‹ Physiologie généraleChapitre 39 sur 107 · PIS ACTKS · texte numérisé non relu

PIS ACTKS

éU'e ceux que l'on trouve d'ordinaire dans les intestins, et qui sont : Toxygène, l'azote, lacide carbonique, l'hydrogène, l'hydrogène carboné, l'hydrogène sulfuré, et quelquefois l'oxyde de carbooe. L'hydrogène sulfuré est le plus odorant, et nous avons indiqué plus haut que, dans l'intestin, il gène la transformation digestive.

IL De l'excréiion cutanée. «-• La peau rejette des gaz, de la vapeur d'eau et de la sueur mêlée à de la matière sébacée.

La peau exhale de l'acide carbonique comme le poumon : Scharling et Hannover en ont évalué la quantité à un trente-huitième de ce qu'exhale le poumon. Col lard de Hartigny avait annoncé une exhalation d'azote, mais ce fait n'a pas été confirmé.

La vapeur d'eau que dégage la peau se produit d'upe manière insensible et forme ce qu'on appelle la transpiration ou perspiraiion insensible. Les vêtements imperméables et les chaussures de caout* chouc accumulent, comme on le sait, cette excrétion, et c'est à cette accumulation qu'on doit d'être couvert d'eau et d'avoir les pieds humides quand on en fait usage. On évalue la quantité d'eau évaporée par la peau en vingt-quatre heures à 1 kilogramme, quantité double de celle qui s'échappe par les poumons.

La sueur suinte sur la peau sous forme de gouttelettes licj^uides; nous examinerons plus loin comment elle est rendue en parlant de de Vexcrétion en général. M. Favre, qui l'a surtout analysée, en a obtenu jusqu'à ^0 et 50 litres, en plaçant les sujets en expérience dans une baignoire-étuve, autour de laquelle circulait un jet de vapeur ; il a trouvé :

Eau 9955,75

Sudorates alcalins 15,62

Chlorure de sodium 22,30

Chlorure de potassium 2,44

Lactates alcalins '. . 3,17

Crée 0,43

Matières grasses 0,14

Sulfates et phosphates alcalins et terreux. 0,17

L'odeur serait due, d'après Redtenbacher et Lehmann, aux acides gras caprylique et caproïque. Lehmann y a signalé un acide acétobutyrique.

La quantité de sueur exhalée est appréciée avec ce que donne la vapeur d'eau : ensemble, comme nous l'avons dit, 1 kilogramme en vingt-quatre heures. Sous une température élevée, après une course rapide, on peut rendre 200 et jusqu'à 1000 grammes de

DBS ACT«6 VBOSrATIFS. 335

sueur. Nous avons riit que M. Favre en avait obtenu, en bain de vapeur, jusqu'à IxQ et 50 litres.

La matière sébacée est donnée par des glandes différentes des glandes sudoripares, et se trouve ordinairement mêlée à la sueur et à des lamelles épithéliales. On sait qu'elle couvre abondamment toute la surface du corps des nouveau-nés sous le nom de vemi$ eoêéeux.

M. Bueck, ayant analysé ce vernis, y a trouvé :

Eau 84,45

Oléine et margarine 10,15

Ëpithélium, etc 5,40

Avec la matière sébacée et les cellules épithéliales qui se détachent constamment de la surface cpidermique, partent également des matières pulvérulentes, les unes blanches et composées de gra<* nules de fécule, d'autres colorées en bleu et en noir, dont l'accuroulalion est plus ou moins considérable, et peut être morbide, sur lesquelles on a beaucoup discuté dans ces derniers temps sans être d'accord.

III. De rcmeréiloa ei exhalalloB pnlmoaMUres. — La muqueuse des bronches excrète^ comme toutes les muqueuses, un mucus qui le plus ordinairement se vaporise et s'exhale avec le gaz de l'expiration. Dans les cas où cette excrétion est abondante, les produits remontent par la trachée, le larynx et Tarrière- gorge pour être rejetés par expuition.

Les principales matières rendues par le poumon sont les gaz et les vapeurs de l'expiration.

Nous notons d'abord la partie de l'air inspiré qui n'est pas ab« sorbée, et à cet égard nous nous occupons de l'oxygène, de l'azote, de l'acide carbonique.

L'air inspiré contient 20,81 d'oxygène, il en est absorbé 4,87 ; il en sort donc 16,06. Cette quantité représente-t-elle une partie non absorbée, ou bien toute la quantité inspirée est-elle absorbée, et les 16,06 rendus viennent-ils du sang qui les dégagerait? On ne sait. Cependant on pense que l'oxygène qui est dans le sang ne s'en échappe pas, et que tout ce qui est rendu par l'expiration n'a pas été absorbé.

La quantité d'azote expiré est tant6t moindre, tantôt plus consi^ dérable que celle inspirée. Cependant MM. Regnault et Reiset estiment que la quantité exhalée dépasse toujours oelle inspirée de

336 DIS AcnB.

5 millièmes environ de l'acide carbonique rendu. Ino^tude cod plète sur le point de savoir si tout l'azote expiré vient do san;;. si tout ce qui a été inspiré a été absorbé.

De très nombreux auteurs se sont occupés de l'acide carboniv exhalé ; c*est le même travail que celui dont nous avons parlé à [ : pos de l'absorption de l'oxygène. D'après les derniers et les miiilt travaux, ceux de MM. Regnaultet Reisset (i), l'air expiré codi- ^,26 d'acide carbonique» alors que l'air in^iré n'en conteoait ^ des traces, et l'on peut dire qu'ainsi la perte est de cette quai: Il s'échapperait ainsi dans l'âge moyen, d'après HM. Andn. Gavarret, 38 grammes d*acide carbonique contenant 10 gran de charbon par heure, ou 240 grammes en vingt -quatre heurr

La vapeur d'eau exhalée est d'environ 500 grammes en ^ quatre heures. Valeniin, qui n'est pas d'une grande taille, t rimenté sur lui-même pendant deux ans, et a trouvé /iOO gD en moyenne. M. Séguin avait trouvé dans ses expériences 15 l ou 488 grammes. Le chiffre 500 peut être pris comme le na rond de la moyenne ordinaire.

Avec Tair expiré se trouvent les substances volatiles et cKior qui peuvent avoir été ingérées, et qui s'exhalent par le pou: comme l'alcool, les liqueurs, le vin, le chloroforme, le cm'r l'ail, le musc, l'asa fœtida. i

On trouve également dans l'air expiré des matières volatiles '• niques qui viennent sans doute de la désassimilation nuiriii^qui portent plus ou moins d'odeur. Chez quelques personnes, i' odeur de l'haleine arrive à une fétidité extrême.

IV. De i'«zcréaoB orlMdre. — On l'appelle quelquefois uot' crétion ; mais nous montrerons plus loin, en parlant de Texcr' en général, en quoi consiste l'erreur. Nous parlerons alors i^-' canismc de cette excrétion ; nous ne voulons pour le moment!]' étudier les produits.

Le produit de l'excrétion urinaire, Vwrine^ est fourni ^ " reins, coule par les uretères dans la mme^ d'où il est rejett dehors par Yurèthre, C'est un liquide jaune, ambré, d'une (i^"' variable, mais plus considérable que celle de l'eau, oonleo^t 7 pour 1 00 de parties solides, et 93 à 95 d'eau.

La quantité d'urine émise par vingt-quatre heures est trè^'' riable ; en moyenne, on peut l'évaluer à 1250 grammes envlr*^

(1) AnnaXm de «fcimid «r de pAysigae, Paris, 1849, t. XXVi, p. 279 et

SOi>

contenant de 1172 à 1187 grammes d'eau, et 63 à 78 départies solides. Dans quelques cas, la quantité d'urine peut n'être que de 500 grammes ; dans d'autres cas, elle peut dépasser 2000 grammes. Voici une des analyses, celle de Lehmann :

Eau 932,0

Urée 32,9

Acide uriqiie 1,1

Créatine, créatinine 1,5

Matières extractives 11,5

Mucus vésical 0,1

Sulfate de potasse, sulfate de soude 7,3

Phosphate de soude, phosphate acide d'ammoniaque. 4,0

Chlorure de sodium, chlorure d'ammonium 3,7

Phosphate de chaux, silice • Itl

Lactates 1,7

Il faut y ajouter des matières grasses, des matières colorantes au nombre de trois, suivant M. Heiler : une jaune ou uroxanthine^ une rouge ou urcidinûy une bleue ou urogiaucine. On y peut trouver également, mais accidentellement, sous des conditions spéciales, de Valbumine et de la glycoêe.

L'urée est la principale des matières excrétées. El le est azotée; sa composition est Az^C^H^O^. Quand l'urine reste en repos dans un vase, après quelques heures, elle prend une odeur ammoniacale, et contient alors en effet du carbonate d'ammoniaque, que l'on estime être une transformation de l'urée. En effet, le carbonate d'ammoniaque, dont la composition est Az^^H'H)^, peut être considéré comme formé d'un atome d'urée, plus deux atomes d'eau : Az*C*H*0* + H^O^. Vurée est le produit d'excrétion le plus important de l'urine; on la considère comme la principale matière azotée d'excrétion. Sa quantité est en moyenne de 2,2 pour 100 panies de l'urine, qui, sur 1250 grammes, en contient par conséquent 28 grammes, et sur ces 28 grammes d'urée il y a 1 3 grammes d'azote .

L'acide urique est considéré comme un produit moins avancé que l'urée delà transformation des matières azotées d'excrétion. Il y en a toujours une quantité bien moins grande que celle de l'urée, puisqu'on ne trouve guère que 1 gramme d'acide urique pour 1000 gr. d'urine ; 1*%25 pour 1200 grammes par jour. L'acide urique contenant 3& pour 100 d'azote, il y a 0>',i^ d'azote pour Is'jSS d'acide en vingt-quatre heures.

FRÂDADLT. 22

558 DIS ACTIS.

On trouve quelquefois deVacide hippurique sous l'influence d'une alimentation végétale; chez les herbivores, la quantité peut s'éle* ver à 10 et 15 grammes pour 1000 grammes d'urine ; il n'y eu a que des traces dans l'urine de l'homme et des carnivores. C'est un composé azoté qui, traité par les acides, donne de la glycocolle ou sucre de gélatine, et de l'acide benzoïque ; la glycocolle contient de l'azote; l'acide benzoî()ue n'en contient pas.

La quantité de matières salines contenues dans l'urine peut s'élever à H ou 15 grammes en vingt-quatre heures: chlorures de sodium et de potassium, sulfates de chaux et de potasse ; phosphates de soude, de magnésie et de chaux ; oxydes de fer et de manganèse. L'acide urique peut être combiné avec une de ces bases. Ce sont ces sels dont le dépôt dans les reins et la vessie forme les calculs urinaires.

y. De rezcrétioB en féBérai. — Le mécanisme par lequel sont rejetées les différentes matières d'excrétion est souvent, par erreur, assimilé à un acte de sécrétion. La différence est grande.

Nous avons vu que les sécrétions digestives consistent dans la production ou formation d'un liquide particulier ayant une action spéciale. Dans l'acte sécréteur, le plasma du sang exsude k travers une membrane amorphe, et dans celte exsudation il y a vraiment formaiion d'un produit particulier : dans ce produit, on trouve un principe actif transformateur ; le produit formé ne préexiste pas dans le sang; et enfin ce produit ne se forme que dans certaines circoDstanoes voulues, quand sa présence est nécessaire au travail digestif.

11 n'en est plus de môme dans le travail de l'excrétion. Ici nous trouvons ces autres conditions toutes différentes : 1"* le produit est préalablement formé dans le sang; 2'' l'organe n'est pas formateur, jomê séparateur; y le produit ne contient pas de principe transformateur; 4* ce produit est fourni constamment» et s'il n'est pas constamment rejeté, c'est qu'il est accumulé dans un réservoir. £xaniinous brièvement chacun de ces points.

4« Nous disons que le produit est préalablement formé dans le sang. Cela est constant pour la respiration; l'acide carbonique expiré, la vapeur d'eau, les matières volatiles rendues dans l'expiraticm préexistent dans le sang veineux, et ne fout que traoasuder i travers les cellules pulmonaires.

Les matières séro-rauqueuses excrétées par le tube digestirexistent dans le sang sous les noms de sérosité, d'albumine et de glycocolle. La matière de la bile peut même être considérée comme d'excrélioB,

car on a trouvé dans le sang les principaux éléments dont elle se compose.

Les iactates, Turée et les matières grasses ou volatiles de la sueur existent également dans le sang.

L'urée (Simon, Verdeil), et par cela même l'acide urique, les sels de r urine, ont été reconnus dans le sang. Et le sucre aussi bien que rall)umine, qu'on peut retrouver dans l'urine accidentellement, préexistent également dans le sang.

2° L'organe, ou mieux la glande d'excrétion n'est donc pas un appareil formateur, puisqu'il ne fait q\ie séparer de la masse du sang des principes qui y préexistent.

Aussi ces glandes ne ressemblent pas aux glandes sécrétoires qu'on appelle glandes en grappe, ce sont des glandes à circuit vasculaire.

Les glandes en grappe sont, dans leur plus simple expression, des tubes impasses que baigne une nappe d'exsudation sanguine. Au contraire, les glandes d'excrétion sont des tubes entortillés qui s'enchevêtrent avec des vaisseaux sanguins également entortillés.

Le type des glandes d'excrétion se trouve dans les glandes sudoripares. Les reins, qui doivent fournir plus abondamment que les glandes sudoripares, sont construits sur le même principe, maig avec un lacis de vaisseaux plus abondant dans les corpuscules de Malpighi (voyez V Histologie de Koiliker).

Le poumon, qui est une sorte de glande d'excrétion pour les substances gazéiformes, est lui-même un lacis vasculaire extrêmement abondant, entourant des surfaces d'évaporation.

A la peau, entre les glandes sudoripares, il y a un lacis vascuculaire sous-cutané, tout particulier, qui otfre quelque analogie avec le lacis pulmonaire.

Dans le foie, pour la production de la bile, qui doit être considérée comme excrétion, on trouve le même lacis vasculaire entourant les terminaisons des conduits biliaires.

3^ Les véritables produits de sécrétion contiennent des principe» transformateurs qui peuvent agir sur les matières organiques, amylacées, albuminoides ou graisseuses : tels sont le suc salivaire, le suc gastrique, le suc pancréatique, le suc intestinal. Et ils ont pour caractère de pouvoir se conserver presque indéfiniment sans se décomposer : ainsi la diastase salivaire, la peptone gastrique, la diai^tase pancréatique et intestinale.

Au contraire, les produits d'excrétion ne contiennent aucun principe transformateur, ni la sueur, ni le simple mucus, ni l'urine. Et nous avons vu qu'on conteste à la bile toute activité transformatrice.

Chacun de ces produits ne peut se conserver; on peut même dire que chacun d'eux est une matière en voie de décomposition, du moment qu'elle est émise.

4° Le suc salivaire, le suc gastrique, le suc pancréatique, le suc intestinal, ne sont surtout sécrétés que dans le moment de la nécessité digestive, et ils ne sont produits que pour accomplir l'action à laquelle ils sont destinés.

Au contraire, la sueur, l'urine, l'excrétion muqueuse, et même la bile, sont produits par un mécanisme qui fonctionne constamment. La quantité produite varie suivant les moments et les circonstances; mais la production est constante. L'exhalation pulmonaire est elle-même aussi constante que les excrétions des liquides. Les matières solides qui ne servent pas à la digestion sont elles* mômes constamment repoussées vers l'extrémité de tube intestinal pour être rejetées.

Ces produits d'excrétion constamment séparés , sont par cela même constamment rejetés. Mais pour le rejet définitif, deux cas se produisent. A la peau et dans le poumon, le produit d'excrétion est aussitôt rejeté au dehors que fourni, parce que ce rejet peut se faire sans arrêter les autres actes de l'économie, sans nuire au jeu de toute la machine. 11 n'en est pas de même pour les produits liquides et solides. Ici la matière d'excrétion est retenue dans un réservoir pour n'être rejetée que d'une manière intermittente, et ne pas entraver le jeu constant du reste de l'organisme. Ainsi l'urine, constamment produite dans les reins, s'accumule dans la vessie, d'où elle n'est rejetée que par intermittence. La bile est constamment produite dans le foie, mais s'accumule dans la vésicule biliaire, d*oùelle n'est rejetée dans l'intestin qu'à certains moments: si elle y arrivait constamment, elle pourrait y déterminer constamment des mouvements inutiles ; en n'y arrivant qu'au moment où s*y trouvent des matières alimentaires à faire cheminer, elle produit son rôle d'excitant des contractions intestinales. Enfin les matières alimentaires solides que rejette l'intestin sont constamment menées à l'extrémité du conduit digestif; mais là elles s'accumulent dans le réservoir que forme l'ampoule du rectum, d'où elles ne sont rejetées que d'une manière intermittenta

§ 3. — Des meitB InlIniMi.

Nous avons comparé tout l'organisme à une vaste cellule dont les parois accomplissent des actes d'absorption et d'excrétion, au

DES» ACTJES VÉGÉTATIFS. 3/!»l

sein de laquelle se passent des actes intimes. Ce sont ces derniers qu'il nous reste à examiner. Ils sont de deux sortes, ceux qui s*ac* complissent dans le sang, et ceux qui s'accomplissent dans les parties.

I. Du SANG. — Nous avons indiqué au livre précédent tout ce qui se rattache à la composition du sang et de la lymphe: on peut s'y reporter. Il ne convient d'étudier ici que ses actes intimes, la circulation et V hématose j son mouvement et sa formation.

1" circaiatioa. — Le mouvement paraît être une des conditions du bon état du sang; car dès qu'il s'arrête, ce liquide se coagule et se sépare en éléments particuliers, comme nous l'avons vu au livre précédent Mais il est aussi et surtout nécessaire à la régénération et à la distribution de ce liquide nourricier à toutes les parties du corps.

Les anciens admettaient une sorte de mouvement, de ballottement du sang dans les veines, et une distribution d'air par les artères. Ils étaient ainsi bien loin de se douter du véritable état des choses, entrevu peut-être ensuite par Némésius au iv* siècle. Michel Servet, au xvi* siècle, indiqua d'abord que le sang passe du cœur dans le poumon sous forme de sang veineux noir, et revient du poumon dans le cœur sous forme de sang artériel rouge. Harvey eut la gloire de compléter cette découverte, et de faire connaître la grande circulation, c'est-à-dire l'envoi du sang par le cœur à toutes les parties du corps, au moyen des artères, et le retirer vers le cœur par les veines. Cette découverte, qu'il annonça en 1727, avait été précédée de celle des valvules des veines par son maître Fabrice d'Acquapendente, qui lui avait ainsi ouvert la voie. Plus tard on connut le cours de la lymphe.

Voici donc aujourd'hui ce que Ton connaît de la circulation du sang, dont quelques points sont de découverte toute récente. Nous mettons de côlé tous les détails purement mécaniques, les renvoyant à la physiologie organique, qui les étudie spécialement.

Le sang, chassé du cœur par les contractions du ventricule gauche, passe dans l'aorte, et de l'aorte dans toutes les artères, pour se distribuer à toutes les parties du corps.

Il arrive ainsi dans des vaisseaux d'une extrême finesse, les capillaires, qu'il parcourt pour arriver dans les veines.

Par les veines, il remonte au cœur sous rinfluenoe d'un flot qui

3ill!2 DIS ACTBS.

le pousse incessamment, des contractions veineuses qui le pressent, des valvules veineuses qui lui permettent de progresser en avant, non de retourner en arrière.

Il arrive par les veines dans l'oreillette droite du cœur, qui le fait passer dans le ventricule droit, d'où il va aux poumons par les artères pulmonaires; il revient des poumons par les veines pulmonaires, qui le mènent dans Toreillette gauche du cœur pour de là passer dans le ventricule gauche, et être à nouveau chassé dans Taorte, recommencer le circuit.

C'est l'ensemble du mouvement circulatoire, mais il faut aussi envisager quelques points particuliers.

Le sang qui arrive par les arlères aux voies digestives, à Testomac et aux intestins, se réunit à celui qui vient d'un organe particulier, dont nous parlerons plus loin, la rate, et aboutit à un vaisseau commun, la veine porte, qui ne le ramène pas directement au cœur, mais le fait d'abord passer par le foie, où il doit subir une certaine altération. On appelle ce point particulier de la circulation : système de la veine porte»

D'une autre part, le sang qui revient dans les reins par les veines rénales n'est pas retenu dans son cours rétrograde par des valvules veineuses; il peut ainsi refluer dans les reins pour y accroître subitement la réaction urinaire. C'est là le système des veines rénales^ sur lequel M. Claude Bernard a très légitimement insisté de notre temps.

D'une autre part encore, le sang qui se distribue aux diverses parties du corps pour revenir par les veines, ne passe pas tout entier par les capillaires. M. Robin a très bien démontré {Bulletin de l'Académie de médecine, 1861) qu'il existe entre les arlères et les veines des vaisseaux de communication beaucoup plus considérables que les capillaires, par lesquels peut se faire une circulation dérivative. Ces vaisseaux intermédiaires peuvent être alternativement ouverts ou clos, selon la contractilité de leurs parois, et par eux la circulation d'une partie peut être ainsi ou activée ou diminuée dans les capillaires, en dehors du mouvement circulatoire général. C'est là une fort belle découverte qu'avaient préparée des travaux antérieurs, et qui a une grande importance.

Enfin, nous devons parler de la lymphe, autrement dit le sang blancy dont le cours ressemble beaucoup, en ce qu'on connaît, à celui du sang veineux. Les vaisseaux lymphatiques qui la contiennent aboutissent à un tronc commun, le canal thoracique, dont l'ouverture donne dans la veine sous-clavière gauche, près de la

DKS ACTJBS YBOiTATlFS. ^^

yeine cave supémure, et, par conséquent, près du eoMur ; dé sorte que toute la lymphe est Tersée dans le sang un peu avant qu'il soit envoyé dans le pouroon, pour qu'elle lui soit sutlsamment mêlée avant l'hématose pulmonaire.

Cette lymphe vient de deux provenances : des organes digestib abdonoinaux, de l'estomac, des intestins, par les lymphatiques cAylifères, qui ont absorbé des aliments ce que n'ont pas absorbé lea veines; de tous les autres organes lymphatiques de l'économie, qui absorbent dans les parties ce que n'absorbent pas les veines.

Les tadicules de ces vaisseaux lymphatiques sont-^les ouvertes? Il n'est pas probable. Sont-elles terminée en culs-de-sac ou en anses? Cette dernière supposition est probable, d après ce qu'on voit dans les radicules des ohylifères intestinaux.

Le mouvement de la lymphe dans les lymphatiques paraît très lent, se fait sans doute comme celui du suc nutritif dans les plantes, et est activé par une contraction des vaisseaux. Des valvules, comme dans les veines, empêchent le reOux du liquide en arriéra Dans son parcours, la lymphe aboutit de distance en distance à des organes glanduleux lymphatiques très riches en vaisseaux sanguins; il n'y a pas là passage d'un ordre de vaisseaux dans l'autre, mais il doit y avoir une action réciproque à travers les parois vasculaires.

La rapidité du cours du sang est très grande. Des expériences de Hering, confirmées par celles de Blake, Wrisberg, démontrent que le sang fait le tour de ta circulation en 20, ou 25 à 30 secondes : une dissolution de cyanure de potassium, infusée dans une veine jugulaire, se retrouve après cet espace de temps dans la veine jugulaire de l'autre cêté, ayant passé par l'oreillette droite, le ventricule droit, le poumon, l'oreillette gauche, le ventricule gauche, les artères et les veines. M. CI. Bernard a montré que de l'iodure de potassium injecté dans le sang se retrouve dans la salive après 30 secondes. La vitesse est moins grande dans les veines que dans les artères, et beaucoup moins grande aussi dans les lymphatiques que dans les veines.

Ce mouvement circulatoire s'aooompKt par l'impulsion du cœur et la contraction des vaisseaux : les facultés animales viennent ici prêter leur concours aux facultés végétatives. Nous nous occuperons du principe de ces mouvements dans le livre suivant.

Ces divers points de la circiilatioa étant flxés^ nous devons maintenant chercher quelles transformations subit le liquide dans son eirouîl.

^UU OKS ACTES.

2"* Hématose. — C*est le nom générique donné à toutes les trans-' formations que subit le sang dans son parcours, et il y en a un grand nombre ; quelques-unes sont encore à peine entrevues.

Nous pourrions, d'une manière générale, les partager en deux sections : les transformations venant des absorptions et excrétions extérieures; celles venant des relations du sang avec les diverses parties organiques. Mais cette division générale ne renfermerait pas tous les points particuliers que la science doit envisager, et il est peut-être préférable, dans Tétat actuel de nos connaissances, d'en* visager successivement les divers points particuliers sur lesquels l'esprit doit se fixer, quitte à passer rapidement sur ce que nous pouvons savoir de l'étude préalable des absorptions et des excrétions.

Nous examinerons donc successivement :

1^ L'hématose pulmonaire.

2^ L'hématose cutanée.

3^ L'hématose du système urinaire.

à^ L'hématose digestive.

b^ L'hématose dans le foie.

6^ L'hématose dans la rate.

7® L'hématose capillaire.

8® L'hématose vasculalre, artérielle et veineuse.

9^ L'hématose lymphatique.

1^ Hématose pulmonaire. — Nous avons indiqué plus haut l'absorption de l'oxygène et l'exhalation de l'acide carbonique comme les phénomènes principaux des deux mouvements respiratoires. Nous avons dit de plus quelles matières peuvent être, en outre» absorbées ou rejetées dans ce double mouvement.

Le phénomène hématosique saisissant de t^ double mouvement d'absorption et d'exhalation pulmonaire, est le changement du sang veineux en sang artériel, du sang noir en sang rouge. Quel est ce phénomène?

Le sang veineux, passant dans le poumon^ abandonne de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau, et acquiert de l'oxygène. En même temps il perd de sa chaleur, comme Ta remarqué M. Claude Bernard : le sang est d'un degré moins chaud dans le cœur gauche que dans le cœur droit; du reste, la quantité de fibrine, de sds, d'albumine, est la même. Magnus a démontré que le sang veineux ne contient que 25 parties d'oxygène pour 100 d'acide carbonique, que le sang artériel contient 38 d'oxygène pour 100 d'acide carbonique, et il insiste moins sur la quantité d'oxygène en plus

DES ACTBS VÉGÉTATIFS. S4S

lans le sang artériel que sur son rapport avec la quantité d'acide carbonique.

On avait pensé que le départ de l'acide carbonique exhalé est la ;au$e du changement de sang noir en sang rouge, mais il est >roiivé expérimentalement qu'en enlevant l'acide carbonique du iang noir, on n'empêche pas sa couleur.

Mitscherlich, Tiedemann et Gmelin ont pensé qu'une partie de l'oxygène absorbé s'unit à des matières organiques, et qu'il ep résulte ane métamorphose de ces matières, et la formation d'acide acé- Lique ou lactique, qui décompose les carbonates alcalins en chassant l'acide carbonique. Malheureusement pour la théorie, l'acide carbonique est libre dans le sang veineux.

Il paraît certain que l'oxygène qui pénètre le sang est la cause du changement de couleur, car le sang tiré de la veine devient rouge au contact de l'air, et le devient plus rapidement et plus complète-^ ment par un courant d'oxygène. M. Bruch pense que ce gaz est surtout absorbé par les globules, et se combine avec leur matière rouge, Vhématine, d'une manière instable.

Denis et Scherer ont aussi remarqué que la fibrine n'a pas les mêmes qualités dans le sang artériel et dans le sang veineux : la fibrme veineuse se liquéfie plus facilement sous l'influence de la soude et de la potasse caustique, et ressemble alors à de l'albumine. Scherer a dit, en outre, que la fibrine fraîche dégage vivement de l'oxygène de l'eau oxygénée, absorbe une quantité de ce gaz et produit de l'acide carbonique; d'où il résulterait que la fibrine du sang absorberait également de l'oxygène pendant la respiration, et acquerrait ainsi une vitalité plus grande.

M. Cl. Bernard a aussi démontré que la glycose qui se trouve dans le sang de la veine cave inférieure est brûlée dans le poumon et y disparaît, k moins qu'elle ne soit en trop grande quantité ; dans ce dernier cas, on en retrouve dans le sang artériel.

2** Hématose cutanée. — Elle est fort inconnue, bien qu'elle doive avoir une grande importance par les efiets terribles que produit sa suppression.

Comme nous l'avons montré plus haut, elle consiste dans une absorption d'oxygène, une exhalation d'acide carbonique, d'eau, de matières azotées et graisseuses.

^"^ Hématose urinaire, — Elle consiste dans l'expulsion de matières dont le sang se débarrasse : de l'eau, de l'urée, de l'acide urique, des sels.

Si la fibrine et l'albumine ne sont pas en oombiiiaison intime

3&6 pu ACTIS.

ayeo le sang, elles sont rejetées par Turine. Ainsi de la fibrine dissoute et injectée dans les veines se retrouve immédiatement rejetée dans Turine ; pour qu'elle s'unisse au sang, il faut qu'elle ait été digérée. M. Miathe a observé que l'albumine, sous une certaine forme d'albuminose, ne se combine pas avec le sang, et est dès lors rojetée par les voies urinaires.

L'iodure de potassium, le sulfate de quinine, tous les poisons solubles, et tous les sels qui, ayant été absorbés, ne sont pas filés dans l'organisme, sont immédiatement expulsés par les urines.

U^ Hématose digestive, — Le sang absorbe, comme nous l'avons dit, par les veines et les chylifères, les produits digérés de la digeatioii, sous forme de chyle: le sucre, les graisses, les matière^ albuminoïdes. Les produits ne disparaissent pas immédiatement; ils se retrouvent dans le sang quelque temps après la digestion. Noua parlerons plus loin de quelques transformations connues.

En môme temps le sang perd dans la digestion tous les matériaux qui servent aux produits des sécrétions, les matières exerétéea. Il peut entre autres perdre du sérum, des sels et des matières grasses.

5*^ Hématose dans le foie. — Elle consiste en deux phénomènes ; i* la perte des matières grasses et carbonatées par l'excrétion biliaire; 2^ la formation du sucre dans le sang veineux. Ce dernier phénomène, découvert en 185A par M. Cl. Bernard, est sans doute lié au premier, mais on ne le connaît pas encore dans toutes ses conséquences.

M. Cl. Bernard a démontré que le foie, pesant en moyenne 2 kilogrammes, contient 15 à 20 grammes de sucre^* quelquefois plus, quelquefois moins. Il pensa d'abord que ce sucre venait de la diges-' tion par la veine porte et s'était accumulé dans l'organe. Mais il vit bientôt que le sang des veines sus*bépatiques, venant du foie, où il était entré par la veine porte, contenait beaucoup plus de sucre qu'avant d'y entrer, et qu'il ne cesse pas d'en contenir alors qu'on ne nourrit des animaux, qu'avec des matières albumineuses, qu'on les sèvre de matières amylacées ou sucrées.

M. Lehmann a constaté que le sang de la veine porte contient plus de fibrine et d'bématosine que le sang qui sort du foie par les veines sus^hépatiques ; de sorte que ce serait aux dépens de ces deux matières du sang que le sucre serait formé. Et comme noua l'avons dit plus haut, ce sucre disparait en majeure partie dans l'acte respiratoire : si un excès restedans le sang artériel, il estrqetépar les reins.

Ainsi, dans le foie, le sang se débarrasserait d'un excès de matières grasses et carbonatées par la production biliaire, et d'un

DIS ACnS ▼BOÉTATIPS. 3b7

excès de matières albaminoîdes et fibrineuses par la transformation sucrée.

6° Hématose dans la rate, — Nous laissons à la physiologie organique le soin d'analyser le tissu de la rate, ses trabécules et les corpuscules de Malpighi, et de démontrer le jeu de chaque élément constitutif. Nous nous, tenons au produit de la fonction, dont la découverte, due à M. J. Béclard, est récente (18&7), et a été confir« mée par MH. Kolliker, Moleschott et Gray.

Le sang qui a passé par la rate a perdu des globules et a acquis plus de fibrine, plus d'albumine et de sels. Le point fondamental est la disparitiondes globules. Ainsi, le sang veineux contenant en moyenne 150 parties de globules pour 1000 de sang, celui de la veine splénique n*en contient que 136. On remarque en outre que plus le sang d'un animal est riche en globules, moins il y en a proportionnellement dans la veine splénique. De sorte que c'est dans la rate ' que se détruisent les globules sanguins.

Ct'tte destruction n'étant pas suivie d'élimination, il est naturel que le sang sorti de la rate contienne les éléments désagrégés. De là ' une augmentation des produits dissous dans le sérum (albumine, matières extracti%'es, sels), et une augmentation de la fibrine. Ainsi, dans une des analyses, l'artère splénique contenant 2 de fibrine pour ' 1000 de sang, la veine splénique contenait 5 de fibrine. Dans une autre analyse, Tartère contenait 1,7 de fibrine, la veine splénique en contenait (1,0.

M. Béclard yiense que la matière colorante des globules détruits est portée par la veine splénique dans la veine porte, et par la veine porte dans le foie, où elle est utilisée pour la formation des matières colorantes de la bile.

Un des caractères remarquables de la fonction de la rate, c'est de n'agir que par intermittence, et l'on remarque que l'organe possède des fibres contractiles qui peuvent le contracter ou le laisser se dilater sous l'influence des centres nerveux.

— Le corps thyroïde, les capsules surrénales et le thymus (organe qu'on n'observe que dans le fœtus, qui a acquis son plus grand développement au moment de la naissance, et qui disparaît ensuite dans le cours de la lactation), sont des glandes que l'on considère comme analogues à la rate, et dans lesquelles des phénomènes hématosiques doivent se faire; mais la science ne sait encore rien de certain sur ce point. On a remarqué que les jeunes animaux auxquels le thymus a été enlevé sont pris d'une extrême voracité, maigrissent rapidement et meurent. On pense que les capsules surrénales sont

3^8 DIS ACTKS.

liées avec la destruction de la matière pigmentalre, et que leu ablation ou leur maladie occasionnerait un excès de pigment cutané ce n'est encore qu'une hypothèse.

7^ Hématose capillaire. — Pendant son cours, le sang se méu morphose continuellement au fur et à mesure des organes qu'il tn verse, comme nous venons de le voir par ce qui précède; l'un de C'' principaux changements est celui qu'il acquiert dans son passagt travers les capillaires de tous les tissus en général, changemento le transforme de sang artériel en sang veineux.

Dans ce passage à travers les capillaires organiques, le sangtrar sude des parois pour baigner et nourrir les tissus, et absorbe matières dont les tissus ont à se débarrasser. Nous examiner-, ce double phénomène en parlant des actes intimes des parties ;i dont nous nous occupons ici, c'est spécialement du changent sanguin.

Dans ce fait, bien des choses échappent encore à la science. : ne connaît guère que ces deux points déjà signalés : plus d'ac carbonique et moins d'oxygène dans le sang veineux; moins dac:. carbonique et plus d'oxygène dans le sang artériel. Pour les auc" principes, la composition du sang veineux et du sang artériel pa* être la même. Il s'ensuivrait que dans la nutrition des parties,, aurait seulement prise d'oxygène et rejet de carbone. Ce ne piètre là tout. A quoi serviraient donc le carbone, l'hydrogèoe 'l'azote, et les sels pris dans la digestion?

Nous verrons, en parlant des actes intimes des parties, et (ianî livre suivant, ce que l'on peut savoir en prenant la question li^ autre point de vue.

d"" Hémaiose vascutaire, — ^ Le sang se métamorphose aussi f^' dant son cours dans les gros vaisseaux.

Ainsi, le sang artériel parait avoir un peu plus de globules to^que le sang veineux; ce serait dans le parcours artériel qu'ils ^ produiraient Comment? Cela reste à savoir.

Les globules blancs paraissent aussi se former dans les vaisseaux Quand on éureint une portion vascutaire veineuse entre deai \^ tures, on ne tarde pas à s'y voir produire des cellules analogues ^^t^ globules blancs. Peut-être ne sont-ce que déjeunes cellules épiûr liales, produits de la timique vasculaire?

La lympbe-cliyle qui vient d'être absorbée dans le tube é^ ne contient pas de globules : elle en contient un peu plus loin:^ en contient beaucoup plus dans le canal thoracique. Ils se soot i^' mes dans les vaisseaux.

DBS ACTES VÈGéTATlFS. 369

D*un autre côté, les matières albuminoides absorbées daos la Jîgestion ne sont pas de la fibrine; elles deviennent Kbrine un peu plus loin. De même dans les chylifères, Tiedemann et Gmelin ont observé que le chyle qui vient d'être absorbé contient plus d'albumine et moins de fibrine que celui du canal thoracique, et que la lymphe des chylifères n'est pas coagulable, tandis que celle du canal thoracique Test, par suite de la présence de la fibrine.

9^ Hématose lymphatique. — Elle est encore plus inconnue que les précédentes. Pourquoi l'absorption des chylifères, puisque les veines absorbent également le produit de la digestion? Pourquoi des lymphatiques dans les parties, puisque les veines absorbent les excréta de la nutrition des parties? Pourquoi les relations des lymphatiques et des vaisseaux sanguins dans les glandes lymphatiques? Autant de questions auxquelles on ne peut répondre que par des hypothèses, car la science se tait.

Il semblerait, s'il est permis d'émettre une simple opinion, que le système lymphatique est comme une réserve du système sanguin , une sorte de grenier d'abondance pour la nutrition et le développement.

C'est dans l'enfance qu'il est surtout très développé ; il s'amoindrit au fur et à mesure de i'àge et du développement du corps. Plus la nutrition languit, plus il se développe et même s'engorge. Plus au contraire la vitalité est active, plus l'homme est vigoureux, moins il apparaît. A la suite de digestions abondantes, les lymphatiques se remplissent ; ils s'emplissent encore et s'engorgent quand la nutritioji des parties languit.

On ne lui connaît guère qu'une fonction, celle d'absorber. Dans

rintestin, il absorbe le surplus de la digestion que les veines ne

prennent pas. Dans les parties, il absorbe le surplus des liquides

lubrifiants dont les veines ne se chargent pas, et plus les parties sont

' imbibées de sucs, plus il est développé et engoué.

On ne lui connaît qu'un seul déversement, l'abouchement du ' canal thoracique dans la veine sous-clavière. 11 semble qu'ayant absorbé l'excédant des sucs nutritifs, il vienne les rendre au sang, ' qui seul doit le distribuer.

^ Dans les ganglions lymphatiques, les vaisseaux sanguins transsudent, les vaisseaux lymphatiques absorbent. Nouveau moyen par ' lequel il semble que le sang puisse mettre en réserve des matériaux qui l'encombrent et qu'il ne veut pas perdre.

Sans les chylifères, moins de matières grasses et de matières albuminoides . pénétreraient l'économie. Sans les lymphatiques» qui

350 DBS AGTKS.

pompent les sucs excédants, soit dans les parties, soit dans les ganglions, ou bien les matières aibumirioîdes engorgeraient les tissus, ou bien elles disparaîtraient sous forme de sucre et de bile dans le foie, ou bien elles seraient rejetées par les urines sous forme d'urée, ou bien elles seraient évacuées par le tube intestinai sous forme de sérum albumineux.

Nutrition des parties. — Nous venons d'examiner ce qui se passe dans le sang, et rien ne s'y passe que pour les diverses parties de l'organisme, dont la nutrition est le phénomène ultime de tons les actes que nous avons étudiés. Voyons maintenant ce phénomène ultime.

Les parties diverses de Torganisme, constituées, comme nous Tavons dit, de cellules élémentaires et de fibres, sont lubrifiées par une sorte d'atmosphère liquide qui les entoure : c'est le suc nutritif ou plusrna sanguin.

Ce plasma constitue un liquide légèrement rosé, composé des pair^^ ties solubles du sang. Il est incessamment fourni et repris par les capillaires sanguins et lymphatiques, exsude des capillaires artériels, est repris par les capillaires veineux et lymphatiques. En même temps, les cellules organiques lui empruntent les éléments dont elles ont besoin, et lui rendent les matériaux dont elles se débarrassent. Par conséquent, un double mouvement 'de deux côtés dittérents le métamorphose sans cesse : d'un côté, par les capiU laires, exhalation et résorption interstitielles; d'un autre côté, par les cellules organiques, assimilation et désassimilation.

Ce n'est pas tout. Ce plasma ne sert pas seulement à l'absorption cellulaire organique, et ne contient pas seulement le produit de la désassimilation des cellules. 11 sert encore à la production de cellules nouvelles, et contient le produit de cellules anciennes qui se détruisent. Il sert donc à la génération^ à la désorganisation et à la régénération des tissus.

En résumé, les actes végétatifs intimes des parties se présentent sous trois modes, qu'il nous faut étudier successivement :

i^ Exhalation et résorption interstitielles.

2° Assimilation et désassimilation.

3** Génération, désorganisation et régénération des tissus.

1° BxMabitl»!! et résorption interstitielle*. — Le plasma exsude

du sang à travers les parois capillaires, pour former une atmos-»

DBS ACTI8 ViOÉTATIFS. 351

»hère de sucs natritifs aux cellules organiques, et le sang reprend lar rabsorpiion vasculaire les matériaux qui sont inutiles ou nui- .ibles à la nutrition des parties. En quoi consiste cet acte double, et |uels sont ses produits?

Le plasma du sang exsude des capillaires. Pourquoi? Ce plasma ;ort-il naturellement parce que, supposition émise, les parois des capillaires sont ténues, et la tension grande sous Tinfluence de l'ondée sanguine qui y parvient? ou bien les parties agissent-elles sur le sang à travers les parois vasculaires, par une sorte d'attraction qu'expliqueraient des phénomènes de courants magnétiques ou électriques, comme on a pu le dire 7 Double hypothèsa

Il est vrai que tous les tissus peuvent présenter des courants électriques, et particulièrement le tissu musculaire, comme Dubois- Reymond l'a fort bien étudié dans ces derniers temps ; également k travers les membranes de Téconomie, comme Donné l'avait avancé. Mais ces phénomènes sont encore bien mal connus, et la science ne tire aucune conclusion de ce qu'elle en sait. On remarque d'ailleurs que dans le monde physique, partout où se produit du mouvement et un phénomène de combinaison ou de décomposition chimique, il y a production d'électricité ; rien d'extraordinaire que les corps vivants en manifestent. I^a production d'électricité n'estelle pas autant efiet que cause dans ces phénomènes?

Si l'on suppose que les parties organiques ont une influence sur l'exhalation interstitielle du plasma, il faut, pour assurer l'hypothèse, démontrer que ce plasma varie dans sa composition comme les organes au sein desquels il est déposé. A cet égard, la science se tait. On peut croire, il est vrai, qu'il n'est donné aux parties que ce dont elles ont besoin, et que le plasma qui lubrille les muscles diffère de celui qui lubrifie les os. Mais où est la démonstration ?

Enfin, la ténuité des parois capillaires, la tension des vaisseaux par l'ondée sanguine, doivent bien aussi avoir une influence dans l'exhalation interstitielle, puisqu'elles en ont une pour la résorption.

La résorption donne lieu aux mêmes questions. Les matières résorbées au sein des parties rentrent dans le sang et doivent ensuite faire corps avec lui. Cependant on remarque que des substances étrangères, des poisons même déposés au sein des tissus, sont résorbés par le sang, bien qu*ils ne puissent s'as*similer à lui, bien qu'ils ne s*y assimilent pas; et ce phénomène qui se passe ainsi dans les tissas est le môme que celui de l'absorption digestive. Or, pourquoi le sang absorbe-tptl ainsi des matières

qui De peuvent lui servir, et qui môme lui sont nuisibles? On. question qui vient se poser ici comme elle arrivait natoreli-i: à propos de Vendosmose (voyez plus haut), et dont la solutioQ ^^ trouver.

Mais ici, comme pour Tabsorptioii extérieure, il y a un faii.c rinfluence de la tension des vaisseaux. Plus le système san^u;: en état de réplétion, moins il absorbe; plus il est vide, plus à sorbe. Ce doit bien être là une des causes, mais ce n'est évidtrQiiL' pas la seule, car malgré iaréplétion extrémedes vaisseaux, l'ab^ * lion n'en continue pas moins, dans la digestion el dans les : ties. De plus, il est remarquable, dans la résorption de tumeu/ de matières épanchées dans les organes, que tantôt Tabsur^ cesse, tantôt elle se fait sans qu'on puisse trouver la vraie cauàc peut donc dire que ce qui cause la déplétion du système vascL connue les excrétions digestives, sudorales, urinaires, actiu sorption d*une manière générale, mais ne la cause pas sûrap- Nous reviendrons au livre suivant sur ce point, poor cbeitk cependant il n'y a pas des relations entre telle absorption iok*^ ticdie et telle excrétion donnée.

2^ AmainaimMÈan et dié— —iiiiati— . — Chacune des partit^ corps peut augmenter ou diminuer suivant un grand nombre drconstanoes; il faut qu'il y ait alors assimilation de matières lv velles dans un cas, désassimilation dans l'autre.

Ce double phénomène doit se produire constamment, toat ^"' à le croire, et en particulier les absorptions et les excrétions t^i' rieures constantes qui témoignent que cette métamorphose s'o^" sans cesse dans le sang, et doit aussi se produire sans cesse dans * parties. On connaît l'expérience si répandue de Duhamel : <^ lapins ayant été nourris avec de la garance, leurs os en furent i^vés remplis quelque temps après; puis cette nourriture ayant ^ suspendue, les os perdirent leur couleur.

Comme nous le dirons tout à l'heure, ce double phénomène ^^ compagne de destruction et de régénération constante des tis>B> mais on doit penser qu'il se passe également sans cette deslrudi'' et cette régénération. Les cellules organiques élémentaires rep^ sentent, sous une forme microscopique, le corps tout entier, qu^^ comme une vaste cellule; et de même que le corps absorbe «^'^ . jette constamment, de même cliaque élément cellulaire doit ^ constamment en rapport avec le plasma sanguin qui le lubrifie. ^ un double mouvement d'absorption et de rejet , diaqoe cell"'*^

DES ACTES VEGETATIFS. 853

>ren(l dans le plasma les matériaux dont elle a besoin, et rejette ïeux qui lui sont inutiles ou nuisibles.

Que de choses la physiologie voudrait ici approfondir et qu*elle Ignore!

Pourquoi cette cellule absorbe-t-elle et comment le fait-elle? Pourquoi rejelte-t-elle et comment le fait-elle?

Ici revient encore celte éternelle question de l'absorption et de l'excrétion, toujours aussi mystérieuse, et qui Test peut-être d'au- Innt plus encore que Ton s'enfonce dans l'examen des détails intimes. Observons cependant que la cellule présente trois éléments : une utricule, un noyau et des parties liquides ou moléculaires entre l'utricule et le noyau. Quelquefois, il est vrai, le noyau est absent; cela constitue un second cas.

Quand la cellule est incomplète, le liquide qu'elle contient est séparé de l'atmosphère plasmatique ambiant par Tutricule ou membrane d'enveloppe, à travers laquelle un échange peut se faire du dehors en dedans et du dedans en dehors. Ici les affinités, les unalogies de matière peuvent expliquer les échanges, le double mouvement de dehors en dedans et de dedans en dehors, qui ^'opèrent. Les cellules graisseuses peuvent aspirer ou laisser échapper l'hydrogène de carbone.

Quand la cellule est complète, le noyau forme avec l'utricule deux éléments principaux entre lesquels un inévitable rapport a lieu. Quel est-il? On entrevoit que les actions sont différentes, ou tout au moins doivent l'être; s'unir ou se combattre sont les deux seuls rôles possibles; et dans un cas comme dans l'autre, le résultat est le même, leur destruction est la fin de leurs actes : s'unir, c'est s'absorber l'un l'autre, s'anéantir, se perdre l'un dans l'autre, disparaître; se combattre, c'est se détruire l'un l'autre, et l'on ne survit que pour n'avoir plus d'objet d'activité, pour devenir inerte Cît tomber sous les coups des matières destructives. Si ces deux [tctes produisent, engendrent, et nous verrons tout à Theure que c'est le cas fréquent, le produit nouveau est souvent cause de leur destruction.

Ainsi semblerait-il que la vie intime de la matière vivante est une usure, une destruction à côté d'une génération constante.

Chose remarquable, bien digne de méditation et de recherches, Its physiologistes modernes ont démontré que, dans toutes les parties du corps, on retrouve un ferment analogue à la pepsine du suc i-aslrique, et l'on a reconnu que la pepsine stomacale étant

FRÉDAULT. 23^

35& DBS ÀGTB8.

sécrétée en dehors de ralimentation, et n'ayant pas d*alimenu digérer, digère et détruit son propre organe, comme daos la ^i trite des enfants à la mamelle* Chaque partie contient donc ui activité transformatrice et destructive, à laquelle il faut que le su fournisse sans cesse un aliment, et qui tend sans cesse à délrm son propre support.

Du reste, ces questions sont à peine posées dans la science; ei n'existent, pour ainsi dire, que d'hier ; la vie végétative d a v livré tout son secret.

3° Génération des tissus, désor^nlsatlon et répmrmiâm'

Le corps commence petit, puis il croit, se développe, et cepeu les éléments microscopiques ne sont pas plus volumineux FaduUe que chez Tenfant; donc la nutrition augmente le na de ces éléments, les engendre.

En second lieu, la désassimilation suppose, en définitive, désorganisation, une destruction des éléments organiciues, etl a la démonstration. A la peau, de la superficie du corps, se chent constamment des cellules cpithéliales; des éléments >i ficiels se pulvérisent, se dissolvent sous Tinfluence des agents t rieurs; la nutrition doit les renouveler. Dans la profondeur parties, n'en est-il pas de même? Le corps augmente et lu tour à tour sans que les éléments microscopiques augroenUi' volume; leur nombre doit être incessamment variable; ince> ment il s'en détruit, il s'en refait. M. Flourens a démontré n^ ment que les os se nourrissent par le périoste qui les entourf. ce périoste fournit incessamment des cellules nouvelles, en n temps que l'os décroît constamment par la destruction des ancit> cellules vers la membrane médullaire.

Enfin, une portion d'épiderme, de tissu cellulaire, de tissu fr culaire, de tissu nerveux ayant été enlevée, il s'en reproduit autre à la place; il y a régénération.

En un mot, il y a, à côté de la destruction constante de l- •• nisme, une production, une génération constante de nou^^' éléments. Quel est cet acte? C'est ce qu'on appelle la géfv.r' cellulaire^ connue encore sous le nom de théorie cellulaire, qui nous arrêter quelques instants.

Schleiden, expliquant ce qu'il croyait voir dans les W^" émit l'idée que le noyau est le générateur de la cellule. Sch^' appliquant celte idée aux tissus animaux, fit de cette formation sorte de cristallisation organique; interprétation vicieuse qui ^'

DES ÀGTBS TÉGÉTÀTIFS. 355

vivement combattue {Mr Henle, 1. Vogel, Ktiliker, et pat nôusméme dans VArt médical (tome II, 1855).

Yoîci comment Henle expose le système de Schwann : (( Schwann, dit Henle, part de la supposition que les nucléoles» les noyaux et les cellules formés d'a{Mnès le même type sont des vésicules embottées les unes dans les antres, et il regarde les vésicules analogues aux couches de cristaux, avec cette différence toutefois que les couches ne se touchent pas. un liquide se trouvant épanché entre elles. » La présence de ce liquide s'explique ainsi : c'est parce que la couche superposée vient à s'étendre, à se développer, qu'elle se plisse, gondole, se soulève, tend à s'isoler de la partie interne ; de sorte qu'il se fait alors un espace vide qui s'emplit par imbibition du liquide ambiant. « De cette manière, continue Henle, dans les corps susceptibles d'imbibition, nous obtenons, au lieu d'une nouvelle couche, une vésicule creuse. C'est de la concentration du liquide, comparé par Schwann à l'eau mère, qu'il dépend que telle ou telle quantité de substance solide puisse se séparer par voie de cristallisation, dans un laps de temps donné; la quantité qui peut, dans cet intervalle, s'appliquer à la couche déjà formée , fait qu'une nouvelle couche doit se produire. Une fois formée, celle-ci s'étend rapidement en une vésicule, à la faoe interne de laquelle se trouve appliquée la première vésicule avec SOS corpuscules primitifs. Schwann regarde comme l'analogue, dans les cristaux, de l'extension d'une cellule en fibres, la transformation de cube en prisme, qui résulte également de ce que les nouvelles molécules se déposent en plus grande quantité d'un côté que de l'autre. Et parce que les cristaux s'associent fréquemment ensemble de manière à figurer des arborisations ou des fleurs, comme on le voit dans Tarbre de Diane ou sur les vitres pendant les gelées de l'hiver, Schwann se croit autorisé à dire que l'organisme n'est autre qu'une agrégation de cristaux, de substances susceptibles d'imbibition. A l'aide de cette hypothèse ingénieusement développée, Schwann cherche à prouver, contrairement aux explications téléologiques reçues en physiologie, que l'organisme n'a point pour fondement une forme agissant d'après une idée déterminée, mais qu'il se produit en vertu des lois aveugles de la nécessité par des forces qui ne se rattachent pas moins à l'existence de la matière qu'à celle qu'on observe dans la nature inorganique. » (llcnle, AnaL gén., t. !•', p. 169.)

Ce système, accueilli d'abord ave<; une grande faveur, en Allemagne surtout, en raison de ce qu'il offre d'ingénieux, n'a pas

tardé d*étre rejeté pour $on matérialisme absurde et son insufi^c. réelle. Aujourd'hui, il est presque universellement abandonné; c n'a rien mis à sa place; mais peut-être n'est-il pas impossible i faire mieux.

Deux faits sont acquis aujourd'hui dans la science, de Tavêu rimmense majorité des micrographes : 1° que toute formation l^ lulaîre a pour élément primitif le noyau; T que toute mulUplbt: cellulaire se fait par scission ou par production endogène (RùHi Biém. d'histoL hum., p. 20 et suiv.). Nous partons de ces deuxL: qui peuvent nous donner toute la théorie cellulaire, une fui> ; nous aurons expliqué la formation du noyau , qui est la pif d'achoppement à laquelle on s'est jusqu'ici heurté.

Nous observerons d'abord que le noyau est une formation o' gène. Le blastème, c'est-à-dire le liquide formateur au sein di il se produit, est nécessairement un liquide contenu dans un n vivant, car il ne se produit rien d'organique en dehors d'un o organique, il ne se forme rien de vivant au sein de la matière p" ment inerte. Ce point est capital, il ne le faut jamais perdre k'^

En second lieu, nous remarquons que tout être vivant étant d'un œuf^ conserve cette forme comme paradigme de tout 1' vivant dans son ensemble et dans ses parties. L'être tout ei/ représente l'œuf dont il est issu, et chacune de ses parties, ^ posée ou organique, est isolée des autres comme des œufs stt^ daires dans un grand œuf; et chacun dés éléments de l'organe ^ la cellule ou œuf rudimentaire; de sorte que tout blastèmcor: nisateur est nécessairement le liquide d'un œuf interposé entre u membrane enveloppante ou cellule et un noyau.

Or, nous remarquions précédemment, en parlant de l'assimila*' et de la désassimilation, que la cellule et le noyau sont coin' deux origines d'activité différente qui doivent s'influencer ràip' quement à travers le liquide qui les sépare. Suivons celte idâ'^ deux activités sont différentes, puisqu'elles partei.t de deux t* ments différents, dont l'un représente une enveloppe et l'autre ^ centre; cependant elles sont aussi de même nature, puisque' font partie de la même activité: ce sont comme deux irapul> séminales réagissant l'une sur l'autre et sur la matière qui V"^^' pare; capables, par conséquejit, de se conjoindre et de transfon'' en leur nature commune une partie de celte matière sur la^ji^''^ ils agissent; matière qui est elle-même leur produit, et qu'on p^ considérer comme un liquide germinal double contenant, pourâindire, deux germes.

Ainsi, de la cellule et du noyau, partent deux activités différentes I et de même nature, capables de se conjoindre et produisant dans leur intenmédiaire un liquide qui contient comme deux germes. Faites que la conjonction s'opère, que les deux activités se fécondent, que les deux germes s'unissent : entre les deux générateurs un foyer d'activité naît et se rencontre, les deux germes sont unis, la matière liquide passe à Tétat solide, un noyau nouveau est produit.

^ Mais ce noyau produit est, comme toute production nouvelle, une ^ unité double : tout enfant retrace en lui les deux générateurs dont ' il est issu; tout petit d'animal est le représentant de ses deux pro- ' ducteurs, l'un mâle, l'autre femelle. Nous développerons plus XkwA cette doctrine. Cette unité nouvelle a son unité particulière par la- '' quelle elle est une, mais elle a aussi la duplicité originaire. ' Cela bien compris, ce noyau a donc en lui deux impulsions, ^ non détruites, non absorbées, agissant seulement dans l'unité, et portées à reproduire chacune la forme dont elle est issue ; comme ^ dans l'enfant, les deux impulsions paternelles et maternelles ten- ' dent toutes deux à reproduire leurs formes. De là dans le noyau ^ deux tendances : l'une à séparer de lui-même dans les parties - excentriques une couche mince qui devient une enveloppe cellulaire et dont il s'isole par un liquide que produisent ses deux im- ^ pulsions; l'autre à isoler dans son centre un nucléole. '' La cellule étant ainsi complète, formée de son enveloppe cellu- ' iaire, de son noyau et de son nucléole^ peut demeurer dans la ^ cellule mère, ou en sortir par déhiscence, en brisant le sein ma-

' ternel.

Tel parait être le mode le plus fréquent de la formation cellu- ^ laire, non le seul cependant, car il peut avoir des variantes que ' nous devons faire connaître, et c'est ici que nous arrivons aux deux ' procédés de multiplication signalés, celui par scission et celui par ' formation endogène.

1** On observe souvent que dans une cellule deux noyaux existent sans qu'on sache comment ils ont été formés, soit que le noyau primitif se soit séparé en deux, ce qui peut être ; soit, ce qui est encore possible, que l'un ait été engendré comme nous l'avons dit plus haut. Ces noyaux ainsi placés sous une même enveloppe, dans une même cellule, forment deux centres d'activité qui tendent à s'isoler; ils s'écartent l'un de Taulre, distendent chacun de leur côté la cellule qui bientôt apparaît comme un bissac; un étranglement se fait entre les deux centres, les parois cellulaires s'y réunis-

35ë MS ACTIS.

sent bientôt, s'y soudent, et une stricture se fait; les deux noyaui ont emporté chacun séparément une moitié de Tenveloppe, et dtrin œllules complètes sont produites. Ou bien encore l'un des noyaui pousse devant lui une portion minime de l'enveloppe cellulaire; u se fait une proéminence comme un bourgeon; la scission s'opèri et il en résulte bientôt deux cellules complètes, l'une grosse, Vautrt petite. Dans ce procédé ce sont deux noyaux qui opèrent la scis.v : de la cellule.

2* Dans la fomuUion endoghie, le noyau commence par se cliviic: en deux, puis chaque moitié en deux, et ain^ de suite jusqu'à a: nombre déterminé par les lois d'évolution. Chaque parlie a noyau forme ainsi un noyau distinct dans lequel se produisent ensuite à la circontérence une enveloppe cellulaire, un ou plusWj: nucléoles au centre. 11 en résulte un grand nombre de cellules p^: faites réunies dans une cellule mère qui les détient, et dont ils ^'^ chappent par déhiscence. Il semble qu'ici l'activité unique dans x. principe se multiplie en se divisant sous des modes divers, c produise un substratum matériel pour chacun de ces modes.

Ces deux procédés ne nous paraissent que des modificatioib type que nous avons d'abord exposé. Au. moins les peut-on a^ interpréter.

Dans le procédé par scission, j'opinerais que les deux noya: primitivement accolés comme deux jumeaux, se sont formé -seule enveloppe, et que plus tard, venant à se séparer, ilssc^'^ tagent cette enveloppe encore commune. Au contraire, dans la k mation endogène, il semble que les impulsions formatrices ; devaient produire des nucléoles vont jusqu'à la séparation •: activités, et que ces nucléoles constituent ensuite des activités sec daires, mais distinctes, produisant chacun leur enveloppe.

C'est ainsi que dans la nutrition, la reproduction des éléiii^^organiques semble vraiment continuer l'acte générateur de l'èi^ et que, comme Entt le disait si bien, la nutrition est une géném'^^ ' continuée,

S 4. ^ CatoHflMUlmi et rélMcérstl^a.

Le corps vivant n'a pas seulement besoin d'être accru et eoirc^ tenu dans sa constitution matérielle {par un échange constant avt^ les principes matériels qui l'entourent, il faut aussi qu'il puisse rmaintenu dans un état physique peu variable, quelle que soit la tta*pérature extérieure, qu'il ne puisse être facilement dessécbé ou

DBS ACTIS VÉGÉTATIFS. ii9

congelé par une élévation de lachaleur extérieure. De là chez lui deux actes : la calorificaiion^ qui lui donne un certain degré de chaleur et combat le froid extérieur; la réfrigéraiim^ qui modère sa propre température et l'action de la chaleur extérieure.

I. c«iwifl««tiov. — En quoi consiste cet acte? Remarquons d'abord que la température normale du corps humain est de + 37 degrés. Chez les mammifères, sauf les hibernants, elle est d'environ 38 degrés ; chez les oiseaux, de /iO à hk degrés ; chez les autres animaux, reptiles, poissons, insectes, mollusques, crustacés, annélides, elle est à peine supérieure de 1/2 à 1 degré à l'air ambiant, sauf les reptiles, qui peuvent aller jusqu'il h et même 7 degrés. Les végétaux ont également 1/2 à 1 degré au-dessus de la température ambiante, et un peu plus dans le temps de la germination.

Chez l'homme, la température ne s'élève guère plus de /i à 6 degrés dans les maladies. Elle peut être plus développée dans un point de l'organisme que dans un autre. Elle est sensiblement égale à tous les âges; un peu plus faible chez la femme que chez l'homme; plus élevée à la partie supérieure de la veine cave inférieure, dans le cœur droit, dans les veines sus-hépatiques, dans la veine rénale. L'explication de cet acte par la combustion commença d'être donnée par Lavoisier, quand il découvrit que la respiration a pour objet d'absorber de l'oxygène et d'exhaler de l'acide carbonique. On remarqua que les animaux à sang froid, qui développent peu de chaleur, ont une respiration lente; que chez les oiseaux, dont la température est très élevée, la respiration est très ample et très fré* quente; que chez l'homme l'accélération de la respiration s'accompagne d'une augmentation de chaleur.

Mais La^isier pensait que la combustion se faisait dans le poumon, et dès lors cet organe devrait être le plus chaud de l'économie. On a donc admis que l'oxygène absorbé -dans la respiration ne se brûlait que peu à peu et dans tous les points de l'organisme, en se combinant avec le carbone. C'est encore la théorie à peu près universellement admise, et que l'on a étayée de plusieurs recherches modernes, malgré des objections non encore résolues. Brodie avait bien tenté d'expliquer la calorification par l'action du système nerveux, en se fondant sur ce qu'elle diminue chez les animaux auxquels on enlève l'encéphale en les décapitant, en même temps qu'on entretient la respiration. Mais on a fait observer que la respiration est alors imparfaite.

Selon Dulong et Despretz, la quantité d*eau et d'acide carboniq: produits par l'expiration donne une quantité de chaleur dévelopir qui équivaut aux 8 ou 9 dixièmes delà chaleur normale.

£n calculant d'après les chiffres de combustion du carbone et'! l'hydrogène, donnés par MM. FavreetSilbermann, on peut arm à trouver à peu près que la chaleur dégagée par cette coaibusli' est sensiblement égale à celle perdue dans le même temps.

En admettant que par l'acide carbonique et l'eau évaporée (la: l'expiration, le corps humain brûle 2U0 grammes de carbone 15 grammes d'hydrogène, on dit ensuite :

1 gramme de carbone produit autant de chaleur qu'il est Dêcesaire pour élever de 1 degré ^^^\Q^ d'eau, c'est-à-dire, comme i le dit dans la science, produit 8,08 calories^ appelant une calor la quantité de chaleur nécessaire pour élever d'un degré un kt! gramme d'eau. 1 gramme d'hydrogène produit 34,5 calories. Ainî 2^0 grammes de charbon et 15 grammes d'hydrogène donnero;: l'un 1940 calories, l'autre 518 calories; au total 2458 calories.

Maintenant on calcule que Thomme perd 775 calories par Têvap ration pulmonaire, 125 par les aliments^ les boissons et l'air expir et 1600 par rayonnement et par contact; au total, 2500 calories perte.

Ces calculs sont séduisants, mais oii se demande comment (h l'abstinence prolongée la chaleur peut s'entretenir. Ainsi deux mi< d'abstinence, et l'on voit des cas bien plus prolongés, suppcn une perte de 14''*', 400. Comment l'œuf résiste-t-il au froid ^ produit-il tant de chaleur pour résister sans se vider? On admr une sorte de respiration de l'œuf à travers la coquille; raais comlit de carbone ou d'hydrogène devrait-il. perdre? 11 en est de mèm^^ la graine qui se conserve avec une déperdition de chaleur faible, i est vrai, mais pendant^des temps si longs, qu'elle devrait avuperdu tout son carbone et tout son hydrogène.

Ajouto^is que la question en était là quand récemment (18^^ M. Doyère a démontré expérimentalement, chez les cholériques, ui augmentation considérable de chaleur dans quelques parties {Y'à^^' selle) et en môme temps une suppression de la combustion pulmonaire. Quel échec pour les théories de la combustion.

En résumé, la science actuelle est séduisante avec tous ses cbiffirt^, mais on ne peut croire que tout soit là.

II. Réfrigération.-^ On explique cet acte par l'évaporation à'e<iii à I3 sprface de la neau et par la respiration, suivant la docirint^

DBS ACTES YÂGÉTATIFS. 361

physique que toute évaporalion de liquide ne se peut faire qu'en empruntant aux corps contigus la quantité de calorique nécessaire à faire passer le liquide à Tétat gazeux.

Page 1