux^ détermine une exhalation de oe liquide, sans qu'on sache comment oe liquide passe à travers les parois vasoulaires. C'est là un fait : il faut l'accepter. Hais ce liquide qui sort des vaisseaux n'est pas encore la matière sécrétée; ce n'est que le plasma du sang, comme il s'en exhale de tous les capillaires dans les diverses parties du corps. Pour que ce liquide devienne de la salive, du suc gastrique, du suc pancréatique, du suc muqueux, il faut qu'il passe à travers la membrane de sécrétion, et qu'en passailt à travers cette membrane il soit transformé. C'est là encore un fait qu'il faut accepter» Peut*étre que plus tard on expliquera mieux ces faits; dans l'état actuel il faut se contenter de les constater.
Cependant, vers 1860^ Goodsir a proposé une nouvelle théorie, soutenue par Kôlliker et Luschka, et qui tend à se répandre. Elle est basée sur le développement des spermatosoaires dans les testicules et sur l'existence dans les glandes à suc gastrique de cellules à pepsine. Comme nous le verrons plus loin, les spermatoioaires qui sont l'élément du sperme, se développent dans une cellule au sein des canalicules du testicule, et cette cellule laisse aller son contenu en éclatant. Goodsir a pensé que dans toutes les glandes il en est de même, que le liquide qui est dans les canaux est le terrain où se développent des cellules, comme on en remarque dans les glandes à suc gastrique, et que c'est le liquide renfermé dans ces cellules qui constitue l'élément propre de la sécrétion. D'après cela, l'orgiine glandulaire ne servirait qu'à fournir le blastème de l'élément sécrété; la cellule qui s'y produit serait le véritable organe de sécrétion en formant dans son intériaur le véritable élément de la sécrétion.
Cette théorie rencontra devant elle plusieurs objections. En premier lieu, elle assimile la sécrétion spermalique qui est une sécré* tion génératrice, aux sécrétions digestives. Or, bien que la généra • Uon et la nutrition sotent deux modalités d*un même acte^ ce n^ aont cependant pas choses identiques^ et en admettant que la modar
300 DBS ACTES.
lité du phénomène est la même dans les deux cas, c*est supprimer une différence incontestable. £n second lieu, il est bien vrai qu'il y a des cellules à pepsine dans les glandes à suc gastrique, mais, comme Ta vu Henle (Anatom. gén,\ elles sortent entières de la glaade et ne se dissolvent que peu à peu pendant le travail de la digestion. Il faudrait démontrer que le liquide visqueux qui les accompagne ne sert à rien dans Tacte digestif, et Ton sait que ce liquide filtré, c'est-à-dire privé, au moins en parties, des cellules, est tout aussi digestif. En troisième lieu, si les glandes à suc gastrique ont des cellules spéciales, il n*en est pas de même pour les autres glandes muqueuses, salivaires, pancréatiques, intestinales; et si la théorie était parfaitement exacte, chaque glande devrait avoir sa cellule sécrétoire. En quatrième lieu, dans le foie, les cellules n'éclatent pas, ne se détruisent pas, et la bile qui paraît se former dans leur intérieur en sort à travers leurs parois. Du reste, le foie est surtout un organe double, comme nous Tavions déjà remarqué, et la produo* tion de la bile doit s'y faire d'une autre manière que dans les glandes purement digestives.
Enfin, quand on admettrait la théorie de Goodsir, à savoir que le liquide sécrété se forme dans une cellule particulière, il faudrait encore avouer, comme le remarque M. Béclard (Phynologie)^ que la difficulté ne serait que reculée, et Ton peut ajouter compliquée. En effet, il faudrait d'abord expliquer la production du liquide fondamental, ou blastème des cellules, à travers la glande; car, puisqu'il s'agit d'un liquide particulier où se produit une activité particulière, il faut que cette activité ait été communiquée au liquide en traversant la membrane amorphe de la glande. En second lieu, il faudrait expliquer comment la cellule sécrétoire produit en elle l'élément de la sécrétion ; et il faudrait encore reconnaître que le liquide environnant en pénétrant dans la cellule, c'est-à-dire en traversant sa membrane amorphe^ acquiert des propriétés particulières.
Ainsi, de quelque manière que l'on s'y prenne, soit qu'on admette la sécrétion produite par la membrane amorphe de la glande, soit qu'on admette sa production par la membrane anu^Ae de la cellule, toujours est-il que c'est en traversant une membrane dont la structure nulle ne peut rien expliquer, que la transformation sécrétoire a lieu. Du reste, chaque glande peut ôtre considérée comme une cellule à anfi*actuosités : elle est ouverte, il est vrai, mais cette ouverture n'altère pas sa nature : la membrane qui la forme est sa membrane cellulaire, et à travers elle se passe une action, comme
DBS ACTKS VÉGÉTATIFS. 301
en dedans d'elle s'exerce l'action qu'elle produit sur son contenu. Cette grande cellule peut en renfermer d'autres qui agissent chacune coroine la cellule mère.
Il nous semble donc qu'on peut conclure avec MûUer : « La nature des sécrétions dépend donc uniquement du caractère spécifique de la substance organique vivante qui forme les conduits sécrétoires internes des glandes, et qui peut rester la même, quoique ces conduits soient construits sur des plans différents, comme aussi varier beaucoup, quoique leur structure soit identique. La diversité des sécrétiokis tient donc à ia même cause que celle de la conformation et de la vie dans les organes en général : il n'y a qu'une seule différence, c'est que dans un cas le sang métamorphosé s'incorpore à l'organe, tandis que dans l'autre il dépasse les limites de cet organe, et apparaît au dehors sous la forme de sécrétion. » (Phys.^ traduit de l'allemand par Jourdan, 2' édit., Paris, 1851, 1. 1, p. 388.)
U'' Des liquides sécrétés, — Examinons maintenant ce que sont ces liquides .sécrétés, dont doivent dépendre les transmutations digestives. Nous avons à étudier successivement : la salive^ le suc gastrique, le suc pancréatique^ la àiie et le suc intestiruiL
A. On désigne, sous le nom de salive, tout ce qui est versé dans la cavité buccale par les diverses glandes qui s'y abouchent; c'est, par conséquent, un liquide mixte. Sa densité est de 1,006 à 1»008 ; elle a une réaction alcaline qu'elle doit prmcipalement à la présence des chlorures et phosphates alcalins.
Elle contient environ, sur 100 parties, d'après Longet :
Eav 99,00
Matières minérales : chlorures de sodium et de potassium, phosphate de soude tribasique, phosphates de chaux et de magnésie, carbonates de chaux, de potasse et de soude, lactates (traces), sulfo- cyanure de potassium, silice et oxyde de fer
(traces) 0,38
Matières animales : albumine (Brandes), caséine (F. Simon),
graisse phosphorée, mucus, plyaUne 0,62
L'une des dernières analyses, celle faite par Jacubowitsch, que cite M. Longet, a donné : eau, 995,16; épithélium^ 1,62; ptyaline, l,3(i; phosphate de soude, 0,94; chlorures alcalins, 0,84; sulfocyanure de potassium, 0,06; chaux combinée à une matière orga* nique, 0,08 ; magnésie combinée à une matière organique, 0,01 =s 1000,00.
Dans cette composition, trois choses sont à remarquer : l"* U